Rosaire

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La Vierge de la fête du rosaire par Dürer (Galerie nationale de Prague)

Le rosaire est un exercice de piété catholique qui consiste à dire quatre chapelets d'oraisons. Consacré à la Vierge Marie, mère de Jésus-Christ, il tire son nom du latin ecclésiastique rosarium qui désigne la guirlande de roses dont les représentations de la Vierge sont couronnées.

Présentation[modifier | modifier le code]

Le rosaire, à l'origine, est une forme de dévotion mariale qui consiste à réciter trois chapelets, composés chacun de cinq dizaines de grains. Ces quinze dizaines permettent de méditer sur des « mystères » liés à Marie et à Jésus. Depuis le pontificat de Jean-Paul II, un quatrième chapelet a été ajouté, portant le total à vingt dizaines. Le Pape Jean-Paul II a expliqué dans la lettre apostolique «Rosarium Virginis Mariae» que "chaque mystère du chapelet, bien médité, met en lumière le mystère de l'homme. En même temps, il devient naturel d'apporter à cette rencontre avec la sainte humanité du Rédempteur les nombreux problèmes, préoccupations, labeurs et projets qui marquent notre vie. « Décharge ton fardeau sur le Seigneur: il prendra soin de toi » (Ps 55, 23). Méditer le Rosaire consiste à confier nos fardeaux aux cœurs miséricordieux du Christ et de sa Mère"[1].

Le chapelet[modifier | modifier le code]

Un chapelet catholique

Le chapelet comprend cinq dizaines de petits grains appelés Ave, précédées chacune d'un grain plus gros appelé Pater. Partant de l'un des grains plus gros, une branche terminale comporte trois petits grains (Ave), un gros (Pater) et un crucifix. Les appellations Ave et Pater correspondent au premier mot de la version latine des prières récitées.

Les prières récitées dans un chapelet sont :

Au début de chaque dizaine peuvent également être annoncées les mystères du Rosaire.

Les mystères du rosaire[modifier | modifier le code]

Les mystères appartiennent initialement à trois catégories : les « mystères joyeux » (l'Annonciation, la Visitation, la Nativité, la Présentation de Jésus au Temple, le Recouvrement de Jésus lors d'un pèlerinage à Jérusalem) ; les « mystères douloureux » (l'agonie de Jésus, la Flagellation, le Couronnement d'épines, le Portement de la Croix, la Crucifixion) ; enfin, les « mystères glorieux » (la Résurrection, l'Ascension, la Pentecôte, l'Assomption, le Couronnement de Marie).

Lors de l'« année du Rosaire » (octobre 2002 - octobre 2003), le pape Jean-Paul II a ajouté une quatrième catégorie de cinq mystères, plus spécifiquement christologiques : les « mystères lumineux »[2]. Ils comprennent le Baptême du Christ, les Noces de Cana, la proclamation du Royaume, la Transfiguration et l'institution de l'Eucharistie.

Dans une volonté d'œcuménisme, ces mystères lumineux portent sur des épisodes de la vie de Jésus qui intègrent les préoccupations des Églises réformées, soucieuses de voir mettre l'accent sur son message. L'Église catholique recommande de méditer sur les mystères lumineux le jeudi.

Une piété populaire[modifier | modifier le code]

La pratique du rosaire consiste en un exercice de méditation simple sur les épisodes importants de la vie de Jésus-Christ à travers le regard marial. Cette forme de piété correspond à une culture « à la fois rurale, populaire et orale[3] ».

« Le rosaire, c'est la liturgie du pauvre », a écrit Sylvie Germain dans Songes du Temps.

Histoire[modifier | modifier le code]

Au premier millénaire, le « Psautier du Christ » était une prière où l'on récitait cent cinquante Notre Père, en référence aux cent cinquante Psaumes de la Bible. Pour ne pas perdre le compte, les fidèles utilisaient un collier de cent cinquante grains, nommé « patenôtre », instrument de piété qui est à l'origine des chapelets actuels. Vers le XIe siècle, par analogie, le « Psautier de la Vierge » se développa, consistant en une série de cent cinquante Ave.

La dévotion du rosaire était déjà en usage chez les Cisterciens depuis le XIIe siècle et s'est développée au XVe siècle sous l'influence des du dominicain Alain de La Roche qui s'appuie sur la légende[4] selon laquelle saint Dominique, le fondateur de l'ordre, reçut le rosaire des mains de la Vierge Marie en 1208[5]. C'est pourquoi de nombreux tableaux de la Vierge du Rosaire présentent celle-ci offrant une rose ou un chapelet à Dominique. Les mêmes tableaux lui associent souvent Catherine de Sienne, religieuse dominicaine. En général, on y montre les quinze mystères dans des médaillons ou des cartouches entourant la scène.

