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Ricardo Viñes

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Ricardo Viñes
Description de cette image, également commentée ci-après
Ricardo Viñes en 1919.

Naissance
Lérida, Drapeau de l'Espagne Espagne
Décès (à 68 ans)
Barcelone, Drapeau de l'Espagne Espagne
Activité principale Pianiste
Formation Conservatoire de Paris
Maîtres Charles de Bériot, Benjamin Godard, Albert Lavignac

Répertoire

Ricardo Viñes, né le à Lérida et mort le à Barcelone, est un pianiste espagnol.

Il a été l'ami de Maurice Ravel, Claude Debussy et Manuel de Falla, qui lui dédie sa Nuit dans les jardins d'Espagne. Il a été le professeur de piano de Francis Poulenc.

Réunion de musiciens chez M. Godebski par Georges d'Espagnat (1910, Paris, Bibliothèque-musée de l'Opéra). Ce tableau montre Cipa Godebski et son fils Jean chez eux 22 rue d'Athènes à Paris, entourés de musiciens du cercle des Apaches, Florent Schmitt, Déodat de Séverac, Michel-Dimitri Calvocoressi, Albert Roussel, Ricardo Viñes (au piano), Maurice Ravel.

Son père est avocat et sa mère musicienne. Il commence sa formation dans sa ville natale, avec un musicien nommé Joachim Terrasa. Il entre au Conservatoire de Barcelone dès 1885. Il remporte son prix de piano dans la classe de Juan Pujol en 1887. Il s'installe ensuite à Paris. Il se perfectionne au Conservatoire de Paris, dans la classe de Charles de Bériot et obtient son premier prix en 1894. Il étudie la musique de chambre avec Benjamin Godard et l'écriture et l'harmonie avec Albert Lavignac[1],[2]. Maurice Ravel et Viñes étudient dans la même classe et s'influencent mutuellement. Il fera partie du cercle des Apaches de 1902 à 1914 et il trouva le nom du groupe[3].

Il se produit pour la première fois en 1895. Il deviendra un fervent défenseur de la musique française et espagnole[1]. En 1905, il donne une série de concerts qui couvrent la musique pour clavier de Cabezon à Debussy. Il donne des concerts à Londres, Berlin ou d'autres centres musicaux, mais sa carrière se déroule essentiellement à Paris[1]. Il est, entre 1916 et 1919, un intervenant actif dans les samedis de la salle Huyghens.

De 1930 à 1935, il vit en Amérique du Sud. À son retour il joue les œuvres du jeune Olivier Messiaen. Il prendra sa retraite à Barcelone[2].

« Pianiste extraordinaire, particulièrement ouvert à la musique contemporaine »[4], Viñes a créé la plupart des plus grands chefs-d'œuvre de Debussy : Pour le piano (1902), Estampes (1904), L'Isle joyeuse (1905), Masques, Images, première (1905) et deuxième série (1908) ; ainsi que de Ravel : Menuet antique (), Pavane pour une infante défunte (), Jeux d'eau (), Miroirs () et Gaspard de la nuit (janvier 1909).

Ce dernier lui dédia le Menuet antique et la deuxième pièce des Miroirs, intitulée Oiseaux tristes[5]. Il assurera la création d'autres œuvres de Fauré, Delannoy, Poulenc, Sauguet, Duret, Schmitt et Tailleferre[2].

Falla lui dédie les Nuit dans les jardins d'Espagne, Debussy lui offre Poissons d'or (livre II des Images), Enrique Granados El fandango de candil (des Goyescas) et Satie ses Pièces froides[2].

Viñes est reconnu pour ses interprétations de la musique française et espagnole et d'œuvres russes. Ses contemporains Erik Satie, Déodat de Séverac et Isaac Albéniz figurèrent à son répertoire[a]. Il fit connaître les compositions d'Eduardo Caba.

