Daniel Cohn-Bendit

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Daniel Cohn-Bendit
Illustration.
Daniel Cohn-Bendit en 2012.
Fonctions
Député européen

(19 ans, 11 mois et 20 jours)
Élection 12 juin 1994
Réélection 13 juin 1999
13 juin 2004
7 juin 2009
Législature 4e, 5e, 6e et 7e
Groupe politique Les Verts (1994-1999)
Verts/ALE (1999-2014)
Coprésident du groupe Verts/ALE

(12 ans, 5 mois et 22 jours)
Avec Monica Frassoni (2002-2009)
Rebecca Harms (2009-2014)
Prédécesseur Heidi Hautala et Paul Lannoye
Successeur Philippe Lamberts et Rebecca Harms
Biographie
Nom de naissance Marc Daniel Cohn-Bendit
Surnom « Dany le rouge »
« Dany le vert »
Date de naissance (74 ans)
Lieu de naissance Montauban
(Tarn-et-Garonne, France)[1]
Nationalité apatride (1945-1959)
Drapeau : Allemagne allemande (depuis 1959)
Drapeau : France française (depuis 2015)
Parti politique FA (1966)[2],[3]
LEA (1966-1968)[4]
Mouvement du 22 Mars (1968)[5]
RK (1968-1973)[6]
GLH (de) (1978-1980)[7]
GRÜNE (depuis 1980)
LV (1999-2010)
EÉLV (2010-2012)
Profession Éducateur
Journaliste

Daniel Cohn-Bendit, né le à Montauban (Tarn-et-Garonne), est un homme politique franco-allemand ; actif en politique aussi bien en Allemagne qu'en France, il a obtenu la nationalité française en 2015.

Né en France de parents allemands militants d'extrême gauche puis antinazis, il fait ses études supérieures en France, à l'université Paris-Nanterre. Militant libertaire, il accède à la notoriété durant le mouvement de mai 68, dont il est l'un des meneurs. N'ayant pas à l'époque la nationalité française, il est expulsé en Allemagne par le gouvernement français.

À partir des années 1980, Cohn-Bendit mène une carrière politique en Allemagne comme élu du parti écologiste Les Verts à Francfort-sur-le-Main. Devenu député européen des Verts allemands en 1994, il est réélu député européen en 1999 sur une liste des Verts français, faisant à cette occasion son retour sur la scène politique française. Tête de liste d'Europe Écologie en Île-de-France lors des élections européennes de 2009, il permet au parti d'obtenir le plus haut score atteint en France par un mouvement écologiste. Favorable à la mise en place d'une Europe fédérale, il est coprésident du groupe Verts/ALE au Parlement européen de 2002 à 2014. Il ne se représente pas au Parlement européen en 2014.

Alors qu’il était surnommé « Dany le Rouge » en mai 68, Daniel Cohn-Bendit effectue un virage idéologique, adhérant progressivement à une écologie intégrée à l'économie de marché tout en revendiquant l'étiquette de « libéral-libertaire ».

Il fait également l’objet d’accusations de pédophilie, notamment fondées sur son ouvrage Le Grand Bazar, publié en 1975. Toutefois, il n'a jamais été poursuivi en justice pour cette raison.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines familiales[modifier | modifier le code]

Marc Daniel Cohn-Bendit est le fils d’Erich Cohn-Bendit (1902-1959), né à Berlin[8], et d'Herta David (1908-1963), d'une famille juive de Poznań. En 1933, son père est avocat et sa mère vient de terminer des études de droit, se préparant à devenir juge pour enfants[9]. Avec Hans Litten, Erich est l'un des principaux partisans de l'organisation d'aide affiliée au Parti communiste d'Allemagne Rote Hilfe Deutschlands (de) (RHD)[10]. Erich Cohn-Bendit tend plutôt vers le trotskisme[10]. À la suite de la prise du pouvoir des nationaux-socialistes, il est interdit de travail pour « activités communistes » présumées et sera bientôt déchu de la citoyenneté allemande[10]. Menacé d'arrestation, il quitte l'Allemagne dès mars 1933, rejoint par sa future épouse. Ils s'installent à Paris[11]. En 1936, naît leur premier enfant, Gabriel. Son père Erich est actif dans la Quatrième Internationale (trotskyste) fondée en France en 1938. En 1939, ils sont rejoints par les parents d'Erich, qui passeront la guerre à Paris. Durant ces années, ils fréquentent un cercle de réfugiés allemands comprenant Walter Benjamin, Heinrich Blücher et la philosophe Hannah Arendt[12], qui est une amie proche de ses parents[13].

Durant la « drôle de guerre », Erich est interné comme ressortissant allemand, mais s'évade[14] et rejoint son épouse qui a quitté Paris pour Montauban. Herta travaille dans l'orphelinat pour enfants réfugiés de Moissac. En 1943, après l'occupation de la zone sud par les Allemands, ils passent dans la clandestinité jusqu'à la libération de la région (autour du ). Daniel naît, comme il l'a lui-même souligné[15], 10 mois après le débarquement de Normandie.

Enfance et adolescence[modifier | modifier le code]

Né alors que le Troisième Reich est encore en place (jusqu'au ), de parents réfugiés antinazis[4] en France, probablement déchus de la nationalité allemande par le régime de Vichy[16], Daniel reçoit des papiers d’identité de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). À la fin des années 1950, il est toujours « sous la protection de l’OFPRA »[17], puis obtient des papiers d'identité allemands. Il a évoqué cette période dans diverses déclarations, par exemple, en février 2014 : « Je suis né en 1945, alors que mes parents étaient cachés en France en raison des persécutions antijuives. J'ai été apatride pendant quatorze ans, puis j'ai choisi la nationalité allemande pour ne pas faire mon service militaire »[18]. Il se définira, par la suite, de plus en plus comme un « citoyen européen ».

La famille quitte assez rapidement la région de Montauban. Entre 1945 et 1948, les Cohn-Bendit sont d'abord responsables de la « Colonie Juliette », un établissement pour enfants de déportés juifs à Cailly-sur-Eure[4],[19]. Puis ils reviennent à Paris, Herta devenant économe du lycée Maïmonide de Boulogne, où elle habite avec Daniel. Son père, ne pouvant exercer sa profession en France (il faudrait qu'il refasse un cursus universitaire), décide en 1952 de rentrer en Allemagne[20] et devient avocat à Francfort. Il est en étroit contact avec des membres de l'École de Francfort dont Max Horkheimer et Theodor W. Adorno, ainsi qu'avec Bertolt Brecht et Helene Weigel. Le psychanalyste Bruno Bettelheim fait partie de ses clients.

