Domine, salvum fac regem

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Dieu sauve le roi
Hymne national de Royaume de France Royaume de France
Autre(s) nom(s) Hymne de la monarchie
Paroles psalmiste (roi David)

Domine, salvum fac regem est un motet qui servit de facto d'hymne national et royal à la France, lors de la célébration de la messe durant l'Ancien Régime. En français, le titre du chant se traduit par : « Seigneur, sauve le roi ». Il représente bien la monarchie de droit divin française. Cette inscription est visible au plafond, au-dessus de l'orgue de la chapelle du château de Versailles[1].

Plafond de la chapelle du château de Versailles : ange tenant l'inscription Domine salvum fac regem.

Fonction liturgique[modifier | modifier le code]

Il s'agit en général d'une petite pièce composée en tant que motet lié à la communion dans la messe. Comme l'exécution du Sanctus était traditionnellement diversifiée et non strictement fixée[a 1], même le motu proprio du pape Pie X Inter pastoralis officii sollicitudes (1903) admettait un ou deux motets facultatifs. Avec son texte biblique, ce motet était donc tout à fait légitime et admis dans la liturgie catholique. À savoir, il bénéficiait d'un des moments de liberté laissée dans l'ordinaire de la messe. Celui-ci est chanté après l'élévation, faite par le célébrant, en remplaçant ou sans remplacer le dernier verset Hosanna. C'est également la raison pour laquelle le Domine, salvum est toujours chanté en latin en France. Ceux que les pays du protestantisme exécutent en langue vulgaire ne sont autres que des paraphrases.

Historique[modifier | modifier le code]

Origine[modifier | modifier le code]

La tradition de la prière pour le roi à la messe était, dans les royaumes des Francs, assez ancienne. Dès le VIIe siècle, l'on priait pour lui, en invoquant les exemples d'Abraham, de Moïse et de David[2].

D'ailleurs, dans l'ordinaire de la messe, le Sanctus était fréquemment fragmenté et modifié. Surtout en France, les petits motets avaient tendance à remplacer le dernier verset Hosanna, à la suite de l'élévation[a 1]. Il s'agissait d'une part, du motet O salutaris Hostia issu de l'hymne de saint Thomas d'Aquin. D'autre part, c'était également ce motet Domine Salvum fac Regem tiré du dernier verset du psaume XIX de David « Domine, salvum fac Regem et exaudi nos in die qua invocaverimus te ». Il semble que l'origine de ce motet soit l'un de nombreux rites propres à la Notre-Dame de Paris, tout comme l'hymne O salutaris hostia[a 2].

Selon Jean Richard, historien médiéviste, l'origine remonte toutefois à l'époque des croisades effectuées par saint Louis. En septembre 1245, le chapitre général de Cîteaux se réunit, à la suite du rétablissement de saint Louis d'une maladie. Pour l'intention du pape et du roi Louis IX, leurs abbayes dans le royaume de France ajoutaient dorénavant l'invocation Domine, salvum fac regem lors de la célébration de la messe[3].

Sous l'Ancien Régime[modifier | modifier le code]

C'était au début du XVIIe siècle que l'on chantait le motet « Domine, salvum fac regem » à la Chapelle royale, car Nicolas Formé (1567-1638), sous-maître de la Chapelle de Louis XIII, l'avait déjà composé[4]. Ainsi les notations restantes dont celle d'Antoine Boësset remontent-elles au règne de Louis XIII.

Cet hymne se trouve également dans un règlement de concours, établi au Mans en 1633, pour la célébration de Sainte Cécile[a 3]. Il s'agissait d'une cérémonie exceptionnelle pour la création de cette fête au Mans. À l'élévation,

« on chante avec respect et dévotion l'O salutaris hostia selon l'usage puis, sans intervalle, le Domine salvum fac Regem et exaudi nos en musique à trois chœurs successifs : les instruments d'abord, avec quelques voix, puis la musique du chœur, après quoi l'orgue poursuit son jeu jusqu'à la dernière ostention du Saint-Sacrement[a 4] »

— le chanoine Bernardin Le Rouge, La feste de Madame Saincte Cécile (Archives de la Sarthe, G21, le 25 février 1633)

D'ailleurs, en sortant son livre Cantica pro capella Regis en 1665, Pierre Perrin a précisé les musiques quotidiennement célébrées pendant la messe basse à la Chapelle royale, en présence du roi Louis XIV :