Ricardo Viñes a tenu un journal pendant une vingtaine d'années, jusqu'en 1915. C'est un témoignage sur la vie musicale, artistique et de toute la société qu'il fréquenta : les salons parisiens, les peintres et les écrivains du courant symboliste. Lié d'amitié avec Gustave Fayet et Odilon Redon, il séjourne à plusieurs reprises à l'abbaye de Fontfroide. Dans son journal, l'on découvre un Ricardo Viñes intime, catholique convaincu et homme passionné :

« […] Le soir, pour la première fois depuis mon arrivée, nous avons fait de la musique dans la salle réservée à cet usage. Nous avons d’abord joué à quatre mains, Burgsthal et moi, la Symphonie en la de Borodine, le Capriccio espagnol de Rimski et les Reflets d’Allemagne de Schmitt. Ensuite, moi seul, les Danzas españolas en do mineur et mi mineur de Granados, les Sevillanas et Granada d’Albéniz, enfin la Sérénade et le Scherzo en la bémol majeur de Borodine. Puis Burgsthal joua sur l’harmonium deux pièces de Franck que je lui demandai : celle si funèbre en fa dièse mineur et celle en mi majeur qui semble être un vieux Noël et qui est, d’après moi, la plus belle de tout le recueil. Je les écoutai appuyé au grand vitrail, regardant le cimetière éclairé par la lune, je pensai à maman et je pleurai presque. Que c’est beau la musique de Franck dans ce monastère, avec cette lumière venant du cimetière. »

— Ricardo Viñes, Journal inédit, dimanche 10 septembre 1911[7].

« […] discussion religieuse qui a duré jusque dans l’après-midi. Elle a été d’une rare violence : moi contre tous, c’est-à-dire contre Mme Fayet, Bacou, Ginette Borrel et les Burgsthal, actuellement bouddhistes. Mon idée c’est de convertir les Burgsthal. »

— Ricardo Viñes, Journal inédit, samedi 17 septembre 1911[8].

Ses notes quotidiennes relatent de nombreux détails, comme sur les panneaux (Le Jour, la Nuit, le Silence[9]) qu'Odilon Redon peint en 1911-1912 dans la bibliothèque de Fontfroide :

« [Redon] me fit poser un moment pour me faire figurer dans un second panneau décoratif de la bibliothèque afin de représenter un feu follet. C’est fort bien venu (rien qu’une tête). Plus tard, j’ai pris des photos de ce panneau, avec Redon devant. »

— Ricardo Viñes, Journal inédit, samedi 10 septembre 1910[10].

Enregistrements

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De célèbres musiciens ont été gravés dès les débuts de l'ère de la musique enregistrée (certains même sur cylindre) : Debussy, Paderewski, Raoul Pugno (1903), Risler, Saint-Saëns (en 1904), par exemple[11]. Ricardo Viñes ignorera le disque durant toutes ces années. Il y viendra à la fin des années 1920 (comme Toscanini) lorsque l’enregistrement électrique améliora la qualité sonore[12]. Il reste un pianiste de concert, un interprète. Il jouera au disque comme au concert. Sa technique de jeu, fondée sur la recherche de sonorités et sur un travail complexe des pédales, suivant les conseils de Debussy, passe moins bien au disque.

Viñes enregistre en 1929–1930 à la demande de HMV/Columbia France. Cette société s’était équipée en 1926 pour l’enregistrement électrique. Ce premier contrat est sans doute signé en 1928 ; il lui permet d’enregistrer plusieurs disques avec des œuvres de Debussy qui lui avaient été dédiées, d'Albéniz, Blancafort, Turina et Falla. Ces disques seront distribués en France et à l’étranger, les chiffres de ventes seront dérisoires. Il s’agit, pour l’époque, de musique savante contemporaine ou « musique moderne » (comme l'annonçaient certaines affiches de concerts de Ricardo Viñes). Ainsi, le disque Albeniz/Blancafort (LFX-73) sera vendu à 796 exemplaires dans l’année de sa sortie.

En 1936, sous contrat avec la filiale française de Gramophone, ses enregistrements sont consacrés à des compositeurs sud-américains et à Gluck. Le legs discographique et radiophonique de Ricardo Viñes est réduit[13].

Compositions

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Comme compositeur, l'œuvre de Viñes la plus connue reste ses hommages : deux hommages à Séverac et Satie (1924), et En Verlaine mineur à Gabriel Fauré, Menuet spectral, en mémoire de Maurice Ravel (1938), Thrénodie, ou Funérailles antiques : hommage à la mémoire d'Erik Satie (1927), Crinoline ou La Valse au temps de la Montijo, à Léon-Paul Fargue (1927)[14].

