Dominique Grange

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Dominique Grange
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Dominique Grange lors du Salon du livre de Paris en mars 2010.
Informations générales
Naissance (78-79 ans)
Lyon
Activité principale Militante politique
Activités annexes Traductrice, Dessinatrice
Genre musical Chants de lutte
Chanson à texte
Instruments Voix
Années actives depuis les années 1960
Labels Juste une trace

Dominique Grange, née en 1940 à Lyon, est une autrice-compositrice-interprète et militante politique française.

Sa participation active aux événements de Mai 68 lui fait abandonner la chanson de variétés au profit de textes maoïstes et contestataires. Un basculement qui en fait, selon son expression, une « engagée à perpétuité[1] ».

La chanteuse poursuit son militantisme en faveur des luttes sociales et contre les inégalités. Parallèlement elle est aussi traductrice et scénariste de bande dessinée.

Carrière artistique[modifier | modifier le code]

Dans son adolescence lyonnaise, Dominique Grange aime chanter et souhaite en faire son métier mais distribue aussi des tracts pour la Paix en Algérie, grâce à l'influence de sa professeure de philosophie Jeannette Colombel[2]. À 18 ans, elle poursuit ses études à Paris, prend des cours d’art dramatique et décroche un premier rôle dans une comédie théâtrale. Elle joue également quelques petits rôles à la télévision. Côté chansons, elle se produit dans des cabarets de la rive gauche — Le Cheval d'Or, Le Port du Salut, etc. — pendant que la vague yéyé déferle et pousse les maisons de disques à rechercher de nouveaux talents. Remarquée par la maison Bel Air, elle enregistre son premier disque en 1963 dont une composition de Léo Missir aura un certain succès radiophonique (Il y avait toi). L’année suivante, le deuxième 45 tours paraît avec deux chansons de son cru puis un troisième où elle signe la totalité des titres. Repérée par le chanteur Guy Béart, en 1965, elle interprète avec lui quelques duos (Le Trou dans le seau et Frantz) et participe à ses tournées à travers la France[3]. En 1966, elle devient, avec Michel Bourdais, son assistante pour l'émission télévisée : Bienvenue chez Guy Béart où sont reçus de nombreux artistes. En 1967, pour l’enregistrement de son quatrième 45 tours Les orties sont en fleurs, constitué de quatre titres dont elle a composé paroles et musiques, elle bénéficie des musiciens et de la maison d'édition de Béart : les disques Temporel.

Depuis la fin , une profonde remise en question de la société française se fait entendre et va en s’amplifiant. Au cours des premiers jours de mai, c'est l'éclatement des revendications politiques, sociales et culturelles de toute une génération. Face à la révolte qui embrase le quartier latin, il s’opère en elle une prise de conscience qui l’amène à rompre avec tout ce qu’elle a entrepris jusqu’alors pour s’engager avec les mouvements libertaires. Elle fait partie du Comité révolutionnaire d’action culturelle (CRAC) créé par des artistes à la Sorbonne où elle se retrouve à chanter dans les usines en grève avec d'autres chanteurs rive gauche comme Leni Escudero, Évariste, Pia Colombo, Jean Ferrat, les Barricadiers, Maurice Fanon, Francesca Solleville… Elle se met à composer des chansons que lui inspirent les évènements, si bien que ses couplets sont repris dans les manifestations.

Sollicitée par les comités de grève pour soutenir les luttes, elle s'engage sans hésiter. Armée de sa guitare, elle parcourt la France jusque dans le monde rural, et anime des meetings dans les usines occupées.

Début juin, la « révolution » prend fin. Les ouvriers reprennent le travail. Le mouvement étudiant est moribond. Le gouvernent interdit les organisations gauchistes. L’ordre revient. Les CRS sont partout. En , Dominique Grange se rend à Avignon pendant le Festival et poursuit son combat. De retour dans la capitale, elle assure l’enregistrement de ses chansons. Ce premier disque réalisé en autogestion est vendu à prix coûtant (3 francs), hors des circuits commerciaux.

Au printemps 1969, Dominique Grange et le chanteur Évariste se voient proposer un rôle dans une pièce de Claude Confortès, d’après les dessins de Georges Wolinski parus dans L’Enragé[4] : Je ne veux pas mourir idiot[5]. C’est non seulement l’occasion d'interpréter leurs chansons engagées mais aussi celle de rencontrer la bande de Charlie Hebdo.

