San Theodoros

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San Theodoros
Flag of San Theodoros.svg
Drapeau du San Theodoros
Univers de fiction
Présent dans lʼœuvre
Créateur
Éditeur
Première apparition
Autre apparition
Caractéristiques
Type
Pays
Localisation
Capitale
Las Dopicos,
puis Tapiocapolis
puis Alcazaropolis
Langue

Le San Theodoros est une république imaginaire créée par Hergé pour l'univers des Aventures de Tintin.

Situé en Amérique du Sud, le San Theodoros est en grande partie recouvert par la forêt vierge et est traversé par le fleuve Badurayal.

Histoire[modifier | modifier le code]

À Trenxcoatl se trouve une pyramide « paztèque », ressemblant à la pyramide précolombienne de Kukulcán[1].

On retrouve aussi au San Theodoros les Indiens Arumbayas et Bibaros. C'est au XIXe siècle que le pays fut libéré par le général Olivaro (1805-1899). La capitale, d'abord nommée Las Dopicos, changera de nom pour Tapiocapolis puis Alcazaropolis. C'est un pays très pauvre où beaucoup de gens vivent dans des bidonvilles.

Allusions socio-politiques et géo-politiques[modifier | modifier le code]

Hergé a dépeint le San Theodoros, pays fictif, à l'aide de clichés (de façon plus marquée dans l'Oreille cassée) et d'allusions à la situation socio-politique de l'Amérique latine (de façon plus marquée dans Tintin et les Picaros). Ainsi l'armée théodorienne suit le cliché de l'« armée mexicaine » : plus de colonels que de caporaux, tandis que le nom du libérateur du San Theodoros, le général Olivaro, est une allusion à Simón Bolívar, « libérateur » d'une partie de l'Amérique du Sud. Le centre-ville de Tapiocapolis qui sert de façade au pays, et qui cache la misère de la population rappelle le Brésil des années 1970 et sa capitale Brasilia améliorée par l'architecture d'Oscar Niemeyer.

Dans Tintin et les Picaros, le contexte politique du San Theodoros est clairement inspiré de la Guerre froide.

La direction du pays alterne au gré des coups d'État : le général Tapioca, converti en surface à la pensée de Plekszy-Gladz, est soutenu par la Bordurie (qui elle-même est une parodie des dictatures fascistes ou communistes selon les albums). Le général Alcazar, lui, serait soutenu en sous-main par l'International Banana Company, faisant allusion à l'United Fruit Company, entreprise américaine, alors que ses guérilleros ont des allures cubaines.

Le régime politique[modifier | modifier le code]

Lorsque Tintin arrive au San Theodoros (L'Oreille cassée), le général Tapioca en est le président. Craignant la révolution, il place des soldats dans toutes les rues. Le général Alcazar prend alors la tête de la révolution à la suite d'un coup d'État raté, ce qui lui permet de prendre le pouvoir pour de bon. Le général Tapioca prend la fuite avec le colonel Fernandez.

Contre l'avis de son nouvel aide de camp Tintin, le général Alcazar déclare la guerre au Nuevo Rico ; le but est d'annexer le territoire du Gran Chapo pour le compte de la General American Oil (rappelant la Guerre du Chaco qui opposa entre 1932 et 1935 la Bolivie soutenue par la Standard Oil au Paraguay, soutenu par Shell). Sur fausse dénonciation de la General American Oil qui voit d'un mauvais œil l'influence de cet idéaliste auprès du dictateur, le général Alcazar condamne par la suite le colonel Tintin à être fusillé pour trahison.

Quelque temps après, une nouvelle révolution éclate dans le pays, ramenant Tapioca au pouvoir. Le général Alcazar s’expatrie alors en Belgique et devient lanceur de poignards (Les Sept Boules de cristal). Puis, le général revient finalement dans son pays. Mais par la suite, il s'en retourne une deuxième fois en Belgique pour acheter des avions à un trafiquant dans le but de mener une révolution (Coke en stock). Il renverse le général Tapioca dans le même mois et prend le pouvoir au San Theodoros.

Quelque temps plus tard, le général Tapioca renverse, une nouvelle fois, le général Alcazar avec l’aide, cette fois, de la Bordurie dirigée par le général Plekszy-Gladz, et donne alors son nom à la capitale : Tapiocapolis. Alcazar organise alors une nouvelle révolution avec l’aide de ses Picaros (ses partisans réfugiés dans la dense forêt) et de l’International Banana Company (Tintin et les Picaros). C’est le 22 février, le jour du carnaval, que la révolution éclate et remporte un franc succès. Le général Tapioca, pour la première fois capturé par son ennemi de toujours, est alors condamné à l’exil, sur demande expresse de Tintin qui est opposé à son exécution. Alcazar renommera la capitale en Alcazaropolis.

