Samedis communistes

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Subbotnik par Jan Stieding (de), 2004

Les samedis communistes, ou Subbotniki (singulier : Subbotnik) sont les samedis (en russe : суббота, subbota) durant lesquels les volontaires travaillent bénévolement.

Ils sont instaurés et encouragés par le pouvoir soviétique dans les premiers temps de l'URSS (1919) et dans le cadre du « communisme de guerre ». Ses pays satellites reprennent également cette tradition. De nos jours, les Subbotniki rassemblent des volontaires lors de journées de travail communautaire dans les espaces publics.

Historique[modifier | modifier le code]

Lénine au Subbotnik dans l'enceinte du Kremlin, Moscou, 1920

Les Subbotniki ou samedis communistes sont nés en 1919 ; Lénine en parle dans sa brochure La Grande Initiative du , où il appelle les subbotniki « les réels débuts du communisme »[1]. Ils s'inscrivent à l'origine dans les efforts du communisme de guerre[2].

L'idée vient à Lénine quand le 12 avril 1919, les ouvriers du dépôt de chemins de fer Moscou-Sortyrovotchnaia sur la ligne Moscou-Kazan réparent, sans se faire payer et en dehors de leurs heures de travail, les trois locomotives d'un convoi militaire nécessaire sur le front de l'Est[3],[1].

Le premier samedi communiste panrusse eut lieu le . Des actions symboliques du « travail libéré et joyeux » se déroulent sur la place du Palais d’Hiver (où l'enceinte est détruite) et sur le Champ de Mars (où l'on plante des arbustes) à Petrograd[4]. Lénine participa lui-même aux travaux de déblaiement d'un chantier au Kremlin de Moscou, scène immortalisée par un célèbre tableau de Vladimir Krikhatsky, qui montre le dirigeant soviétique en train de porter une lourde poutre de bois, inspiré de la photographie ci-contre. À la suite de cela, la pratique est institutionnalisée en Union soviétique et elle se poursuit actuellement régulièrement en Biélorussie[1].

Les travailleurs communistes ou sympathisants travaillent gratuitement ces jours-là, au-dehors des heures rémunérées (car le samedi était une journée travaillée) ou en offrant le salaire de ce jour, afin d'aider à l'« exaltante édification du socialisme ».

Les travaux effectués sont de divers ordres : nettoyage des rues, de l’espace urbain et du lieu de travail (ramassage des ordures dans les parcs publics, repeinte des bancs et des clôtures, recouvrement des arbres de chaux, nettoyage des monuments…) ou main-d'œuvre supplémentaire dans les kolkhozes et sovkhozes[1].

Cette manifestation au départ spontanée s'est petit à petit transformée en une corvée obligatoire imposée par le régime dictatorial[5],[6].

À l'apogée du pouvoir soviétique, le subbotnik annuel obligatoire est institué et appelé « subbotnik de Lénine » (Leninskii subbotnik). Il devait se tenir le 22 avril, date que Khrouchtchev avait entre-temps fait fête nationale en l'honneur de Lénine[7]. Le 12 avril 1969, pour célébrer le 50e anniversaire du premier Subbotnik, l'Union soviétique relance le concept et des millions de citoyens se portent volontaires pour un travail supplémentaire au moins jusqu'en 1971[8].

La participation aux subbotniki a été massive : selon la sociologue Christel Lane, en 1975, environ 140 millions de personnes y auraient pris part – sur une population totale de 240 millions d’habitants, et encore en 1981, 119 millions de personnes[1].

La Grande encyclopédie soviétique indique que « la fréquence des subbotniki communistes n’a jamais été stable. Parfois, on organisait des subbotniki toutes les fins de semaines, tandis que l’année suivante, il n’y en avait que quelques-uns »[9]

Certains pays communistes adoptèrent l'habitude des subbotniki, tel la R.D.A., et soumirent également la population à des pressions pour sa participation « observée et enregistrée ». En Tchécoslovaquie, le nom donné à ces journées d'actions collectives non-rémunérées était (en) Action Z, qui ont organisé des travaux à grande échelle et permis à l'Etat l'économie de milliards de couronnes[10],[11].