« Pour la longueur des cantiques, comme ils sont composés pour la messe du roi, où l'on en chante d'ordinaire trois [motets], un grand, un petit pour l'Élévation et un Domine salvum fac Regem.... Ceux d'élévation sont plus petits, et peuvent tenir jusqu'à la post-communion, que commence le Domine[5]. »

L'une des premières versions connues de nos jours est celle de Jean-Baptiste Lully, quoiqu'il n'eût aucune obligation à la Chapelle royale. Michel-Richard de Lalande, l'un des sous-maîtres les plus importants de cette chapelle, aussi a écrit neuf « Domine, salvum fac regem » parmi lesquels S.107 - S.111 sont attribués avant 1700. Les motets S.112 et S.113 auraient été composés en 1704[6]. Ainsi plusieurs compositeurs français dont François Couperin ont-ils poursuivi à cette tradition.

Il est évident que ce motet était composé pour la messe, si celui-ci est consacré au roi et au royaume. Car, Marc-Antoine Charpentier aussi composa ce motet, quoiqu'il n'ait obtenu aucune fonction royale jusqu'à sa mort. Il reste 24 motets de celui-ci ainsi que quelques pièces instrumentales en tant que préludes[7].

Parfois, le Domine, salvum fac regem était également exécuté en plain-chant. Par exemple, les Lazaristes le chantaient à la fin de leurs messes solennelles[8].

Celui-ci fut officiellement l'hymne royal français jusqu'en 1792[9].

De nos jours[modifier | modifier le code]

Au XIXe siècle, Charles Gounod a ajouté cet hymne à la fin de sa Messe solennelle en l'honneur de sainte Cécile, exécutée à partir du 22 novembre 1855, fête de cette sainte[10]. À cette époque-là, le chef d'État était Napoléon III. De sorte que le texte a été modifié, en tant que prière de l'église, de l'armée et de la nation : « Domine, salvum fac Imperatorem nostrum Napoleonem et exaudi nos in die qua invocaverimus te ».

De nos jours, l'exécution est effectuée selon le mot Galliam qui les a remplacés.

Paroles[11][modifier | modifier le code]

Texte original Traduction

Domine salvum fac regem
et exaudi nos in die qua invocaverimus te.
Gloria Patri et Filio,
et Spiritui Sancto.
Sicut erat in principio
et nunc et semper et in saecula saeculorum,
amen.

Seigneur, sauvez le Roi !
et exaucez-nous lorsque nous vous invoquons.
Gloire au Père et au Fils,
et au Saint-Esprit.
Comme il était au commencement
maintenant et toujours, pour les siècles des siècles,
Amen.

Hymnes étrangers[modifier | modifier le code]

Les armoiries royales dans l'église paroissiale de Newport en Angleterre, avec l'inscription Domine salvam fac reginam issue du mouvement d'Oxford au XIXe siècle.

Contrairement à ce que l'on diffusait, l'origine de plusieurs hymnes nationaux dont le dit God Save the Queen n'était pas le Domine, salvum fac regem[9]. L'hypothèse remonte la fondation de la Maison royale de Saint-Louis en 1686 par le roi de France Louis XIV. Les jeunes pensionnaires souhaitaient chanter leur propre cantique en français. D'où, Madame de Brinon, nièce de la fondatrice Madame de Maintenon, en écrivit un. C'était Jean-Baptiste Lully qui composa sa mélodie. Par le fait, il ne reste qu'un seul témoignage. Il s'agit de la grand-mère de la marquise de Créquy, qui en entendit à Saint-Cyr entre 1709 et 1714.

Puis en 1714, après la paix des traités d'Utrecht (1713), Georg Friedrich Haendel visita le château de Versailles. Selon l'hypothèse, c'était lui qui transmit ce chant en Angleterre. Après avoir fourni une version anglaise, il en présenta au nouveau roi George Ier[9].

