L'Oreille cassée

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L'Oreille cassée
6e album de la série Les Aventures de Tintin
Haut de couverture de l'album Logo L'Oreille cassée.
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Auteur Hergé
Genre(s) Franco-Belge
Aventure

Personnages principaux Tintin
Milou
Général Alcazar
Lieu de l’action Drapeau de la Belgique Belgique
Océan Atlantique
Océan Pacifique
Flag of San Theodoros.svg San Theodoros
Flag of Nuevo Rico.svg Nuevo Rico

Langue originale Français
Éditeur Casterman
Première publication 1937 (noir et blanc)
1943 (couleur)
Nb. de pages 62 (couleur)
128 (noir et blanc)

Prépublication Le Petit Vingtième
Albums de la série

L'Oreille cassée est le sixième album de bande dessinée des Aventures de Tintin, prépublié en noir et blanc du 5 décembre 1935 au 25 février 1937 dans les pages du Petit Vingtième, supplément du journal Le Vingtième Siècle. La version couleur et actuelle de l'album est parue le 23 juin 1943. Cet album marque l'arrivée du général Alcazar dans la série.

L'histoire[modifier | modifier le code]

Synopsis[modifier | modifier le code]

Statue en bois.
Statue Chimú très semblable à celle apparaissant dans l'album.

Au musée ethnographie de Bruxelles, un fétiche arumbaya est volé puis restitué le lendemain[h 1]. En parallèle, un sculpteur sur bois, monsieur Balthazar, est retrouvé mort dans son appartement[h 2]. Tintin découvre que le fétiche restitué est une copie et décide de mener sa propre enquête sur ces deux affaires qui semblent liées[h 3]. En remontant les pistes, il découvre que deux hommes, Alonzo Pérez et Ramón Bada s'intéressent aussi au fétiche arumbaya[h 4]. Ceux-ci partent pour le San Theodoros, une république fictive d'Amérique du Sud, à bord du paquebot Ville-de-Lyon, sur lequel s'est embarqué le voleur du fétiche et assassin de Balthazar, Rodrígo Tortilla[h 5]. Tintin les poursuit mais ne peut empêcher les deux bandits de tuer Tortilla[h 6]. Il les fait cependant arrêter à l'arrivée du Ville-de-Lyon à Las Dopicos, capitale du San Theodoros, mais ceux-ci sont rapidement libérés par des complices[h 7]. Quant au fétiche qu'ils ont repris au voleur, il s'agit lui aussi d'un faux[h 8]. Tintin, attiré à terre par une fausse lettre le convoquant à leur procès, se retrouve au cœur d'une révolution au cours de laquelle il est arrêté, accusé de terrorisme et condamné à être fusillé[h 9].

Drapeau constitué de deux bandes horizontales, l'une verte (en haut), l'autre noire. Au centre, un cercle rouge entoure un disque noir.
Drapeau du San Theodoros.

Il est finalement sauvé par les événements révolutionnaires qui portent au pouvoir le général Alcazar. Ce dernier fait de Tintin son nouvel aide de camp[h 10]. Le jeune reporter se retrouve rapidement confronté à Alonzo Pérez et Ramón Bada qui, croyant qu'il possède le véritable fétiche arumbaya, le font enlever pour l'obliger à le leur rendre[h 11]. Le reporter parvient à leur échapper et à les capturer à nouveau[h 12]. De retour à Las Dopicos, il échappe à un attentat et doit gérer les affaires du pays pendant la convalescence du général Alcazar. Il reçoit la visite de monsieur Chicklet, le représentant d'une importante compagnie pétrolière qui lui demande de convaincre Alcazar de déclarer la guerre au Nuevo Rico pour que sa compagnie puisse exploiter les ressources du Gran Chapo, un désert frontalier des deux États[h 13]. Face au refus immédiat du reporter, Chicklet promet de se venger de lui et de le faire disparaître[h 14]. À son retour, le général Alcazar reçoit Chicklet puis Basil Bazaroff, un marchand d'armes, qui le convainquent de déclarer la guerre au Nuevo Rico et le persuadent que Tintin est un espion travaillant pour ce pays. Alcazar fait aussitôt arrêter Tintin, qui est condamné à mort. Les deux hommes d'affaires font également passer Tintin pour un espion travaillant pour le Nuevo Rico aux yeux d'Alcazar qui le fait aussitôt arrêter et condamner à mort[h 15].

Alors qu'il parvient à s'évader, Tintin est poursuivi par l'armée du San Theodoros puis celle du Nuevo Rico[h 16]. Il se réfugie chez les Arumbayas où il rencontre Ridgewell, un explorateur anglais que tout le monde croit mort[h 17]. Grâce à lui, il découvre le secret du fétiche : celui-ci renferme un précieux diamant dérobé aux Arumbayas[h 18].

Tintin retourne alors en Europe et découvre que le frère de monsieur Balthazar, lui aussi sculpteur, réalise des copies parfaites du fétiche arumbaya. Ce dernier lui révèle qu'il détenait le véritable fétiche mais qu'il l'a vendu à un riche Américain, Samuel Goldwood, reparti dans son pays à bord du S.S. Washington[h 19]. Le reporter se hâte pour rejoindre le navire, mais, arrivé à bord, il tombe sur Alonzo Pérez et Ramón Bada qui l'ont devancé et viennent de voler le fétiche dans la cabine de monsieur Goldwood. Surpris, les deux bandits lâchent le fétiche qui se brise en tombant, libérant le diamant qui disparaît en mer. Furieux, les deux hommes s'attaquent à Tintin et, dans la bagarre, tous trois tombent à leur tour à la mer. Si les deux malfrats meurent noyés, Tintin remonte à la surface avant d'être repêché par l'équipage du navire[h 20]. Il raconte alors toute la vérité à propos du fétiche à monsieur Goldwood, qui décide de le restituer aussitôt au musée[h 21].

Personnages[modifier | modifier le code]

Photographie d'un chien blanc.
Un fox-terrier.

Le lecteur découvre la vie quotidienne de Tintin dans cette aventure : le héros apparaît dans son bain, faisant sa gymnastique ou consultant une encyclopédie dans sa bibliothèque[p 1]. Alerté du vol du fétiche par les nouvelles radiophoniques, le jeune reporter se précipite au musée ethnographique et consigne quelques notes sur l'affaire dans un calepin, dans ce qui est la dernière manifestation de son activité journalistique dans la série[1]. Tout autant que les images le montrant dans son appartement, la séquence de son exécution retardée puis de sa libération, dans laquelle il apparaît complètement saoul, contribue à faire de Tintin un héros plus humain et moins parfait que dans ses premières aventures[2].

Le jeune reporter est toujours accompagné de son fidèle Milou, un fox-terrier à poil dur[3] doué de la parole, même si son maître est le seul à pouvoir le comprendre[b 1]. Milou se permet d'ailleurs des commentaires parfois moqueurs, comme pour mettre en perspective les exploits répétés de Tintin[b 2] : « Encore un peu et il se croira aussi fort que Sherlock Holmes[h 22] ». Contrairement aux deux aventures précédentes, les Dupondt ne suivent pas Tintin dans son voyage. De fait, leur intervention se limite à l'enquête sur le vol du fétiche au début de l'aventure, une affaire qu'ils considèrent comme classée après le retour de l'objet sur son socle, quand Tintin est le seul à s'apercevoir qu'il s'agit d'un faux[h 23]. Figurant parmi les personnages principaux des Cigares du pharaon et du Lotus bleu, les deux policiers sont en retrait sur cette aventure[4].

