Chavín de Huántar

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Site archéologique de Chavin *
Logo du patrimoine mondial Patrimoine mondial de l'UNESCO
Chavín de Huántar.JPG
Coordonnées 9° 35′ 33,99″ sud, 77° 10′ 42,43″ ouest
Pays Drapeau du Pérou Pérou
Type Culturel
Critères (iii)
Numéro
d’identification
330
Zone géographique Amérique latine et Caraïbes **
Année d’inscription 1985 (9e session)
* Descriptif officiel UNESCO
** Classification géographique UNESCO

Chavín de Huántar est un site archéologique situé à 3 200 m d'altitude dans les Andes à 450 km au nord de Lima, qui contrôlait les routes commerciales vers l'ouest jusqu'au Pacifique à travers deux cols dans la cordillère Blanche vers l'est jusqu'à l'Amazonie.

Le site fut découvert par l'archéologue péruvien Julio Tello. Il permet la reconnaissance, dans les années 1920-1930, de l'originalité de la culture Chavín, à partir de l'étude du site éponyme.

Vers 900 av. J.-C., le culte du Jaguar de Chavín et son influence étaient acceptés dans la plus grande partie de ce qui est le Pérou d'aujourd'hui.

Chavín de Huántar fut initialement construit par la civilisation de Chavín, une culture pré-Moche aux environs de 900 av. J.-C.. Le site comporte deux structures principales, le vieux temple et le nouveau temple. Le vieux temple avait une structure en U orientée vers l'intérieur avec une cour centrale. La cour comportait des obélisques et des monuments en pierre ornés de bas-relief représentant des jaguars, des caïmans, faucons et diverses formes anthropomorphiques. L'intérieur du temple contenait un dédale de corridors, de chambres et de conduites d'eau.

Le nouveau temple, construit entre 500 et 200 av. J.-C., contient aussi de nombreuses sculptures et est plus massif. Un escalier mène à un palier ayant une cour étroite. Des passages cachés et des plateformes permettaient aux prêtres d'apparaître miraculeusement au-dessus de leur assistance.

L’influence de Chavin est importante sur deux grandes cultures : Paracas à Ica et Pucará dans l'Altiplano.

Le site fait partie de la liste du patrimoine mondial.

Les temples[modifier | modifier le code]

Contexte socio-religieux[modifier | modifier le code]

Le site de Chavin était dirigé par des prêtres et très certainement des prêtresses qui régnaient en maitres. Ils traitaient essentiellement avec les élites. L’utilisation de substances hallucinogènes était très fréquente dans les rituels. D’après certains archéologues, les prêtes appuyaient leur pouvoir sur l’observation et la compréhension du changement des saisons et des cycles des astres et contribuaient à faire des Chavin des agriculteurs hors pairs.

Ce développement économique et social s’est centralisé autour des temples. Ces derniers ainsi que l’ensemble des bâtiments du site sont réalisés en pierres de taille appareillées et sont accompagnés de terrasses artificielles ainsi que d’un dédale de galeries. Ces dernières forment un réseau complexe de conduits de ventilation et de canalisations.

L'Ancien Temple[modifier | modifier le code]

La construction de l’Ancien Temple débute vers 1500 av. JC ce qui correspond au début de l’histoire de Chavin de Huantar. Le temple est une structure massive de 11 à 16 m de haut et 100 m de large, en forme de U, composée de plates formes superposées. Il s’articule autour d’une cour circulaire et est ouvert à l’Est : il fait ainsi face au soleil levant. Il est constitué de murs de parement qui contiennent un remplissage de pierre et de terre. Cela a permis l’aménagement de galeries dans l’épaisseur des murs comme par exemple la longue galerie en forme de croix où se trouve le Lanzon, divinité principale de Chavin. Cette représentation de la divinité était tenue secrète : visible uniquement par les prêtres et les chefs.

Cet aspect secret et accessible par une poignée de privilégiés ne concerne pas uniquement la sculpture du Lanzon mais tout l’Ancien Temple. En effet, ce dernier ne comporte aucune fenêtre et les prêtes y réalisaient des rites occultes auxquels le public ne pouvait assister. Les rituels publics étaient quant à eux réalisés sur le toit.