Dans la même veine, il y eut aussi les dimanches communistes, les voskresniki (du russe voskresenye qui signifie dimanche)[1].

De nos jours[modifier | modifier le code]

Ces dernières années en Biélorussie post soviétique, « les subbotniki républicains ⟨ont été⟩ consacrés à l’édification de la bibliothèque nationale en 2003 ; à la restauration du mémorial de Khatyn  en 2004 ; à celle des monuments commémorant les sacrifices des Soviétiques lors de la Grande Guerre patriotique en 2005 ; à la construction du complexe sportif et culturel Minsk-Arena en 2006 et 2008 ; à la rénovation de l’hôpital des enfants Zubrenok, des bâtiments des écoles et à la construction d’orphelinats en 2007. Lors de ces subbotniki nationaux, plusieurs millions de personnes sont mobilisées »[1].

De nos jours en Russie, il existe encore des missions Subbotnik dans certaines villes mais cela se produit sans pression, véritablement sur une base volontaire et tourne souvent autour de la collecte des ordures et des matières recyclables, le nettoyage des espaces publics ou la fixation d'équipements publics[12],[13],[6]. L'inscrivant dans une démarche contemporaine, le subbotnik devient un « flashmob » deux samedis de chaque saison[14].

Chronologie[modifier | modifier le code]

  • Subbotnik (nettoyage des rives de la rivière Barnaulka de la prolifération des érables) sur le territoire de l'ancienne fonderie d'argent de Barnaul, 13 février 2016
    Le , quinze ouvriers communistes et sympathisants continuèrent bénévolement le travail après leur journée normale au dépôt de la ligne de chemin de fer Moscou-Kazan. Ils s'attelèrent à la réparation de trois locomotives qui furent remises en état pendant la nuit. Au matin, les machines étaient prêtes et purent servir immédiatement à transporter vers le front est (on était en pleine guerre civile) des détachements de soldats rouges de Moscou et de Pétrograd[15],[16].
  • Le fut le premier samedi d'arrondissement, auquel participèrent 205 personnes. Réparation et préparation de 4 locomotives, 16 wagons, chargement et déchargement de trains.
  • Le , c'est le premier subbotnik de masse organisé à l’échelle de la Russie tout entière, auquel Lénine participe ainsi que plus de 425 000 personnes[15].
  • A partir des années 1970, les autorités soviétiques organisent systématiquement un subbotnik[1]
    • aux alentours du , jour de la naissance de Lénine,
    • autour des dates de célébrations et commémorations[17] du pays,
    • à l’échelle de la région, du district, de la municipalité, du lieu de travail ou de l’immeuble d’habitation.
  • En 1997, Alexandre Loukachenko rétablit la tradition des subbotniki en Biélorussie[1].
  • En , les membres de l’Association des étudiants biélorusses de l'université de Grodno refusent de participer au subbotnik national prévu pour le où le recteur Maskevitch a ordonné d’organiser le nettoyage du campus, afin de souligner le caractère contraignant et illégitime de ces pratiques[18].
  • La femme politique russe Galina Chirshina accroche un nichoir lors d’un subbotnik (indiqué « journée de travail communautaire ») dans une forêt préservée à Petrozavodsk, avril 2015
    En , le maire de Moscou Yuri Loujkov plante un arbre dans le parc de Prireny lors d’un subbotnik[19].
  • Le , 400 000 habitants de la région de Primorye auraient participé à un subbotnik[20].
  • Le , plus de trois millions cinq cent mille personnes auraient participé au subbotnik organisé par les autorités biélorusses (pour une population d’environ dix millions d’habitants)[21].
  • Le , tous les parcs de Moscou sont le théâtre d'un subbotnik (indiqué « action solidaire ») pour nettoyer ces espaces publics[22].
  • En , la municipalité de Moscou organise un subbotnik dans différents quartiers de la ville[23].
  • Du au , le festival pan-russe Subbotnik Green Spring 2019 et la Société russe pour la conservation de la nature, appuyés par les employés de Gazprom Transgaz Stavropol LLC, permettent aux volontaires de nettoyer 60 hectares de terre et de recueillir 90 tonnes de déchets[24].

