Scuola (Venise)

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Les scuole (singulier scuola ; vénitien schola, pl. schole) furent des institutions de la république de Venise consacrées aux corporations d'arts, de métiers et à la dévotion des patrons de ceux-ci. Ce sont des confréries religieuses composées de laïcs par corporation.

Elles furent divisées en quatre groupes :

  1. les schole grandi : elles furent les associations de charité les plus importantes de la cité ; dotées de grande capacité financière et socialement très importantes vu le grand nombre d'affiliés;
  2. les schole picole : dites petites pour les différencier des grandes, elles réunissaient obligatoirement tous les artisans du même art ou métier; leur nombre fut important. Les arts furent en outre subdivisés par sestiere et ensuite par quartier, donnant ainsi des sièges ou église de réunion différents.
  3. les schole nationali : les écoles nationales furent les associations réservées aux nombreuses communautés étrangères qui vivaient à Venise, où elles tenaient souvent aussi une base commerciale propre, le fontego.
  4. les schole de devozion: les écoles de dévotion furent des associations de citoyens qui se réunissaient à des fins de charité ou pour des raisons d'assistance mutuelle entre les affiliés; ils se distinguaient à leur tour en fraternelles, compagnies, sovvegni. Ces schole sont également subdivisés par sestiere et par quartier, déterminant leur siège ou église de réunion.

Schole grandi[modifier | modifier le code]

L'origine des Schole grandi vénitiennes provient des Écoles des Battus (scuole dei Battuti), congrégations médiévales dédiées à la prière et en certaines occasions à la mortification de la chair que les frères s'infligeaient à eux-mêmes avec l'usage du fouet. Contrecarrées à l'apparition du Gouvernement de la République pour l'extrémisme religieux qu'elles se proposaient de répandre, la fondation de la première Schola dei Battuti remonte à 1260, et elle fut dédiée à Sainte-Marie-de-la-Charité (La Carità).
La dénomination de Schola grande utilisée dans la période du XIIIe au XIVe siècle, s'avère du point de vue formel impropre ; ce n'est que par la suite que l'État s'ingéra profondément en la matière, arrivant à en contrôler pleinement l'activité et en les poussant vers la bienfaisance publique et la solidarité.

Au XVe siècle, loin de manifester la soif de pénitence qui les caractérisait, à l'origine, les schole grandi étaient devenues des institutions sociales respectables et souvent riches, qui se consacraient à diverses activités philanthropiques et à la gestion du patrimoine accumulé par testaments avec le temps[1].

Les commandes d'œuvres d'art

Au XVe siècle, le système des commandes d'œuvres d'art, s'organise à l'intérieur d'un réseau complexe d'échanges et de conflits, d'intérêts économiques corporatifs et contributions patriciennes occasionnelles. Dans ce processus très élaboré, le parti pris décoratif compte peu au regard de la volonté d'affirmation du prestige d'un particulier, d'un groupe ou d'une institution. Cela explique l'abondance des portraits dans les grands cycles. Commanditaires, bienfaiteurs et figures de l'autorité en place y sont largement représentés. C'est ainsi que la famille Vendramin, une des plus puissantes de la confrérie de la Scuola Grande di San Giovanni Evangelista, a contribué financièrement de façon considérable au cycle de tableaux des Reliques de la croix, réalisé par Gentile Bellini avec Vittore Carpaccio et deux autres représentants de la tradition narrative vénitienne, Lazzaro Bastiani et Giovanni Mansueti.
Ce cycle est conservé aujourd'hui aux Gallerie dell'Accademia[2].

Mais le plus souvent , les confréries modestes se contentaient dedécorer leurs autels. C'est le cas de la Pala de San Giobbe, commandée à Giovanni Bellini[3].

Les sept schole grandi sont 

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Schole picole[modifier | modifier le code]

Les Schole vénitiennes et en particulier les Schole Picole étaient ouvertes à toute personne de plus de 15 ans payant son benintrada (taxe d'entrée). Chaque Vénitien était libre de se joindre à plus d'une Schola Picola en même temps, contrairement aux Schole Grande. Certaines étaient de caractère religieux, d'autres étaient liées aux communautés étrangères : Allemands, Florentins, Dalmates (Schiavoni), d'autres , proches des guildes, représentaient commerçants et artisans[4].

Le rituel d'admission se passait toujours dans l'église, devant l'autel de référence, avec un serment entre les mains du Gastaldo. L'autre différence entre Schole Picole et Grande était l'admission des femmes. La vie des confréries tournait autour du matricule ou Mariegola [5]. Une attention spéciale était prêtée à la rédaction de ce document.

La Schola Picola était présidée par le Gastaldo, parfois appelé Guardian ou Governator, chargé de coordonner l'activité et surintendant de l'organisation de l'association. Il fut secondé par le Vicaire et assisté par le Scrivan (copiste), qui tenait à jour les registres spéciaux et les Degani, qui furent chacun à la tête d'un colmello, groupe de frères, et ils tenaient un rôle dans lequel furent marqués les noms des confrères référant à eux, avec l'obligation pour chaque confrère de déclarer la sortie ou l'entrée dans les rôles respectifs en cas de changement de résidence. À travers les Degani, chaque Schola consacrait son organisation territoriale, maintenant des liaisons directes avec tous les confrères.
Gastaldo, Vicaire, Copiste et Degani constituaient l'organe de gouvernement de la Schola, dénommé banca, terme dérivé de leur position surhaussée vis-à-vis des membres.