Alors que cette transmission était diffusée en France par la marquise de Créquy[9], à Londres, elle restait, paradoxalement, obscure[12]. En effet, le sujet demeurait vraiment délicat pour Haendel. Le roi George fut accueilli comme prince protestant le plus proche de la feue reine Anne (selon l'Acte d'Établissement (1701) ; donc pas question, hymne issu du Domine catholique, mais ce texte français, dont le genre était interdit par Louis XIV, était convenable). De surcroît, quelle surprise pour Haendel, ce roi n'etait autre que son ancien patron à Hanovre. Et le compositeur ayant refusé d'y retourner cherchait maintenant la grâce de ce souverain. Sinon, il aurait dû quitter l'Angleterre. Encore y a-t-il une autre hypothèse. D'après les études de Christopher Hogwood, Haendel représentait, malgré son grand talent de composition et sa réputation, plusieurs œuvres méconnues sans mentionner leurs vrais compositeurs, ce qui restait incompréhensible même à Hogwood[13]. Dans ce cas, ce cantique français, qui était posthume (Lully) et non publié, était idéal... à piller. En résumé, si Haendel peut être l'auteur de cet événement, il ne laissa aucune trace.

Ce qui reste encore difficile, c'est qu'il ne reste aucun document officiel et sûr à Versailles ni à Saint-Cyr[14]. Outre-Manche non plus, personne ne réussit à identifier son origine jusqu'ici.

Quelle que soit l'origine, ce type d'hymnes étaient dorénavant en usage dans plusieurs pays :

L'air de l'hymne a aussi influencé d'autres hymnes nationaux, tels que :

Au Royaume-Uni, la pratique du latin dans la liturgie fut ruinée par les Calvinistes au XVIIe siècle. Mais dans les années 1840, le mouvement d'Oxford fit rétablir l'usage du latin. Depuis cela, la modification de la phrase pour un monarque de sexe féminin est Domine salvam fac reginam (Seigneur, sauve la reine). Cette phrase fut utilisée durant le règne de la reine Victoria, et cette inscription est visible sur la façade de Big Ben à Londres (Domine Salvam fac Reginam nostram Victoriam primam, « Seigneur, sauve notre Reine Victoria Ire »)[15].

Versions connues et moins connues[modifier | modifier le code]

Notes bibliographiques[modifier | modifier le code]

  1. a et b p.  77
  2. p. 285
  3. p. 145
  4. p. 145, transcrit par Denise Launey. Pour texte intégrale, http://poirierjm.free.fr/Ste-Cecile/cecile.htm

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.patrimoine-92.ac-versailles.fr/ressources_pdf/fiche_domine.pdf
  2. Jean Favier, Charlemagne, p. 418, Tallandier Texto, Paris 2013
  3. Jean Richard, Saint Louis, p. 194, Fayard, Paris 1983 (lire en ligne : https://books.google.fr/books?id=eTk4gIoYej8C&pg=PA144)
  4. a et b http://editions.cmbv.fr/achat/produit_details.php?id=688
  5. Catherine Cessac, Marc-Antoine Charpentier, p.246, Fayard, Paris 2004
  6. Lionel Sawkins, A Thematic Catalogue of the Works of Michel-Richard de Lalande 1657-1726 , Préface p.xxviii, Oxford University Press, 2005
  7. a et b Catherine Cessac, Marc-Antoine Charpentier, p. 516 - 568
  8. Alexandre Maral, La chapelle royale de Versailles sous Louis XIV : cérémonial, liturgie et musique, , 476 p. (ISBN 978-2-8047-0055-3, lire en ligne), p. 173.
  9. a b c d e et f Stephane Bern, Les pourquoi de l'hisotire, p. 99 - 100, Albin Michel 2014
  10. Commentaire du disque, p.3, interprété par Georges Prêtre en 1983, EMI France
  11. (en) « Composer Index - San Francisco Bach Choir », sur San Francisco Bach Choir (consulté le 24 juillet 2020).
  12. (en)https://books.google.fr/books?id=Cj5yBAAAQBAJ&pg=PT232
  13. (en) https://books.google.fr/books?id=oTL2_5wvh6wC&pg=PA49
  14. Pascal Torres, Les secrets de Versailles, , 304 p. (ISBN 978-2-311-10116-4, lire en ligne)
  15. (en) « Big Ben Clock Tower », sur le site officiel du Parlement du Royaume-Uni (consulté le 21 juillet 2017)
  16. Alexandre Maral, La chapelle royale de Versailles sous Louis XIV : cérémonial, liturgie et musique, , 476 p. (ISBN 978-2-8047-0055-3, lire en ligne), p. 178.
  17. http://www.carus-verlag.com/index.php3?BLink=KKArtikel&ArtikelID=22501
  18. http://www.ac-versailles.fr/public/upload/docs/application/pdf/2011-04/domine_salvum.pdf