L'Oreille cassée marque avant tout l'entrée dans la série du général Alcazar[Note 1], archétype du dictateur à l'ego surdimensionné, guidé avant tout par son ambition personnelle. Manipulé par les marchands d'armes et les compagnies pétrolières occidentales, il s'occupe en jouant aux échecs à son bureau[5]. Ce personnage est indissociable de son rival le général Tapioca, qui est seulement mentionné dans cet album et n'apparaît physiquement que dans le dernier album achevé de la série, Tintin et les Picaros[6]. Le marchand d'armes monsieur Chicklet, un « ploutocrate » qui convainc le général de déclarer la guerre au Nuevo Rico en échange d'un intéressement personnel[7], et son homme de main Pablo, qui finit par se rallier à Tintin, font eux aussi leur première apparition, avant de revenir respectivement dans L'Affaire Tournesol et Tintin et les Picaros[8],[9]. Il en est de même pour l'explorateur Ridgewell et la tribu des Arumbayas[10].

Plusieurs personnages effectuent leur seule apparition dans cet album. C'est le cas de Le Goffic, le commandant du paquebot Ville-de-Lyon, qui s'appelait Dupont dans la version originale en noir et blanc[11] ou de son steward trop bavard qui révèle aux bandits la présence de Rodrigo Tortilla sur le navire[12].

Lieux visités[modifier | modifier le code]

Le récit s'attarde dans la ville d'origine de Tintin, Bruxelles, même si celle-ci n'est pas expressément nommée[13], ce qui est une première dans la série. Le lecteur découvre l'appartement du jeune héros, au 26, rue du Labrador, une rue fictive qui évoque celle de la rue Terre-Neuve, proche de la place du Jeu de Balle dans le quartier des Marolles[14]. La poursuite du fétiche volé entraîne ensuite Tintin au San Theodoros, un petit pays d'Amérique latine en guerre contre le Nuevo Rico. Ces deux États sont les premiers pays imaginaires inventés par Hergé pour le besoin de sa fiction[14].

Création de l'œuvre[modifier | modifier le code]

Contexte d'écriture[modifier | modifier le code]

À partir des Cigares du pharaon, quatrième aventure de la série parue entre et , Hergé entame un processus de transformation de son œuvre, abandonnant le « rêve naïf de prise de possession du monde » qui teintait les premiers épisodes pour une ambition plus littéraire en lançant son héros dans une véritable enquête[p 2].

Le succès populaire et critique des Cigares lui fait prendre conscience des possibilités romanesques que lui offrent la bande dessinée[p 3]. Avec Le Lotus bleu, et la rencontre de Tchang Tchong-jen, le dessinateur franchit un nouveau pas vers le réalisme et le récit construit[p 4]. La préparation de l'aventure se double d'un abondant travail de documentation pour présenter au lecteur une image aussi fidèle que possible du pays dans lequel Tintin se déplace[15]. Dès lors, la fantaisie des premiers volets s'efface pour laisser place à un réalisme tant géopolitique et graphique[16].

Sources et inspirations[modifier | modifier le code]

« Hergé n’invente jamais ; il s'imbibe et transpose — en effaçant partiellement la violence, l'horreur, le mal historique — le discours d'actualité de son temps. »

— Marc Angenot, Basil Zaharoff et la guerre du Chaco: la tintinisation de la géopolitique des années 1930, 2010[a 1]

Actualité de l'époque[modifier | modifier le code]

Situation géographique avant la guerre du Chaco, qui a inspiré le conflit dans l'album.

Comme il l'a fait dans Le Lotus bleu à travers l'incident de Mukden et l'invasion japonaise de la Mandchourie[p 5], Hergé cherche à inscrire son nouveau récit dans l'actualité politique de son époque. Ainsi L'Oreille cassée s'inspire de nombreux évènements qui se déroulent en Amérique du Sud quelques années avant sa parution. En premier lieu, le récit est contemporain d'une suite de pronunciamientos qui frappent l'Argentine : en 1930, le coup d'État qui renverse le président Hipólito Yrigoyen au profit d'une junte militaire dirigée par le général José Félix Uriburu marque le début de la « Décennie infâme »[a 2]. De même, en 1931, un coup d'État au Salvador porte au pouvoir Maximiliano Hernández Martínez qui met en place une dictature militaire[a 3].

De même, l'intrigue s'inspire fortement de la guerre du Chaco, un conflit extrêmement meurtrier qui oppose la Bolivie et le Paraguay de 1932 à 1935 et dont Hergé suit le déroulement dans le périodique satirique français Le Crapouillot. Le journal développe une idée largement répandue à l'époque et reprise par l'écrivain Anton Zischka dans La Guerre secrète pour le pétrole en 1934. Selon cette thèse, deux compagnies pétrolières occidentales, la Standard Oil, implantée en Bolivie, et la Royal Dutch Petroleum Company, présente au Paraguay, inciteraient les gouvernements respectifs à annexer la région pour s'en approprier les ressources pétrolières[a 4]. En réalité, le Gran Chaco ne renferme aucun gisement de pétrole, et les causes de la guerre sont si nombreuses que la question de l'or noir n'a joué qu'un rôle mineur dans le déclenchement du conflit, si ce n'est à des fins de propagande de la part des belligérants[a 4],[17]. Hergé reprend toutefois à son compte les informations du Crapouillot, tout en les transposant dans un univers fictif afin de conserver une liberté totale sur les plans géographique, historique et géopolitique. Il crée deux États fictifs, le San Theodoros et le Nuevo Rico, tandis que la guerre du Chaco devient la guerre du Grand Chapo[18].

Plus discrètement, dans la première version de l'aventure, alors que Tintin écoute la radio dans son appartement, des événements relatifs à la seconde guerre italo-éthiopienne sont évoqués[19].

Personnalités[modifier | modifier le code]

Photographie en noir et blanc d'un homme âgé, portant un chapeau et une barbe.

Hergé s'inspirent également de personnages existants dont il masque à peine le nom. Ainsi, le cynique Basil Bazaroff, qui en quelques heures vend les mêmes armes aux deux belligérants dans l'album, est une réplique du célèbre marchand d'armes Basil Zaharoff, président de la Vickers-Armstrongs, maquillée en « Vicking Arms Co » dans L'Oreille cassée[a 5],[16]. De même, le général Olivaro, dont la statue trône dans la capitale santhéodorienne, rappelle Simón Bolívar, président de la république bolivienne et figure emblématique de l'émancipation des colonies espagnoles en Amérique du Sud[20],[a 6].

Photographie en noir et blanc d'un homme portant un chapeau et tenant un porte-cigarette en bouche.
L'explorateur Percy Fawcett en 1911.

Au cours de l'histoire, Tintin rencontre l'explorateur Ridgewell, disparu depuis plus de dix ans et que tout le monde croit mort alors que ce dernier, appelé « Le vieillard blanc », a choisi d'abandonner la civilisation occidentale pour devenir membre de la tribu des Arumbayas. Ce personnage évoque le véritable explorateur britannique Percy Fawcett, probablement mort en 1925 à la recherche d'une cité perdue dans la forêt amazonienne[a 7],[21]. Le mystère qui entoure sa disparition a nourri de nombreux fantasmes et inspiré plusieurs romanciers, desquels Hergé prend la suite[a 7]. L'explorateur Robert de Wavrin est également cité comme source, notamment pour les films qu'il réalise lors de ses expéditions[22].

Enfin, le nom du riche collectionneur qui achète de bonne foi le fétiche et accepte de le restituer au musée, Samuel Goldwood, évoque par transparence celui du producteur américain Samuel Goldwyn, l'un des fondateurs de la Metro-Goldwyn-Mayer[a 8].

Géographie, paysages et culture[modifier | modifier le code]

Photographie en noir et blanc d'un soldat se tenant debout, portant un sombrero et des cartouchières.
La tenue des révolutionnaires santhéodoriens s'inspire de celle des combattants mexicains, comme Pancho Villa.

L'Oreille cassée est un exemple de « merveilleux géographique », mettant en scène une géographie imaginaire exotique et nourrie de références diverses[23]. Pour ses décors, Hergé assemble différentes inspirations contradictoires de pays d'Amérique latine, et même d'Amérique centrale, aussi bien pour la culture, l'habitat, les peuples et le paysage[23].

