Ricardo Viñes

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Ricardo Viñes
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Ricardo Viñes en 1919.
Naissance
Lérida, Drapeau de l'Espagne Espagne
Décès (à 68 ans)
Barcelone, Drapeau de l'Espagne Espagne
Activité principale Pianiste
Formation Conservatoire de Paris
Maîtres Charles de Bériot, Benjamin Godard, d'Albert Lavignac

Répertoire

Ricardo Viñes, né le à Lérida en Catalogne et mort le à Barcelone, est un pianiste espagnol.

Il doit en partie sa notoriété à son amitié avec Maurice Ravel, Claude Debussy et Manuel de Falla, qui lui dédia sa Nuit dans les jardins d'Espagne. Il fut également professeur de piano de Francis Poulenc.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il étudia le piano sous la direction de Charles de Bériot au Conservatoire de Paris. Il fut l'élève de Benjamin Godard et d'Albert Lavignac. Ravel et lui, qui étudièrent dans la même classe, eurent une grande influence réciproque. Il appartint un temps au groupe des Apaches.

Viñes créa quelques-uns des plus grands chefs-d'œuvre pianistiques de Debussy : Pour le piano (1902), Estampes (1904), L'Isle joyeuse (1905), Masques, Images, première (1905) et deuxième série (1908) ; ainsi que de Ravel : Menuet antique (avril 1898), Pavane pour une infante défunte (avril 1902), Jeux d'eau (avril 1902), Miroirs (janvier 1906) et Gaspard de la nuit (janvier 1909). Ce dernier lui dédia le Menuet antique et la deuxième pièce des Miroirs, intitulée Oiseaux tristes. Viñes est reconnu pour ses interprétations de la musique française et espagnole et d'œuvres russes. Outre les compositeurs précédemment cités, ses contemporains Erik Satie, Déodat de Séverac et Isaac Albéniz figurèrent à son répertoire[1].

Comme compositeur, l'œuvre de Viñes la plus connue reste ses hommages :

  • Deux hommages à Séverac et Satie (1924),
  • Quatre hommages : En Verlaine mineur à Gabriel Fauré, Menuet spectral, en mémoire de Maurice Ravel (1938), Thrénodie, ou Funérailles antiques: hommage à la mémoire d'Erik Satie (1927), Crinoline ou La Valse au temps de la Montijo, à Léon-Paul Fargue (1927).

Viñes publia plusieurs écrits sur la musique espagnole.

Le journal de Ricardo Viñes[modifier | modifier le code]

Ricardo Viñes a tenu pendant une vingtaine d'années un journal (jusqu'en 1915), extraordinaire témoignage de la vie musicale, artistique et de toute une société qu'il fréquenta (en particulier les salons parisiens, les peintres et les écrivains du courant symboliste). Lié d'amitié avec Gustave Fayet et Odilon Redon, il séjourna à plusieurs reprises à l'abbaye de Fontfroide. Dans son journal, l'on découvre un Ricardo Viñes intime, catholique convaincu et homme passionné :

« […] Le soir, pour la première fois depuis mon arrivée, nous avons fait de la musique dans la salle réservée à cet usage. Nous avons d’abord joué à quatre mains, Burgsthal et moi, la Symphonie en la de Borodine, le Capriccio espagnol de Rimski et les Reflets d’Allemagne de Schmitt. Ensuite, moi seul, les Danzas españolas en do mineur et mi mineur de Granados, les Sevillanas et Granada d’Albéniz, enfin la Sérénade et le Scherzo en la bémol majeur de Borodine. Puis Burgsthal joua sur l’harmonium deux pièces de Franck que je lui demandai : celle si funèbre en fa dièse mineur et celle en mi majeur qui semble être un vieux Noël et qui est, d’après moi, la plus belle de tout le recueil. Je les écoutai appuyé au grand vitrail, regardant le cimetière éclairé par la lune, je pensai à maman et je pleurai presque. Que c’est beau la musique de Franck dans ce monastère, avec cette lumière venant du cimetière (JRV : dimanche 10 septembre 1911)[2].

[…] discussion religieuse qui a duré jusque dans l’après-midi. Elle a été d’une rare violence : moi contre tous, c’est-à-dire contre Mme Fayet, Bacou, Ginette Borrel et les Burgsthal, actuellement bouddhistes. Mon idée c’est de convertir les Burgsthal (JRV : samedi 17 septembre 1911)[3]. »

Ses notes quotidiennes relatent ainsi de nombreux faits comme les panneaux (Le Jour, la Nuit, le Silence[4]) qu'Odilon Redon peint en 1911-1912 dans la bibliothèque de Fontfroide :

« [Redon] me fit poser un moment pour me faire figurer dans un second panneau décoratif de la bibliothèque afin de représenter un feu follet. C’est fort bien venu (rien qu’une tête). Plus tard, j’ai pris des photos de ce panneau, avec Redon devant (JRV : samedi 10 septembre 1910)[5]. »

Les enregistrements de Ricardo Viñes[modifier | modifier le code]

De célèbres musiciens notamment pianistes ont été gravés dès les débuts de l'ère de la musique enregistrée (certains l'ont même déjà été sur cylindre) : Debussy, Paderewski, Raoul Pugno (1903), Risler, Saint-Saëns (en 1904) pour n'en citer que quelques-uns[6]. Ricardo Viñes, quant à lui, ignore le disque durant toutes ces années. Il n'y viendra qu’à la fin des années 1920 (comme beaucoup d’autres, notamment Toscanini) lorsque les avancées techniques dues à l’enregistrement électrique améliorèrent sensiblement la qualité sonore de la musique enregistrée[7]. Avant cela, il reste donc un pianiste de concert, un interprète, qu'on ne peut entendre qu'au concert. Il jouera d'ailleurs au disque comme au concert. Sa technique de jeu était fondée sur la recherche de sonorités et sur un travail complexe des pédales, suivant en cela les conseils de Debussy. Mais ces effets passent moins bien au disque.