En 1956, Daniel entre au lycée Buffon[21], où il fait sa sixième et sa cinquième. Sa mère ayant rejoint son père atteint d'un cancer du poumon (Daniel restant sous la garde de sa grand-mère), le fait venir à son tour en 1958 et il entre dans une école non conventionnelle, l'Odenwaldschule, située à la campagne à Oberhambach-Heppenheim, non loin de Mannheim et à 60 km de Francfort.

Erich Cohn-Bendit meurt en 1959. Herta, rentrée en France, meurt d'une attaque cardiaque en 1963, au cours d'une visite chez sa belle-sœur à Londres. Daniel, placé sous la tutelle de l'ancien associé de son père, termine ses études secondaires à Oberhambach et passe le baccalauréat (Abitur) en 1965. Il revient alors en France faire ses études supérieures.

Il a été fortement marqué par son passage à l'Odenwaldschule[22]. Il a souligné par la suite qu'être allé dans cette école autogérée et y avoir fait autant de théâtre avait joué un rôle important dans sa vie[23]. Durant ces années, il a aussi fait des séjours notables à l'étranger : en Angleterre en 1962, en Israël en 1963 et aux États-Unis en 1964, dans la famille de Thomas Bieber, ancien de Cailly-sur-Eure.

Mouvement de Mai 68[modifier | modifier le code]

Daniel Cohn-Bendit en 1968.

Lycéen, Daniel Cohn-Bendit participe l'été à des campings libertaires avec son frère Gabriel Cohn-Bendit, tout comme Jean-Pierre Duteuil qu'il rencontre la rentré 1966-1967, en sociologie à la faculté de Nanterre (ouverte fin 1964), après avoir été inscrit l'année précédente en propédeutique pour étrangers à la Sorbonne-Censier. Proche du communisme libertaire, ils animent la « Liaison des étudiants anarchistes » (LEA)[4], composante de la Fédération anarchiste, qui deviendra Noir et Rouge après son exclusion de la FA en 1967[2],[3].

Le , il est interpellé par la police lors d'une manifestation en faveur de la libération du dirigeant paysan trotskiste Hugo Blanco (en) devant l'ambassade du Pérou[24]. Il participe à des réunions de l'UNEF. Le syndicat est depuis peu contrôlé, à Nantes, Strasbourg, Clermont-Ferrand et Strasbourg par des alliance entre anarchistes et lambertistes du CLER, qui contestent la direction, liée au PSU[25], en bénéficiant du fait que leur rivale, l'Union des étudiants communistes, est affaiblie depuis 1966 par la sécession des trotskistes des JCR et des maoistes de l'UJCml, mécontents du soutien dès le premier tour de la présidentielle 1965 à François Mitterrand et qui préfèrent se concentrer sur le combat contre la Guerre du Vietnam, plutôt que perdre du temps avec une UNEF à court de subventions depuis 1965 et retirée depuis 1962 de la gestion des résidences et restaurants[26].

Année 1967 à Nanterre[modifier | modifier le code]

À Nanterre, les anarchistes créent au sein de l'UNEF locale une « Tendance syndicaliste révolutionnaire fédéraliste »[27]et se font élire début 1967 comme représentants UNEF pour le pôle philosophie-sociologie-psychologie[27], grâce à l’absence d’une partie du bureau, orchestrée par les lambertistes du CLER. Mais à la rentrée suivante, en octobre 1967, l'UNEF-Nanterre échouera à élire son bureau[28], préfigurant ce qui se passera pour l'UNEF nationale en mars puis en avril 1968.

À la Saint-Valentin 1967, débute un mouvement national dans les résidences universitaires, lancé par la FRUF dans une dizaine de villes, pour que toute étudiante ait le droit d'inviter son compagnon dans sa chambre sans être obligée de se rendre dans les bâtiments masculins. Cette revendication de la Fédération des étudiants en résidence universitaire de France, assortie d'un refus des hausses de loyers, a déjà abouti à la Résidence d'Antony[29],[30]. Le 16 octobre 1965, huit résidents y avaient été traduits en conseil de discipline, déclenchant en 1965-1966 une pétition réunissant 1 500 signatures contre les nouvelles loges permettant de contrôler les entrées, puis l'autorisation de la mixité des bâtiments, selon l'historien Adrien Dansette.

À celle de Nanterre, Dominique Tabah préside l’Association des résidents et ses 800 adhérents sur 1 400 résidents[31]. À sa demande et d'un groupe de filles, 60 étudiants occupent des pavillons réservés aux étudiantes pour la Saint-Valentin 1967 et n'en sortent que le lendemain en échange de l'assurance ne pas être sanctionnés. La promesse ne sera pas respectée pour 29 d'entre eux.

Dans cette université construite en urgence, face à l'afflux croissant de bacheliers, la rentrée suivante est tendue. Dès le 7 novembre environ 400 personnes protestent contre le dénuement: bibliothèque et installations sportives non terminées, laboratoires de langues indisponibles[28].

C'est aussi l'époque où les étudiants anarchistes de Nanterre, menés par Jean-Pierre Duteuil, ami proche de Cohn-Bendit au département de sociologie, doivent quitter la Fédération anarchiste après son congrès de Bordeaux, tenu du 10 au 12 novembre 1967[32]. Depuis le printemps, l'écrivain anarchiste Maurice Joyeux, proche de Force ouvrière, diffuse un texte titré L’hydre de Lerne, et sous-titré « la maladie infantile de l’anarchie »[32] qui dénonce l'influence des idées marxistes et situationnistes[33] au sein de la mouvance anarchistes et les « révolutionnaires de salon »[33]. Cohn-Bendit se rapproche alors des trotskistes et maoistes du campus de Nanterre avec qui il fondera 4 mois après le Mouvement du 22 Mars.

