Liste des États dotés de l'arme nucléaire

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Carte des États dotés de l'arme nucléaire en 2015 :

Huit États souverains ont officiellement testé avec succès des armes nucléaires. Un neuvième état, Israël, posséderait aussi des armes nucléaires.

Cinq États sont considérés comme des « États dotés d'armes nucléaires » selon les termes du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP). Dans l'ordre d'acquisition : les États-Unis, la Russie (en tant qu'Union des républiques socialistes soviétiques), le Royaume-Uni, la France et la République populaire de Chine.

Depuis que le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires est entré en vigueur en 1970, trois États qui n'ont pas signé le traité ont effectué des essais d'armes nucléaires, à savoir l'Inde, le Pakistan et la Corée du Nord. La Corée du Nord a fait partie du traité, mais s'en est retirée en 2003. De plus, Israël et l'Afrique du Sud pourraient avoir conjointement procédé à un essai nucléaire secret, détecté par le satellite américain Vela. L'Afrique du Sud a développé des armes nucléaires, mais a démonté son arsenal avant de rejoindre le traité.

Israël dispose d'une force nucléaire non déclarée[1]. Enfin, le Japon est considéré avoir la capacité technologique d'obtenir la force nucléaire rapidement[2].

Certains pays accueillent également des armes nucléaires américaines basées dans leur territoire, mais n'en possèdent pas en propre : la Turquie, l'Allemagne, les Pays-Bas, l'Italie et la Belgique. Certains pays hébergent passagèrement des armes nucléaires américaines, lorsqu'un vecteur américain fait escale dans leur territoire, par exemple un navire de guerre au Japon[3].

Pays détenteurs signataires du TNP[modifier | modifier le code]

Cinq pays sont juridiquement reconnus comme « États dotés de l'arme nucléaire » par le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP), voici leur arsenal en janvier 2017[4] :

En 2016, la Russie devançait toujours les États-Unis, détenteurs de 7 000 têtes nucléaires, de quelques centaines d'unités[5]. Les stocks de ces deux pays demeurent loin devant ceux des autres et très proches depuis le début des années 2000. Au , le stock d'armes nucléaires des États-Unis était composé de 4 018 têtes nucléaires contre 4 571 en [6]. Le pic étant atteint avec 31 255 armes nucléaires de toutes catégories à la fin de l'année fiscale 1967[7].

Les politologues désignent ces cinq États par le terme de « club nucléaire », qui sont également ceux qui sont membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies. En 1993, les essais nucléaires britanniques, russes et américains sont suspendus[8].

À côté de ce « club nucléaire », la Corée du Nord serait le seul pays qui ait acquis l'arme nucléaire après avoir ratifié le TNP (qu'elle avait toutefois dénoncé en 2003). Le nombre de têtes est estimé à moins d'une dizaine, dont quelques-unes seraient peut-être actives. La Corée du Nord a procédé à un essai nucléaire le puis a déclaré renoncer à son armement nucléaire à la suite de l'accord de Pékin du 13 février 2007. Deux ans et demi après son premier essai, la Corée du Nord annonce le qu'elle a réalisé un second essai nucléaire souterrain. Le , Pyongyang a confirmé un troisième essai nucléaire souterrain, fermement condamné par la communauté internationale.

Dans ces conditions, Amos Yadlin, chef du renseignement militaire d’Israël avait commenté que si l’Iran avait la bombe, « les Saoudiens n’attendront pas un mois. Ils ont déjà payé pour la bombe, ils iront au Pakistan et ils prendront ce dont ils ont besoin »[9]. Comme prévu, selon le Sunday Times, citant un haut responsable américain en mai 2015, l'Arabie saoudite, en parallèle avec l'Iran, aurait pris la décision stratégique d'acquérir des armes nucléaires au Pakistan[10]. Toujours selon l'hebdomadaire britannique, l'Arabie saoudite aurait donc demandé au Pakistan, dont elle finance depuis trente ans le programme nucléaire, un remboursement de sa dette sous la forme de bombes atomiques disponibles à volonté, mais dont le « produit fini » resterait stationné au Pakistan[9]. Il est à noter que l'Arabie saoudite a ratifié le TNP en 1988[11], quoiqu'elle n'a pas signé le protocole additionnel de 1997 aux fins de vérification des accords de garantie[12].

