Traité de Sèvres

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Traité de Sèvres
Description de cette image, également commentée ci-après
Les frontières redessinées par les traités : en gris, celles de Sèvres, en noir celles de Lausanne.
Signature
Lieu de signature Sèvres, Seine-et-Oise, France
Condition Ratification par l'Empire ottoman et les trois principales puissances alliées
Signataires Drapeau de l'Empire ottoman Empire ottoman
Drapeau français République française
Drapeau du Royaume d'Italie Royaume d'Italie
Drapeau de l'Empire du Japon Empire du Japon
Drapeau du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande
Flag of the First Republic of Armenia.svg Arménie
Drapeau de la Belgique Belgique
Drapeau de la Tchécoslovaquie Tchécoslovaquie
Drapeau de la Grèce Royaume de Grèce
Flag of Hejaz 1917.svg Royaume du Hedjaz
Drapeau de la Pologne Pologne
Drapeau du Portugal Portugal
Drapeau de la Roumanie Royaume de Roumanie
Drapeau du Royaume des Serbes, Croates et Slovènes Royaume des Serbes, Croates et Slovènes
Dépositaire Gouvernement français
Langues Français, anglais, italien

Les signataires ottomans du Traité de Sèvres : Rıza Tevfik, Damat Ferid Paşa (grand vizir), Hadi Paşa (ministre de l'Éducation) et Reşid Halis (ambassadeur).

Le traité de Sèvres, conclu le à la suite de la Première Guerre mondiale entre les Alliés victorieux et l'Empire ottoman, confirme l'armistice de Moudros. Ce traité, bien que signé par le sultan Mehmed VI ne sera jamais ratifié ni appliqué. Par celui-ci, l'empire ottoman renonce officiellement et définitivement à ses provinces arabes et maghrébines. Le traité impose à l'empire de sévères reculs territoriaux au sein même de l'Anatolie. A l'ouest, la Thrace orientale sauf Constantinople et ses environs est donnée à la Grèce. A l'est, une grande Arménie et un État Kurde deviennent indépendants. Les détroits sont démilitarisés. L'empire ottoman est tiraillé entre deux gouvernements concurrents, celui du sultan à Constantinople et celui de Mustapha Kemal qui a pris la tête d'un gouvernement émanant de la "Grande assemblée nationale de Turquie " créée à Ankara le 23 avril 1920. Mustapha Kemal ne reconnait pas la validité de ce traité qui menace l'intégrité territoriale de l'empire[1]. Il ne fut jamais ratifié par l'ensemble de ses signataires et, provoquant en Turquie un sursaut national autour de Mustafa Kemal Paşa, aboutit à la chute de l'Empire ottoman, à la proclamation de la République turque, à une guerre victorieuse contre la Grèce et à la négociation d'un nouveau traité plus avantageux : le traité de Lausanne.

Le traité[modifier | modifier le code]

L'Empire ottoman[modifier | modifier le code]

Composition ethnique de l'Anatolie en 1910.

Ce traité, signé le par les mandataires du sultan Mehmed VI, consacre le rétrécissement de l'Empire ottoman, qui ne garde en Europe qu'Istanbul et en Asie que la partie occidentale de l'Anatolie, moins la région de Smyrne, soit un territoire de seulement 420 000 kilomètres carrés.

Les articles 62 à 64 prévoient la création d'un « territoire autonome des Kurdes » englobant le sud-est de l'Anatolie. Selon les articles 88 à 94, les vilayets de Van, Bitlis, Trébizonde et Erzurum doivent être intégrés à la République indépendante d'Arménie, la détermination de la frontière étant soumise à l'arbitrage du président américain Woodrow Wilson, selon ses « 14 points »[2]. La France occupe la Syrie (avec une frontière bien au nord de l'actuelle) et se voit confier une zone d'influence comprenant la Cilicie avec Adana, et s'étendant jusqu'au nord, bien au-delà de Sivas. L'Italie, qui avait déjà le Dodécanèse depuis 1911, occupe la ville d'Antalya et toute la région avoisinante, et se voit confier une zone d'influence allant de Bursa à Kayseri, en passant par Afyonkarahisar. La Grèce obtient de son côté Smyrne et sa région dans l'ouest de l'Anatolie, la Thrace orientale (qui comprend Andrinople et Gallipoli) et les îles d'Imbros et Ténédos. Istanbul, les côtes de la mer de Marmara et les Dardanelles sont démilitarisées. Les détroits sont placés sous le contrôle d'une commission internationale. Le passage devait rester libre en temps de guerre comme en temps de paix. Les provinces arabes, soulevées en 1916-1918 par la Grande révolte arabe, sont détachées ; la SDN met plusieurs d'entre elles sous mandat de la France (Liban et Syrie) et du Royaume-Uni (Irak et Palestine)[3].

