Reliure

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Un atelier de reliure traditionnelle occidentale au XVIe siècle (gravure de Jost Amman, 1568).

La reliure (nom dérivé de relier, lui-même issu du latin religare) consiste à lier, à rassembler plusieurs feuilles d'un livre, pliées ou non en « cahier », de façon à permettre un usage durable et à lui donner une esthétique avenante.

Elle se résume techniquement à la couture des cahiers, la pose de plats (rigides ou flexibles) qui ne sont pas solidaires du corps d’ouvrage, et d’un matériau de couvrure des plats[1]. Au XVIIe siècle, le terme de « reliure » prend le sens de « manière dont un livre est relié »[1], en fonction de son histoire, ses évolutions techniques et décoratives, ses origines géographiques et ses styles, souvent liés au renom des relieurs[1]. Elle s’oppose donc au brochage, qui se caractérise par une couverture directement collée ou cousue au dos du livre[1].

Il existe plusieurs grands types de reliure :

Reliure traditionnelle[modifier | modifier le code]

Reliure occidentale[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Reliure à la française.
Reliure traditionnelle occidentale à la Duseuil (XVIIe siècle).

La reliure traditionnelle occidentale, dite « à la française », est la technique de reliure classique, utilisée depuis le moyen-âge et qui a connu son apogée aux XVIIIe siècle et XIXe siècle.

Elle est différenciée des autres techniques par une couture traditionnelle des cahiers autour de lanières de cuir ou de ficelles de chanvre, qui sont ensuite passées dans les plats en bois ou en carton. Cette structure est particulièrement solide.

Reliure orientale[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Reliure orientale.

Les reliures orientales comprennent notamment les reliures dites « à la chinoise » et les reliures arabes et islamiques.

Bradel[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bradel.
Un Bradel.

Un montage de livre est dit « à la Bradel » lorsqu'il se présente sous la forme d’un emboîtage avec une gorge au niveau des mors pour faciliter son ouverture. Ce montage plus rapide tire son nom de son inventeur, le relieur François-Paul Bradel, actif entre 1770 et 1795[2]. Contrairement à une reliure traditionnelle, les rubans sur lesquels sont cousus les cahiers ne sont pas « passés en cartons » mais coupés au ras. Le corps d'ouvrage et la couverture du livre sont solidarisés en étape finale par un simple contre-collage des premières pages de garde.

Reliure industrielle et bureautique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Reliure industrielle.

Au moyen d'une série de machines mises au point dès les premières décennies du XIXe siècle comme la presse ou le balancier, il est possible de relier des livres en très grandes séries. Jean Engel fut un des premiers relieurs industriels français.

Reliure contemporaine[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Reliure contemporaine.
Reliure moderne réalisée par Pierre Legrain.

La reliure contemporaine est une reliure réalisée pour obtenir des effets esthétiques originaux et créatifs (structures croisées, couture apparente, plats « rapportés », etc.). Elle s'adapte souvent aux nouvelles techniques et aux formats exceptionnels ou inhabituels, en réinvestissant les techniques historiques et en menant des recherches originales et personnelles sur les matériaux utilisés, qu'ils soient traditionnels ou modernes.

Formats des feuilles et des reliures[modifier | modifier le code]

Article connexe : Format de papier.

En matière de reliure, les libraires s'expriment parfois en formats spécifiques plutôt qu’en mesures métriques. Il existe un vocabulaire pour le format des feuilles et un autre pour le format définitif du livre.

Plusieurs pages du livre sont imprimées simultanément sur une même grande feuille de papier. De format différent, ces grandes feuilles sont appelées, suivant leurs dimensions : « Colombier », « Jésus », « raisin », « Carré / Coquille » ou « Couronne ». Chacune de ces feuilles de tirage est susceptible d’être pliée une fois (in-folio)[3], deux fois (in-quarto[3] ou in-4), trois fois (in-octavo[3] ou in-8), quatre fois (in-16)[3] ou plus, de telle façon que les pages se présentent au lecteur dans l’ordre où elles doivent être lues et constituent un cahier.

Lorsque le livre est exceptionnellement composé de feuilles entières, il porte le nom d’« in-plano »[3]. Il est donc de très grande taille, mais ne peut pas être relié tel quel. Les feuilles doivent d'abord être réunies en cahiers, soit par collage sur un onglet, soit par surjetage[4] (couture spécifique).