Pays détenteurs non-signataires du TNP[modifier | modifier le code]

Trois pays, non-signataires du TNP, disposant de l'arme nucléaire en janvier 2011[13] :

  • l'Inde : stock estimé à 130 têtes nucléaires en (contre 110 à 120 en ). Le , réalise son premier essai nucléaire officiellement à but pacifique, puis son premier essai militaire le [14].
  • le Pakistan : stock officiel à 300 bombes en janvier 2017 (200 à 250 en 2016) ; a réalisé quelques jours après l'Inde, le , son premier essai nucléaire.
  • Israël : le renseignement U.S estime le stock à environ 80, même si Israël dispose d'une quantité de plutonium suffisante pour équiper 115 à 190 têtes nucléaires[15]. Le stock est supérieur à ce nombre d'après les estimations du SIPRI : selon un ancien technicien de la centrale nucléaire de Dimona, Mordechai Vanunu, Israël disposerait de plus de 200 bombes atomiques ; cette déclaration lui a valu une condamnation pour espionnage et trahison et une peine de prison de 18 ans, comme le rappelle Gordon Thomas[16]. La position officielle israélienne a toujours été de ne pas confirmer ni infirmer les spéculations relatives à sa possession de l'arme atomique[17].
  • la Corée du Nord a effectué des tests nucléaires en 2006, 2009, 2013, 2016 et 2017 mais l'absence d'information ne peut confirmer l'existence d'armes opérationnelles. Le 3 septembre 2017, les autorités nord-coréennes affirment avoir mené avec succès un test de bombe à hydrogène pouvant équiper un missile balistique intercontinental[18].

Pays possédant un programme d'acquisition nucléaire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Prolifération nucléaire.
La recherche nucléaire en 2009
  •      Grandes puissances nucléaires
  •      Autres puissances nucléaires déclarées officiellement
  •      États suspectés de vouloir se doter de l'arme nucléaire ou l'ayant acquise
  •      États suspectés de faire, ou ayant eu, des recherches sur l'arme nucléaire

Pays soupçonnés de développer un programme nucléaire militaire[modifier | modifier le code]

  • L'Iran, signataire du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, tente depuis plusieurs années de se procurer l'énergie atomique à des fins officiellement civiles. Cependant plusieurs membres de la communauté internationale pensent que ce programme est utilisé pour développer l'arme nucléaire, notamment depuis la découverte de l'installation de recherche de Natanz en , qui n'avait pas été déclarée à l'AIEA. Une troïka européenne (composée de l'Allemagne, de la France et du Royaume-Uni) s'est formée et tente de pousser l'Iran à accepter un contrôle strict de son programme civil par les experts de l'AIEA. Israël et les États-Unis pour leur part laissent planer le déclenchement de représailles militaires si l'existence d'un programme militaire venait à être confirmée. Au début du mois de , l'Europe et les États-Unis se sont mis d'accord pour présenter l'affaire devant le Conseil de sécurité de l'ONU. En , à Genève, l'Iran a signé un accord provisoire avec les cinq puissances nucléaires plus l'Allemagne en vue d'arrêter des activités nucléaires dont la limitation de l'enrichissement de l'uranium en isotope 235 à moins de 5 % la destruction par dilution de l'uranium enrichi à 20 %, l’arrêt de la construction du réacteur à eau lourde d'Arak, susceptible d'être plutonigène et l'autorisation de visites des sites nucléaires par les inspecteurs de l'AIEA.
  • Le Brésil avait entre et un programme nucléaire militaire secret si avancé que l'ancien président de la Commission Nationale de l'Énergie Nucléaire a reconnu que les militaires brésiliens étaient sur le point de construire une bombe en [19]. Sous la présidence de Luiz Inácio Lula da Silva, un accord a été signé en avec l'Argentine pour le développement conjoint d'un programme nucléaire, qui n'écarte pas un possible volet militaire (construction de sous-marins à propulsion nucléaire) puis en , le vice-président José Alencare a publiquement défendu l'idée de l'acquisition d'armes atomiques[19]. Par ailleurs, à la suite de tensions avec l'AIEA en refusant aux inspecteurs l'accès complet à ses centrifugeuses, le Brésil fût soupçonné par la communauté internationale de vouloir relancer son programme nucléaire militaire[20]. Signataire du Traité de Tlatelolco, du TNP et du Traité d'interdiction complète des essais nucléaires, le Brésil est toutefois en mesure de fabriquer une bombe nucléaire[21].
  • L'Arabie saoudite est soupçonnée d'avoir signé avec le Pakistan un accord secret sur « la coopération nucléaire » qui fournirait aux Saoudiens des armes nucléaires prêtes à l'emploi[22]. Au-delà des suspicions d'accords pakistano-saoudiens sur le transfert d'une technologie nucléaire militaire vers l'Arabie saoudite, le prince saoudien Turki Al-Fayçal a annoncé début la volonté de l'Arabie saoudite de se doter éventuellement d'un programme militaire[23] afin de contrebalancer l'arsenal israélien, ainsi que les velléités iraniennes sur ce sujet.
  • La Syrie est soupçonnée par les États-Unis de vouloir développer un programme nucléaire. Un site bombardé en par l'aviation israélienne aurait pu abriter une centrale de production de plutonium[24]. Des traces suspectes d'uranium ont également été trouvées sur le site bombardé et sur celui d'un réacteur de recherche à Damas[25].