En comparaison avec ses 1 780 000 kilomètres carrés d'avant la guerre, le nouvel Empire ottoman n'est plus qu'un petit territoire composé en grande partie des steppes salées de l'Anatolie centrale, et aux possibilités de développement limitées à cause d'un système de « garanties » qui, entre-autres, mettent les finances du pays sous la tutelle de commissions étrangères. Toutes les ressources du pays doivent être affectées par priorité aux frais d'occupation et au remboursement des indemnités dues aux Alliés (art. 231-266). Des commissions doivent dissoudre intégralement l'armée pour la remplacer par une force de gendarmerie. L'article 261 du traité prévoit en outre le rétablissement des capitulations. Par ailleurs, la police, le système fiscal, les douanes, les eaux et forêts, les écoles privées et publiques doivent être soumis au contrôle permanent des Alliés[3].

Pour Norbert de Bischoff, « ainsi s'effondrait après une chute sans égale, un des plus grands empires qu'ait connus l'histoire moderne ».

« Mais si ce document fut signé par le gouvernement ottoman d'Istanbul, la plupart des Turcs, dans la presque totalité du pays, ne reconnaissaient que l'autorité du gouvernement d'Ankara dirigé par Mustafa Kemal qui, lui, refusait catégoriquement ce traité et ses clauses. »[4]. Craignant de voir leur pays partagé entre les Empires coloniaux européens, les Turcs se soulèvent en masse, s'enrôlent dans l'armée kémaliste et déclenchent la Guerre d'indépendance turque en . Les kémalistes sont victorieux au bout de quatre années de conflit. Le traité de Sèvres, non ratifié par tous ses signataires, est finalement révisé par le traité de Lausanne (), conclu avec la Turquie moderne d’Atatürk. Mieux encore pour la Turquie, le traité de Kars, conclu en octobre 1921 avec la Russie soviétique, lui permet de récupérer le territoire de Kars perdu en 1878 par les sultans et de bénéficier de l'armement soviétique dans sa lutte contre les Arméniens, les Grecs et la Triple-Entente. Les traités de Kars et de Lausanne sont en revanche désastreux pour l'Arménie, ainsi partagée à nouveau entre Turquie et Russie, et pour la Grèce. Cette dernière qui, après s'être émancipée de la protection obligatoire que les grandes puissances lui avaient imposée à la suite de la guerre d'indépendance grecque[3] et après avoir été à deux doigts de réaliser sa Grande Idée, perd tous ses acquis et doit, en plus, accueillir un million et demi de réfugiés grecs d'Asie mineure (tandis que plus de 300 000 autres, notamment dans la région du Pont et en Cilicie, doivent se convertir à l'islam et passer à la langue turque pour survivre)[5] : c'est la « grande catastrophe ».

La Palestine[modifier | modifier le code]

Carte du partage de l'Empire ottoman au Proche-orient.

Les trois principes de la déclaration Balfour de 1917 au sujet de la Palestine furent repris dans l'article 95 du traité de Sèvres : "Les Hautes Parties contractantes sont d'accord pour confier, par application des dispositions de l'article 22, l'administration de la Palestine, dans les frontières qui seront déterminées par les Principales Puissances alliées, à un mandataire qui sera choisi par lesdites Puissances. Le mandataire sera responsable de la mise à exécution de la déclaration originairement faite par le Gouvernement britannique et adoptée par les autres Puissances alliées, en faveur de l'établissement en Palestine d'un foyer national pour le peuple juif, étant bien entendu que rien ne sera fait qui pourrait porter préjudice aux droits civils et religieux des Communautés non juives en Palestine, non plus qu'aux droits et au statut politique profitant aux juifs dans tout autre pays. [...]"

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Florian Louis,, Incertain Orient, Paris, PUF, , 420 p. (ISBN 978-2-13-074910-3), P 190
  2. (en) Kubilay Yado Arin, « Turkey and the Kurds – From War to Reconciliation? », UC Berkeley Center for Right Wing Studies Working Paper Series,‎ (lire en ligne)
  3. a b et c Édouard Driault et Michel Lhéritier, Histoire diplomatique de la Grèce de 1821 à nos jours. Tome V, Paris, PUF, 1926, p. 381-385.
  4. Article sur Herodote.net
  5. (tr) Ömer Asan, Pontos Kültürü (« La culture du Pont »), Trabzon, 1996 (ISBN 975-344-220-3)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]