Vivre sans temps mort, jouir sans entraves

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« Vivre sans temps mort, jouir sans entraves »[1] ou « Jouissez sans entraves, vivez sans temps morts »[2] ou Jouissons sans entraves[3] est un slogan de Mai 68[4],[5] rendu notable par la photo qu'en a faite Henri Cartier-Bresson rue de Vaugirard[6],[7].

Origines[modifier | modifier le code]

La formule Vivre sans temps mort, jouir sans entraves est utilisée comme « devise » par Les Enragés de Nanterres (voir Mouvement du 22 Mars)[8].

Guy Debord en particulier[9] et la mouvance situationniste en général s'en réclament[10].

Mais, pour le sociologue Jean-Pierre Le Goff : « Le fameux slogan situationniste : « Vivre sans temps mort et jouir sans entraves » n'a pas grand-chose à voir avec les revendications salariales des ouvriers en grève et les accords de Grenelle, ou encore avec la révolution envisagée sur le mode trotskiste ou maoïste. »[11]

Commentaires[modifier | modifier le code]

  • Selon le sociologue Jean-Pierre Le Goff en 1998 : « Ces « enragés », qui ne sont qu'une poignée avant Mai 68, expriment un désir de « vivre sans temps mort et de jouir sans entraves », en rupture totale avec un passé devenu culture de musée et un présent désenchanté. Ils appellent à s'arracher à l'ennui des cours magistraux, au vide et à la répétition du quotidien. »[12].
  • Pour le philosophe Alain Finkielkraut en 2009 : « [En Mai 68] Il ne nous suffisait pas d’être et d’affirmer notre être, nous brûlions d’être à la hauteur. Vivre sans temps mort, jouir sans entrave - oui, sans doute, mais surtout nous voulions gagner notre droit de vivre en nous hissant au niveau de ceux qui, juste avant notre venue au monde, avaient dû affronter les tempêtes de l’Histoire. »[13]
  • Pour Jacques Guigou, « Le « vivre sans temps mort et jouir sans entrave » chanté et dansé en 1968, n’ayant pas trouvé, pour cause de disparition du prolétariat, son « sujet historique », cette aspiration à « changer la vie » s’est alors institutionnalisée, comme bien d’autres « libérations », dans la pure et simple consommation de l’existant et de ses prothèses. »[14].
  • Et l'essayiste Pascal Bruckner, autre adepte de slogan dans les années 1970 lorsqu'il fait l'éloge des livres de Tony Duvert, de s'amender pour conclure en 2009 : « Le fameux slogan situationniste « Vivre sans temps mort et jouir sans entraves » était un idéal consumériste. Il se voulait libertaire, il était publicitaire. »[15].

Postérité[modifier | modifier le code]

Photographies[modifier | modifier le code]

Audiovisuel[modifier | modifier le code]

  • Yvonne Debeaumarché, Jouissez sans entraves, documentaire, Doc en Stock, Arte, 45 minutes, 2008[17].

Bibliographie et sources[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Vivre sans temps mort, jouir sans entraves, photographie, 1968, voir en ligne.
  2. Michel Onfray, Contre-histoire de la philosophie, conférence n°213, Université populaire de Caen Basse-Normandie, 2012-2013, page 5.
  3. Voir en ligne.
  4. Denis de Rougemont, L'Aventure occidentale de l'Homme, Éditions L'Âge d'Homme, 1957, page 8.
  5. Nicolas Aarnaud, Le Bac Histoire Pour les Nuls, First, 2015, page 150.
  6. Jouissez sans entraves, Henri Cartier-Bresson, mai 1968, Rue de Vaugirard, voir en ligne.
  7. Brigitte Ollier, « Henri Cartier-Bresson à la sauvette », Libération,‎ (lire en ligne).
  8. Isabel Heger, Enragez-vous! Les événements de Mai '68, Grundmodul Landeswissenschaftliches Proseminar , 6 juillet 2009, page 7.
  9. Mathurin Maugarlonne, À la rencontre des disparus, Grasset, 2004, lire en ligne.
  10. Ouvrage collectif, Dérives pour Guy Debord, Van Dieren, 2011, page 148.
  11. Jean-Pierre Le Goff, La Gauche à l'épreuve 1968-2011, Perrin, 2011, lire en ligne.
  12. Jean-Pierre Le Goff, Mai 68, l'héritage impossible, La Découverte, 1998, lire en ligne.
  13. Alain Finkielkraut, Un cœur intelligent, Stock, 2009, extrait en ligne.
  14. Jacques Guigou, Le plaisir capitalisé, Corps et culture, N°2, 1997, lire en ligne.
  15. Pascal Bruckner, Le Paradoxe amoureux, Grasset, 2009, lire en ligne.
  16. René Bianco, 100 ans de presse anarchiste : notice.
  17. « Jouissez sans entraves - Documentaire - Paris », sur Doc en Stock, .

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]