Attitude des militaires[modifier | modifier le code]

Dans L'Oreille Cassée, lorsqu'un militaire survient lors de l'exécution de Tintin et annonce le coup d'État du général Alcazar face au général Tapioca, le peloton d'exécution s'exclame « À mort le Tyran » à propos de Tapioca et Tintin est immédiatement gracié. Mais lorsqu'un second militaire surgit dans la minute pour cette fois annoncer le renversement d'Alcazar, au peloton de crier « À mort le Tyran » en parlant d'Alcazar et Tintin est de nouveau condamné à mort.

De la même manière, dans Tintin et les Picaros, à l'annonce du coup d'État, les anciens soldats de Tapioca sont enthousiastes à l'idée de fusiller un chef d'État déchu.

Ce gag souligne l'attachement de Hergé à démontrer que les révolutions qu'il évoque ainsi ne sont que brouillons idéologiques au sein du peuple, et que la bonne idéologie est celle du vainqueur. C'est ainsi la révolution d'une élite militaire et non du peuple. Hergé fait peut-être ici référence[réf. nécessaire] à la révolution soviétique car, comme Tintin au pays des Soviets l'avait montré, il fit preuve pendant l'avant guerre d'un anticommunisme farouche.

Personnalité des dictateurs[modifier | modifier le code]

Au début de l'album Tintin et les Picaros, Tintin mentionne le fait que Tapioca est un horrible tyran, au point d'avoir renommé la capitale à son nom. Toutefois Alcazar fait ensuite de même au lieu de rétablir l'ancien nom.

Humainement, Alcazar est plutôt sympathique — il risque sa vie pour venir secourir Tintin alors qu'il est l'homme le plus recherché du pays. Malgré cela, Haddock souhaite rester neutre dans les affaires politiques, et Tintin répond qu'ils soutiennent Alcazar uniquement pour sauver les Dupondt et la Castafiore. Ces amis de Tintin étaient d'ailleurs menacés uniquement à cause de la rancune du conseiller bordure de Tapioca envers Tintin.

De plus, rien ne change vraiment pour les habitants du pays : le parallèle entre la première et la dernière case de l'album Tintin et les Picaros en est un témoignage flagrant. Dans la dernière case, les nouveaux vêtements des policiers, qui maintenant portent la barbe, est une claire allusion à Cuba et donc à l'exportation de sa révolution à d'autres pays d'Amérique latine, comme le Nicaragua. Le message de l'auteur est sans doute que le régime politique change, mais pas la vie et la misère et que les dictateurs sont cyniques et n'ont aucun attachement idéologique.

Personnages principaux[modifier | modifier le code]

Membres notables du gouvernement et de l’armée[modifier | modifier le code]

Cabinet Tapioca[modifier | modifier le code]

  • Colonel Jimenez : colonel de l’armée régulière
  • Colonel Fernandez : colonel en fuite
  • Colonel Alvarez : colonel aide de camp du général Tapioca
  • Colonel Esponja : colonel, conseiller technique au ministère de l'Intérieur. C'est en fait le colonel bordure Sponsz.

Administration Alcazar[modifier | modifier le code]

  • Colonel puis caporal Diaz : colonel aide de camp du général Alcazar puis caporal (renégat) de l’armée
  • Colonel Tintin : colonel aide de camp du général Alcazar, successeur du colonel Diaz
  • Colonel Juanitos : colonel de l’armée
  • Ramon Bada : soldat de l’armée puis déserteur
  • Alonzo Perez : soldat de l’armée puis déserteur

Autochtones[modifier | modifier le code]

Alors que le San Theodoros était initialement le territoire de la civilisation paztèque, on y trouve aujourd'hui deux tribus principales :

  • Les Arumbayas ont comme chef Kaloma. Ils avaient à l’origine un fétiche cachant un diamant qui a été dérobé lors d’une expédition. Ridgewell, un explorateur anglais, s’est intégré à cette tribu. Ils aiment beaucoup le whisky Loch Lomond et la nourriture épicée. Ils ont comme armes des sarbacanes avec des fléchettes empoisonnées au curare.
  • Les Bibaros portent tous des toges bleues, sont très croyants, pratiquent le rétrécissement de la tête de la personne qu’ils ont capturée, ont comme armes des massues en bois et sont les ennemis des Arumbayas. Ils sont inspirés principalement par les Shuars (péjorativement nommés Jivaros), bien que leurs longues tuniques et leurs gourdins évoquent ceux des Lacandons[2].

Pour représenter le passage de Tintin dans ces deux tribus, Hergé s'est beaucoup inspiré des récits du Marquis Robert de Wavrin, explorateur belge auteur de films et d'articles sur l'Amérique du Sud.

Faune et flore[modifier | modifier le code]

  • Flore : il y a beaucoup de bananiers, des palmiers et des arbres en tous genres dans la forêt. On extrait du curare de certaines plantes. Les nénuphars sont nombreux dans les étangs.
  • Faune : les piranhas sont extrêmement nombreux dans les lacs et fleuves de même que les caïmans ainsi que les anacondas qui mangent ces derniers. Dans les lacs, on trouve aussi des gymnotes, des sortes de poissons électriques. La forêt est aussi peuplée de singes.