Remarque[modifier | modifier le code]

En Biélorussie postsoviétique, il est désigné « par subbotnik tout travail « volontaire » requis sur les lieux de travail ou d’habitation, même s’il n’est pas effectué le samedi »[1].

Anecdote[modifier | modifier le code]

  • Dans le film Cerise, l'actrice principale est filmée en train de consulter la présente page de Wikipédia francophone.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f g h i et j Hervouet Ronan, Kurilo Alexandre, « Travailler « bénévolement » pour la collectivité : les subbotniki en Biélorussie postsoviétique », Genèses, 2010/1 (no 78), p. 87-104.
  2. (en) Eugenia Sokolskaya, « Subbotniks: Soviet "Days of Service" », sur Russian Life (consulté le )
  3. (en) Frederick I. Internet Archive, Bolshevik ideology and the ethics of Soviet labor ; 1917-1920, the formative years, New York : Philosophical Library, (lire en ligne), p. 359
  4. « 47/4 | 2006 Varia », Cahiers du monde russe, vol. 47, nos 47/4,‎ (ISSN 1252-6576 et 1777-5388, DOI 10.4000/monderusse.4522, lire en ligne, consulté le )
  5. « akg-images - Révolution russe : monde ouvrier / "Subbotnik" (samedi communiste) à Petrograd », sur www.akg-images.fr (consulté le )
  6. a et b Ekaterina Tchoulkovskaïa, « Les soubbotniks, une tradition soviétique remise au goût du jour », sur fr.rbth.com, (consulté le )
  7. (it) « La Giornata della terra come il subbotnik. Istituita nel centenario della di nascita di Lenin • Imola Oggi » (consulté le )
  8. (en) Theodore Shabad, « Millions-in-soviet-donate-a-days-work-to-country-soviet-workers », NYT,‎ (lire en ligne)
  9. Bol šaâ ènciklopediâ, Encyclopédie en soixante-deux volumes, éditions Terra, Moscou, année 2006, 48 : p. 512
  10. (cs) « FS ČSSR 1971-1976, SL a SN, 8. schůze, část 6/23 (27. 6. 1973) : Avis 6/1964 du ministère des Finances et de la Banque d'État sur le financement, en particulier les notes 15 et 18 (tchèque) », sur www.psp.cz (consulté le )
  11. (cs) « FS ČSSR 1971-1976, SL a SN, 8. schůze, část 7/23 (27. 6. 1973) : Procès-verbal de la réunion de l'Assemblée fédérale du 27 juin 1973 », sur www.psp.cz (consulté le )
  12. (ru) « Subbotnik: Eine alte Tradition ist wieder populär », sur Moskauer Deutsche Zeitung, (consulté le )
  13. (en-US) Craig R. Whitney Special to The New York Times, « On a Subbotnik in Moscow, Every Litter Bit Helps », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le )
  14. Université technique d'État d'Oukhta, « Subbotnik », sur fr.ugtu.net, (consulté le )
  15. a et b (en) « From The First Subbotnik On The Moscow-Kazan Railway To The All-Russia May Day Subbotnik », sur www.marxists.org (consulté le )
  16. (en) « 100th anniversary: a subbotnik (community spring clean-ups) history exhibition opened in Nikolskaya Street », sur Moscow City Web Site, (consulté le )
  17. Notamment, pour la quarantième anniversaire de la défaite des nazis, rapporté dans le New York Times du 5 mai 1985
  18. Viasna, organisation de défense des droits de l’homme, créée en 1996. Lire en ligne
  19. Cité in le journal Kommersant de Moscou, du 17 avril 2004
  20. Cité in le journal The Vladivostok News du 24 avril 2007
  21. Ces chiffres officiels sont rapportés par le quotidien national Belarus’ Segodnâ du 22 avril 2008
  22. Rusina Shikhtova, « Festival subbotnik : une action solidaire dans les parcs de Moscou », sur Le Courrier de Russie, (consulté le )
  23. (en) The Moscow Times, « The 5 Best Opportunities to Participate in a Subbotnik », sur The Moscow Times, (consulté le )
  24. (Source: Gazprom en russe), « French News: Les résultats du “printemps vert” subbotnik panrusse résumés à Gazprom Transgaz Stavropol – NewsKitchen.eu », sur newskitchen.eu, (consulté le )