Le 17 novembre, professeurs et étudiants de sociologie votent la grève, qui s'étend à tous les départements. Ils réclament des équivalences entre ancienne et nouvelle licence, et occupent les amphithéâtres, pour empêcher les cours[28]. Le 25 novembre 1967, un millier d'étudiants en grève manifestent en présence de Raymond Barbet, maire PCF de Nanterre [28]. L'UNEF met en place des comités de grève incluant des non-syndiqués, présidés par le jeune chrétien Philippe Meyer, dont le « comité d'action » donne naissance au journal-mouvement d'actualité sociale « Nous sommes en marche » (1968-1972)[34]. Yves Stourdzé de l'UNEF y représente la sociologie. Pour apaiser, le doyen Pierre Grappin propose d'étendre à tous les départements les comités enseignants-étudiants, créés en sociologie, philosophie et anglais[28], mais vite jugés sans pouvoir[35]. Les enseignants votent à nouveau une grève début décembre si pas de crédits supplémentaires. L'UNEF lance une semaine d'action dans toute la France, du 11 au 16 décembre[28] sur la question des examens et contre la "Réforme Fouchet"[28].

Le département de sociologie est dirigé par Henri Lefebvre, spécialiste de la critique de la société de consommation[36], qui fut confronté sur ce thème à l'Internationale situationniste lorsqu'il enseignait à Strasbourg. Tous les vendredis dans son bureau, un festin réunit assistants et étudiants parmi lesquels Cohn-Bendit[36]. Selon lui, dans le département de sociologie, « se tente un renouvellement du rapport pédagogique de façon tâtonnante »[36], qui sera évoqué avec ironie en 1970 par le roman-témoignage de Robert Merle[35]. Les détracteurs de Daniel Cohn-Bendit et ses amis leur reprochent, eux, d'empêcher certains professeurs faire cours ou de les tutoyer pour les destabiliser [37].

En décembre, un débat réunit dans le couloir central de l'Université[38] devant 2000 étudiants[39] le doyen et les deux animateurs de la grève, le président de l'UNEF-Nanterre Jean-François Godchau et Philippe Meyer[Lequel ?][39]. Le groupe des anarchistes prend alors ses distances avec l'UNEF[40].

L'influence des nantais et l'affaire de la piscine[modifier | modifier le code]

Les situationnistes du petit groupe d'anarchistes de Nanterre profitent des vacances de Noël pour discuter avec ceux de Nantes qui organisent des actions pour la mixité des résidences, entrainant l'arrestation de Juvénal Quillet, le 19 décembre, peu de temps après avoir été élu président de l'Association des résidents des cités universitaires de Nantes[41] , [42].

Les occupations de résidences continuent à Nantes avec un large soutien local (CGT, CFDT, FO) et il est décidé qu'une centaine de nantaises envahiront, la cité Launay -Violette, réservée aux garçons le 23 janvier[43]. Entre-temps à Nanterre, le Secours catholique a ouvert en décembre un centre culturel de 150 animateurs pour les 10 000 personnes du bidonville [44] et le ministre de la Jeunesse et des Sports ne veut pas être en reste : le , il inaugure les installations sportives, réclamées lors de la grève de novembre sur le campus[45] devant « tout le corps professoral »[46], de 17 h 20 à 17 h 40[24]. Une cinquantaine d'étudiants l'accueillent avec « des cris hostiles »[24], « menés par un certain Marc Daniel Kohn-Bendit », selon une note des Renseignements généraux du 9 janvier 1968[24].

Ce dernier interpelle le ministre sur son rapport publié à l'automne : « 400 pages sur la jeunesse, et pas un mot sur la sexualité ! Le ministre lui suggère de s'apaiser par un bain et l'étudiant lui répond que cette réplique est digne du nazisme[47],[4] ». L'article du Monde consacré à l'inauguration ne mentionne pas l'incident [48]. Le conseil de discipline de l'Université de Nanterre convoque Daniel Cohn-Bendit pour le surlendemain [49],[37] et décide de ne pas le sanctionner.

Cohn-Bendit a cependant tenu à écrire au ministre pour s'expliquer. Missoffe répond par écrit que « l'affaire est close », proposant à l'étudiant de prendre rendez-vous s'il veut s'exprimer[46]. Ce dernier a alors « affichée dans tout Nanterre » l'échange de courriers et « on a fait courir la rumeur » que sa « fille était sa maîtresse » alors qu'elle ne l’avait jamais vu de sa vie[46], selon François Missoffe qui a appris l'histoire par sa fille Françoise, elle aussi étudiante à Nanterre mais en histoire[37],[50],[51]. Plus tard, quand quand Cohn-Bendit deviendra célèbre, elle devra passer mai et juin 1968 en Normandie, pour fuir les paparazzi[49].

L'affaire des listes noires et du doyen représenté en Hitler[modifier | modifier le code]

Entre temps Le Figaro du 20 janvier 1968 a publié un communiqué protestant contre le risque d'exclusion d'un lycéen parisien des JCR, Romain Goupil, après une grève le 11 janvier[52]. A Nanterre? Cohn-Bendit fait courir le bruit que le doyen cherche à l'exclure, via un nouvel épisode de « l'affaire des listes noires » née huit mois plus tôt. En avril 1967 à Nanterre, un meeting avait protesté contre les menaces de sanction visant 29 personnes ayant participé les semaines précédentes aux occupations des bâtiments des filles, dont plusieurs absentes au moment de l'occupation, suscitant un soupçon de fichage politique. Le meeting avait été suivi par une première campagne contre les listes noires[53], car certains des 29 n'étaient pas là lors de l'occupation. La rumeur avait été relancée en juin 1967, quand Henri Raymond, assistant en sociologie, avait soumis une liste d'étudiants à exempter d'un examen final, dont l'un faisait partie des 29 sanctionnés en mars 1967[54]. L'UNEF avait alors souligné que cette liste est déjà ancienne mais sans rassurer[54]. « C'est un professeur connu de Nanterre qui en a affirmé l'existence lors d'une réunion officielle »[55], le directeur du département de sociologie, Henri Lefebvre[36], qui déjeune régulièrement avec le groupe de Cohn-Bendit.

L'administration dément mais Henri Lefebvre, lui, « se porte garant de leur existence », affirme Jean-Pierre Duteuil, l'ami de Cohn-Bendit. La rumeur a ressurgi lors de la grève de novembre à Nanterre[36] puis lors de l'affichage des échanges de courriers entre Missoffe et Cohn-Bendit. Soucieux de prendre de vitesse l'UNEF sur ce thème, il organise avec Jean-Pierre Duteuil et les situationnistes une manifestation spontanée ,le 26 janvier au matin, dans le grand hall de la faculté de lettres: 30 « barbus chevelus » précédés par Jean-Pierre Duteuil « surgissent en poussant de grands cris », avec à bout de bras des panneaux sur lesquels on peut lire : « Pas de flics dans la maison », « Non aux listes noires »[56]. Sur ces panneaux des photos, prises dans l'université, de policiers en civil selon leurs auteurs. La veille, Jean-Pierre Duteuil a confectionné un des panneaux avec une photo du doyen Pierre Grappin, affublé d'une moustache à la Hitler, au dessus d'une légende en grosses lettres « Grappin nazi »[56] ,[57].