Caractéristiques socio-culturelles[modifier | modifier le code]

Tradition[modifier | modifier le code]

Tous les ans, en février, le carnaval du San Theodoros a lieu. Des personnes venues de tous les pays du monde y participent. On peut d'ailleurs y voir des gens déguisés en personnages célèbres dans Tintin et les Picaros : Astérix, Mickey, Donald, Snoopy... De plus, un mannequin sur un char représente Groucho Marx.

Gastronomie[modifier | modifier le code]

Le whisky Loch Lomond est très apprécié par les tribus et par la population ce qui nécessite des importations. Une eau-de-vie du pays, l'aguardiente, est également très prisée. On peut en déduire l'appétence des San Théodoriens pour l'alcool.

La nourriture épicée semble être à la base de l'alimentation san théodorienne.

Économie[modifier | modifier le code]

La banque centrale du pays a pour nom Banco de la Nación et la compagnie aérienne nationale s'appelle Santaero.

Armée, forces de sécurités et guérillas aux San Theodoros[modifier | modifier le code]

L'armée santhéodorienne est le pilier des régimes politiques successifs du pays. Elle est équipée de matériels européens. Les révolutionnaires dans L'Oreille cassée portent un sombrero et des cartouchières en bandoulière, évoquant les fidèles de Pancho Villa, qui s'illustra lors de la révolution mexicaine[2].

Sous Tapioca, les soldats et policiers portent un uniforme, et surtout un casque, calqués sur celui de la Wehrmacht. Tandis que les uniformes sous Alcazar rappellent ceux des armées castristes, avec en plus, une lettre "A" (pour Alcazar, sans doute) inscrites devant le képi et sur le revers de leur col.

Géographie[modifier | modifier le code]

Localisation[modifier | modifier le code]

Bien que le San Theodoros et le Nuevo Rico représentent respectivement la Bolivie et le Paraguay, protagonistes de la Guerre du Chaco, ces deux pays reprennent plus généralement des caractéristiques d'autres pays d'Amérique latine, rendant leur localisation difficile. Contrairement à ces deux pays réels, qui sont sans littoral, nos deux pays fictifs ont un accès à la mer, comme on l'apprend dans L'Oreille cassée. De plus, il est annoncé au début de Tintin et les Picaros que la tournée de la Castafiore  s'est effectué en Équateur, en Colombie et au Venezuela, avant de se poursuivre au San Theodoros. Ce qui laisse supposer que ce pays se trouve dans la région des Guyanes. De toutes façons, lui et son voisin servent à Hergé pour représenter l'Amérique latine de manière générale, mêlant des caractéristiques de tous les pays la constituant, comme cela est évoqué le long de cet article[2].

Capitale[modifier | modifier le code]

La capitale du San Theodoros se nomme initialement « Las Dopicos ». À la suite du denier coup d'état du général Tapioca (Tintin et les Picaros), la ville est renommée « Tapiocapolis », puis à la fin de l'album, suite à la reprise du pouvoir par le général Alcazar, « Alcazaropolis ».

La ville reprend des éléments de différentes grandes villes latino-américaines. Lors de l'atterrissage des personnages dans Tintin et les Picaros (p 11), on remarque plusieurs bâtiments modernes. L'un d'entre eux, avoisinant une immense œuvre d'art (inspirée d'une réalisation du sculpteur Marcel Arnould), ressemble au palais du Planalto, conçu par Oscar Niemeyer à Brasilia. La capitale du Brésil, construite la décennie précédent la publication de l'aventure, a sans doute servi pour la conception de cette ville fictive, qui évoque aussi Caracas[3].

De par son importance pour le pays, cette ville comporte plusieurs institutions culturelles, politiques et économiques importantes. Comme le cite le capitaine Haddock dans ce même album (p 23), on y trouve un musée ethnographique, la maison natale du général Olivaro (le Libertador, d'après Simón Bolívar), un zoo, ainsi qu'une cathédrale de la Santissima Virgen Inmaculada Concepción. Quant aux pouvoirs qui se succèdent au fil des innombrables révolutions, il se tiennent dans un palais, dont l'allure reprend sans doute celle du palais du Gouvernement du Pérou, à Lima[4].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Bérénice Geoffroy-Schneiter, Philippe Testard-Vaillant, Alice Rolland et Stéphanie Pioda, Tintin à la découverte des grandes civilisations, Figaro, , 156 p. (ISBN 2810501998 et 9782810501991, lire en ligne)
  2. a b et c « Tintin : les peuples du monde vus par le héros d'Hergé ...et leur réalité aujourd'hui », GEO, hors-série,‎ avril-mai 2017
  3. Tintin à la découverte des grandes civilisations, Le Figaro, impr. 2010 (ISBN 9782810501991, OCLC 690440367, lire en ligne), p. 16
  4. Patrick Mérand, La géographie et l'histoire dans l'oeuvre d'Hergé, Sépia, , p. 102 à 107

Voir aussi[modifier | modifier le code]