Des charges subalternes étaient exécutées par le Quadernier (ou Vice-secrétaire), les Sindici (ou réviseurs) et enfin, le Nonsolo (croque-mort), qui dut préparer le cadavre à la sépulture et avertir les Degani pour qu'ils informent les autorités.

L'assemblée de la Schola était représentée par le Chapitre qui se réunissait en séance générale deux fois par an et où devaient être présents tous les Confrères.

Dans toute Schola, chaque confrère avait un tolella, tablette de bois ou carte d'inscription, suspendue à un cancello (grille) de manière que tous pussent savoir qui en faisait partie. Sur cette grille furent accrochées les tolelle de tous les confrères présents dans les jours ordonnés; les autres jours elles étaient conservés dans des casélete (récipients). Lorsque les tolella furent levées, le confrère devait verser à la Schola une somme, comparable à une part associative.
Toutes les charges de la Schola étaient électives et duraient douze mois; c'était cependant la charge qui cherchait l'homme plutôt que le contraire, car il était en théorie interdit de se porter candidat. Les élus ne pouvaient refuser la charge, au risque d'être chassés.

Une fois sortie de charge les officiers étaient sujets à une période de contumace de 2 ou 3 ans pendant laquelle ils ne pouvaient pas être réélus.

Les scuole piccole e suffragi sont 338 sur un territoire qui couvre Venise, Chioggia et les îles de la lagune. Elles seront toutes supprimées par un décret du 25 avril 1806.

Schole nationali[modifier | modifier le code]

Le gouvernement vénitien accorda une large hospitalité aux marchands et artisans d'autres pays, pour les inciter à arriver en grand nombre avec de leur richesse. Les étrangers s'installaient dans des hôtels et entrepôts séparés, où chaque nation vivait selon les propres coutumes et exerçait son propre culte.

Quoique les gens d'origine étrangère puissent faire partie librement des nombreuses Schole de la ville, quelques communautés d'étrangers, catholiques et orthodoxe, demandèrent et obtinrent la permission de se réunir dans leurs propres confréries. Les immigrés, loin de leur patrie d'origine, purent ici trouver une occasion de sûreté et soutien, sans perdre le sens des propres origines.

A Venise, quatorze scuole nazionali furent identifiées :

  • la schola de Santa Maria e San Gallo de la Nathion dei Albanesi (albanais) ;
  • la schola de la Santa Crosede la Nathion Armena (arménien)
  • la schola de Santa Maria Elisabetta, dite dei voltolini, de la Nathion de Bormio e de la Valtellina
  • la schola dei Santi Alessandro e Vincenzo de la Nathion dei Bergamaschi (bergamasque)
  • la schola de la Nathion dei Ebrei (hébreu)
  • la schola de la Beata Vergine e di San Zuane Battista de la Nathion de Fiorenza (florentin)
  • la schola e sovegno dei Santi Martiri Pio papa, Ermagora e Fortunato de la Nathion de la patria del Friuli (frioulais)
  • la schola de San Zorzi de la Nathion dei Xenoexi (génois)
  • la schola de San Nicolò de la Nathion dei Greghi (grec)
  • la schola de la Nathion dei Lucchesi (lucchan)
  • la schola de San Zuane Battista e de Sant'Ambrogio de la Nathion dei Lombardi (lombard)
  • la schola dei Santi Zorzi e Trifon de la Nathion dei Schiavòni (esclavon)
  • la schola de l'Assunta, detta "della Sedrina" de la Nathion de la Val Cedrina
  • la schola de la Nathion dei Todeschi (allemand)

Schole de devozion (del Sacramento)[modifier | modifier le code]

Au XVIe siècle celles-ci se consacraient au service du Saint-Sacrement dans les églises paroissiales, et elles prirent une importance croisante[6] Voir les scole piccoli pour leur mode de fonctionnement équivalent.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Peter Humfrey, La peinture de la Renaissance à Venise, Adam Biro, (1re éd. 1995) (ISBN 2-87660-175-3), p. 28.
  2. Augusto Gentili, « Carpaccio », dans Giovanna Nepi Sciré, La Peinture dans les Musées de Venise, Paris, Editions Place des Victoires, (ISBN 978-2-8099-0019-4), p. 158 à 184
  3. Peter Humfrey, 1996, p. 31.
  4. Peter Humfrey, La peinture de la Renaissance à Venise, Adam Biro, (ISBN 2-87660-175-3), p. 29.
  5. Mariegola : appelé la Mare de la Schola dans un des chapitres de l'école de San Nicolò des Marchants (fondée en 1319)
  6. Peter Humfrey, 1996, p. 29.

Liens internes[modifier | modifier le code]