Tantum ergo

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Salut du Saint-Sacrement au carmel de Gand, pendant lequel est chanté le Tantum ergo

Tantum ergo est un extrait (les deux dernières strophes) de l'hymne eucharistique Pange lingua, composée par saint Thomas d'Aquin.

Fichier audio
Tantum Ergo

Paroles[1][modifier | modifier le code]

Latin Version française littérale Version française liturgique
(V) Tantum ergo Sacramentum
Veneremur cernui:
Et antiquum documentum
Novo cedat ritui:
Praestet fides supplementum
Sensuum defectui.

:(VI) Genitori, Genitoque

Laus et Jubilatio,
Salus, honor, virtus quoque
Sit et benedictio:
Procedenti ab utroque
Compar sit laudatio.
Amen.
Un tel Sacrement
Vénérons-le donc, courbés,
Et que l'ancien modèle
S'incline devant le nouveau rite.
Que la foi procure un supplément
À la défaillance des sens.
Que Celui qui engendre et Celui qui est engendré
reçoivent louange et chants joyeux,
Salut, honneur, et puissance également,
Ainsi que la bénédiction.
Que Celui qui procède de l'un et l'autre
reçoive pareil éloge.
Amen.
Un si auguste sacrement,
Adorons-le, prosternés ;
Que les vieilles cérémonies
Fassent place au nouveau rite ;
Que la foi de nos cœurs supplée
Aux faiblesses de nos sens.
Au Père et à son Fils unique,
Louange et vibrant triomphe !
Gloire, honneur et toute-puissance !
Bénissons-les à jamais !
A l'Esprit procédant des deux,
Egale adoration.
Ainsi soit-il !

Origine du texte et sa fonction en tant qu'extrait[modifier | modifier le code]

Des 6 strophes à 2 strophes[modifier | modifier le code]

Cet hymne n'est autre qu'un extrait d'un hymne plus long dont le texte fut composé par Thomas d'Aquin, l'O salutaris Hostia[2].

En effet, ce théologien écrivit, au XIIIe siècle, une série d'hymnes consacrée à la liturgie des Heures[3]. L'hymne Tantum ergo se trouve dans l'hymne Pange lingua en faveur de la célébration des vêpres. Celle-ci, Tantum ergo, est sa 5e strophe tandis que la strophe Genitori genitoque, qui suit, est la 6e et dernière[2].

Cette dernière strophe, Genitori genitoque, est non seulement la conclusion de l'hymne Pange lingua mais également une doxologie[2].

Alors que l'Église établit l'usage de l'hymne entier Pange lingua en faveur du Jeudi saint, ses dernières strophes sont de plus en plus destinés à la Fête-Dieu, créée par le pape Urbain IV en 1264 en tant que fête d'obligation de l'Église universelle, à la suite de l'institution par Robert de Thourotte en 1246[4]. Il est possible que cette création ait favorisé cet usage.

La composition du Tantum ergo était, certes, traditionnellement attribuée à la création de la Fête-Dieu. Toutefois, aucun manuscrit n'a été trouvé jusqu'ici, pour confirmer cette hypothèse[2].

Pratique selon le rite tridentin[modifier | modifier le code]

En 1585, le prêtre-compositeur espagnol Tomás Luis de Victoria fit publier son œuvre, réservée à la Semaine Sainte, Officium Hebdomadæ Sanctæ, dans laquelle seules deux dernières strophes de l'hymne Pange lingua, à savoir Tantum ergo, étaient composées en polyphonie [notations en ligne, partition originale en notation mesurale blanche et partition contemporaine (rubrique transcription), pièce n° 15)]. Toutefois, il est certain qu'à cette époque-là, toutes les six strophes étaient chantées au Jeudi saint, d'après le texte de la troisième strophe :

(III) In spremæ nocte cœnæ recumbens cum fratribus,
Observata lege plene cibis in legalibus,
Cibum turbæ duodenæ se dat suis manibus.
Dans la nuit de la dernière Cène, à table avec ses frères,
La loi pleinement observée, concernant la nourriture légale,
En nourriture aux Douze, il se donne lui-même de ses mains.