Lorsqu’enfin Viñes passe dans les studios, en 1929-1930, c’est à la demande de Columbia France, société qui s’était équipée en 1926 pour utiliser la technologie de l’enregistrement électrique. Ce premier contrat (sans doute signé en 1928) permettra au pianiste catalan d’enregistrer plusieurs disques avec des œuvres de Debussy qui lui avaient été dédiées, Albeniz, Blancafort, Turina et Falla. Ces disques seront bien distribués en France et à l’étranger même si les chiffres de ventes paraissent dérisoires. N’oublions pas qu’il s’agit, pour l’époque, principalement d'œuvres de musique savante contemporaine ou « musique moderne » (comme l'annonçaient certaines affiches de concerts de Ricardo Viñes). Le disque Albeniz/Blancafort (LFX-73) par exemple, sera vendu à 796 exemplaires dans l’année suivant sa sortie . En 1936, cette fois sous contrat avec la filiale française de Gramophone, les enregistrements sont consacrés à des compositeurs sud-américains et à Gluck . Au total, le legs discographique et radiophonique de Ricardo Viñes est réduit, surtout en comparaison à d’autres pianistes également réputés de son temps[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ricardo Viñes et Déodat de Séverac étaient très liés depuis 1906. Moins d’un mois après la mort de Séverac, le 19 avril 1921, voulant rendre hommage à son ami, Viñes décida de l’organisation d’un concert, salle Érard à Paris. Il eut lieu avec la collaboration de la soprano Fanny Malnory-Marseillac. Joseph Boyer précédait leurs prestations musicales d’une brève conférence où il brossait un portrait du maître disparu. Le Travail du 24 avril rendit compte de la soirée : "[...] tous ceux qui conservent un souvenir ému du concert de l’an dernier aux Variétés et du concert de cet hiver à Tolosa seront heureux de penser que l’artiste qu’ils admiraient s’est surpassé lui-même, mardi dernier à la salle Erard ! […] Ricardo Viñes devait à la mémoire de son ami et se devait à lui-même, d’être hors pair la première fois où il présentait aux Parisiens un programme entier de cette œuvre qu’il a tout fait pour répandre du vivant même de Séverac […]. Sans doute les souvenirs des randonnées cerdanes ou des séjours en Espagne revenaient. Il y eut foule à l’ami blessé dans son affection […]. Jamais Viñes n’a été plus beau que ce soir là !" Cité dans Cahours d'Aspry, Jean-Bernard, "Déodat de Séverac et Ricardo Viñes" in Angelo, Mario (d'), La musique à la Belle Époque. Autour du foyer artistique de Gustave Fayet: Béziers, Paris, Fontfroide, Paris, Éditions Le Manuscrit, 2013, p. 53-85.
  2. Gubisch-Viñes, Nina, "Les séjours de Ricardo Viñes à Fontfroide relatés à travers son journal", in Angelo, Mario (d'), La musique à la Belle Époque. Autour du foyer artistique de Gustave Fayet: Béziers, Paris, Fontfroide, Paris, Éditions Le Manuscrit, 2013, p. 87-105.
  3. Gubisch-Viñes, Nina, op. cit, p. 87-105.
  4. « Odilon Redon à l'Abbaye de Fontfroide », revue Chefs-d'œuvre de l’art. L'art ornemental, n° 9, 1970, Publication mensuelle de Hachette - Fabbri – Skira.
  5. Les feux follets figurent dans le panneau La nuit. Gubisch-Viñes, Nina, op. cit., p. 87-105.
  6. Angelo, Mario d', "Musique et musiciens à la Belle Époque", in Angelo, Mario d', La musique à la Belle Époque. Autour du foyer artistique de Gustave Fayet (Béziers, Paris, Fontfroide), Paris, Éditions du Manuscrit, 2013, p. 109-141.
  7. Cf. Coppola, Piero, Dix-sept ans de vie musicale à Paris, Genève, Slatkine, 1973.
  8. Par exemple Alfred Cortot a, sur la même période, cinq fois plus d'enregistrements à son actif. Angelo, Mario d', op. cit.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Clary, Mildred, Ricardo Viñes, Arles, France, Actes Sud, , 288 p., Disque-livre relié (ISBN 978-2-7427-9337-2)
  • Angelo, Mario d' (dir.), La Musique à la Belle Époque. Autour du Foyer artistique de Gustave Fayet - Béziers, Paris, Fontfroide, éditions Le Manuscrit, 2013, (ISBN 978-2-304-04153-8) (numérique) (ISBN 978-2-304-24153-2) (epub).
  • Bernadó i Tarragona, Marius et Gabbarell Francesc (coord.) Ricard Viñes: el pianista de les avantguardes / El pianistas de les vanguardias / Le pianiste des avants gardes, [ouvrage trilingue], Lérida, IMAC (Institut Municipal d'Acció Cultural), Lérida, 2007.

Liens externes[modifier | modifier le code]