Photographie d'une route étroite qui serpente à flanc de montagne dans une végétation luxuriante.
La route des Yungas inspire un décor de l'album.

Pour créer le San Theodoros et le Nuevo Rico, le dessinateur s'inspire de la Bolivie et du Paraguay, mais également de la révolution mexicaine menée par Pancho Villa et Emiliano Zapata à partir de 1910[5]. La représentation des révolutionnaires santhéodoriens, coiffés de sombreros[24] et portant des cartouchières, reprend en effet des scènes du film Viva Villa !, réalisé par Jack Conway en 1934[25]. La route que Tintin emprunte après s'être échappé de la prison santhéodorienne évoque la route bolivienne des Yungas, surnommée la « route de la Mort » en raison de ses pentes abruptes, de son étroitesse et de l'absence de garde-corps[20]. Plusieurs toponymes cités dans l'album sont construits à partir de jeux de mots. Ainsi le nom « Gran Chapo » évoque, par transparence, l'expression « grand chapeau », tandis que le Nuevo Rico, que l'on peut traduire par « nouveau riche », révèle l'ambition de cet État. Sa capitale, « Sanfación », reprend le modèle de la capitale paraguayenne Asuncion et dissimule l'expression « sans façon »[26]. Il en est de même pour les noms de certains personnages : le général Alcazar tire son nom d'un mot espagnol désignant un palais fortifié et qui est parfois attribué à des salles de spectacles[27]. Le nom du marchand d'armes Chicklet est quant à lui inspiré d'une marque de chewing-gum[9].

Hergé mêle les époques et les civilisations. Pour dessiner le fétiche arumbaya, il copie une statuette chimú exposée au musée du Cinquantenaire de Bruxelles[28],[29]. Cette civilisation précolombienne, installée sur la côté nord du Pérou, est donc éloignée du territoire supposé des arumbayas, en pleine forêt amazonienne. Seule différence notable, les oreilles de la statue originale sont intactes[24]. Bien que francophone, Hergé grandit dans un milieu linguistique non homogène et le marollien, un dialecte bruxellois parlé par sa grand-mère, le marque durablement, au point d'influencer son écriture[30]. Ainsi la langue des Arumbayas est truffée de références dialectales[31],[32],[33], comme dans la formule de politesse « Karah bistoup », qui cache à peine le terme « carabistouille »[Note 2], ou dans l'expression « stoum érikos », dans laquelle se dissimule le mot« sto(e)mmerik » qui signifie « imbécile »[30]. Entre eux, les Arumbayas parlent pourtant un excellent français, mais ils s'expriment dans leur langue dans les situations de dialogue avec Tintin[34].

Photographie d'une tête réduite exposée dans un musée
Une tête réduite des Jivaros.

Le peuple des Bibaros, ennemis des Aurmbayas et que Hergé présente comme des réducteurs de têtes, est directement inspirée des Jivaros, installés entre l'Équateur et le Pérou[24].

Désireux d'en savoir plus sur les Arumbayas au début de son enquête, Tintin tire de sa bibliothèque l'ouvrage d'un certain Ch. J. Walker, intitulé Voyage aux Amériques, paru chez Graveau en 1875. Ce livre est une invention d'Hergé, et selon Frédéric Soumois, spécialiste de l'univers de Tintin, le dessinateur s'est inspiré d'un ouvrage de Matthew Stirling, Historical and Ethnographical Material on the Jivaro Indians, de 1938, pour dessiner ses Arumbayas et leurs sarbacanes[35].

Autres décors[modifier | modifier le code]

Comme il en a pris l'habitude, Hergé représente des modèles de voitures réelles pour apporter plus de réalisme à son dessin. Ainsi, sur cette même route, Tintin circule au volant d'une Rosengart LR2[36]. Après avoir précipité ce véhicule dans un ravin pour faciliter sa fuite, il emprunte un véhicule militaire : il s'agit d'une Ford V8 cabriolet de la série 68 De Luxe, produite à moins de 5 000 exemplaires. Le dessinateur l'équipe d'une mitrailleuse pour en faire un véhicule militaire[37]. De même, la voiture du docteur Triboulet est une Hotchkiss 20-30 HP de type AD limousine de 1912[38].

L'avion qu'empruntent les bandits Alonzo Perez et Ramon Bada dans la dernière case de la douzième planche est un Breguet Wibault-Penhoet 283, un petit avion trimoteur de la compagnie Air France, reconnaissable à son train d'atterrissage qui dispose de cache-roues[20].

Plusieurs bateaux sont également représentés dans l'album. Le Ville-de-Lyon, qui assure la liaison entre Le Havre et le San Theodoros, puis le Washington, sur lequel est finalement retrouvé le véritable fétiche, sont deux paquebots transatlantiques dont le modèle n'est pas clairement identifiable[39]. À l'inverse, dans l'avant-dernière planche de la version originale en noir et blanc, le paquebot emprunté par Tintin pour rentrer en Europe est clairement identifiable, sans être cité. Il s'agit du Normandie[40].

Enfin, dans les premières cases de l'album, les visiteurs du musée ethnographique peuvent observer une riche collection d'œuvres relatives aux arts premiers. Hergé les dessinent à partir d'œuvres provenant du monde entier et extraites de plusieurs établissements, notamment les musées royaux d'Art et d'Histoire de Bruxelles et le musée royal de l'Afrique centrale de Tervueren. Il est possible de reconnaître, entre autres, un poteau yoruba, originaire du Bénin, ou encore un masque sénoufo[41].

Clins d'œil et références culturelles[modifier | modifier le code]

Peinture figurant deux maisons dans un paysage enneigé, abritées derrière une haie de hauts arbres dont on ne voit que le tronc noir.
Hiver en Flandre, de Valerius De Saedeleer, figure dans l'appartement de Tintin.

Prenant exemple sur Alfred Hitchcock, qui aimait apparaître dans ses propres films, Hergé se dessine lui-même dans la deuxième case de l'album, sous les traits d'un visiteur du musée ethnographique, à l'arrière-plan[42].

L'universitaire Jean-Yves Puyo a découvert ce qu'il considère comme un plagiat dans cet album. Selon lui, plusieurs scènes sont directement reprises de l'album Les Pieds nickelés au Mexique, de Louis Forton. C'est la scène de la fausse exécution de Tintin, dans laquelle le héros, ivre, s'écrie « Vive le général Alcazar et les pommes de terre frites », une séquence reprise tant dans la mise en scène que dans la réplique. Une autre répartie est reprise mot à mot, lorsque le colonel chargé de son exécution avertit Tintin qu'il ne s'agit que d'un « mauvais moment à passer », de même que la scène de la distribution des grades d'officier[43].

Dans la première planche de l'album, pendant qu'il fait le ménage, le gardien du musée ethnographique entonne l'Air du toréador de l'opéra Carmen composé par Georges Bizet[44]. Plus loin, dans l'appartement de Tintin, Hergé reproduit un tableau du peintre Valerius De Saedeleer intitulé Hiver en Flandre et datant de 1927, dont il avait acheté une copie. Ce tableau représente un paysage enneigé au milieu duquel figure deux maisons abritées derrière une haie de grands arbres[45], tandis que les ombres projetées sur les colonnades des rues de Las Dopicos font référence au peintre surréaliste italien Giorgio De Chirico[46].

Par ailleurs, l'historien de la bande dessinée Thierry Groensteen trouve une ressemblance entre le visage de Chicklet, le représentant de la General American Oil, et celui de l'humoriste américain Groucho Marx[47].

Parution et traductions[modifier | modifier le code]

Prépublication, parution en album et rééditions[modifier | modifier le code]

Une de journal.
Le Petit Vingtième assure la première publication de L'Oreille cassée.