Le tableau ci-dessous indique les dimensions moyennes (en cm) créées par la combinaison des formats :

Nom des feuilles in-plano in-folio in-4 in-8 in-16 in-18
Colombier 90 x 63[3] 63 x 45 45 x 30 30 x 21[3] 22,5 x 15,7 21 x 15
Jésus 70 x 54[5] 54 x 35[5] 35 x 27[3] 27 x 18[3] 17,5 x 13,7 18,3 x 11,6
Raisin 65 x 50[3] 49 x 32[5] 32 x 24[3] 24 x 16[3] 16,2 x 12,5 16,6 x 10,8
Coquille ou Carré 56 x 45[3] 44 x 28[5] 28 x 22[3] 22 x 14[3] 14 x 11 15 x 9
Écu 52 x 40[3] 40 x 26 26 x 20 20 x 13[3] 13 x 10 13,3 x 8,6
Couronne 46 x 36[3] 36 x 23 23 x 18 18 x 12 12 x 9 12 x 7,7

Divers formats de papier peuvent être compris dans ces formats de livres. Toutefois, d’autres formats dits « bâtards » existent, notamment l'« Univers », le « Grand Monde », le « Grand aigle », le « Colombier », le « Soleil », le « Cavalier », la « Cloche », la « Tellière », etc.[6]. Les livres dont la hauteur est plus petite que la largeur sont dits de format oblong ou « À l'italienne ».

Les bibles, publiées généralement en formats impériaux (in-folio) pour l'usage liturgique, sont bien connues malgré le fait que des éditions « de poche » aient été publiées au cours du XIXe siècle (surtout aux États-Unis, dans les années 1830). Ces formats, ne dépassant pas les 15 cm de hauteur[7], sont identiques à ceux des « livres d'étrennes » anglais, publiés en Europe (le plus souvent à Londres) et aux États-Unis (principalement à Boston et à Philadelphie).

Les formats in-quarto et in-octavo, moins coûteux et moins volumineux, sont utilisés généralement pour les ouvrages illustrés de littérature dont la vente, au XVIIIe siècle et au XIXe siècle, est plus démocratique.

Parmi les très grands formats, les « Grand-Égypte » (70 x 135 cm)[8] et « Grand-Monde » (81 x 113 cm)[8] furent notamment utilisés pour éditer en 1809 la Description de l'Égypte de la campagne de Napoléon Bonaparte[8] ; tandis que le « double-éléphant-folio » (98 × 76 cm)[9], fut adopté par Jean-Jacques Audubon pour son ouvrage sur Les Oiseaux d'Amérique en 1827[9].

Restauration des reliures[modifier | modifier le code]

Généralités[modifier | modifier le code]

Restaurateurs de livres anciens.

Aujourd’hui, des recommandations internationales[10] règlent la restauration des reliures anciennes[11] : tout bon restaurateur doit travailler dans le respect des techniques anciennes. Dans le cas d’une utilisation de matériaux nouveaux, ceux-ci doivent être compatibles avec les matériaux d’origine, neutres, respectant les techniques de l’époque et de l’œuvre si elles sont encore visibles, ne pas porter préjudice à l’œuvre et pouvoir être retirés, afin de redonner à l’œuvre un aspect aussi fidèle que possible à l’original. Le travail du restaurateur doit également être décelable et les transformations subies par l’œuvre identifiables. L'artisan doit essayer de conserver autant d’éléments d’origine que possible.

Les opérations de restauration des reliures les plus courantes concernent les mors, les coins et les coiffes (éléments de peau qui garnissent les extrémités du dos du livre et se replient sur la tranchefile), c'est-à-dire les parties les plus vulnérables, mais parfois aussi les plats et les cahiers, qui peuvent avoir été attaqués par les moisissures ou les insectes : même lorsque l’ais est en chêne résistant, il peut être menacé ou avoir été atteint, ce qui nécessite une désinfection préalable. Avant toute restauration, le restaurateur doit nettoyer l’ouvrage et sa reliure, au moyen d'un savon spécifique. Nous nous concentrerons ici sur la restauration des reliures et n’aborderons donc pas celle des feuilles de papier et parchemins.

Structure[modifier | modifier le code]

Concernant la restauration de reliure proprement dite, les techniques utilisées par les restaurateurs sont les mêmes que celles utilisées par les artisans au Moyen Âge. Parfois, il est nécessaire de décoller les gardes pour restaurer les ais, les coins… : cela peut se réaliser à froid, à la vapeur ou avec des buvards. Lorsque les ais sont rongés ou attaqués, il est parfois nécessaire de réaliser de nouveaux plats, en respectant autant que possible l’essence du bois d’origine. Dans le cas où l’ais peut être restauré, le restaurateur utilise des queues d’aronde qu’il incruste dans l’ais afin de tout ressouder. Puis il faut poncer et raboter la surface pour l’égaliser. Les trous et les interstices sont bouchés à la pâte à bois. Si la tranchefile est abîmée, étant donnée la complexité de sa restauration, il est beaucoup plus simple pour le restaurateur de la retirer et de la refaire à l’identique.

