La Cause du peuple

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

La Cause du peuple est le nom de plusieurs journaux et d'un livre.

Première époque[modifier | modifier le code]

La Cause du peuple est un journal créé par George Sand en 1848 en pleine fronde populaire parisienne. Seulement trois numéros ont paru.

Seconde époque[modifier | modifier le code]

La Cause du Peuple édité par la Gauche prolétarienne (n°36).
Jean-Paul Sartre vend La Cause du Peuple après son interdiction.
La Cause du Peuple édité par la Gauche prolétarienne (n°27).

La Cause du peuple a connu une seconde vie de 1968 à 1972, puis de 1973 à 1978. Le quotidien actuel Libération est directement issu de la période 1968-1972.

Le journal est créé le par Roland Castro et devient quelques mois plus tard, le relais presse de l'UJCML par l'intermédiaire du Mouvement de soutien aux luttes du peuple.

Le 1er novembre 1968 une nouvelle série est lancée avec Jean-Pierre Le Dantec comme directeur de publication. Dix-huit numéros paraîtront jusqu'au 13 mars 1970. Pour le numéro dix-neuf du 14 avril 1970, Michel Le Bris est directeur de publication. Dès le numéro vingt du 1er mai 1970, Jean-Paul Sartre est le directeur de publication jusqu'au numéros 39 du 1er mai 1971. Le journal fusionne ensuite avec J'accuse et le premier numéro de La Cause du peuple – J'accuse paraît le 24 mai 1971 toujours avec Jean-Paul Sartre comme directeur de publication. Quarante huit numéros paraîtront jusqu'au 13 septembre 1973.

Une nouvelle et dernière série paraîtra à partir de novembre 1974 avec Daniel Gréaume comme directeur de publication. Après onze numéros jusqu'en septembre 1976, il est remplacé par Solange Creton jusqu'au numéro vingt et un de février 1978.

Saisies à répétition et interdictions du journal[modifier | modifier le code]

La ligne éditoriale du journal est avant tout définie par la direction de la Gauche prolétarienne :

  • militante : soutien presque total à toutes les révoltes, les grèves, les occupations des lieux de travail, la séquestration des patrons, l'occupation des logements ;
  • anti-autoritaire : contre le PCF, la CGT, la CFDT, la police (pour une surveillance de la police), l'école, pour la défense des prisonniers, des immigrés, des minorités linguistiques (Occitans, Bretons), pour l'avortement ;
  • politique extérieure : pro-chinois, pro-vietnamien, pro-palestinien, anti-soviétique, anti-américain.

En 1970, alors que toutes les semaines l'hebdomadaire La Cause du Peuple est saisi dès sa publication par décret du ministre de l'intérieur Raymond Marcellin, Jean-Pierre Le Dantec, son directeur de la publication, est arrêté et placé en détention provisoire. L'écrivain Michel Le Bris prend alors responsabilité légale du journal contre lequel chaque semaine, le ministre de l'Intérieur émet un décret de saisie. Le Bris est arrêté lui aussi et le 27 mai, les deux directeurs de publication sont condamnés à un an et huit mois de prison ferme pour « provocation aux crimes contre la sûreté de l'État et apologie du meurtre, du vol, du pillage et de l'incendie ». De violents incidents ont lieu le jour du procès entre la police et les manifestants. Pour faire face à cette répression systématique, Jean-Paul Sartre est sollicité pour devenir le nouveau directeur de publication de La Cause du Peuple et le gouvernement n'osera pas s'en prendre à lui (selon la célèbre phrase du général De Gaulle, parlant de Sartre : « On ne met pas Voltaire en prison »). Ce même 27 mai, la Gauche prolétarienne est interdite.

Le chanteur anarchiste Léo Ferré, viscéralement anti-autoritaire et ardent défenseur de la liberté d'expression, soutient le journal en créant « à chaud » sur scène la chanson « Le Conditionnel de variétés », visant à alerter son public - pas forcément gauchiste - sur la situation. Cette chanson sera enregistrée sur l'album La Solitude, publié fin 1971.

Serge July devient le responsable de fait de La Cause du Peuple. Il signe une tribune libre dans Le Monde du 11 avril 1970. Après son passage en prison, Michel Le Bris deviendra par la suite un militant engagé du Groupe d'information sur les prisons. Avec l'aide de Guy Lardreau, Jean-Paul Sartre assure la relève en tant que gérant et vend La Cause du Peuple (devant les caméras de télévision) sur des marchés et à l’entrée des usines Renault de Boulogne-Billancourt (voir photo à droite).

Fait divers[modifier | modifier le code]

Fin 1971, La Cause du peuple s’engage sur le créneau du fait divers en décidant de le politiser au service de l’idéologie du mouvement. La caution médiatique de Jean-Paul Sartre, ainsi que de celle du philosophe marxiste Louis Althusser, ont alors joué un grand rôle dans le maintien de l’audience du journal. Cette stratégie ambiguë s’est retournée en partie contre celui-ci lors de l'affaire de Bruay-en-Artois.

Lorsque le 6 avril 1972, sur un terrain vague de Bruay-en-Artois, on retrouve le corps d'une adolescente de 16 ans, Brigitte Dewevre, Serge July, un autre journaliste de La Cause du peuple, Joseph Tournel (ancien mineur, président du Comité pour la Vérité et la Justice créé à cette occasion) et François Ewald, un professeur de philosophie, lancent une campagne médiatique contre Pierre Leroy, un notaire soupçonné à tort d'être l'assassin ou l'instigateur du crime[1].

L'agence de presse Libération (APL), ouvertement liée à la Gauche prolétarienne, couvre l’événement.

Plusieurs dirigeants de la Gauche prolétarienne, dont André Glucksmann et Jean-Pierre Le Dantec, s'élèvent contre cette campagne. Jean-Paul Sartre lui-même exprime son désaccord dans les colonnes du journal, mais celui-ci lui répond dans le même numéro : « Pour renverser l'autorité de la classe bourgeoise, la population humiliée aura raison d'installer une brève période de terreur et d'attenter à la personne d'une poignée d'individus méprisables, haïs ».

Libération[modifier | modifier le code]

Le logo actuel de Libération.

C'est en filiation directe de La Cause du peuple que le 18 avril 1973, le titre historique Libération, fondé à l’origine en 1927 par l'anarcho-syndicaliste Jules Vignes puis repris en 1941 par la Résistance française, va renaître de ses cendres.

Pierre Victor, secrétaire personnel de Jean-Paul Sartre, mais aussi véritable dirigeant de la Gauche prolétarienne, demande à Serge July de s'occuper du nouveau quotidien. Jean-Paul Sartre en sera le premier directeur de publication, Serge July lui succède en 1980 et ouvre peu après les pages de Libération à la publicité, rompant définitivement avec les principes éditoriaux de La Cause du peuple.

Livre[modifier | modifier le code]

Voir Patrick Buisson#Conseiller politique.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Collectif, Les nouveaux partisans : Histoire de la gauche prolétarienne, Éditions Al Dante, 2015, (ISBN 978-2847617504).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  1. Rémi Guillot, « Les réseaux d’information maoïstes et l’affaire de Bruay-en-Artois », Les Cahiers du journalisme, no 17,‎ , p. 217