Ricardo Viñes a écrit des articles sur la musique espagnole, parus dans des publications en France et en Espagne. On les trouve dans le Journal inédit de Ricardo Viñes : Odilon Redon et le milieu occultiste (1897-1915) (recueilli et annoté par Suzy Levy), Aux Amateurs de livres, (1re éd. 1980), xxx-236 (ISBN 2-905053-25-9, OCLC 807864059)

Notes et références

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  1. Ricardo Viñes et Déodat de Séverac étaient très liés depuis 1906. Moins d’un mois après la mort de Séverac, le 19 avril 1921, voulant rendre hommage à son ami, Viñes décide d’organiser un concert, salle Érard à Paris. Il a lieu avec la collaboration de la soprano Fanny Malnory-Marseillac. Avant la prestation musicale, Joseph Boyer donne une brève conférence où il brosse un portrait de Déodat de Séverac. Le Travail du 24 avril rend compte de la soirée : « […] tous ceux qui conservent un souvenir ému du concert de l’an dernier aux Variétés et du concert de cet hiver à Tolosa seront heureux de penser que l’artiste qu’ils admiraient s’est surpassé lui-même, mardi dernier à la salle Erard ! […] Ricardo Viñes devait à la mémoire de son ami et se devait à lui-même, d’être hors pair la première fois où il présentait aux Parisiens un programme entier de cette œuvre qu’il a tout fait pour répandre du vivant même de Séverac […]. Sans doute les souvenirs des randonnées cerdanes ou des séjours en Espagne revenaient. Il y eut foule à l’ami blessé dans son affection […]. Jamais Viñes n’a été plus beau que ce soir là ! »[6].

Références

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  1. a b et c Baker 1995, p. 4421.
  2. a b c et d Pâris 2015, p. 916.
  3. (en) Arbie Orenstein, Ravel: Man and Musician, Courier Corporation, (ISBN 978-0-486-26633-6, lire en ligne), p. 28
  4. Honegger 1993, p. 1305.
  5. Programme de salle du concert de Bertrand Chamayou intitulé "Intégrale Ravel" le vendredi 7 mars 2025 à la Philarmonie de Paris, dans la Grande Salle Pierre Boulez. Lien de consultation du pdf
  6. Màrius Bernadó et al 2007, p. 53–85.
  7. Màrius Bernadó et al 2007, Nina Gubisch-Viñes, « Les séjours de Ricardo Viñes à Fontfroide relatés à travers son journal », p. 87–105.
  8. Màrius Bernadó et al 2007, p. 87–105.
  9. « Odilon Redon à l'Abbaye de Fontfroide », dans revue Chefs-d'œuvre de l’art. L'art ornemental, n° 9, 1970, Publication mensuelle de Hachette - Fabbri – Skira.
  10. Màrius Bernadó et al 2007, Les feux follets figurent dans le panneau La nuit, p. 87–105.
  11. Màrius Bernadó et al 2007, p. 109–141.
  12. Piero Coppola, Dix-sept ans de vie musicale à Paris, Genève, Slatkine, 1973.
  13. Màrius Bernadó et al 2007, Alfred Cortot par exemple, sur la même période, a cinq fois plus d'enregistrements à son actif.
  14. [vidéo] « Quatre hommages », sur YouTube (vidéo indisponible) Autre support: "Quatro homenajes", sur YouTube

Bibliographie

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Monographies

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  • (fr + es + ca) Màrius Bernadó i Tarragona (dir.) et Francesc Gabbarell (coord.), Ricard Viñes : le pianiste des avant-gardes / el pianista de les avantguardes / el pianistas de les vanguardias, Lérida, IMAC (Institut Municipal d'Acció Cultural), , 467 p. (ISBN 978-84-89781-94-8 et 84-89781-94-X, OCLC 804464748).
  • Mildred Clary (avec l'aimable collaboration de Nina Gubisch-Viñes), Ricardo Viñes : un pèlerin de l'absolu, Arles, Actes Sud, coll. « Réminiscences », , 294 p., Disque-livre relié (ISBN 978-2-7427-9337-2, OCLC 756749473)

Articles, notices, chapitres d'ouvrages

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Correspondances

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Liens externes

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