Royaume de Hongrie (1718–1867)

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Royaume de Hongrie
Magyar Királyság

juillet 1718 – mars 1867

Drapeau
Drapeau
Blason
Armoiries
Informations générales
Statut Monarchie absolue
Capitale Pressburg (Bratislava, jusqu'en 1848)
Pest (1848-1867)
Langue latin (avant 1784 ; 1790-1844)
allemand (1784-1790; 1849-1867)
hongrois (1844-1849)
Monnaie Florin austro-hongrois
Histoire et événements
21 juillet 1718 Traité de Passarowitz
18 février 1867 Compromis austro-hongrois

La réunification du Royaume de Hongrie sous l'égide des Habsbourg au terme de leur « Longue Guerre » contre les Ottomans, est complète aux termes du traité de Passarowitz, par lequel le Banat, dernier territoire hongrois encore ottoman, rejoint à son tour le royaume le 21 juillet 1718.

Conquête par les Habsbourg et réunification sous leur égide[modifier | modifier le code]

L'échec ottoman devant Vienne détermine les Habsbourg à repenser leurs stratégie en Hongrie royale, remettant en cause la prééminence obtenue en 1568 par les Ottomans dans la plaine hongroise à la paix d'Andrinople[1].

Les opérations de reconquête de la fin du XVIIe siècle se concentrent autour de la plaine de Hongrie, occupée depuis le milieu du XVIe siècle[2]. Ainsi, dès le dégagement de Vienne, les généraux au service des Habsbourg planifient une reconquête systématique de la plaine hongroise, menée de façon méthodique à partir de 1684 : les années 1684 et 1685 sont ainsi consacrées à la conquête de positions indispensables à un succès en Hongrie centrale, Ersekujvar sur la rive gauche du Danube, Esztergom sur la rive droite, succès de faible importante tactique mais d'une grand importance stratégique[3].

Ainsi, après la conquête de Buda en 1686, les opérations se concentrent rapidement autour de la forteresse de Belgrade, conquise par les Impériaux une première fois en 1688, puis perdue en 1690[4]. Rapidement, ces opérations, ainsi que le succès de Buda, sont utilisées par les Habsbourg et leur propagande, dans les années qui suivent, puis au cours du XIXe siècle[5].

Le royaume de Hongrie au XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

En 1718, la réunification du royaume hongrois médiéval, limitée par la paix de 1699, est achevée au traité de Passarowitz[6] par la conquête du Banat[7] ; cette réunification territoriale sous le sceptre des Habsbourg n'est cependant pas politiquement totale car ni le Banat ni la Transylvanie ne sont rattachés directement au royaume de Hongrie proprement-dit (ce ne sera fait qu'en 1867) mais placés sous le contrôle de Vienne qui y nomme des gouverneurs autrichiens et y établit de nouveaux confins militaires ; la principauté hongroise de Transylvanie retrouve ses limites d'avant 1526, sans le partium, et devient un grand-duché à l'autonomie désormais réduite[8].

Révoltes nobiliaires[modifier | modifier le code]

Une des raisons qui ont incité les Habsbourg à limiter le pouvoir de la noblesse hongroise, c'est qu'en dépit du danger ottoman, les nobles n'ont cessé de se révolter contre le pouvoir centralisateur de Vienne, en s'appuyant sur la bulle d'or accordée en 1222 par le roi André II à la noblesse et aux communes du royaume : dans ce contexte, leur révolte contre le souverain arbitraire constitue un devoir des sujets hongrois[9]. Ces révoltes nobiliaires fréquentes en Hongrie royale au fil des XVIe et XVIIe siècles sont motivées par le souhait des nobles hongrois de préserver leurs privilèges et leur puissance dans leur royaume[10]. Le XVIIIe siècle est marqué par la grande révolte de 1711 et par l'arrivée sur le trône de la branche féminine de la famille de Habsbourg, incarnée par Marie-Thérèse. Ensuite, aucune révolte d'importance ne se développe entre 1711 et 1790[10].