Couvrure[modifier | modifier le code]

Concernant la restauration des couvrures, il s’agit souvent de déchirure dans le cuir ou le tissu. Dans ces cas-là, il faut inciser le cuir autour de la déchirure, soulever la couvrure avec un scalpel, afin de pouvoir intégrer celle de restauration à la reliure, de préférence de mêmes matière et couleur. Pour les coins, il faut agir de même avec la couvrure, tout en reconstituant le creux ou l’amincissement avec différents matériaux (pâte à papier|pâte à bois, ou simplement une surépaisseur de cuir ou de tissu de couvrure).

Enfin, concernant les mors, lorsque ceux-ci sont brisés ou largement fendus, il faut nécessairement refaire un dos, et poser par-dessus le dos d’origine. Parfois néanmoins, il est possible de masquer la fente en y posant une bande de peau. La restauration des coiffes reprend la technique de restauration des coins. Néanmoins, le restaurateur possède un large choix dans la manière dont il souhaite restaurer sa reliure et les techniques exposées ici ne sont pas systématiques.

Reliure-dorure[modifier | modifier le code]

La reliure-dorure est un savoir-faire particulier reconnu par l’Inventaire du patrimoine culturel immatériel en France[12].

La dorure intervient dans les étapes de finitions, lorsque la reliure est terminée. La technique traditionnelle de la dorure, qui apparait dès le XVIe siècle, consiste à coucher un apprêt constitué de blanc d’œuf, qui convient très bien pour protéger le cuir du livre et faire adhérer la dorure. L’application de la feuille d'or se fait ensuite à chaud. Aujourd’hui, certains doreurs utilisent les techniques de dorures à froid (un ruban d’or est imprégné de colle et chauffé à part, puis posé sur le cuir).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c et d Anne-Sophie Lambert, « La reliure entre art et technique », sur BnF (consulté le 25 septembre 2018).
  2. « François-Paul Bradel (v. 1757-1827) », sur BnF (consulté le 28 novembre 2017).
  3. a b c d e f g h i j k l m n o p q et r Brunot-Fieux, 2011, p. 28.
  4. « La reliure des registres de délibération et d’état civil, des répertoires et des actes récents », sur Atelier de reliure - Franck Michel (consulté le 23 septembre 2018).
  5. a b c et d « Explication des formats usités en reliure et en librairie », sur Éditions du Petit Vincent (consulté le 23 septembre 2018).
  6. « Formats de papier français », sur Mille et une feuilles (consulté le 23 septembre 2018).
  7. The Holy Bible; containing the Old Testament, and the New; / translated out of the original tongues; and with the former translations diligently compared and revised. Hartford, Connecticut : Judd, Loomis & Co., 1836, 7 × 12,7 par 3,8 cm d'épaisseur
  8. a b et c Robert Solé, « La "Description de l'Egypte" en manque d'espace », sur Le Monde, (consulté le 23 septembre 2018).
  9. a et b Henri Gourdin, « Les Oiseaux d'Amérique - Birds of America », sur lac-salagou.com (consulté le 23 septembre 2018).
  10. Service technique de la direction des Archives de France, Règles pour la restauration et la reliure des documents d’archive, Paris, 1999
  11. D’après Adam (C.), Restauration des livres et manuscrits anciens, précis et témoignages 2, Issy les Moulineaux, Imprimerie J.L.D., 1984. D’après Service technique de la direction des Archives de France, Règles pour la restauration et la reliure des documents d’archive, Paris, 1999
  12. Domaine des « Savoir-faire » de l’Inventaire du patrimoine culturel immatériel en France

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Louis-Sébastien Le Normand, Nouveau manuel du relieur, dans toutes ses parties, Encyclopédie Roret, (lire en ligne)
  • Jacqueline Liekens, La reliure : technique et rigueur : passé-carton, chemise, étui, coffret, Faton, (ISBN 978-2-87844-138-3)
  • Jacques Michel, La reliure : fiches techniques. Atelier d'Arts Appliqués du Vésinet, Faton, (ISBN 2-87844-059-5)
  • Lucile Olivier, La reliure : bases et bons gestes, Massin, (ISBN 2-7072-0417-X)
  • Ernest Thoinan, Les Relieurs français (1500-1800), (lire en ligne)

Liens externes[modifier | modifier le code]