Le Nouveau Temple[modifier | modifier le code]

Entre 500 et 200, le centre cérémoniel se développe. C’est ainsi que le Nouveau Temple s’ajoute à l’Ancien Temple en utilisant partiellement ses structures. Son plan d’ensemble en forme de U rappelle l’Ancien Temple mais la superficie totale est de plusieurs fois supérieure à celle de l’ancien[1]. Le Portique (ou portail) Noir et Blanc monumental ouvert à l’Est donne accès à la partie supérieure de l’édifice. Des édifices jumeaux sont érigés à son sommet.

Le style artistique associé au Nouveau Temple très différent de celui qui lui précède. De nombreuses innovations de formes et du contenu symbolique sont visibles tels que l'apparition de personnages nouveaux, de thèmes plus variés et d'éléments ornementaux.

L'iconographie[modifier | modifier le code]

Le Lanzon[modifier | modifier le code]

Le Lanzón « la lance » est la divinité principale de Chavin et se trouve dans l’Ancien Temple. Il est plongé dans l’obscurité toute l’année sauf une ou deux fois par an. Il est incisé sur un monolithe de 4,5 m de haut à l’aspect dentelé. Cela renvoie au bâton à fouir qui sert lors de la récolte et la semence. En effet, le Lanzon est lié au culte de la fertilité et était le garant des bonnes récoltes[1].

Le Lanzon est une figure anthropomorphe, à tête féline et corps humain. Il est tourné vers le soleil levant, lève le bras droit et baisse le bras gauche. Il est représenté avec des yeux globuleux, une imposante gueule pourvue de crocs, des cheveux transformés en serpents et des mains pourvues de griffes. Il arbore une expression féroce et possèdent des lèvres épaisses aux commissures retroussées. Selon l’archéologue Julio Tello, il imiterait ainsi un félin irrité.

Les Têtes-ténons[modifier | modifier le code]

40 têtes-tenons ornaient les murs de l’Ancien Temple. Elles sont plus grandes que nature. Elles représentent la transformation des chamans, par l’effet des hallucinogènes, de l’humain à l’animal. Certaines sont dotées de museaux proéminents et de crocs, de serpent enroulés tenant lieu de cheveux et de moustaches.

La Stèle Raimondi[modifier | modifier le code]

La stèle Raimondi laisse découvrir un motif religieux ainsi qu'une alternance de naturalisme et de stylisation. Elle est composée de granit poli incisé et mesurant 2 mètres de haut. La stèle représente un dieu appelé "Dieu aux bâtons" ou encore "Dieu aux sceptres", associé à la fertilité et à la terre. Elle incarne la dualité en une seule figure : les deux faces présentent la même image, inversée.

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Le Style Chavin[modifier | modifier le code]

Le style Chavin est le premier style qui se répand à une aussi grande échelle dans les Andes. Pour autant, de nombreuses traditions artistiques existaient déjà lors des périodes lithique, précéramique et initiale. Le centre de Chavin de Huantar unifie ces modèles artistiques.

La quasi-totalité des bâtiments et des places de Chavin de Huantar étaient décorés d’une iconographie zoomorphique et anthropomorphique, gravée en bas-relief[2]. Les thèmes iconographiques trouvent leur origine dans des influences amazoniennes : le caïman, l’aigle, le serpent et le félin sont constamment représentés. Même s’ils sont souvent matérialisés au second plan, leur importance dans l’art de Chavin est notable.

Le style Chavin est caractérisé, selon John Rowe (en), par la symétrie, la répétition, le « module de largeur » et la réduction des motifs en une combinaison de lignes droites, de courbes simples et de volutes. Le terme « module de largeur » renvoie à une séries de bandes de même largeur, accolées et parallèles.

Cette schématisation de l’iconographie trouve son origine dans le textile. En effet, ce dernier, par sa technique, ne permet ni la représentation de la profondeur, ni celle du volume. L’une des principales fonctions de Chavin était la production textile spécialisée[3] : ce qui souligne d’autant plus son importance et la volonté de reproduire ses décors dans les autres arts.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Daniel Levine, Chavin de Huantar », sur Clio,
  2. UNESCO Centre du patrimoine mondial, « Site archéologique de Chavin », sur whc.unesco.org (consulté le 7 avril 2017)
  3. Danièle Lavallée, Les Andes de la Préhistoire aux Incas, Paris, Gallimard, , p. 26 - 54