Le Tintoret

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Ne doit pas être confondu avec Domenico Tintoretto.
Le Tintoret
Tintoretto - Self-Portrait as a Young Man.jpg

Détail d’un autoportrait exposé au musée du Louvre.

Naissance
Décès
(à 75 ans)
Venise, République de Venise
Nom de naissance
Jacopo Comin
Nationalité
Activité
Maître
Élève
Marietta Robusti, Paolo Fiammingo, Ludovic Toeput, Martin de Vos, l’Aliense
Lieu de travail
Mouvement
Enfants


Jacopo Robusti, dit Tintoretto, en français le Tintoret, (né le à Venise, alors capitale de la République de Venise, où il est mort le ) est un peintre italien de la Renaissance, que l’on associe au mouvement artistique du maniérisme de l’école vénitienne.

Biographie[modifier | modifier le code]

Le Tintoret, de son vrai nom Jacopo Comin[1] est né à Venise et doit son surnom (« le petit teinturier ») à son père, Battista Robusti, qui travaillait dans une teinturerie (tintorìa en italien). Élève du Titien, il est réputé pour avoir dépassé son professeur dans la maîtrise des couleurs et des ombres, du rendu de la matière, s’inscrivant ainsi parmi les grands du style vénitien. Avant d’être admis à participer à une œuvre nouvelle, tout élève apprend le métier en copiant le travail du maître. Le garçon est-il trop impatient d’affirmer sa personnalité ? Ou bien le patron a-t-il surpris quelques dessins de lui et l’a-t-il renvoyé de crainte que de pareils débuts ne révèlent un concurrent potentiel ? Toujours est-il que Jacopo ne reste que quelques mois chez Titien. Il s’intéresse aux courants maniéristes toscan, romain et émilien, diffusés à Venise par des artistes comme Sansovino, Salviati et Schiavone. Il avait une grande admiration pour Michel-Ange qui l’a influencé dans sa technique du dessin. Le Tintoret avait une passion pour les effets de lumière : il réalisait des statues de cire de ses modèles et expérimentait l’orientation des sources de lumière avant de les peindre. En conséquence, certains visages réapparaissent dans différents travaux, sous différents angles et différents éclairages.

Les œuvres les plus connues de Tintoretto sont une série de peintures de scènes de la vie de Jésus et de la Vierge Marie dans la Scuola Grande de San Rocco, dont il est nommé décorateur officiel en 1564. Dans ces œuvres de dimensions impressionnantes, le Tintoret réalise des compositions aux « espaces vertigineux et dynamiques » et aux « torsions exacerbées » où domine « un clair-obscur fantomatique et dramatique »[2].

Une comparaison de l’œuvre de Tintoretto La Cène (Ultima cena) avec l’œuvre de Léonard de Vinci qui porte le même nom permet de visualiser l’évolution des styles artistiques à la Renaissance. Le traitement par de Vinci est très classique. Les disciples sont disposés autour du Christ dans une symétrie presque mathématique. Entre les mains de Tintoretto, le même événement devient dramatiquement torturé. Les silhouettes humaines sont écrasées par l’apparition d’êtres fantomatiques. La scène se passe dans une sombre taverne populaire, où les auréoles des saints apportent une étrange lumière qui souligne des détails incongrus. Le ton est résolument baroque.

Entre 1578 et 1580 il se rend à Mantoue pour travailler au service du duc Guillaume Gonzague[3].

Après l'incendie du palais des Doges en 1577, les autorités vénitiennes décidèrent d'ouvrir un concours pour la réalisation d'une toile, représentant le Paradis. Le Tintoret se porta candidat aux côtés des artistes vénitiens les plus importants tels que Palma le jeune, Véronèse et Francesco Bassano. Ce concours eut lieu entre 1578 et 1582 et les lauréats furent Véronèse et Francesco Bassano. Pour des raisons inconnues, le travail ne se fit pas et un nouveau concours fut organisé à la mort de Véronèse. C'est alors que le Tintoret eut la commande pour cette œuvre, qu'il réalisa in situ avec son fils et son atelier[4].

À cause de son immense popularité, Tintoretto dut souvent recourir à l’assistance de ses enfants, Domenico et Marietta Robusti, qui étaient tous deux des artistes confirmés, très influencés par le style de leur père. Dans son atelier ont aussi travaillé Paolo Fiammingo, Ludovic Toeput, Maarten de Vos et l’Aliense[3].

Il meurt le à Venise.

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Œuvres[modifier | modifier le code]

L’œuvre du Tintoret est immense. En plus des tableaux il a laissé de nombreux dessins préparatoires.