La prépublication des planches de L'Oreille cassée, dans leur version originale en noir et blanc, commence le dans Le Petit Vingtième, le supplément hebdomadaire du journal Le Vingtième Siècle destiné aux enfants[p 6], sous le titre Les Nouvelles Aventures de Tintin et Milou. Elle s'achève le , pour un total de 128 planches[48]. À l'issue de leur publication, les planches sont rassemblées et éditées en album chez Casterman, au cours de l'année 1937. Hergé en profite pour apporter une légère modification : l'indien qui accompagne Tintin en pirogue jusqu'au territoire des Arumbayas est renommé Caraco, et non Carajo comme dans la première version, car ce mot est une insulte commune en espagnol[49].

Au début des années 1940, la popularité d'Hergé s'accroît, notamment depuis que ses récits sont publiés dans l'un des plus grands quotidiens belges, Le Soir[p 7]. Son éditeur convainc Hergé d'accepter la mise en couleurs de ses albums afin de conquérir de nouveaux marchés. Une complète refonte est indispensable, dans la mesure où le format doit être ramené à 62 planches pour le récit. Pour autant, contrairement à d'autres aventures, L'Oreille cassée ne subit que des changements mineurs du point de vue des dessins[50]. En revanche, la diminution drastique du nombre de planches entraîne la disparition de certaines scènes, notamment celle d'un rêve de Tintin[51]. Ces changements opérés, L'Oreille cassée est réédité en et devient ainsi le premier album parmi les plus anciens à être publié en couleurs[Note 3],[5],[p 8]. Les 12 500 exemplaires du tirage initial se vendent très vite et en raison de la pénurie de papier qui touche l'imprimerie dans le contexte de l'occupation allemande, l'éditeur n'est pas en mesure de répondre à la demande[52].

En 1979, Casterman publie la version originale en noir et blanc dans le second volumes de la collection des Archives Hergé, en compagnie des Cigares du pharaon et du Lotus bleu[48]. En 1986, un fac-similé du premier album est à son tour publié[48].

Publications étrangères et traductions[modifier | modifier le code]

Comme les aventures précédentes, ce nouveau récit est diffusé en France dans les colonnes de Cœurs vaillants, sous le nom de Tintin chez les Arumbayas à partir du [48], ainsi qu'au Portugal dans le journal O Papagaio, sous le titre Tim-Tim e o mistério da orelha quebrada, du au [53]. Une traduction néerlandaise est également proposée dans Het Laatste Nieuws, du au [53]. En Suisse, l'aventure est publiée dans L'Écho Illustré du au , mais des erreurs sont commises dans l'ordre des planches[54].

Hergé doit parfois retoucher son œuvre pour répondre aux demandes des diffuseurs étrangers. C'est le cas de l'une des scènes de L'Oreille cassée, quand les deux bandits coulent à pic à la fin du récit, un épisode que les directeurs de Cœurs vaillants jugent contraire à la bien-pensance. À leur demande, Hergé fait dire à Tintin : « Dieu ait leur âme »[p 9].

L'Oreille cassée est l'une des dernières aventures de la série à être éditée en album au Royaume-Uni, en 1975 chez Methuen sous le titre The Broken Ear. Quelques années plus tôt, en 1963, une édition espagnole est publiée chez Juventud[53]. L'Oreille cassée est traduit dans de nombreuses autres langues étrangères ou régionales : en grec en 1980[55], en turc en 1988[56], en breton en 1991[57], en danois en 2002[58], en catalan en 2003[59], en finnois[60] et en thaï en 2004[61], en tchèque en 2006[62], en hongrois en 2008[63], en hindi en 2010[64] et en luxembourgeois en 2018[65].

Analyse[modifier | modifier le code]

Style narratif[modifier | modifier le code]

Vers la fin du feuilleton[modifier | modifier le code]

Reproduction d'un décor de l'album.

« Si Le Lotus bleu représente un tournant essentiel, à la fois sur le plan graphique et sur le plan idéologique, une révolution presque aussi importante s'opère du point de vue narratif avec L'Oreille cassée. »

— Benoît Peeters, Hergé, fils de Tintin[p 10]

L'Oreille cassée marque une évolution importante dans la série des Aventures de Tintin : c'est la première histoire qui repose sur une véritable idée de scénario. Dans les premiers albums, c'est d'abord le cadre géographique qui fournit l'essentiel du contenu du récit. Si Le Lotus bleu peut paraître plus construit, son élaboration s'est effectuée en cours de route avec l'appui de Zhang Chongren. Avec L'Oreille cassée, Hergé franchit une nouvelle étape dans la recherche de l'unification du récit et veut raconter une histoire qui tienne d'un bout à l'autre[p 10].

Au premier abord, le scénario peut sembler très feuilletonesque, avec une succession de péripéties qui lui confèrent un air désordonné, au point qu'Hergé lui-même s'y perdait : « Je ne savais plus comment me dépêtrer : cette histoire de bijoux ? Qui avait tué ? Qui avait volé ? Pourquoi ? Comment ? Je n'en sortais plus[66]. » Le professeur de littérature Marc Angenot juge d'ailleurs que l'intrigue, qui emboîte plusieurs énigmes, « ne tient pas tout à fait debout »[a 3]. Pour autant, à travers le fétiche arumbaya, le dessinateur utilise un élément récurrent suffisamment porteur pour assurer l'unité du récit[p 11]. Dès Les Cigares du pharaon, le signe du pharaon Kih-Oskh pouvait prétendre à la même fonction, mais son rôle demeurait secondaire derrière les nombreux rebondissements de l'intrigue et la quête des trafiquants de stupéfiants. Au contraire, le fétiche est présent du début à la fin de L'Oreille cassée : son vol est annoncé dans la première planche et ce n'est qu'à la soixantième planche qu'il est retrouvé, tandis que les rebondissements du scénario y sont étroitement liés[p 11].

Avec le fétiche arumbaya, Hergé intègre dans ses Aventures le principe du « fil conducteur » qu'il n'hésitera pas à utiliser de nouveau pour d'autres récits, qu'il s'agisse de la quête d'un objet disparu, comme le sceptre d'Ottokar dans l'album éponyme, ou d'une personne chère, comme le professeur Tournesol dans Le Temple du Soleil et L'Affaire Tournesol, ou Tchang dans Tintin au Tibet[67]. Spécialiste de l'œuvre d'Hergé, Benoît Peeters rapproche le fétiche arumbaya du MacGuffin défini par Alfred Hitchcock et qui instaure la dynamique du récit : « L'élément poursuivi concentre les énergies, celles des personnages aussi bien que celle du lecteur. Créant des réactions en chaîne, il confère à cet album une vitalité sans pareille[p 11]. »

L'essayiste Jean-Marie Apostolidès juge que cette aventure est plus construite que les précédentes, malgré une intrigue parfois embrouillée et incohérente, mais aussi plus légère : « Elle pose sur le monde adulte un regard d'enfant espiègle ou sceptique, alors que précédemment l'univers extérieur était vu à travers les yeux d'un enfant sage »[b 3]. Il compare l'ambiance de l'album à celle d'un vaudeville[b 4], comme « une adaptation de l'univers de Feydeau à la bande dessinée »[b 5].

Mise en place de nouvelles structures narratives[modifier | modifier le code]

L'écrivain Renaud Nattiez considère que L'Oreille cassée inaugure une série de seize albums consécutifs qui possèdent la même structure narrative, composée de six éléments. Tout d'abord, le récit commence par une situation banale, ancrée dans le quotidien, qu'un fait anodin vient perturber, précipitant l'engagement de Tintin. Celui-ci énonce alors une phrase qui marque le commencement de l'aventure. Vient son départ, puis une longue ascension vers l'objectif, avant le succès final qui se caractérise par la joie de Tintin, symbolisant le retour à la vie quotidienne[68].