Des appariteurs de l'Université qui essaient d'interrompre le chahut sont bousculés[39]. Le doyen accepte de sortir de son cours pour autoriser un appel au commissariat de Nanterre : une douzaine de policiers arrivent. Cinq d'entre eux, montés dans les couloirs du département de sociologie, se font expulser par les étudiants[58]. avant d'obtenir des renforts casqués[39], à midi, au moment où des centaines d'étudiants sortent de cours et s'arment de pieds de chaise et de table, pour chasser les policiers, dans une véritable émeute[28].

Le lendemain 27 janvier, l'assemblée des professeurs dément toute liste noire et demande à Henri Raymond une mise au point sur le malentendu de 1967. L'émotion est générale. Les étudiants communistes dénoncent tant la bagarre que "la surveillance constante du campus" par la police, dans L'Éveil des Hauts-de-Seine, l'hebdo départemental communiste[59]. Un communiqué de la FNEF (droite) dénonce « un sabotage systématique perpétré par des déséquilibrés et des malades mentaux » et une lettre du doyen Pierre Grappin, datée du 29 janvier, « des dégradations graves (...) aux mobilier de la faculté ainsi qu'à plusieurs automobiles »[60]. C'est alors que le nom de Cohn-Bendit apparait pour la première fois dans la presse,au deuxième paragraphe d'un article dans Le Monde, le [61], mentionnant ses amis anarchistes comme ayant organisé la manifestation du 26 janvier, pour protester contre les listes noires, certains évoquant le risque d'expulsion de Cohn-Bendit[28].

Pierre Grappin rappelle son passé de résistant et le fait qu'il a un mois plus tôtcréé des commissions paritaires, preuve de tolérance. Selon lui, l'arrivée de la police se justifiait par le communiqué des départements de géographie, lettres modernes, anglais, espagnol et italien de Nanterre, repris par l'AFP et Le Monde[61], dénonçant « les menées provocatrices d'un petit nombre ». Le doyen décide d'expulser un étudiant de la résidence, le jeune situationiste d'origine nantaise Patrick Cheval. Ses camarades situationistes quittent immédiatement le groupe anarchiste pour créer celui des "Enragés"

Daniel Cohn-Bendit est alors de nouveau convoqué, cette fois le 16 février et non plus en conseil de discipline mais à la préfecture de police, en raison de cette émeute du 26 janvier[62]. L'avocat de l'UNEF, François Sarda, ex-candidat gaulliste aux législatives de 1962, accepte de le défendre, dans la presse comme face à la police et rédige pour lui en février un mémoire[63]. Le SNESup demande au ministère de l'épargner et Alain Touraine, nouveau responsable du département de sociologie, dans les cours duquel Daniel Cohn-Bendit prend souvent la parole[64] fait voter, avec Michel Crozier, une motion contre son expulsion, évoquée dans l'article du Nouvel observateur du 7 février sur les "listes noires". Le lendemain un article de deux paragraphes du Monde mentionne que Daniel Cohn-Bendit cherche en vain à se faire naturaliser, son séjour en France étant trop récent. Le journal précise qu'il lui est reproché d'avoir perturbé une assemblée locale de l'UNEF, mais que ce syndicat n'a cependant « jamais protesté officiellement contre les agissements des anarchistes » et évoque brièvement l'incident de la pisicine [65], survenu un mois plus tôt. François Sarda reçoit alors une lettre du ministre rappelant qu'il n'avait demandé aucune sanction [66],[67]

Le 15 février, des militants anarchistes, membres de l'AFGEN (UNEF), envahissent l'amphithéâtre où se tient le cours de psychologie de Didier Anzieu afin d'attirer l'attention sur la convocation de Daniel Cohn-Bendit le lendemain[67]. L'incident « tourne au pugilat entre occupants anarchistes et militants JCR, conduits par Jean-François Godchau, président de l'UNEF locale, qui tentent de ramener leurs camarades anarchistes à la raison », puis la démission de Jean-François Godchau et tout le bureau de l'UNEF Nanterre[67]. Le climat est tendu, l'UNEF venant de proclamer « l'abrogation unilatérale du règlement» des résidences universitaires »[28] pour la Saint-Valentin. Finalement, la commission d'expulsion de la préfecture de police de Paris passe l'éponge et le lendemain Cohn-Bendit est à Berlin, pour congrès sur le Vietnam des 17-18 février, qui a réuni des milliers de contestataires européens, dont 500 Français[68]. Un car entier de Nanterrois s'y est rendu, sur fond de Jeux olympiques d'hiver de 1968[69], mené par les JCR Daniel Bensaïd et Alain Krivine, logé chez le leader des étudiants allemands Rudi Dutschke[69], qui leur fait visiter la ville et fait la connaissance de Daniel Cohn-Bendit[70]. Deux jours après le retour à Paris, c'est journée anti-impérialiste du 21 février, boulevard Saint-Michel, qui permet de tester les méthodes de manifestations apprises à Berlin : slogans hachés, frappés dans les mains, sautillement sur place, banderole en lettres de feu[71]. C'est la convergence des groupes d'extrême-gauche à laquelle participe Daniel Cohn-Bendit: une centaine de maoistes des Comité Vietnam de Base et leur branche paramilitaire, les "Groupes de protection et d'autodéfense"[72], dirigée par Olivier Rolin, « armés » de manches de pioches, reviennent d'une manifestation clandestine à la nuit tombée sur l’ambassade du Sud-Vietnam[73], qu'ils ont couverte de slogans à la peinture noire[73], pour traverser Paris jusqu'au meeting de l'UNEF à la Mutualité[73] puis rejoindre la manifestation autorisée du Comité Vietnam national[73] et des JCR, Boulevard Saint-Michel sous le slogan « Le Quartier Latin pour la victoire du Vietnam ». Deux jours après avoir fraternisé avec les JCR et Rudi Dutschke à Berlin, Daniel Cohn se lie avec ses futurs amis proches, Jean-Marc Salmon et Jacques Rémy[72], qui sont les piliers, avec Jean-Claude Zancarini (dit « Tarzan »), Didier Truchot, Jean Paul Cruse (dit « Paulo ») ou encore Maurice Brover (dit « Momo »)[72], de ce groupe de maoistes déjà célèbres pour avoir le attaqué le meeting de soutien au Sud-Vietnam à la Mutualité, avec des casques de chantier et manches de pioche[74], avant d'affronter les forces de police toute la soirée[72].