Pays ayant démantelé leurs installations atomiques[modifier | modifier le code]

  • La Suisse, qui a préconisé de se doter d'un armement nucléaire, a construit des installations pour l'enrichissement de l'uranium, puis a pris des contacts avec l'état-major de l'armée française pour acquérir une arme nucléaire avant d'abandonner le projet au milieu des années 1960[26].
  • Durant les années 1950 et 1960, la Suède a développé un programme secret d'arme nucléaire, dans l'objectif de se protéger d'une éventuelle invasion de l'Union soviétique. Ce programme a connu un stade avancé de recherches, mais a été abandonné en 1968, après la ratification du TNP[27] sans qu'aucune bombe ne soit fabriquée.
  • Taïwan a par deux fois entrepris un programme secret de recherche nucléaire entre 1974 et 1977 puis entre 1978 et 1987. Programme stoppé par les États-Unis.
  • La Libye qui a officiellement abandonné son programme nucléaire en 2003. C'est le résultat de neuf mois de tractations secrètes entre la Libye, les États-Unis et le Royaume-Uni.
  • L'Irak a arrêté son programme nucléaire après la première guerre du Golfe. Les États-Unis et le Royaume-Uni ont soupçonné pendant un temps que le programme puisse avoir été relancé, mais depuis l'invasion de l'Irak en 2003, aucune preuve en ce sens n'a été trouvée.
  • La Biélorussie, l'Ukraine et le Kazakhstan ont rendu les armes nucléaires présentes sur leurs territoires à la Russie après avoir accédé à l'indépendance.
  • Les installations françaises en Algérie ont été démantelées et le pays n'a hébergé aucune arme nucléaire depuis son indépendance en 1962.(de 1961 à 1966 : La France à effectué 13 essais nucléaires souterrains à In Ecker).
  • De même, la base britannique d'essais nucléaires en Australie a été démantelée.

Zone exempte d'armes nucléaires[modifier | modifier le code]

Zones exemptes d'armes nucléaires dans le monde
Article détaillé : Zone exempte d'armes nucléaires.