Après cette parenthèse, elle s’engage dans une organisation maoïste : la Gauche prolétarienne (GP). Cette dernière participe au mouvement des « établis ». Il s'agit d'envoyer les militants travailler dans les usines afin de dépasser les préjugés inhérents à leur condition d'« intellectuels » et soutenir les révoltes ouvrières. Dominique Grange s’« établit » donc, dans une usine de conditionnement alimentaire, dans la banlieue de Nice. Là, elle écrit Les Nouveaux Partisans qui deviendra un hymne emblématique pour les jeunes militants révolutionnaires. En 1970, la GP est officiellement interdite mais son action continue, notamment au sein du Secours rouge (organisation politique fondée la même année). De retour à Paris, Dominique Grange subsiste en traduisant des bandes dessinées pour ses amis de Charlie, sans jamais cesser de militer. En , elle est arrêtée au cours d’une manifestation organisée dans le quartier parisien de la Goutte d'Or et violemment réprimée, à la suite de l’assassinat d'un jeune Algérien, Djilali Ben Ali. Condamnée à un mois et demi de prison pour coups et blessures et injures à représentants de la force publique, elle est incarcérée et placée à l'isolement à la Prison de la Petite Roquette (prison pour femmes, dans le 11e arrondissement de Paris, qui sera démolie quelques années plus tard). Par la suite, après la mort d’un jeune militant maoïste, Pierre Overney, en , elle rejoint l'organisation clandestine de la GP, la Nouvelle Résistance populaire (NRP). Elle connaîtra la clandestinité jusqu’en 1975.

En , Dominique Grange est embauchée comme secrétaire de rédaction d’un nouvel hebdomadaire de bandes dessinées : BD (idée du Professeur Choron). Dans cette revue, le déjà célèbre Jacques Tardi fait paraître ses planches[6]. Bientôt ils collaborent pour mettre en images les scénarios dont elle est l'auteur. Le dessinateur ne tardera pas à entrer dans sa vie. Malgré un bon démarrage, la revue ne rencontre pas le succès et s’arrête en .

Soutenue par son compagnon, l’envie d’écrire et de chanter lui revient. En , elle entre en studio et enregistre ce qui est son premier 33 tours : Hammam Palace, avec une pochette dessinée par son compagnon. Elle y dénonce le travail inhumain, la violence, l'univers carcéral, la drogue, etc. L’album est un échec commercial. Déçue, elle prend à nouveau ses distances avec le show business de la chanson.

Les mois suivants, elle milite pour un nouveau combat : fonder une famille, car sur ce point, le couple rencontre des obstacles. Après quelques tentatives médicales infructueuses pour les franchir, ils se tournent vers l’adoption. Pour cela, il est d’abord nécessaire de se marier — Dominique Grange raconte les étapes de ce parcours dans trois ouvrages. Au bout de quelques années, quatre enfants seront adoptés au Chili. Forts de leur expérience, le couple fonde une association de parents d’enfants chiliens en 1993. « L’association est la matérialisation du lien avec le pays d’origine des enfants. Où les parents revendiquent la part chilienne de leur enfant. Où l’enfant adopté est dans la transparence de son histoire et où il rencontre d’autres enfants dans la même situation[7]. » L'Association AFAENAC coopère aussi avec des ONG chiliennes, pour mener des projets pour la cause d'enfants défavorisés dans les régions les plus sinistrées du pays, au niveau économique et social[8].

Fidèle à ses idéaux et à ses convictions politiques, Dominique Grange milite depuis 2000 à la Confédération nationale du travail. Elle se produit fréquemment en concerts, notamment pour défendre les libertés et de nombreuses causes politiques. « Je considère que mes chansons sont des armes dont on peut se servir pour soutenir des luttes, pour en parler, pour exprimer le ressenti, le vécu des gens qui ne peuvent pas s’exprimer[9]. » On la trouve en première ligne pour soutenir Cesare Battisti, demander la libération des membres d'Action directe ou faire respecter le droit d’asile accordé aux anciens militants des Brigades rouges.

Encouragée à rééditer ses chansons, L’Utopie toujours sort en 2004 avec une pochette dessinée par Tardi. Elle y reprend la chanson Le Vieux, rendant un hommage au chanteur François Béranger. « Je l’ai rencontré quand j’étais dans la clandestinité en 1972. Il m’a hébergée dans sa famille pendant plus d’un an[10] ». Séduit par la chanson Les Nouveaux Partisans, François Béranger l’avait alors enregistrée (sa version est présentée dans cet album).