Mars et avril 1968[modifier | modifier le code]

En mars-avril 1968, Daniel Cohn-Bendit, militant libertaire se voulant au « carrefour des extrême-gauches »[75] devient leur homme providentiel, alors que l'UNEF vacille sous les convoitises. Le des 5000 étudiants de toute la région manifestent à Paris, à l'appel de l'UNEF, qui a dénoncé « désinvolture et hypocrisie »[76] dans les propositions du Ministre de l'Éducation nationale sur un nouveau règlement des résidences mais qui échoue à élire 3 jours plus tard un nouveau président lors de son assemblée générale à Colombes.

Les délégations de plusieurs villes ont quitté la salle, dans un climat plombé par la présence d'un service d'ordre musclé du PCF censé les protéger de celui du CLER (trostkiste).[77]. L'Assemblée générale venait de demander d'aider à la création de Comités d'action lycéens dans toute les villes[78]

Depuis , de nombreuses branches locales, tenues par la droite ( Sciences-Po, Paris-Science, Médecine et Pharmacie, pour la région parisienne [79]) ne paient plus leur cotisation à l'UNEF, dont elles dénoncent, devant les tribunaux[79], les pertes causées par la fin des subventions en 1965. Depuis l'hiver 1967-168, elles espèrent reprendre le bureau national [26] , également contesté par les trotskistes du CLER, qui ont pris le contrôle dans plusieurs villes, comme Clermont-Ferrand.

A Nanterre, la contestation radicale de l'université prônée par Cohn-Bendit marque des points, sous la forme du boycott des examens, d'abord en philosophie le 14 mars [80] puis en sociologie peu après. La rivalité entre groupe monte: les "Enragés" distribuent le 19 mars un tract présentant Henri Lefebvre comme "un des plus célèbres agens de la récupération de ce demi-siècle"[81].

Le lendemain, le chef du service d'ordre des JCR, étudiant à Nanterre, est arrêté lors d'un raid de nuit contre l'American Express pour dénoncer la guerre du Viêt Nam. Cohn-Bendit fait partie des trois orateurs d'un meeting pour sa libération le 22 mars à midi à Nanterre, où il propose sans succès de se servir des micros permettant de se faire entendre de toute la faculté[24]. Vers 21H, plusieurs dizaines d'étudiants occupent le huitième étage du bâtiment administratif de l'université. Arrivés dans la salle un quart-d'heure avant les autres, une dizaine d'Enragés sortent trois verres puis partent cinq minutes après un discours de Cohn Bendit leur reprochant de voler ces verres[82],[83],[84]. Avec une vingtaine de militants il annonce l'occupation pendant le concert l'Orchestre de Paris dans l'amphithéâtre B2 de la faculté, se heurtant aux protestation du public[85]. L'épisode sera raconté avec humour en 1970 dans le roman « simultanéiste » Derrière la vitre préparé dès 1967[35]. Robert Merle, professeur sur le campus, y met en scène Cohn‑Bendit, tribun « habile » mais « opportuniste »[35], observe l'historien Jacques Cantier, qui accompagne plutôt qu’il ne suscite [35] une occupation proposée par son ami Jean-Pierre Duteuil. Daniel Bensaïd en est absent, mais pas les autres proches de cohn-Bendit, son "demi-frère Pierre Brimberg" [86], et le trio de futurs maoistes, Olivier Castro[56], Danièle Shulman et Isabelle de Saint-Saens. C'est la création du Mouvement du 22 Mars, qui diffuse quatre jours après sur le campus son « manifeste » contre l'université, l'impérialisme et le capitalisme, appelant à « rompre avec des techniques de contestation qui ne peuvent plus rien ».

Le recteur dénonce 15.000 francs de dégâts et annonce le 27 mars que l'Université est fermée pour deux jours, après l'avis majoritaire des professeurs, critiqué cependant par une forte minorité réunissant Henri Lefebvre, Alain Touraine mais aussi le linguiste proche du PCF Robert Merle. La fermeture éveille l'intérêt de la presse. L'ORTF vient à la résidence le 26 mars et interviewe le président FNEF des étudiants en lettres, qui « appelle au dialogue » avec les autorités [87] et dénonce vigoureusement le Mouvement du 22 mars [87]. Dans Le Figaro, Claude Gambiez et Jean Papillon distinguent la masse des étudiants de Nanterre, des « agités, responsables selon eux d' « une note à payer de plusieurs millions »[88].


La veille, Cohn-Bendit s'est invité dans une conférence de presse à 21 heures au foyer F de la Résidence universitaire de Nanterre, qui va lui valoir les premiers commentaires élogieux, de la part du journal Combat.

Les élus de Nanterre, le 4 avril, dénoncent le Mouvement du 22 mars[89]. En avril 1968, las de « l'envahissement régulier des locaux de l'UNEF », rue Soufflot, par des délégations menaçantes organisées par le CLER, le bureau s'est replié dans le local mieux gardé du SNESup, Rue Monsieur Le Prince[78]. Le dimanche , une nouvelle assemblée générale extraordinaire de l'UNEF doit à nouveau à élire un successeur à son président Michel Perraud. Ce dernier est en difficulté: pour envoyer son service d'ordre protéger la précédente assemblée, l'UJCml avait exigé qu'il en fasse une demande publique[26], ce qui a choqué au sein du PSU, dont il est membre. Michel Rocard, confortablement élu à la tête du PSU en 1967 l'a convoqué à la mi , pour « déviation maoïste »[26] devant la commission des conflits du PSU. Le bureau du PSU méfiant envers le gauchisme groupusculaire [90] estime que le vice-président de l'UNEF Jacques Sauvageot, également au PSU, doit lui succéder[26],[91].