Ces révoltes sont également le fruit de la politique menée par les Habsbourg dans le royaume : les nobles sont en effet souvent l'objet de limitations de leurs privilèges et de tentatives d'augmenter leurs devoirs envers le roi et ses représentants[11] ; en outre, la contre-Réforme soutenue sur place par Jésuites, indispose l'aristocratie souvent protestante, ainsi qu'une partie de la population du royaume réunifié[12], notamment dans l'Est, qui jusqu'en 1699 était administré par la principauté de Transylvanie (que l'historiographie hongroise moderne nomme « royaume de Hongrie orientale ») où s'appliquait l’édit de tolérance de 1568 par lequel tant le luthéranisme que le calvinisme et l'unitarisme étaient, à égalité avec le catholicisme, des « religions acceptées » (receptæ ).

Réorganisation et administration[modifier | modifier le code]

Après la conquête par les Habsbourg, les anciens comitats du royaume hongrois médiéval, de taille très variable et marquetés par des enclaves de droit spécifiques, sont réorganisés en 52 Bezirke de taille plus ou moins égale : 33 dans le royaume de Hongrie proprement-dit, 10 dans le grand-duché de Transylvanie, 3 dans le royaume de Croatie, 3 en Slavonie et 3 dans le Banat[13]. Toutefois, ces Bezirke sont confiés à des főispán hongrois, représentant le roi, mais aussi les habitants face aux demandes royales. Le főispán bénéficie d'une forte autonomie pour la gestion des affaires locales : en effet, le Bezirk est compétent pour la totalité des domaines dans lesquels l'administration royale exerce ses pouvoirs[14]; il dispose de la possibilité de lever des impôts spécifiques, dont le produit est affecté à des tâches précises. De plus, le főispán dispose de compétences judiciaires importantes, puisqu'il instruit les affaires portées à sa connaissance[15]. Dans les faits, le főispán, un grand noble du royaume, est souvent absent de sa circonscription, mais ses délégués sur place constituent une administration dirigée par un alispán[15].

En 1726, le roi Charles III crée le conseil de lieutenance, destiné à le seconder dans l'administration du royaume. Ainsi, au cours du siècle, le pouvoir royal se renforce, remettant toujours plus en cause l'importance de la noblesse dans la vie politique du royaume[13].

Le royaume au sein des possessions Habsbourg[modifier | modifier le code]

Au cours du XVIIIe siècle, les principaux représentants politiques hongrois s'affirment comme les principaux défenseurs de Marie-Thérèse, notamment le 24 septembre 1741, lors du sacre de la fille de Charles III; à cette occasion, les nobles arriment définitivement le royaume de Hongrie aux possessions Habsbourg[10].

Il apparaît rapidement que le royaume constitue la base du pouvoir du souverain Habsbourg du XVIIIe siècle; en effet, la satisfaction des ambitions des princes intéressés par le dépeçage des possessions des Habsbourg aurait laissé à Marie-Thérèse les seuls royaume de Hongrie et Grand-duché de Toscane[16].

Le royaume au XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Tourmente révolutionnaire[modifier | modifier le code]

En ce milieu de XIXe siècle, après les guerres napoléoniennes, un vent de réforme soufflait en Hongrie. Le gouvernement autrichien restait féodal, centralisé à Vienne, et sourd aux demandes de changement.

Depuis 1830, István Széchenyi et Miklós Wesselényi portaient des volontés de réformes. Le courant national conservateur d'Aurél Dessewffy (en), György Apponyi, Sámuel Jósika (hu) et István Széchenyi demande une réforme garantissant la primauté de l'aristocratie. Un mouvement libéral porté par Lajos Batthyány, Ferenc Deák et Lajos Kossuth demande, lui, la suppression des droits féodaux et plus d'autonomie (une dose de parlementarisme hongrois). Enfin le mouvement des « Jeunes hongrois », avec Sándor Petőfi, Pál Vasvári (hu) et Mihály Táncsics, souhaite établir une république, dut-il en passer par une révolte armée.

Pour tenter de juguler ces tendances, l'empereur d'Autriche Ferdinand V nomme György Apponyi comme vice-chancelier du royaume de Hongrie et Sámuel Jósika pour la Transylvanie, renforçant ainsi les pouvoirs centralisés.

Le Printemps des Peuples en Hongrie[modifier | modifier le code]

Le , Lajos Kossuth fait une déclaration devant le parlement hongrois pour réaffirmer ses revendications libérales[17].