En , Dominique Grange enregistre de nouvelles chansons pour commémorer à sa façon les 40 ans de Mai 68. L’album est commercialisé en avec une pochette dessinée par Tardi (Label Juste une Trace). Le mois suivant, le disque fait l’objet d'un livre/CD (Ed. Casterman) où le dessinateur s'est investi davantage pour accompagner les textes des chansons.

L'une d'elles, est la réponse à un certain discours politique incitant à tourner la page de mai 68[11]. Le titre significatif de cette chanson est repris pour intituler l'album : 1968 - 2008... N’effacez pas nos traces !.

En , Dominique Grange enregistre un album de dix chansons autour de la Première Guerre mondiale, en compagnie de Tardi (Label Juste Une Trace). L'album sort, comme le précédent, inséré dans un livre/CD (Ed. Casterman), Des lendemains qui saignent, avec des illustrations originales de Tardi et des commentaires de l'historien Jean-Pierre Verney. Un spectacle naît de cette écriture à quatre mains, avec une projection simultanée d'images de Tardi et sa présence sur scène, en qualité de narrateur. Il a été présenté avec le soutien de l'Institut des Métiers de la musique en avant-première à la Grande Bibliothèque de Montréal et au Musée de la Civilisation de Québec, puis dans plusieurs lieux emblématiques, en France, notamment à Craonne. En , Des lendemains qui saignent a été présenté à Ramallah, au théâtre Al Khasaba, à l'invitation du Centre culturel français des Territoires occupés. Une captation audiovisuelle a eu lieu en pour immortaliser ce travail collectif.

Engagement politique et militant[modifier | modifier le code]

Elle est signataire, en , d'une tribune très controversée parue dans le journal Libération, appelant au renversement de la police qualifiée d'« armée d'occupation », intitulée Pour les cinq de Villiers-le-bel[12]. Pour le magistrat Philippe Bilger, cette tribune « ne relève même plus de l'extrême gauche ni d'un gauchisme sulfureux », mais ne vise « à rien moins qu'à légitimer les tentatives de meurtre »[13].

En 2012, elle soutient Jean-Luc Mélenchon à l'élection présidentielle de 2012.

Elle écrit et compose, juste avant ces mêmes élections présidentielles 2012, la chanson Dégage ! Dégage ! Dégage !. Cette dernière figure sur l'album de Dominique Grange intitulé Notre longue marche, publié en 2013 (Label Juste Une Trace) : Dominique Grange y rassemble les enregistrements d'origine de dix_neuf chansons qu'elle a interprétées depuis Mai 68 et qui s'inscrivent dans un héritage d'expression contestataire : y figure par exemple l'enregistrement d'origine de la chanson Les Nouveaux Partisans, écrite et composée en 1969.

En 2015, elle sort Détruisons les murs en soutien au peuple palestinien, cela sera l'occasion pour elle d'affirmer son soutien à la libération de Georges Ibrahim Abdallah[14].

Le , elle est parmi les signataires de l'Appel des 58 : « Nous manifesterons pendant l'état d'urgence[15],[16]. »

En , Dominique Grange est signataire d’une pétition en collaboration avec des personnalités issues du monde de la culture pour boycotter la saison culturelle croisée « France-Israël », qui selon l'objet de la pétition sert de « vitrine » à l'État d'Israël au détriment du peuple palestinien[17]. En septembre de la même année, elle co-signe une tribune dans The Guardian en soutien à l’appel des artistes palestiniens à boycotter l’édition 2019 du concours de l’Eurovision qui doit se tenir en Israël[18].

Vie privée[modifier | modifier le code]

Dominique Grange est mariée avec l'auteur de bandes dessinées Jacques Tardi depuis le [19], ils ont quatre enfants.

Discographie[modifier | modifier le code]

Albums studios[modifier | modifier le code]

Singles[modifier | modifier le code]

Extended plays[modifier | modifier le code]

  • 1964 : Si le soleil s'en va / Tu voudrais danser avec moi / Moi j'ai appris ton nom / Les « Ni froids ni chauds »
  • 1964 : Cinq-en-tin (Le chien) / Je ne suis pas prête / Deux ombres sur la plage / Les Yeux dangereux
  • 1964 : Je ne suis plus ton copain (La lettre) / Il y avait toi / Même si c'est vrai / Pardonne-moi
  • 1967 : Les Jeanne d'arc / À cet enfant / Les orties sont en fleurs / Panurge
  • 1968 : Chacun de vous est concerné / À bas l'État policier / La Pègre / Grève illimitée