Mais c'est un nouvel échec : l'assemblée du 21 avril de l'UNEF qui a lieu de 15 heures à minuit [92]

voit l'irruption le soir d'associations générales d’étudiants tenues par la droite via la FNEF, menées ar Olivier Noc, le président du groupe Sciences-Po[79]. Suspendues pour non-paiement de leurs cotisations[26], elles protestent contre le projet d'exclusion de celles restées dans l'UNEF[26]. Pami les intrus, des militants d'extrême-droite, appelés ou tolérés par Olivier Noc[79].

S'ensuit une bagarre qui fait trois blessés dont un sérieusement [93], les trotskistes du CLER étant intervenus, avant de perdre un vote le boycott des examens[79]. Entre temps, la police a fait évacuer la salle et le vice-président Jacques Sauvageot doit à nouveau assumer l'intérim[94], porté par une coalition de courants communistes, trotskystes et maoïstes s'étant opposés à l'intrusion violente[26],[95],[96],[97].

Le vendredi précédent Occident (mouvement politique) avait brisé les vitrines, Rue Gît-le-Cœur d'une librairie et d'un cinéma projetant le film de Joris Ivens sur la Guerre du Vietnam, 17e Parallèle[98] [79], la rumeur voulant qu'il s'agisse d'une attaque au siège du Comité Vietnam national.

Le lendemain à Nanterre, le Mouvement du 22 Mars lance des représailles contre le local de la FNEF, dirigée à Nanterre par Jean-Luc Gréau, jugée responsable de l'intrusion de la Sorbonne. Ils affichent « FNEF = Occident » sur ce local. « C’est ainsi que les heurts se sont déclenchés », observe Le Monde[99], en constatant que « des bagarres ont de nouveau éclaté le lendemain; dans l'après-midi du 23 avril» à Nanterre, faisant « plusieurs blessés »[93] et que l'Amicale des élèves de l'Institut d'études politiques de Paris accuse pour sa part Michel Perraud d'avoir le 21 avril « encouragé les délégués trotskistes » à expulser sa délégation, sans intervenir "pour secourir les blessés"[93].


Le vendredi précédent Occident (mouvement politique) avait brisé les vitrines, [[ Rue Gît-le-Cœur]] d'une librairie et d'un cinéma projetant le film de Joris Ivens sur la Guerre du Vietnam, 17e Parallèle[98] [79], la rumeur voulant qu'il s'agisse d'une attaque d'Occident (mouvement politique).[79] au siège du Comité Vietnam national [100]. C'est pour cette bagarre que Daniel Cohn-Bendit sera le 27 avril arrêté chez lui et perquisitionné, puis relâché vers 20 heures après avoir été interrogé au commissariat de Nanterre et à la préfecture de police de Paris[101] ce qui débouche trois jours après sur l'ouverture d'une information judiciaire contre lui pour "menaces verbales de mort sous condition et coups et blessures volontaires"[102], après la plainte déposée par un militant de Nanterre de la FNEF, Hubert de Kervenoael.

Après avoir contredit Cohn-Bendit lors d'un séminaire en lettres dans la Faculté, il a été menacé par ce dernier puis frappé par une dizaine d'étudiants et délesté de son portefeuille[103],[104]. Selon l'historien américain Bertram Gordon, cité par son compatriote Michael Seidman[105], Hubert de Kervenoael, qui écope de dix points de suture et dix jours d'interruption[106], ne militait pas à Occident.

La FNEF s'opposait au Mouvement du 22 Mars surtout par des tracts moqueurs. Didier Gallot, président FNEF de l'Association des Étudiants en Lettres, avait déclaré le 26 mars à l'ORTF[87] qu'il faut dialoguer avec les autorités universitaires[87].

Le juge d'instruction Jean Sablayrolles [107] est également chargé d'instruire une autre information judiciaire, contre X, ouverte pour "provocation publique non suivie d'effets à incendie volontaire", afin de rechercher les auteurs et les distributeurs d'un tract diffusé à Nanterre donnant la formule du cocktail Molotov, observe Le Monde[101]. Le quotidien rapporte que plusieurs centaines de personnes ont participé à un meeting « d'explication sur la répression » organisé par le Mouvement du 22 Mars le lundi 29 avril[101]. Cohn-Bendit explique qu'il n'a pas nié avoir été sur les lieux mais répondu qu'il a davantage protégé qu'agressé Kervenoaël et que la recette du Cocktail Molotov n'est qu'un canular potache ne le concernant pas.

Une lettre datée du 1er mai convoque huit étudiants parmi lesquels Daniel Cohn-Bendit, Jean-Pierre Duteuil et René Riesel pour un conseil de discipline le 6 mai, sans notification des motifs[108]. Le 2 mai à 19 heures, le doyen de Nanterre décide de suspendre les cours et fermer l'Université de Nanterre, comme les 29 et 30 mars, en dénonçant « un état d'esprit insupportable, une véritable psychose de guerre » : 300 étudiants ont réquisitionné un amphithéâtre pour une projection de films sur le Vietnam, refusant de céder la place au professeur d'histoire, René Rémond. D'autres, casques à la ceinture, installés sur le toit, ou armés de fronde montent la garde, car Occident aurait "annoncé qu'il viendrait en force ce jour-là", constate l'envoyé du Monde[109].

La bagarre du 23 avril à Nanterre est suivie le 25 avril à Toulouse par l'attaque d'une réunion dans un amphitéatre où s'exprimait le nanterrois Daniel Bensaid va connaitre dès le lendemain une couverture importante de la presse, ce qui suscite une réaction rapide du ministère de l'Education nationale qui réunit plusieurs doyens à la Sorbonne le samedi 27 avril. La veille à Nanterre, d'autres violences ont visées cette fois Pierre Juquin, invité à une réunion-débat des étudiants communistes dans un amphitéâtre. Cohn-Bendit avait convenu avec les maoistes de l'UJCml qu'il lui poserait des questions sur les articles hostiles de L’Humanité concernant Nanterre, ces derniers ne le chassant que s'il refuse de répondre [110]. Pierre Juquin visite d'abord le doyen, dans son bureau[111], puis est interpellé par Daniel Cohn-Bendit dans l'amphitéâtre[111]. Au bout de quelques minutes de battements de pieds et huées, les maoistes montent à l'assaut de la tribune, leforçant s'échapper par la porte de derrière[111].

Dans un autre débat, une demi-heure plus tard à Nanterre[112], Daniel Cohn-Bendit se pose en défenseur d'André Gorz lorsqu'un militant du CLER l'interrompt, en laissant entendre devant les journalistes que sans sont intervention il aurait pû empêcher de parler Laurent Schwartz. La séquence ne sera rapportée que deux semaines plus tard, dans Le Monde du 7 mai, lors de la comparution de Cohn-Bendit devant une commission de discipline à La Sorbonne[112].