Sur le plan narratif, L'Oreille cassée apporte d'autres nouveautés. Pour la première fois, l'intrigue s'attarde à Bruxelles[Note 4] et l'histoire débute dans un lieu peu propice à l'aventure, un musée. Pour la première fois également, Hergé inscrit son héros dans une forme de quotidienneté. Le lecteur découvre Tintin à son réveil dans son appartement, pratiquant la gymnastique et prenant son bain en écoutant la radio[p 10]. La première planche de L'Oreille cassée révèle une autre particularité : c'est le seul album de la série qui commence par une « historiette à laquelle ne participent que des personnages étrangers tant au lecteur qu'à l'univers de la série », comme le remarque Gaëlle Kovaliv, auteure d'une étude sur les incipits dans Les Aventures de Tintin. Excepté le gardien, rien n'est dit de l'identité des autres personnages, avec lesquels Tintin n'a aucune interaction et qui ne sont en quelque sorte que de simples figurants. Le héros entre en scène au troisième strip. Son réveil et l'annonce d'un vol à la radio le matin même indique que cette scène est située sur la même temporalité que la première, jusqu'à ce que les deux se rejoignent au début de la planche suivante[69].

Par ailleurs, Hergé utilise une structure narrative qu'il reprendra dans deux autres albums, celle d'un objet longuement recherché alors qu'il se trouvait à portée. De fait, Tintin se lance dans un long voyage vers le pays des Arumbayas alors que le fétiche se trouvait depuis le départ à Bruxelles. Cette structure, dans laquelle le philosophe Jean-Luc Marion voit un « éloge de l'intériorité »[70], se répète dans Le Trésor de Rackham le Rouge, quand les héros cherchent sur une île lointaine un trésor finalement enfoui dans la crypte du château de Moulinsart, puis dans L'Affaire Tournesol, avec les microfilms que le professeur Tournesol pensaient avoir perdu en Bordurie et qu'il retrouve finalement dans sa chambre, oubliés avant son départ[p 12].

Enfin, Hergé situe la majeure partie de son récit dans deux pays imaginaires mais pourtant inscrits dans le monde réel et contemporain. Marc Angenot, professeur de littérature, rapproche ce cadre de celui de la romance ruritanienne, un sous-genre de la littérature de jeunesse apparu à la fin du XIXe siècle au Royaume-Uni et qui met en scène de petits États aux décors d'opérette, le plus souvent d'inspiration germanique ou balkanique[a 6]. Dans le roman Le Prisonnier de Zenda d'Anthony Hope, fondateur de cette tradition, le héros part de Londres, une ville réelle, pour arriver à Strelsau, capitale balkanique fictive traitée de manière réaliste. Il en est de même dans L'Oreille cassée : Tintin quitte Bruxelles et prend le bateau au Havre, deux lieux réels, pour se diriger vers un lieu fictif, la république de San Theodoros et sa capitale Las Dopicos[a 6]. Quelques années plus tard, Hergé opère le même choix pour Le Sceptre d'Ottokar en inventant la Syldavie et la Bordurie[a 9].

Thèmes et procédés narratifs récurrents[modifier | modifier le code]

Dans cet album comme dans les précédents, Tintin est victime de nombreux accidents de la route. Le danger est permanent : il échappe à un premier accident en manquant de se faire happer par un train, puis simule une sortie de route avant d'en être réellement victime[71]. Ces nombreux accidents remplissent une fonction narrative essentielle en relançant le récit de façon spectaculaire. C'est notamment l'accident de Tintin au poste de frontière qui déclenche la guerre entre le San Theodoros et le Nuevo Rico[72]. Ce dernier accident revêt une particularité : il est l'un des rares dans la série où les conséquences physiques sont directement visibles pour le héros. L'Oreille cassée est d'ailleurs l'un des seuls albums dans lequel la mort d'un personnage est évoquée, avec la disparition en mer des deux bandits Ramon Bada et Alonzo Perez, qui est cependant traitée de manière comique[72], ainsi que les meurtres du sculpteur Baltazar et de Rodrigo Tortilla[a 3].

L'avant-dernière case de la troisième planche est exempte de dessin et reproduit un article de journal. Il s'agit là d'un des procédés récurrents de l'œuvre d'Hergé : la « case-article » opère comme un raccourci narratif qui permet à Tintin comme au lecteur d'obtenir une information nouvelle qui fait rebondir le récit[1].

Le critique belge Jan Baetens constate que dans les premiers albums de la série, « le français supplante rapidement les langues des pays parfois lointains où se déroule l'action, et cela en dépit de toute ambition réaliste[31] ». Il prend notamment pour exemple les inscriptions fictionnelles de L'Oreille cassée, comme les pancartes brandies lors des manifestations, toutes écrites en français. Dès lors, Hergé décide que tout le monde parlera français, choisissant plutôt un réalisme d'effets que de moyens. À l'inverse, les Arumbayas, coupés du monde, conservent leur langue indigène, d'où la présence d'un interprète, en la personne de l'explorateur Ridgewell, pour que Tintin puisse entrer en communication avec eux. Mais ce réalisme vole immédiatement en éclat du fait que les dialogues entre les Arumbayas eux-mêmes sont immédiatement transcrits en français pour faciliter la compréhension du lecteur[31].

Du reste, l'historien de la bande dessinée Thierry Groensteen considère que les premiers albums de la série ne sont pas très drôles[73]. Pour autant, Hergé y manie l'humour sans réserve car c'est un moyen pour lui de faire avancer son récit tout en faisant retomber la tension du lecteur. Ainsi, dans L'Oreille cassée, le rire se glisse même dans les situations les plus dramatiques, comme lors de la condamnation à mort de Tintin : ce dernier est tour à tour sauvé puis menacé de mort, tout en s'enivrant avec son bourreau[74]. D'autres gags sont repris d'un album à l'autre : c'est le cas du perroquet facétieux qui tourmente Milou, déjà utilisé dans Tintin au Congo[75]. Le fidèle compagnon de Tintin est lui aussi le sujet d'un comique de répétition. La queue de Milou subit en effet un funeste sort tout au long de l'album : elle est d'abord transpercée par une balle tirée par un soldat nuevoricain, puis c'est en le tirant par la queue que Tintin le sauve de la noyade quand il est pris dans les rapides. Plus tard, elle est de nouveau transpercée par une fléchette tirée par l'explorateur Ridgewell, puis mordue par des piranhas[76].

Transposition de l'actualité de l'époque[modifier | modifier le code]

Professeur de littérature, Pierre Masson remarque que Le Lotus bleu marque un tournant : après le « survol caricatural des grands blocs politiques » que constituaient les premiers albums, Hergé cherche à montrer la perte en crédibilité d'un monde en proie aux profiteurs et aux exploiteurs. Ainsi, la falsification est décrite comme l'arme favorite des tyrans : de la même manière que Mitsuhirato usait du poison-qui-rend-fou pour écarter ses ennemis dans Le Lotus bleu, Chicklet use de contrats et de faux documents pour parvenir à ses fins dans L'Oreille cassée[77].

Un autre professeur de littérature, Marc Angenot, évoque un concept de « tintinisation » de l'actualité dans le processus de création des œuvres d'Hergé. Il considère que cette actualité est filtrée en premier lieu par l'idéologie à la fois « simpliste et enfantine » dans laquelle a baigné le dessinateur dans sa jeunesse, celle de la droite catholique et conservatrice qu'il retrouve dans la presse qu'il affectionne, à l'image du Crapouillot. Dans un second temps, cette lecture de l'actualité se fait sous le spectre d'un eurocentrisme dans lequel « l'absurdité et le grotesque croissent à mesure que l'on s'éloigne du centre où réside le bon sens »[78].