Compilation[modifier | modifier le code]

Participations[modifier | modifier le code]

  • 1965 : Le Trou dans le seau, dans Allo, tu m'entends ? de Guy Béart

Théâtre[modifier | modifier le code]

Télévision[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Écrits[modifier | modifier le code]

  • Grange bleue (éditoriaux et scénarios de bandes dessinées illustrés par Pichard, Bilal, Tardi parus dans l’hebdomadaire BD en 1978), Futuropolis, septembre 1985
  • L’Enfant derrière la vitre (Dominique Grange évoque son expérience ratée de FIV), coll. Latitudes, éd. Encre, 1985
  • Je t’ai trouvé au bout du monde. Journal d’une adoption, éd stock/Laurence Pernoud, 1987Le Livre de poche no 6748, 1990
  • Victor, l’enfant qui refusait d’être adopté (« Parfois ça ne marche pas […] En cas de rejet ou simplement de difficultés, les parents adoptifs sont perdus. »[21]), éd stock/Laurence Pernoud, 1993
  • 1968-2008… N’effacez pas nos traces ! (Textes de chansons illustrés par Tardi + CD audio, pour l’anniversaire des 40 ans de Mai 68), Casterman, sortie : 11 avril 2008 (ISBN 2-203-01529-2)

Traductions de bandes dessinées[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • Dominique Grange, Grange bleue, éd. Futuropolis, 1985
  • Interview du lundi 21 avril 2003, Barricata no 10 été 2003
  • François Bellart, VINYL no 47 juillet-août-septembre 2005
  • Gérard Prévost, Rouge no 2117, 23 juin 2005
  • Jean-Pierre Fuéri et Frédéric Vidal, Les Tardi chantent Mai 68, propos recueillis pour Casemate no 3, avril 2008.
  • Frantz Vaillant, Femmes de Mai 68 : Dominique Grange, la fidèle, voix intacte du printemps insurrectionnel, TV5 Monde, 19 mai 2018, [lire en ligne].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Formule recueillie par Gérard Prévost, Rouge, 23 juin 2005.
  2. Biographie Maitron [1]
  3. Le duo Le Trou dans le seau est sorti en sur un 45 tours de Guy Béart (Temporel GB 60 003)
  4. Journal pamphlétaire créé par le dessinateur Siné, paru entre mai et .
  5. Un des slogans de Mai 68.
  6. Griffu, scénario de Jean-Patrick Manchette (critique littéraire de Charlie Mensuel), paru aux éditions du Square en 1978.
  7. Entretien du par Eduardo Olivares sur Radio Francolatina.
  8. cf. liens externes
  9. Propos recueilli par Gérard Prévost, Rouge no 2117, .
  10. Rouge, 23 juin 2005.
  11. Le dimanche 29 avril 2007, en meeting de fin de campagne présidentielle au Palais omnisports de Paris-Bercy, le candidat Nicolas Sarkozy déclarait : « Dans cette élection, il s’agit de savoir si l'héritage de Mai 68 doit être perpétué ou s'il doit être liquidé une bonne fois pour toutes. Je veux tourner la page de mai 68. » (AFP et AP du ).
  12. Pour les cinq de Villiers-le-Bel, liberation.fr
  13. Philippe Bilger, « Quand Libé fait l'apologie de la violence à Villiers-le-Bel », .
  14. Campagne BDS France, « Dominique GRANGE - Détruisons le mur ! (ترجمة إلى العربية) »,‎ (consulté le 27 janvier 2016).
  15. Collectif, « L'appel des 58 : « Nous manifesterons pendant l'état d'urgence » », sur Club de Mediapart, .
  16. AFP, « État d'urgence : 58 personnalités revendiquent la liberté de manifester », Le Point,‎ (lire en ligne).
  17. « Contre la saison France-Israël », sur Mediapart, (consulté le 18 juin 2018).
  18. (en) « Boycott Eurovision Song Contest hosted by Israel », sur www.theguardian.com, (consulté le 4 mars 2019)
  19. Jacques Tardi, Moi, René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag II B, Casterman, , p. 77.
  20. La distribution comprenait Jean-Roger Caussimon, Catherine Sauvage, Jean Rochefort, Michael Lonsdale et Jacques Higelin. (Avant-scène Théâtre no 285, 1er avril 1963).
  21. Comme pour Victor, que Dominique Grange a laissé rentrer chez lui, au Chili. Adopter un enfant étranger, (Le Nouvel Observateur no 1507 du 23 septembre 1993).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]