Entre-temps, le 30 avril, le secrétariat du PCF demande à Georges Marchais d'entendre Pierre Juquin et de réagir par un article dans L'Humanité[89], qui sera reproduit intégralement, dès l'après-midi, dans Le Monde[113], qui titre sur un différent avec les "prochinois" et observe que le PCF « n'a sans doute pas été insensible au fait que les " enragés " de Nanterre avaient, le 25 avril (...) empêché Pierre Juquin de prendre la parole devant les étudiants ».

L'article dérape en parlant au passage de {{cita|l'anarchiste allemand Cohn-Bendit]] et dès le 7 mai, le PCF doit mettre de l'eau dans son vin par un communiqué du Bureau Politique reconnaissant la « légitimité du mouvement étudiant » [89].

Une lettre datée du 1er mai convoque huit étudiants parmi lesquels Daniel Cohn-Bendit, Jean-Pierre Duteuil et René Riesel pour un conseil de discipline le 6 mai, sans notification des motifs[114]. Le 2 mai à 19 heures, le doyen de Nanterre décide de suspendre les cours et fermer l'Université de Nanterre, comme les 29 et 30 mars, en dénonçant « un état d'esprit insupportable, une véritable psychose de guerre » : 300 étudiants ont réquisitionné un amphithéâtre pour une projection de films sur le Vietnam, refusant de céder la place au professeur d'histoire, René Rémond. D'autres, casques à la ceinture, installés sur le toit, ou armés de fronde montent la garde, car Occident aurait "annoncé qu'il viendrait en force ce jour-là", constate l'envoyé du Monde[115].

Mai 68[modifier | modifier le code]

Le , lors de la manifestation pour la Journée internationale des travailleurs, Cohn-Bendit participe au cortège du « 22 mars » qui s’affronte violemment au service d’ordre de la CGT[4].

Le lendemain, l'éditorial de l'hebdomadaire d'extrême droite Minute écrit : « Ce Cohn-Bendit, parce qu’il est juif et allemand, se prend pour un nouveau Karl Marx » [116],[117] et « ce Cohn-Bendit doit être pris par la peau du cou et reconduit à la frontière sans autre forme de procès »[118].

Le 3 mai, Georges Marchais dénonce plus généralement le Mouvement du 22 Mars dans le quotidien du Parti communiste français, L'Humanité :

« A l'Université de Nanterre, par exemple, on trouve : les "maoïstes", les "Jeunesses communistes révolutionnaires" qui groupent une partie des trotskystes ; le "Comité de liaison des étudiants révolutionnaires", lui aussi à majorité trotskyste ; les anarchistes ; divers autres groupes plus ou moins folkloriques. Malgré leurs contradictions, ces groupuscules – quelques centaines d'étudiants – se sont unifiés dans ce qu'ils appellent "Le Mouvement de 22 Mars – Nanterre" dirigé par l'anarchiste allemand Cohn-Bendit »,[119].

En réaction, le slogan « Nous sommes tous des Juifs allemands » apparaitra dans une manifestation contre son expulsion le 23 mai,[120], détournant la formule de Minute[121]. L'une des 415 affiches de Mai 1968 prendra aussi sa défense, sans référence de nationalité ou religion[122]. C'est la seule des 415 affiches de Mai 68 jamais collées dans la rue par les étudiants[123].

Ce même 3 mai, 200 personnes à 400 personnes[24] se massent dans la cour de la Sorbonne, pour un meeting organisé par l'UNEF. PSU, UEC, JCR, FER y apellent aussi, le Mouvement du 22 mars n'est pas cité[124]. De 12 heures à 12h40, deux orateurs, dont Cohn-Bendit[24]. Vers 15 heures, la police bloque les entrées[24]. Dans la cour environ 150 jeunes[24], dont une vingtaine casqués et munis de barres en bois provenant de tables et chaises[24]. À 15 h 35, le commissaire du Ve arrondissement reçoit l'ordre de les expulser[24]. "On était tellement farfelu qu'on pensait s'échapper par les toits, alors que la FER parlementait", racontera Cohn-Bendit[125].

À 16 h 40, la police pousse les jeunes vers des fourgons de police[124]. Un premier convoi de trois cars quitte la Sorbonne sans difficulté vers 17h10[24] puis un pneu du second convoi est crevé par les manifestants et des grenades lacrymogènes utilisées pour dégager les deux cars[24], auxquelles répondent des projectiles. C'est la première « journée de mai ». Selon le journalLe Monde, qui traite cette crise pour la première fois en première page, 1500 policiers ont affronté 2 000 étudiants, jusque vers 22 h 30, et 27 des 596 interpellés sont toujours détenus[124]. Pour la première fois les étudiants ont lancé le slogan « CRS égal SS », quand il n'y avait pas encore de CRS présents [126]. Cohn-Bendit, interrogé dans un commissariat, ne participe pas. Il est relâché le samedi, qui voit une manifestation « Libérez nos camarades », interdite, réunir entre 4000 et 4500 étudiants, autour de la Sorbonne[127].

Le 6 mai, commence le conseil de discipline dans une Sorbonne, fermée et protégée par la police. Gilles Caron y prend une photo — devenue par la suite célèbre — de Daniel Cohn-Bendit face à un CRS devant la Sorbonne, qui sera publiée dans Paris-Match du 18 mai, avec six pages sur la Nuit des Barricades et 15 sur le 6 mai[128]. Quand Gilles Caron et Jean Durieux, autre reporter reviendront de la visite en Roumanie du président Charles de Gaulle le 18 mai [129], Daniel Cohn-Bendit croisera Jean Durieux dans le hall de Paris-Match et lui demandera : « Je dois aller en Allemagne. Tout de suite. Je n’ai pas de voiture. Tu m’emmènes ? », ce qui sera accepté[130].

Ce 6 mai, les étudiants, sont défendus par Henri Leclerc, avocat de l’UNEF, et trois professeurs de Nanterre, Henri Lefebvre, Alain Touraine et Guy Michaud[131]. Ils sortent vers 13 heures, la décision est attendue le 10 mai. Le Monde publie alors un reportage effectué deux semaines plus tôt à Nanterre, où un paragraphe décrit Cohn-Bendit sous un jour plus apaisant que celui du 29 mars, relatant les méthodes controversées de son Mouvement du 22 Mars.