Le , une délégation hongroise se rend alors à Vienne y transmettre leurs souhaits[18]. Lajos Kossuth succède le au ministre-président libéral Lajos Batthyány. À la suite des événements révolutionnaires autrichiens, on empêche l'empereur Ferdinand Ier d'être reconnu roi de Hongrie[19].

Toutefois, des dissensions apparaissent entre révolutionnaires magyars, slaves et latins. Les révolutionnaires magyars sont plutôt républicains, jacobins et centralisateurs : ils souhaitent unifier la Hongrie en supprimant l'autonomie politique et linguistique de la Croatie-Slavonie et de la Transylvanie. En revanche, les Slaves, les Allemands et les Roumains de Hongrie sont majoritairement modérés, fédéralistes et partisans d'un empire constitutionnel. Dans le Banat de Josif Rajačić, le mouvement nationaliste serbe déclare l'autonomie ; en Croatie, Josip Jelacic en fait autant et crée sa propre armée, tout comme les Roumains de Transylvanie, menés par Avram Iancu, et les Slovaques du nord de la Hongrie. Des troubles se font jour chez les Italiens de la côte dalmate.

Fin août Josip Jelačić est nommé gouverneur de Croatie. Le 11 septembre, il déclare la guerre à la Hongrie. Le 29, ses troupes sont repoussées à Pákozd par les Hongrois[20]. C'est le premier fait d'armes de la révolution hongroise de 1848.

La Hongrie crée aussi sa propre armée sur la base des gardes nationaux : Franz Lambert est à sa tête en septembre 1848. Le 30, elle bat les Autrichiens et attaque Vienne. Toutefois, en octobre, les Hongrois sont vaincus à Schwechat et contraints de se replier vers la Hongrie par Windisch-Grätz et Jelačić. Le 2 décembre, François-Joseph Ier d'Autriche monte sur le trône et ne respecte pas les promesses de son prédécesseur. Artúr Görgey réorganise l'armée qui compte jusqu'à 170 000 soldats. Józef Bem prend Cluj/Kolozsvar en Transylvanie, d'où il chasse les fédéralistes.

Le décret impérial octroyant la constitution de mars pour la Hongrie comme pour l'Autriche déboucha le sur un soulèvement pour l'indépendance[21]. Afin d'écraser l'insurrection, l'armée impériale, menée par Alfred de Windisch-Graetz marche sur la Hongrie dès l'hiver et remporte plusieurs victoires, notamment à Kápolna les 26 et 27 février. Les villes de Buda et Pest sont prises en mars[22]. Mais, devant l'armée révolutionnaire renforcée par des corps francs et des émigrants polonais, elle doit se retirer le .

Le , la Diète de Hongrie annonce son indépendance vis-à-vis de la maison des Habsbourg-Lorraine et proclame la république[23],[22]. Lajos Kossuth est alors nommé régent et investi des pleins pouvoirs[24].

Le 23 avril, les Hongrois reprennent Pest, le 30 la forteresse de Buda, faisant craindre aux Autrichiens un enlisement dans une guerre longue[22]. Cependant, les autres États européens ne reconnaissent pas l'indépendance de la Hongrie, alors que des renforts autrichiens, libérés par la défaite des révolutions dans d'autres parties de l'Empire (le printemps 1849 marque notamment aussi la victoire autrichienne en Italie du nord), commencent à arriver.

Mars 1849 marque le revers de fortune de la révolution hongroise. Ainsi, les troupes russes prêtent assistance à l'armée autrichienne le , alors que celle-ci prépare une nouvelle offensive pour l'été. Dès lors, les autres États européens se désolidarisent de la révolution hongroise, alors que les armées autrichiennes et russes attaquent sur tous les fronts. Elles écrasent finalement la révolution hongroise[25].

Sous les coups de boutoir autrichiens et russes, les Hongrois subissent une série de défaites. Le général autrichien Haynau se lance vers l'est, devant un ennemi désormais surclassé. Il remporte une série de victoires à Pered (20 juin) et à Győr (28 juin) (batailles de Komárom) et reprend Buda et Pest en juillet[26]. Il poursuit ensuite son adversaire vers l'est. En Transylvanie, l'armée russe l'emporte lors de la bataille de Segesvár (en) le 31 juillet, puis celle de Debrecen le 2 août. De leur côté, les Autrichiens écrasent les révoltés à Szőreg (en) le 5 août, et à Temesvár (en) le 9, scellant le destin de la révolution. Kossuth se retire le 11. Le , les dernières unités hongroises capitulent à Világos[27],[28]. Ce n'est cependant que le 2 octobre que les derniers révolutionnaires hongrois capitulent face aux Autrichiens dans la forteresse de Komárom[28].