En fait, le compositeur avait composé un certain nombre de pièces en polyphonie, et laissé les autres textes chantés en monodie, à savoir en grégorien selon la tradition, et de plus en plus en plain-chant. D'où, à cette époque-là, à Rome, on chantait, lors de la célébration du Jeudi saint, les strophes 1 - 4 en monodie alors que les strophes Tantum ergo étaient exécutées, avec évolution, en polyphonie. Et cette évolution était adaptée à une manière plus solennelle[5] :

« Dum fit processio, cantatur hymnus Pange lingua gloriosi Corporis mysterium, usque ad verba Tantum ergo ; si vero opus est, idem hymnus repetitur (Pendant que l'on fait la procession, on chante hymne Pange, lingua, gloriosi, Corporis mysterium, jusqu'aux mots Tantum ergo ; si besoin est, on répète la même hymne).

Cum autem ventum fuerit ad locum paratum, celebrans, adiuvante, si opus sit, diacono, deponit pyxidem super altare, genuflectit, et incensat, thure iterum imposit ; interim canitur Tantum ergo. (Quand on parvient au lieu préparé, le célébrant avec l'aide du diacre s'il le faut, dépose le ciboire sur l'autel, fait la génuflexion, et l'encense, ayant de nouveau imposé l'encens, et entre-temps on chante la Tantum ergo.) »

Les dernières deux strophes devinrent, en conséquence, plus importantes.

Usage actuel[modifier | modifier le code]

L'hymne est aujourd'hui profondément lié au salut du Saint-Sacrement. Ainsi, les sanctuaires où cette célébration a lieu quotidiennement, par exemple au Mont-Sainte-Odile, aux sanctuaires de Lourdes[6], il est toujours exécuté chaque jour.

Ce mode d'exécution est devenu tellement fréquent de nos jours que même la publication s'adapte au besoin des exécuteurs. Ainsi, dans le livre de chant Liturgie latine publié par l'abbaye de Solesmes en 2005, les deux dernières strophes intitulées Tantum ergo (Pange lingua) se trouvent sur la page 110 avec leur notation entière tandis que le texte et sa traduction des strophes I - IV du Pange lingua, se présentent sur la page suivante, mais sans notation[7]. Présenter ainsi le Tantum ergo avec la notation entière, est parfaitement adapté à l'usage quotidien de cet hymne. L'édition Kairos-Verlag a adopté une solution semblable. À la page 55 de son livre Singe, meine Seele ! Lieder von Lourdes in deutscher Sprache[8], on trouve la notation contemporaine de la Pange lingua avec un ordre particulier du texte latin V - VI - I - II - III - IV.

Les compositeurs contemporaines aussi suivent cette utilisation de l'extrait. En effet, un grand nombre de musiciens ont été et sont encore inspirés par le texte de l'hymne Tantum ergo, pour écrire des œuvres de qualité.

Œuvres musicales[modifier | modifier le code]

En raison de son usage fréquent et quotidien, de nombreux compositeurs ont mis en musique ce texte liturgique, dont:

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La traduction en français varie selon les sources
  2. a, b, c et d http://docteurangelique.free.fr/livresformatweb/theses/hymnesthomasdaquinannemugnier.htm#_Toc243406944
  3. matines : Sacris solemniis
    laudes : Verbum supernum
    vêpres : Pange lingua
  4. https://w2.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/letters/1996/documents/hf_jp-ii_let_19960528_corpus-domini.pdf
  5. http://www.introibo.fr/Jeudi-saint-en-la-Cene-du-Seigneur
  6. Selon la notation contemporaine de son livre de chant officiel Répertoire multilangue, chants de Lourdes, p. 304 (n° 190 Tantum ergo), EURL Basilique du Rosaire (ISBN 978-2-36109-054-8)
  7. Liturgie latine — mélodies grégoriennes, Abbaye Saint-Pierre de Solesmes, Solesmes 2005, p. 110 - 111 (ISBN 978-2-85274-264-2)
  8. Kairos-Verlag, 2e édition, Baden 2003 (ISBN 3-9522031-1-4)
  9. http://data.bnf.fr/13954460/gabriel_faure_tantum_ergo__1904/