Restauration (art)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Restauration.
Détail d'une fresque de Masaccio à Florence, avant et après sa restauration (dont suppression de censures). Au niveau des couleurs et du contraste, certains historiens de l'art considèrent que la "conservation-restauration" amène une certaine dénaturation par rapport à l'original, d'autres au contraire pensent qu'elle permet de retrouver la fraîcheur initiale de la toile.

La conservation-restauration remplace la "restauration" pour dénommer une discipline dédiée à l'examen et à la prise de mesures concernant les biens culturels, notamment les œuvres peintes et les monuments. C'est "l’ensemble des mesures et actions ayant pour objectif la sauvegarde du patrimoine culturel matériel, tout en garantissant son accessibilité aux générations présentes et futures. La conservation-restauration comprend la conservation préventive, la conservation curative et la restauration (cf. sa définition normalisée par l'assemblée générale du Conseil International des Musées / ICOM à Shangaï en 2010). Toutes ces mesures et actions doivent respecter la signification et les propriétés physiques des biens culturels." Elle englobe toutes les interventions et tous les traitements servant à établir, suivant certaines normes, un état historique donné et, par là, à améliorer la lisibilité et l'intégrité esthétique d'un objet ou d'un bâtiment ou, le cas échéant, rendre son utilisation à nouveau possible. Cette démarche vise à redonner à une œuvre ou à un ouvrage d'art, une apparence que l'on suppose proche de son état initial, combinée éventuellement avec les normes visuelles au moment de l'opération de restauration (notamment en ce qui concerne les couleurs et le contraste), et sans vouloir autant effacer les traces des interventions ultérieures, à la différence de la restitution, qui est une reconstruction pour tenter de retrouver un état originel parfait[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

En 1964 a lieu à Venise le IIe Congrès international des architectes et des techniciens des monuments historiques. À cette occasion, une Charte dite de Venise est adoptée. Elle définit, sur le plan international, les grandes règles de la conservation et de la restauration du patrimoine monumental[2].

En 1984, au congrès triennal de l'ICOM-CC tenu à Copenhague, est adopté le premier texte international consensuel quant à la définition de la profession de conservateur-restaurateur[3].

Le 11 juin 1993, l'assemblée générale de la Confédération européenne des organisations de conservation-restauration (ECCO) en adopte la définition suivante : « elle consiste à intervenir directement sur des biens culturels endommagés ou détériorés dans le but d'en faciliter la lecture tout en respectant autant que possible leur intégrité esthétique, historique et physique ». Selon l'ECCO, la restauration se distingue ainsi de la « conservation » matérielle, qui est « préventive » lorsqu'elle agit « indirectement sur le bien culturel, afin d'en retarder la détérioration ou d'en prévenir les risques d'altération en créant les conditions optimales de préservation compatibles avec son usage social », ou « curative » lorsqu'elle intervient « directement » sur lui « dans le but d'en retarder l'altération »[4].

En 2010, au congrès de l'ICOM tenu à Shangaï, dans sa résolution , l'Assemblée générale reconnaît et soutient la clarification et la définition de la terminologie relative à la conservation, incluant « conservation préventive », « conservation curative » et « restauration » comme termes de référence caractérisant les différentes actions de conservation en faveur de la préservation du patrimoine culturel matériel, adoptés par ICOM-CC à l’occasion de la XVe Conférence triennale, New Delhi, du 22 au 26 septembre 2008[5].

Principes[modifier | modifier le code]

Restaurateur au travail.
Rentoilage d'un tableau par l'atelier Roos Campman.

Avant toute entreprise de restauration de tout ou partie d'un monument historique, il y a une étude archéologique du site. Comme pour l'archéologie classique, chaque modification, chaque élément d'une construction (sol, enduit, papier peint, mur, porte) est considéré comme une unité stratigraphique. La découverte par sondages, par exemple, de fresques médiévales dans une église (parfois recouvertes de plusieurs enduits accumulés au cours des siècles) fait appel à des techniques d'Archéologie du bâti. L'étude des œuvres et leur mise en perspective dans leur contexte (historique, religieux, artistique, etc.) nécessite de la part du restaurateur d'art des connaissances qui font de lui plus qu'un simple technicien.