Les Débuts (1544 - 1550)
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De 1551 -1561
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Deuxième intervention à la Scuola Grande de San Marco en 1562.
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56 compositions pour la décoration de la Scuola Grande de San Rocco à Venise, 1564 à 1587, dont[5] 
  • Salle de l'Albergo :
    • Saint Roch en gloire, 1564, toile, 90 × 121 cm, plafond.
    • La Crucifixion, 1565, toile, 536 × 1 224 cm, salle de l'Albergo.
    • Le Christ devant Pilate, 1566-1567, toile, 515 × 380 cm, salle de l'Albergo.
  • Salle supérieure :
    • Le Serpent d'airain, 1575-1576, toile, 840 × 520 cm, plafond.
    • Le Frappement du rocher, et La Manne du désert, 1577, toile, 550 × 520 cm, plafond.
    • Le Baptême du Christ, La Tentation du Christ, 1578-1581, toiles, 538 × 465 cm.
    • La Nativité, 1578-1581, toile, 542 × 455 cm.
    • La Cène, 1578-1581, toile, 538 × 487 cm.
  • Salle inférieure :
    • La Fuite en Égypte, 1582-1585, toile, 422 × 580 cm.
    • Marie médite sur le futur et Marie médite sur le passé, 1585-1589, toiles de 425 × 209 cm.
    • L'Annonciation, 1582-1585, toile de 422 × 545 cm.
Après 1564 
  • Esquisse pour le Paradis, 1564, modifié en 1582, huile sur toile, 148 × 362 cm, Paris, musée du Louvre[3].
  • La Cène, 1564-1566, huile sur toile, 90 × 121 cm, musée des beaux-arts de Caen.
  • La Cène, 1564-1566, huile sur toile, 221 × 413 cm, chapelle du Saint Sacrement, église San Trovaso[5]. Elle avait pour pendant, Le Christ lavant les pieds de ses disciples, aujourd'hui à Londres.
  • Portrait de Jacopo Sansovino, 1566, huile sur toile, 70 × 65, musée des Offices, Florence[11].
  • La Vierge des Camerlenghi (ou des trésoriers), 1566-1567, toile, 221 × 521 cm, gallerie dell'Accademia de Venise. Elle provient du palais Camerlenghi au Rialto. Il s'agit d'un tableau votif commandé par les magistrats Michele Pisani, Lorenzo Dolfin et Marin Malipiero dont les armes figurent en bas à gauche du tableau[5].
Madonna dei camerlenghi gallerie dell'Accademia de Venise
Dernière période 
Non datés 
  • Diane et Endymion et Athéna et Arachné, huile sur toile, 145 × 272 cm, pavillon de la Meridiana, palais Pitti, Florence. Ces deux toiles décoraient à l'origine un plafond[11].
  • Apollon et Minerve[20].


Représentations dans la fiction[modifier | modifier le code]

Le Tintoret apparaît dans un court roman historique de l'écrivaine française George Sand paru en 1838 : Les Maîtres mosaïstes. Il y défend la valeur artistique de la mosaïque face au scepticisme d'un autre peintre célèbre de son époque.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Inventaire du département des arts graphiques. Musée du Louvre ([www.louvre.fr site internet du musée]).
  • Hervé Loilier, Histoire de l’art, SPADEM, 1994.
  • Michel Hochmann, Venise et Rome, Droz, 2004.
  • Guillaume Cassegrain, Tintoret, Éditions Fernand Hazan, 2010, (ISBN 9782754102865).

Sources[modifier | modifier le code]

Expositions[modifier | modifier le code]

  • Tintoretto, Museo Nacional del Prado, Madrid, 30 janvier - 15 mai 2007.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. L'identité du Tintoret a été révélé lors de l'exposition « Tintoretto » en 2007 au Prado 2007. Voir le catalogue de l'exposition sous la direction de Michel Falomir : Tintoretto, Madrid, Museo nacional del Prado, 472 p., 2007, Madrid.
  2. Critique de Hervé Loilier, professeur d’histoire de l’art à l’École polytechnique.
  3. a, b, c et d Note biographique du musée du Louvre. Erreur de référence : Balise <ref> non valide ; le nom « Louvre » est défini plusieurs fois avec des contenus différents
  4. Marie-Hélène Lavallée, Guides Collections : Palais des Beaux Arts de Lille, Réunion des Musées Nationaux, (ISBN 2-7118-3516-2), p. 158.
  5. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n et o Giovanna Nepi Sciré, La Peinture dans les Musées de Venise, Éditions Place des Victoires, , 605 p. (ISBN 978-2-8099-0019-4), p.278.
  6. Mikhaïl Piotrovski, Ermitage, P-2 ART PUBLISHERS, v.2001, p. 112.
  7. Jacopo Soranzo, Milan.
  8. Cf. Jean-Louis Chrétien, Guy Lafon, Étienne Jolet, Marthe et Marie, Paris, Desclée de Brouwer, 2002, (ISBN 2-220-05060-2).
  9. Henry-Claude Cousseau, Le Musée des Beaux Arts de Nantes, Fondation Paribas, , 125 p. (ISBN 2-907333-09-7, notice BnF no FRBNF35475626), p. 20.
  10. a, b et c Wolfgang Prohaska, Le Kunsthistorisches Museum de Vienne : Peinture, C.H. Beck/Scala Books, (ISBN 3 406 47459 4), p. 28-32.
  11. a, b, c, d, e, f et g Mina Gregori, Le Musée des Offices et le Palais Pitti : La Peinture à Florence, Éditions Place des Victoires, , 274 p. (ISBN 2-84459-006-3), p. 261-269.
  12. La Femme de Putiphar, Prado.
  13. Erika Langmuir, National Gallery : Le Guide, Flammarion, , 335 p. (ISBN 2-08-012451-X), p. 157.
  14. Jean-François Guillou, Les Grands Classiques de la Peinture, Éditions Solar, , 203 p. (ISBN 2-263-02329-1), p. 45.
  15. Robert Hooze, Musée des Beaux Arts de Gand, Musea Nostra, , p. 35.
  16. Emile Meijer, Les Trésors du Rijksmuseum Amsterdam, Scala Books, (ISBN 2-86656-022-1), p. 49.
  17. Sylvie Blin, « la « furia » de Tintoret au Prado », Connaissance des Arts, no 647,‎ , p. 42.
  18. (en) John Murdoch, The Courtauld Gallery : at Somerset House, Courtauld Institut of Art, (ISBN 0-500-95993-5), p. 42.
  19. Antonio Paolucci (commissaire de l’exposition), Miroir du Temps : Chefs-d'œuvre des musées de Florence, Silvana Editoriale et Musée des beaux-arts de Rouen, (OCLC 496465908), p. 162.
  20. François Daulte, La Collection Bentinck-Thyssen aux Musées de l’État du Grand-Duché de Luxembourg, Bibliothèque des Arts, Lausanne, , p. 15.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]