Dominique reçoit le rosaire au côté de Catherine de Sienne, église d'Atzwang (Tyrol du Sud)

Le roi d'Espagne Philippe II pratiquait la dévotion du rosaire, à laquelle il pensait devoir sa victoire contre les musulmans lors de la bataille de Lépante (1571). À la suite de cette victoire, attribuée à l'intercession de la Vierge, la fête de Notre-Dame de la Victoire fut localement fixée au 7 octobre, jour anniversaire de la bataille. Le pape Pie V, lui-même dominicain, fixa alors au 7 octobre la fête liturgique de Notre-Dame du Rosaire.

En 1716, Clément XII l'étendit à toute l'Église catholique en la fixant au premier dimanche d'octobre puis le pape Pie X en fixa à nouveau la date au 7 octobre, en 1913.

À partir du XVIIIe siècle, l'usage de porter des chapelets se perdit peu à peu chez les laïcs, mais se maintint chez les religieux et les personnes pieuses qui parfois récitaient leurs prières sur les chemins qu’elles parcouraient à pied.

Au XIXe siècle, les pèlerinages à Lourdes (puis au XXe siècle ceux de Fátima) renforcèrent cette dévotion, surtout lorsque le mois d'octobre devint le mois du rosaire, après 1886, sur une décision de Léon XIII.

Approche spirituelle[modifier | modifier le code]

Grignion de Montfort[modifier | modifier le code]

Le rosaire est avant tout une école d'oraison et de contemplation, ce qui implique qu'il soit pratiqué régulièrement. La manière de le réciter a été décrite par Louis-Marie Grignion de Montfort dans Le Secret admirable du Très Saint Rosaire pour se convertir et se sauver. « Il faut que la personne qui récite le saint Rosaire soit en état de grâce ou du moins dans la résolution de sortir de son péché, parce que toute la théologie nous enseigne que les bonnes œuvres et les prières faites en péché mortel, sont des œuvres mortes » (§117).

Quatrième mystère douloureux, « Le portement de la croix » dans l'« Allée du Rosaire » sculptée fin XIXe siècle par Michel Cosme au sanctuaire de Warre/Tohogne

« La confrérie du Rosaire ordinaire n'exige qu'on le récite qu'une fois par semaine. Celle du Rosaire perpétuel qu'une fois par an, mais celle du Rosaire quotidien demande qu'on le dise tous les jours tout entier, c'est-à-dire 150 Ave Maria » (§21).

Le rosaire ne se réduit pas à la récitation, ce que Grignion de Montfort appelle l'oraison vocale (§9). Le rosaire doit éviter toute distraction volontaire (mais « Vous ne pouvez pas, à la vérité, réciter votre Rosaire sans avoir quelques distractions involontaires » - 120) et s'accompagner d'une oraison mentale[6]. Pour Grignion de Montfort, la prière commence par une invocation silencieuse au Saint-Esprit (§126), puis la contemplation du mystère et la demande de son fruit[7].

La méditation[modifier | modifier le code]

Pour Jean-Paul II, l'objectif du rosaire est avant tout de « contempler avec Marie le visage du Christ ». Cette contemplation fait appel à l'imagination, ce qu'Ignace de Loyola appelle une « composition de lieu » : il s'agit de reconstituer dans son imagination et de voir en esprit tel ou tel événement de la vie de Jésus.

On recommande aux fidèles de prier chaque jour une fois le chapelet : soit un tiers du rosaire. À chaque catégorie de mystère sont associés deux jours de la semaine, le dimanche faisant exception. En six jours on prierait deux fois le rosaire, et le dimanche, on prierait encore une catégorie de mystère, suivant le calendrier. Les autres jours de méditation peuvent aussi être modifiés en fonction du calendrier (par exemple, méditer les mystères glorieux les jours de fête et les mystère joyeux la veille).

À la fin du rosaire, on conclut par une prière mariale.