Pour autant, Marc Angenot n'accuse pas le dessinateur de militantisme : « Ce qui est inhérent à l'œuvre, ce qui la hante [...], c'est une mentalité inculquée qui est de son monde, de sa classe et de son temps, qui carburait à l'« évidence », mais qui lui convenait d'autant mieux et risquait d'autant moins d'être remise en question qu'elle se marie bien, qu'elle se combine excellemment, par son simplisme même, avec les procédés et les schémas les plus excitants, les plus « porteurs» et les plus topiques du récit d'aventures pour la jeunesse qu'il pratique : imagologie xénophobe comme source élémentaire inépuisable de comique, manichéisme des gentils et des méchants qui portent leur scélératesse sur leur visage basané ou en tout cas « pas de chez nous», énigme et récit d'enquête et de déchiffrement, quête d’un « objet de valeur » et parcours initiatique qui aboutit à la découverte d'un Lost World en forme de paradis perdu loin de la décadente civilisation, rousseauïsme simplet et moralisateur[78]. » En somme, Hergé n'est que l'héritier d'un répertoire de stéréotypes et d'intrigus diffusé dans les différents genres littéraires pour la jeunesse depuis le milieu du XIXe siècle[78].

Style graphique[modifier | modifier le code]

L'écrivain et critique d'art belge Pierre Sterckx considère la version en noir et blanc de L'Oreille cassée comme un chef-d'œuvre. Dans cet album, Hergé met en pratique tous les progrès accomplis avec Les Cigares du pharaon puis Le Lotus bleu, tant dans la maîtrise du trait que dans la justesse de la composition[79]. L'influence du Lotus bleu se fait également sentir dans la première planche de l'aventure. Dans l'avant-dernière case, Hergé représente un vase ming de grande dimension dans l'appartement de Tintin, un objet qu'il a probablement rapporté de son dernier voyage. De ce fait, le dessinateur installe une continuité entre ses deux albums[69],[80].

Comme à son habitude, Hergé agrémente son dessin d'une série de conventions graphiques « qui dessinent une véritable grammaire de la bande dessinée moderne »[81]. Ainsi, dans la dernière case de la première planche de l'album, des gouttelettes de surprise encadre le visage de Tintin dans son bain, alors qu'il vient d'entendre à la radio la nouvelle du vol d'un fétiche au musée ethnographique. Ces gouttelettes illustrent un mouvement suspendu destiné à maintenir la tension du lecteur avant de tourner la page[69].

Selon le sémiologue Pierre Fresnault-Deruelle, certaines cases témoignent de « la dramaturgie de l'in extremis propre à la saga hergéenne », quand le héros de la série échappe par miracle à une mort certaine[82]. C'est le cas de la scène de l'évasion de Tintin, qui saute de la fenêtre de sa cellule pour atterrir dans un drap tendu par Pablo et ses complices[h 24]. Par ailleurs, dans L'Oreille cassée comme auparavant Le Lotus bleu et Tintin en Amérique, le dessinateur multiplie les scènes qui ont pour décor un pont-promenade de paquebot, car il y trouve un décor avec lequel « la ligne claire » se marie bien[82].

Enfin, Hergé inaugure dans cet album une série « d'images recyclées » que le lecteur retrouvera dans d'autres albums et qui assurent, selon Pierre Fresnault-Deruelle, la « structure continuée » de l'œuvre du dessinateur[83]. C'est le cas quand Tintin se jette dans le vide depuis un pont[h 25], une image reprise dans L'Île Noire et Le Temple du Soleil[83], de la scène qui le montre traversant la chaussée devant une voiture[h 26], qui figure également dans Le Sceptre d'Ottokar et L'Affaire Tournesol[83], ou encore de l'image où il passe par hasard devant une vitrine où se trouve, sous forme d'objet, la réponse à la question qui l'anime, à savoir le fétiche reproduit dans L'Oreille cassée[h 27] ou un canon pour enfant qui lui donne la clé de l'énigme du vol du sceptre dans Le Sceptre d'Ottokar[83].

Un témoignage sur le monde vu de l'Occident[modifier | modifier le code]

Une vision caricaturale de l'Amérique latine[modifier | modifier le code]

« [L'Oreille cassée] consigne en une sorte de grand reportage naïf l'image qu'un Occidental des années trente se faisait de l'Amérique du Sud. »

— Philippe Goddin, Hergé et les Bigotudos, 1993[6].

L'historien Pascal Ory affirme que dans les premiers albums de la série, Hergé amuse le lecteur en propageant un certain nombre de stéréotypes et de clichés : son œuvre, avant tout destinée à un jeune public, doit faire rire son lecteur en jouant sur les valeurs de son époque et de son milieu, celui de la droite catholique et conservatrice belge[84]. Ainsi, « l'intrigue de L'Oreille cassée joue sur l'image d'une Amérique latine secouée par les révolutions, dont l'auteur se refuse, comme la plupart des Européens, à saisir ce qu'elle recouvrirait éventuellement de réalité idéologique »[85]. Le général Alcazar apparaît avant tout comme « un dictateur d'opérette », occupé à jouer aux échecs en fumant le cigare plutôt qu'à diriger son pays, et manipulé par les compagnies pétrolières ou les marchands d'armes occidentaux[5]. Son comportement est avant tout dicté par son ambition personnelle plus que par la recherche du bien-être de son peuple[86].

Professeur de littérature, Marc Angenot reconnaît dans l'album l'ensemble des stéréotypes méprisants qui prédominent alors en Europe à l'égard de la vie politique latino-américaine se retrouvent chez Hergé : changements de régime incessants, déséquilibre hiérarchique dans l'armée et uniformes extravagants. Selon lui, le dessinateur se contente de reprendre la vision propagée depuis le milieu du XIXe siècle par la presse satirique, les illustrés pour adolescents ou encore des périodique comme le Journal des voyages[a 6]. De fait, les pronunciamientos santhéodoriens sont dépeints de manière absurde et sanguinaire, et à travers eux, Hergé cherche à dénoncer l'instabilité politique engendrée par le caudillisme. Alcazar et ses rivaux sont présentés comme des dirigeants mégalomanes et ambitieux, manipulés comme des marionnettes par de puissantes compagnies anglo-saxonnes[a 9]. Marc Angenot perçoit dans cette représentation une nouvelle preuve de l'antiaméricanisme du dessinateur[a 9]. Il considère par ailleurs qu'à travers l'attitude exécrable et scélérate d'un personnage comme Basil Bazaroff, « la xénophobie «bon enfant», cléricale-maurrassienne et belgocentrique, grande productrice de comique chez Hergé, se donne libre cours »[a 10].

Sur un autre plan, le linguiste Alain Rey constate que dans l'œuvre d'Hergé, « la manière de parler des non-francophones est clairement liée à la position sociale du personnage ». Ainsi, le général Alcazar et le colonel Jimenez, le marchand d'armes Basil Bazaroff, l'agent Chicklet, le grand propriétaire Don José Trujillo et l'explorateur Ridgewell s'expriment tous dans un excellent français, tandis que le bandit Ramon Bada conserve un fort accent hispanique dans la transcription (« Yé m'excouse, señor...yé vous assoure qué... »)[34].

Les Arumbayas, un éloge du bon sauvage ?[modifier | modifier le code]

Les Arumbayas ne semblent guère mieux traités que les santhéodoriens. Si, d'une certaine manière, Tintin leur rend justice en infirmant la réputation de barbarie et de férocité que leurs prêtent les riches planteurs blancs de la région, ils sont avant tout présentés comme des êtres « gentillets et un tant soit peu demeurés ». L'explorateur Ridgewell, paternaliste, essaye en vain de leur apprendre à jouer au golf, et peut déclencher leur terreur par un simple tour de ventriloque[a 11]. Les Arumbayas apparaissent donc comme de « bons sauvages », par opposition aux militaires santhéodoriens « bellicistes et corrompus »[a 11].