La restauration contemporaine s'attache aux principes suivants:

  • La lisibilité de la restauration exige que la partie restaurée puisse se distinguer de la partie originale, par la variation du rendu ou du matériau.
  • La réversibilité impose l'utilisation de techniques ou de matériaux qui puissent être éliminés dans le futur par une autre restauration. D'un point de vue chimique, la réversibilité signifie qu'une résine pourra être solubilisée dans le même solvant que celui qui a permis sa mise en œuvre. Si ce principe n'est pas respecté, des dégâts irréversibles peuvent être causés.
  • La compatibilité des produits de restauration avec les matériaux originaux, fait appel à une compréhension poussée de la chimie et de la physique des matériaux en présence.
  • La stabilité dans le temps des interventions et la stabilité physico-chimique des matériaux introduits sur l'objet, est indispensable pour la pérennité des œuvres restaurées.
  • Le respect de la création originale interdit au restaurateur toute re-création d'un élément disparu sur lequel il ne dispose pas d'une documentation historique certaine. Ainsi le tratteggio, mis au point par Cesare Brandi pour combler les lacunes en fresque, ne leur substitue qu'une texture neutre ne remplaçant pas le dessin original disparu.

Formations en France[modifier | modifier le code]

Les formations initiales actuelles de restaurateurs agréées par l'État en France[6] comportent une formation scientifique approfondie (chimie, physique des matériaux, biologie...) qui complète la formation en histoire de l'art[7], en plus d'une base solide de dessin et de pratique manuelle. Les restaurateurs continuent à se former tout au long de leur carrière en participant à des colloques ou à des cours de formation continue ainsi qu'en consultant des publications spécialisées.

L'importance historique et patrimoniale d'une intervention de restauration implique une planification minutieuse. Le type de restauration, son étendue et ses buts sont définis en amont après collecte et analyse d'une documentation historique.

Cet examen, usuellement mené par une équipe pluri-disciplinaire, peut amener aussi bien à conserver l'aspect dégradé de l'œuvre avec une simple consolidation, qu'à reconstituer l'intégrité des éléments.

En France il existe quatre formations publiques qui sont accessibles sur concours et dont le Diplôme d'État confère l'habilitation Musées de France et Monuments Historiques. Cette habilitation est nécessaire pour pouvoir intervenir sur les collections publiques, notamment dans le cadre de la réponse à des appels d'offre[8]. Ces formations sont celles de :

Les formations privées sont assurées notamment par :

  • Atelier école de restauration d'œuvres picturales, qui délivre un titre d'« assistant en restauration d'œuvres picturales » (reconnu niveau III du RNCP).
  • Ecole de Condé, qui délivre un titre de « restaurateur-conservateur du patrimoine » (reconnu au niveau II du RNCP).

La partie réglementaire du code du patrimoine prévoit que les seuls restaurateurs à pouvoir intervenir sur les collections des musées de France sont ceux diplômés de second cycle de l'enseignement supérieur français, par formation initiale ou validation des acquis de l'expérience ou ceux qui ont obtenu reconnaissance de leur qualification par habilitation du ministère de la Culture.

Le Centre international d'études pour la conservation et la restauration des biens culturels de Rome, organisme intergouvernemental qui joue un rôle consultatif auprès de l'Unesco pour les questions du patrimoine mondial, délivre une formation à la restauration.

Illustrations[modifier | modifier le code]

Exemples de grandes restauration(s) réçente(s)[modifier | modifier le code]

Fictions ayant trait à la restauration[modifier | modifier le code]

  • Samuel Gance, La chapelle des damnés, 2013[10]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Guide de valorisation du patrimoine rural, Ministère de l'Agriculture et de la Pêche, , p. 27.
  2. Numéro hors série de Les Monuments Historiques de la France,"Un siècle de restauration", 1977
  3. collectif, « Le conservateur-restaurateur : une définition de la profession. », Nouvelles de l'ICOM, 39, (1), 1986, p. 5-6.,‎ 39, (1), 1986, p. 5-6.
  4. La profession de conservateur-restaurateur, code d'éthique et de formation, adopté par l'assemblée générale d'ECCO, le 11 juin 1993
  5. « Assemblée générale de Shangaî », sur ICOM,
  6. Formations en restauration
  7. Ces formations n'existent en France que depuis 1975.
  8. « Document du Ministère de la Culture et de la Communication relatif à l'application du code des marchés publics aux marchés de conservation-restauration des biens culturels »
  9. « Master 2 Conservation-Restauration des Biens Culturels de l'Université Paris1 Panthéon Sorbonne »
  10. Samuel Gance, La chapelle des damnés, Ex Aequo, (ISBN 978-2359625332)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]