Dans le Je vous salue Marie, entre « Jésus » et « le fruit de vos entrailles », on peut réciter une clausule[8].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Encycliques[modifier | modifier le code]

Léon XIII[modifier | modifier le code]

Pie XI[modifier | modifier le code]

Pie XII[modifier | modifier le code]

Jean XIII[modifier | modifier le code]

Ouvrages universitaires[modifier | modifier le code]

  • Jocelyne Bonnet, Inventions européennes du temps: temps des mythes, temps de l'histoire, éd. L'Harmattan, 2004, extraits en ligne

Ouvrages de foi et de piété[modifier | modifier le code]

Ouvrages anciens[modifier | modifier le code]

  • Bernard de Clairvaux. La Louange de la Vierge Mère, Œuvres complètes XX Introduction, traduction, notes et index par Marie-Imelda Huille, o.c.s.o., moniale de Notre-Dame d'Igny, et Joël Regnard, o.c.s.o., moine de Notre-Dame de Cîteaux. Décembre 1993 [2009] . Le Cerf.
  • Louis-Marie Grignion de Montfort, Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge, éd. Mediapaul, 1997
  • Louis-Marie Grignion de Montfort, Le Secret admirable du très saint Rosaire - Pour se convertir et se sauver, éd. Traditions monastiques, 2005

Ouvrages contemporains[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. https://w2.vatican.va/content/john-paul-ii/it/apost_letters/2002/documents/hf_jp-ii_apl_20021016_rosarium-virginis-mariae.html
  2. « Afin de donner une consistance nettement plus christologique au Rosaire, il me semble toutefois qu'un ajout serait opportun; tout en le laissant à la libre appréciation des personnes et des communautés, cela pourrait permettre de prendre en compte également les mystères de la vie publique du Christ entre le Baptême et la Passion. Car c'est dans l'espace de ces mystères que nous contemplons des aspects importants de la personne du Christ en tant que révélateur définitif de Dieu. Proclamé Fils bien-aimé du Père lors du Baptême dans le Jourdain, il est Celui qui annonce la venue du Royaume, en témoigne par ses œuvres, en proclame les exigences. C'est tout au long des années de sa vie publique que le mystère du Christ se révèle à un titre spécial comme mystère de lumière. » Lettre apostolique Rosarium Virginis Mariae.
  3. Marie-Odile Métral-Stiker, article « Rosaire » in Encyclopædia Universalis, édition 2006.
  4. Guy Bedouelle, Dominique ou la grâce de la parole, Fayard, , p. 87.
  5. Cf Jocelyne Bonnet, Inventions européennes du temps: temps des mythes, temps de l'histoire, éd. L'Harmattan, 2004
  6. « Le Rosaire renferme deux choses, savoir: l'oraison mentale et l'oraison vocale. L'oraison mentale du saint Rosaire n'est autre que la méditation des principaux mystères de la vie, de la mort et de la gloire de Jésus-Christ et de sa très sainte Mère. L'oraison vocale du Rosaire consiste à dire quinze dizaines d'Ave Maria précédées par un Pater pendant qu'on médite et qu'on contemple les quinze vertus principales que Jésus et Marie ont pratiquées dans les quinze mystères du saint Rosaire. »
  7. « Après avoir invoqué le Saint-Esprit, pour bien réciter votre Rosaire, mettez-vous un moment en la présence de Dieu et faites les offrandes des dizaines, comme vous verrez ci-après. Avant de commencer la dizaine, arrêtez-vous un moment, plus ou moins, selon votre loisir, pour considérer le mystère que vous célébrez par la dizaine et demandez toujours, par ce mystère et l'intercession de la sainte Vierge, une des vertus qui éclatent le plus dans ce mystère ou dont vous aurez le plus de besoin. »
  8. « La clausule, qui s'harmonise bien avec le caractère répétitif et méditatif du Rosaire, est constituée de quelques mots qui suivent le nom de Jésus, et ont un rapport avec le mystère énoncé. Une clausule appropriée, permanente pour chaque dizaine, brève dans son énoncé et fidèle à la Sainte Écriture et à la Liturgie, peut constituer une aide de qualité en vue de la prière éditée du saint Rosaire. »Cf. Directoire sur la Piété populaire et la Liturgie, n° 201.
  9. a, b et c « Encycliques | LÉON XIII », sur w2.vatican.va (consulté le 16 décembre 2017)
  10. a et b « Encycliques | LÉON XIII », sur w2.vatican.va (consulté le 16 décembre 2017)
  11. a, b, c, d et e « Encycliques | LÉON XIII », sur w2.vatican.va (consulté le 16 décembre 2017)
  12. « Encycliques | LÉON XIII », sur w2.vatican.va (consulté le 16 décembre 2017)
  13. « Encycliques | PIE XI », sur w2.vatican.va (consulté le 16 décembre 2017)
  14. « Encycliques | PIE XII », sur w2.vatican.va (consulté le 16 décembre 2017)
  15. « Encycliques | Jean XXIII », sur w2.vatican.va (consulté le 16 décembre 2017)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]