Dans plusieurs grandes régions du monde, des États se sont engagés pour une durée illimitée à ne pas développer, acquérir, tester ou posséder d'armes nucléaires. Les cinq puissances nucléaires se sont engagées à ne pas utiliser ou menacer d'utiliser des armes nucléaires contre les États parties de ces zones (« assurance négative de sécurité »).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « Nuclear Weapons-Israel », sur FAS, (consulté le 5 avril 2018).
  2. « If Japan Wanted to Build a Nuclear Bomb It’d Be Awesome at It », sur Foreign Policy (consulté le 13 mai 2017)
  3. (en) « Does the United States have nuclear weapons stationed in Japan? - Quora », sur www.quora.com (consulté le 13 mai 2017).
  4. (en) Shannon N. Kile et Hans M. Kristensen, « Trends in world nuclear forces, 2017 » [PDF], SIPRI Fact Sheet, sur SIPRI, (consulté le 6 avril 2018).
  5. Le Monde.fr avec AFP, « Donald Trump estime que les États-Unis « doivent accroître leur capacité nucléaire » », sur lemonde.fr, (consulté le 22 décembre 2016).
  6. (en) « Stockpile Numbers End of Fiscal Years 1962-2016 » [PDF], sur DOD Open Government, (consulté le 13 janvier 2018).
  7. Les États-Unis révèlent posséder 5.113 têtes nucléaires dans leur arsenal, Le Point, .
  8. Pascal Boniface, Contre le révisionnisme nucléaire, Ellipses, 1994.
  9. a et b Julien Leclerc, « Le pays de l’or noir se met au nucléaire avec l’aide de la France », sur Marianne (consulté le 23 novembre 2015).
  10. « Saudis ‘to get nuclear weapons’ | The Sunday Times », sur www.thesundaytimes.co.uk (consulté le 23 novembre 2015).
  11. « Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) | Institut MEDEA », sur www.medea.be (consulté le 23 novembre 2015).
  12. « Désarmement, non-prolifération nucléaires et sécurité de la France », sur www.senat.fr (consulté le 23 novembre 2015).
  13. « Le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) », sur cea.fr, (consulté le 13 janvier 2018).
  14. « Les essais de l’Inde, du Pakistan et de la Corée du Nord », sur moruroa.org, (consulté le 6 mars 2018).
  15. (en) Nuclear Threat Initiative, « Israel Thought to Possess 80 Nuclear Weapons: Experts », sur NTI (en), (consulté le 5 avril 2018).
  16. Il affirme de même dans son ouvrage Histoire Secrète du Mossad: De 1961 à nos Jours qu'Israël aurait procédé, avec l'aide de l'Afrique du Sud, à un essai sous-marin dans l'Océan Indien le , connu sous le nom de l'Incident Vela, mais aucune certitude n'existe à ce sujet.
  17. Le , Robert Gates, secrétaire d'État à la défense américain déclarait lors de son audition au Sénat : « l'Iran est entouré de pays dotés de l'arme nucléaire : le Pakistan à l'est, Israël à l'ouest… », une première pour un haut fonctionnaire américain. Quelques jours plus tard, le lors d'une interview de la chaîne de télévision allemande N24 à propos des ambitions nucléaires iraniennes, Ehud Olmert déclarait : « Pourriez-vous dire que c'est la même chose que pour l'Amérique, la France, Israël et la Russie ? ». Il a été obligé de corriger la déclaration de Robert Gates ainsi que son lapsus et a rappelé la position d'Israël sur le sujet : « Israël ne sera pas le premier pays à introduire l'arme nucléaire au Proche-Orient. C'était notre position, c'est notre position, cela restera notre position. » (fr) Le secret de polichinelle de la bombe atomique en Israël, Jean-Dominique Merchet dans Libération du .
  18. Philippe Mesmer (Tokyo correspondance), « Corée du Nord : ce qu’il faut savoir sur l’essai nucléaire et ses conséquences », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne)
  19. a et b (en)Hans Rühle et Christopher Sultan (traduction), « Is Brazil Developing the Bomb? », sur spiegel.de, (consulté le 13 janvier 2018).
  20. (en) Daphne Morrison, « Brazil's Nuclear Ambitions, Past and Present », sur nti.org, (consulté le 13 janvier 2018).
  21. Agence France-Presse, « Le Brésil sait comment fabriquer une bombe atomique », sur lapresse.ca, (consulté le 13 janvier 2018).
  22. (en) Mark Urban, « Saudi nuclear weapons 'on order' from Pakistan », sur bbc.com, (consulté le 13 janvier 2018).
  23. Mark Urban, « L’Arabie saoudite songe à se doter de l'arme atomique », sur lemonde.fr, (consulté le 14 janvier 2018).
  24. Christian Fillitz, « L’AIEA lance une enquête sur un réacteur nucléaire en Syrie », sur Radio France internationale, Autriche, (consulté le 2 février 2018).
  25. « L'AIEA ne note aucun progrès sur les dossiers iranien et syrien », sur Le Point, (consulté le 2 février 2018).
  26. Quand la Suisse rêvait de la bombe atomique.
  27. (en) Sweden's Decision Not to Build Nuclear Weapons: Implications for Policy Today, Eric Arnett, SIPRI.

Articles connexes[modifier | modifier le code]