Selon l'essayiste Jean-Marie Apostolidès, L'Oreille cassée « met en place les fondements d'une anthropologie tintinienne ». Il considère que dans cet album, Hergé prend plus de recul face aux valeurs occidentales, opérant ainsi ce que Roger Caillois nomme une « révolution sociologique »[b 6]. Pierre Skilling porte le même jugement et affirme que le héros de la série « franchit une nouvelle étape et devient capable de porter un regard critique sur sa propre culture ». Il voit dans l'album un véritable éloge du « bon sauvage », notamment à travers le personnage de Ridgewell qui préfère partagé la vie des Arumbaya, dont la société apparaît plus stable, et renoncer à la civilisation moins harmonieuse incarnée par Alcazar et ses sujets[87]. L'historien Philippe Marguerat dresse le même constat : il met en avant « l'approche ethnologique respectueuse » du dessinateur dans cette aventure comme dans Le Temple du Soleil, publié onze ans plus tard. Selon lui, Hergé se place du côté des « victimes de l'Histoire », et ces deux albums révèlent chez lui un souci de réalisme historique, en présentant d'une part les sociétés indiennes comme plus harmonieuses que celles des blancs dits civilisés, d'autre part en établissant une continuité idéologique entre la colonisation espagnole de l'Amérique et les spoliations économiques du XXe siècle[88].

Portée philosophique[modifier | modifier le code]

Reproduction de l'œuvre d'art et déperdition de son aura[modifier | modifier le code]

Benoît Peeters constate que L'Oreille cassée fait écho à un essai du philosophe allemand Walter Benjamin paru en 1936, et donc contemporain du récit d'Hergé, L'Œuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique, dans lequel l philosophe évoque la mutation radicale du statut de l'œuvre d'art engendrée par la reproduction mécanique[p 13]. Benjamin considère qu'avec le développement des arts nouveaux que sont alors la photographie et du cinéma, les copies se multiplient. Dans la mesure où l'évolution des techniques permettent de reproduire à grande échelle et avec la plus grande exactitude n'importe quel modèle, il devient difficile de déterminer la valeur de l'original. Il développe l'idée que la multiplication des exemplaires entraîne une déperdition de l'œuvre, un affaiblissement de son aura, voire sa disparition[89].

La réflexion menée par Hergé dans L'Oreille cassée est identique : comment retrouver le fétiche arumbaya dans un océan de copies ? Le fétiche arumbaya, objet sacré, est transformé en marchandise dès lors que son voleur y dissimule un diamant. L'aura s'éloigne de plus en plus à mesure que les copies se multiplient, d'abord de manière artisanale puis industrielle. Le collectionneur Samuel Goldwood en fait finalement l'acquisition, et Peeters lit dans ce nom qu'il est « celui qui veut changer le bois en or, c'est-à-dire tenter de restaurer nostalgiquement l'aura, en une étrange opération alchimique »[p 13],[Note 5]. En définitive, dès lors que la reproduction menace le statut de l'œuvre originale et authentique, la présence du diamant en son sein peut être interprétée comme le symbole d'un trésor qui résiste à la duplication[89].

Bien que le dessinateur n'ait très certainement pas eu connaissance de l'essai du philosophe allemand, dans la mesure où la parution des planches de L'oreille cassée avait débuté avant sa publication, son récit constitue « une parfaite métaphore de la nouvelle situation esthétique décrite par le philosophe allemand »[p 13].

Le réel et son double[modifier | modifier le code]

Le philosophe Clément Rosset consacre un chapitre de son Traité de l'idiotie à L'oreille cassée car il y retrouve la plupart de ses thèmes ontologiques, en premier lieu l'impossibilité d'accéder au réel par ses doubles[90]. Le philosophe s'interroge notamment sur ce qui caractérise l'original par rapport à ses doubles, le véritable fétiche par rapport aux contrefaçons des frères Balthazar, et trouve un élément de réponse dans la fable Le Laboureur et ses enfants, de Jean de La Fontaine : on ne peut reconnaître le vrai fétiche qu'en l'ouvrant car « un trésor est caché dedans »[91].

Le seul moyen d'authentifier le fétiche consiste en effet à le briser pour vérifier la présence ou l'absence du diamant qu'il renferme : « la reconnaissance de l'original passe par sa disparition même ». Mais cette réalité ne se laisse ni posséder ni même approcher : aussitôt découvert, le diamant roule sur le pont et tombe à la mer, de sorte que « la chose en soi s'est à nouveau et irrémédiablement dérobée ; il faudra continuer à vivre au milieu des copies et des doubles, se résigner à la perte de l'original et de l'authentique »[91].

Clément Rosset considère donc que le fétiche a été « délesté de son poids métaphysique ». En perdant sa qualité de modèle possible, il n'est plus qu'un objet parmi les autres, par un processus de banalisation : « Délivré du diamant [...], le fétiche a certes perdu un certain éclat du vrai ; mais en même temps il a retrouvé ce qu'on peut appeler la densité du réel »[91].

La question du fétichisme[modifier | modifier le code]

Le philosophe Michel Serres consacre un chapitre de son ouvrage Hergé, mon ami à L'Oreille cassée, un album qu'il considère comme un véritable « traité sur le fétichisme »[92]. Serres déclare d'ailleurs avoir plus appris sur le fétichisme en lisant Hergé que « chez Sigmund Freud, dans Marx ou Auguste Comte, voire le président de Brosses »[p 14]. Il explique que la découverte de la case qui montre Tintin tombant dans le fleuve Badurayal après avoir été assommé par l'un des deux bandits a été pour lui dans l'enfance une découverte mémorable[93].

Michel Serres ne considère pas le fétiche perdu comme un « objet premier » mais un « quasi-objet » qui trace les relations entre ceux qui le détiennent et les circonstances de leur temps[93]. Le philosophe livre par ailleurs une critique de l'aspiration à des systèmes trop parfaits. C'est finalement la vision de la statuette entièrement rafistolée quand elle retrouve sa place sur son socle à la fin de l'album qui est la plus intéressante, car elle incarne alors l'organisme vivant qui n'est pas, contrairement aux idées reçues, un système harmonieux dans lequel tout serait parfaitement en place : « Il n'y a de vrai vivant que déchiré. Les cicatrices renforcent. Il n'y a de vérité que falsifiée.[94] » Le philosophe considère donc que la question de l'originalité du fétiche disparu est dépassée par la question du « vrai vivant »[93].

Jean-Marie Apostolidès place lui aussi le fétichisme au centre de l'album. Pour les Arumbayas d'abord, la statuette est un objet unique qui possède une valeur sacrée, presque magique. Les bandits qui veulent s'en emparer font preuve d'un fétichisme marchand, s'intéressent plutôt à la valeur d'échange de l'objet qu'à sa valeur religieuse, tandis que le collectionneur Samuel Goldwood est lui aussi un fétichiste, dans la mesure où il accorde une valeur abstraite et en dehors de toute utilité à l'objet[b 7].

La gémellité[modifier | modifier le code]

Sur un autre plan, Benoît Peeters, grand spécialiste de l'univers d'Hergé, s'appuie sur cet album pour souligner l'omniprésence de la gémellité dans la série, avec des nombreux personnages et éléments dédoublés[95]. Jean-Marie Apostolidès partage cette analyse et affirme que « l'ensemble du réel fonctionne à partir d'un principe duel ». Les Dupondt ne sont plus les seuls exemples de la structure du double et Apostolidès constate que dans chaque situation, ces doubles s'affrontent pour l'obtention d'un objet unique[b 8].

Les bandits forment deux clans à la recherche d'un seul fétiche et d'ailleurs, l'un de ces clans est lui-même formé d'un couple, Alonzo Perez et Ramon Bada qui ne cessent de se disputer. On peut encore citer les deux annonces semblables sont publiées dans le journal pour retrouver le même perroquet, le sculpteur Balthazar qui met en circulation deux copies du fétiche original, les deux compagnies pétrolières qui se disputent les ressources pétrolières du Gran Chapo, les deux tribus semblables de la forêt amazonienne, Arumbayas et Bibaros, les généraux Tapioca et Alcazar qui s'affrontent pour le pouvoir au San Theodoros, un pays lui-même jumeau de son voisin, le Nuevo Rico, dirigé par le général Mogador qui peut lui aussi être vu comme un double d'Alcazar[b 8]. Benoît Peeters ajoute que, « entre le fétiche qu'on reproduit et le perroquet qui répète, les affinités sont évidentes »[95].