Entretemps, le 28 juillet, les députés du parlement hongrois consentent enfin à déclarer l'égalité de droit entre les différents peuples constituant la Hongrie, il est toutefois trop tard[22].

Dans les semaines qui suivirent, plus de cent meneurs du soulèvement hongrois furent exécutés à Arad. Le , au jour anniversaire de la révolution d'octobre à Vienne, l'ancien ministre-président Batthyány fut exécuté à Pest[29],[28]. Les treize martyrs d'Arad (en hongrois : aradi vértanúk) sont treize généraux qui furent exécutés en 1849 à la suite de la révolution hongroise de 1848 contre le pouvoir des Habsbourg.

Répression et nouveau départ[modifier | modifier le code]

Par la répression du mouvement révolutionnaire hongrois, tous les acquis de la révolution hongroise de 1848 sont perdus, un régime militaire est instauré, dans le cadre du système de Bach, néojosephiste. Le gouvernement de Vienne y voit l'occasion de réorganiser l'empire des Habsbourg sur d'autres bases. Ainsi, en 1860, le royaume de Hongrie se voit octroyer le plein contrôle sur le Banat, jusqu'alors autonome et régi directement depuis Vienne[30] ; par le compromis austro-hongrois de 1867, la Transylvanie est également intégrée de plein-droit au Royaume, dont les comitats sont rétablis mais avec des limites simplifiées et au nombre de 64.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Jean Bérenger, Le siège de Bude de 1686, Dix-septième siècle, vol. 4, no 229, 2005, page 591
  2. Bérenger, 2005, p. 592
  3. Bérenger, 2005, p. 595
  4. Jean Nouzille, La campagne décisive du prince Eugène en Hongrie (1697), Dix-septième siècle, vol. 4, no 229, 2005, p. 630
  5. Bérenger, 2005, p. 603
  6. Jean Tulard (dir.), Les empires occidentaux, de Rome à Berlin, 2007
  7. Bled, 2012, p. 416
  8. Lucas Joseph Marienburg, Zeitschrift für Siebenbürgische Landeskunde, Band 19, Neudruck 1986 aus 1813, Böhlau 1996, Ignaz de Luca, article Das Großfürstenthum Siebenbürgen in: « Geographisches Handbuch von dem Oestreichischen Staate » Band 4 « Ungarn Illyrien und Siebenbürgen », éd. J. V. Degen, Vienne 1791, pp. 491–549, et la carte „Bezirke Siebenburgens” dans A. Petermanns Geographische Mittheilungen, éd. Justus Perthes, Gotha 1857 ; Auguste de Gérando, La Transylvanie et ses habitants (2 volumes), Imprimeurs-Unis, Paris 1845.
  9. Hartwig Brandt, Europa 1815-1850, Stuttgart, Kohlhammer, 2002 (ISBN 3-17-014804-4), p. 340
  10. a b et c Vajda, 2011, p. 24
  11. Harai, 2009, p. 326
  12. Harai, 2009, p. 335
  13. a et b Vajda, 2011, p. 25
  14. Vajda, 2011, p. 26
  15. a et b Vajda, 2011, p. 27
  16. Tulard, 1997, p. 346
  17. Botzenhart 1998, p. 124
  18. Gall 1998, p. 100
  19. Brandt 2002, p. 202
  20. Botzenhart 1998, p. 128
  21. Brandt 2002, p. 208
  22. a b c et d Botzenhart 1998, p. 236
  23. Gall 1998, p. 86
  24. Gall 1998, p. 98
  25. Nipperdey 1994, p. 646
  26. Leathes, Prothero et Vard, The cambridge modern history
  27. Siemann 1985, p. 216
  28. a b et c Botzenhart 1998, p. 238
  29. (en) « Hungary's War of Independence », sur historynet (consulté le 5 février 2013)
  30. Bled, 2012, p. 418

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]