Une œuvre dramatique[modifier | modifier le code]

Jean-Marie Apostolidès constate que le fétiche, objet donné en gage d'amitié par les Arumbayas à l'explorateur Walker, devient un objet de haine : le sculpteur Balthazar, Rodrigo Tortilla, Alonzo Perez et Ramon Bada meurent tour à tour pour avoir voulu le posséder[b 9]. À ces disparitions peut s'ajouter celle du colonel Diaz, dégradé par Alcazar et victime de sa propre bombe en voulant se venger. L'Oreille cassée est l'un des seuls albums de la série où la mort des personnages est évoquée, mais c'est surtout le seul où autant de personnages meurent[b 9].

Dans son œuvre, Hergé perce l'un des paradoxes de l'âme crapuleuse. Au moment où son complice s'apprête à tirer sur Tintin, le bandit Ramon Bada le prie d'accélérer les choses : « Fais vite, Alonzo. Tou sais que yé déteste les exécoutions capitales.[h 28] » Clément Rosset remarque que « c'est un caractère fréquent de l'acte crapuleux que de s'accompagner d'un dire contradictoire qui, tel un doublage parasitaire, prétend récuser son fait au moment même où il l'accomplit »[96].

Une fable monétaire[modifier | modifier le code]

Enfin, Benoît Peeters considère que L'Oreille cassée peut être lu comme une fable monétaire, figurant une économie en pleine crise et sujette à l'inflation[p 15]. Les copies du fétiche circulent à une vitesse toujours plus grande au fil de l'album. Au début du récit, Balthazar en sculpte deux copies, et à la fin de l'aventure, son frère en multiplie les exemplaires au point d'en faire une production quasi-industrielle[b 10].

Ces fétiches dédoublés sont sans valeur. L'équivalent général, à savoir le fétiche contenant le diamant, ayant disparu, le système est déréglé : la première statuette que Tintin voit en vitrine vaut 200 francs, quand elle n'est plus vendue qu'à 17,50 francs la paire quelques cases plus loin[p 15]. Pour Jean-Marie Apostolidès, le fétiche dédoublé « devient un signe sans enracinement dans la matérialité sociale »[b 10].

Adaptations[modifier | modifier le code]

Entre 1959 et 1963, la radiodiffusion-télévision française présente un feuilleton radiophonique des Aventures de Tintin de près de 500 épisodes, produit par Nicole Strauss et Jacques Langeais et proposé à l'écoute sur la station France II-Régional[Note 6]. La diffusion de L'Oreille cassée s'étale sur 23 épisodes d'une dizaine de minutes et débute le pour prendre fin le suivant. Réalisée par René Wilmet, sur une musique de Vincent Vial, cette adaptation fait notamment intervenir Maurice Sarfati dans le rôle de Tintin[97].

En 1957, les studios Belvision, créés par Raymond Leblanc, l'un des fondateurs du Journal de Tintin, lancent la production d'une série animée dont le premier volet est consacré à une adaptation du Sceptre d'Ottokar, en huit épisodes d'environ treize minutes, puis le second volet à L'Oreille cassée, en sept épisodes de la même durée. La diffusion commence au mois de novembre de la même année sur la RTF[98],[99]. L'album est ensuite adaptée en dans une nouvelle série d'animation télévisée en 1991, produite en collaboration entre le studio français Ellipse et la société d'animation canadienne Nelvana, tous deux spécialisés dans les programmes pour la jeunesse. L'histoire est contée en deux épisodes de 20 minutes, les sixième et septième de la série qui en compte trente-neuf. Cette adaptation, réalisée par Stéphane Bernasconi, est reconnue pour être « généralement fidèle » aux bandes dessinées originales, dans la mesure où l'animation est directement appuyée sur les panneaux originaux d'Hergé[100].

Postérité[modifier | modifier le code]

Au cinéma, L'Homme de Rio, sorti en 1964, réalisé par Philippe de Broca et avec Jean-Paul Belmondo dans le rôle-titre, est reconnu comme étant largement inspiré des Aventures de Tintin et notamment de L'Oreille cassée[p 16],[101]. On retrouve plusieurs éléments de l'intrigue, comme la statuette volée dans un musée d'anthropologie, les fléchettes empoisonnées ou encore le trésor caché constitué de diamants[102].

En 1979, à l'occasion des cinquante ans de la naissance de Tintin, le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles accueille pendant plusieurs mois une exposition intitulée « Le musée imaginaire de Tintin » et qui rassemble des pièces extraites de musées belges ayant servi de modèle à Hergé. Parmi ces différentes pièces, une copie de la statuette chimú qui a inspiré le fétiche arumbaya est volée en plein jour, comme un écho au scénario mis au point par le dessinateur[p 17].

En 2015, le commissaire de police Alain André, amateur de la série, publie un ouvrage intitulé Le secret de l'oreille mystérieuse et qui rassemble le fruit de huit années d'enquête pour découvrir l'identité du voleur du fétiche dans la bande dessinée, en s'appuyant sur la comparaison de la version noir et blanc et de la version couleur de l'album[103].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le général Alcazar fait son retour dans Les Sept Boules de cristal, puis Coke en stock et enfin Tintin et les Picaros.
  2. Dans la version originale en noir et blanc, le transparence est encore plus grande : en rencontrant Tintin, Kaloma, le chef Arumbaya, adresse un « Karah bistouï » à Tintin.
  3. L'Étoile mystérieuse, en 1942, est quant à elle la première aventure directement publiée en couleur.
  4. La ville, bien que reconnaissable, n'est pas directement nommée.
  5. En anglais, « gold » signifie « or » et « wood » signifie « bois ».
  6. Chaîne de radio dont la fusion avec France I entre octobre et décembre 1963 aboutit à la création de la station France Inter.

Références[modifier | modifier le code]

  • Version en album de L'Oreille cassée :
  1. L'Oreille cassée, planches 1 à 3.
  2. L'Oreille cassée, planche 3.
  3. L'Oreille cassée, planches 3 et 4.
  4. L'Oreille cassée, planches 11 et 12.
  5. L'Oreille cassée, planche 13.
  6. L'Oreille cassée, planche 16.
  7. L'Oreille cassée, planches 16 et 17.
  8. L'Oreille cassée, planche 17.
  9. L'Oreille cassée, planches 18 et 19.
  10. L'Oreille cassée, planches 21 et 22.
  11. L'Oreille cassée, planches 23 à 25.
  12. L'Oreille cassée, planche 27.
  13. L'Oreille cassée, planches 30 et 31.
  14. L'Oreille cassée, planche 32.
  15. L'Oreille cassée, planches 33 à 36.
  16. L'Oreille cassée, planches 37 à 43.
  17. L'Oreille cassée, planche 48.
  18. L'Oreille cassée, planche 53.
  19. L'Oreille cassée, planche 58.
  20. L'Oreille cassée, planches 60 et 61.
  21. L'Oreille cassée, planche 62.
  22. L'Oreille cassée, planche 3, case D1.
  23. L'Oreille cassée, planche 3, cases B2 et B3.
  24. L'Oreille cassée, planche 36 case D4.
  25. L'Oreille cassée, planche 43 case D1.
  26. L'Oreille cassée, planche 9 case D2.
  27. L'Oreille cassée, planche 56 case D3.
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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Album en couleurs[modifier | modifier le code]

Ouvrages sur Hergé[modifier | modifier le code]

Ouvrages sur l'œuvre d'Hergé[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]