Le matin, 4 000 à 5 000 manifestants ont parcouru Paris pour demander la libération des nombreuses personnes arrêtées le 3 mai. Le soir, ils sont 4 000. Parmi eux, les célèbres professeurs de mathématiques Laurent Schwartz et Claude Chevalley. Les affrontements avec la police prennent parfois « l'allure d’un combat de rues » avec 482 arrestations, dont 31 maintenues. Du coup, mot d'ordre de grève illimitée du SNESup et de l'UNEF, qui lance un appel à manifester à nouveau le mardi soir 7 mai[132]. Plus de 60 000 étudiants y répondent dont 25 000 à Paris[133]. La manifestation est sans incidents le mercredi suivant, avec 200 000 personnes dans toute la France[134]. L'UNEF a réussi cette démonstration de force, en particulier en province, mais il n'y "aucune libération des détenus"[134]. Son appel à une manifestation le surlendemain, le 10 mai, est relayée par les comités d'action lycéen[134], qui s'associent à la création du journal Action[134]. Entre-temps, le à 18 h, Georges Séguy et Eugène Descamps, dirigeants de la CFDT et de la CGT, rencontrent Jacques Sauvageot et le lyonnais Henri Rouilleault, du bureau national de l'UNEF[135], dans la Sorbonne où un meeting se tenait depuis 4 heures en présence de Louis Aragon[136]. Jacques Sauvageot décide de faire attendre la CGT une heure volontairement[136] et exige la présence d'Alain Geismar, ce que la CGT ne souhaite pas[136]. Ce dernier propose de se retirer mais sa présence est finalement acceptée[136]. La réunion ne débouche sur aucun accord immédiat[136], d'après Henri Rouilleault, mais la nuit des barricades du 10 au fait basculer les relations UNEF/CGT sur une position commune[136]:

Le Monde du 10 mai confirme que l'UNEF a demandé aux confédérations une manifestation centrale, la FEN et la FNEF des « mesures d'apaisement », tandis la CGT affirme sa « solidarité avec les étudiants et enseignants » et la CFDT son « soutien à l'UNEF »[137]. La veille devant la Sorbonne, un « dialogue assez violent oppose » Daniel Cohn-Bendit à l'écrivain communiste Louis Aragon, hué par certains étudiants, mais applaudi par d'autres, rapporte Le Monde[138]. « Tu as du sang sur tes cheveux blancs ! »[63], lui lance au mégaphone Daniel Cohn-Bendit, en lui refusant la parole[139], sous les yeux d'André Glucksmann qui fait sa connaissance. Sommé de s'expliquer sur l'article de L'Humanité, Louis Aragon rappelle qu'il est venu annoncer un numéro des Lettres françaises consacré aux étudiants, pour leur amener « le maximum d'alliés »[138].

Démarre alors la première Nuit des Barricades de Mai 68. Le 10 mai, le magazine télévisé Panorama est censuré, alors que les images de l'ORTF sur les violences policières ont "bouleversé la France entière". La CGT lance un appel à la grève générale pour le lendemain, insistant sur la solidarité entre étudiants et ouvriers[140], repris par les étudiants, le SNESup, un syndicat enseignant, la CFDT et la FEN (Fédération de l'éducation nationale) et Force ouvrière[140].

Le lendemain samedi les syndicats se retrouvent à la Bourse du travail pour organiser la grève générale du lundi [136]. La discussion du 9 mai reprend et surmonte les désaccords sur la présence, au premier rang, de certains dirigeants d'organisations de jeunesse n'étant pas jugées représentatives, telles que le Mouvement du 22 Mars et le Comité d'Action Lycéen[136]. L'UNEF dit « Sauvageot n'ira pas au premier rang s'il n'y a pas aussi Cohn-Bendit ». Tous deux venaient de se rapprocher après avoir été en prison tous les deux quelques jours plus tôt[136] et avoir passé la nuit dehors face aux policiers. Alain Geismar s'était lui rapproché de Cohn-Bendit depuis le 8 mai, où il était venu faire, comme Roland Castro le 26 avril, son autocritique, « en pleurant car l'UNEF, avait dit :Tout le monde rentre à la maison, et des milliers de types se sentaient dépossédés ». Geismar l'a en retour invité aux réunions au siège du SNESsup "transformé en quartier général du mouvement" racontera Cohn-Bendit en 1975 dans Le grand bazar[141]. Geismar y reçoit aussi Serge July, Félix Guattari et Roland Castro[142],[40], autres militants du Mouvement du 22 Mars l'ayant rejoint pendant ou après[143] l'occupation de Nanterre [140].

À la Bourse du travail, Geismar insiste pour que des visages du mouvement étudiant soient en tête du cortège du 13 mai, à côté des leaders syndicaux, qui eux n'en voulaient pas en raison du climat de violence à Nanterre des précédentes semaines[140]. Jacques Sauvageot, après hésitation, accepte, mais pas la CFDT et la CGT. Les tractations durent de 10h à 18h [140],[144], interromtues de 11h à 14h par la conférence de presse de presse où les étudiants marquent des points. Daniel Cohn-Bendit insiste pour y être: il craint les « tentatives de récupération du mouvement »[125] et il est surtout le seul à avoir pu parler la veille à minuit, au recteur de Paris, qui a eu au téléphone le ministre de l'Éducation.

Cet épisode lui permet d'exige d'être présent à la conférence de presse du samedi midi, de Jacques Sauvageot et Alain Geismar[145] où les médias demandent aussi un représentant des Comités d'action lycéen[145]. Il s'agit d'effectuer une « Mise au point des organisateurs de la manifestation »[145] pour démentir les propos des ministères de l'Intérieur et de l'Éducation. Mais Le Monde ne cite pas Cohn-Bendit[145]. C'est Sauvageot qui d'abord parle pour dénoncer un asaut policier « sans préavis et sans les sommations habituelles », des grenades contenant un gaz dangereux « interdit par la Ligue des droits de l'homme », des barricades « incendiées par la police » et enfin une « ratonnade, plus rapide et plus brutale que celle qui avait eu lieu à la faculté d'Alger » des années plus tôt[145]. Alain Geismar de son côté ridiculise l'accusation de « non-respect de l'ordre de dispersion » car à 3 heures du matin « le quartier Latin était transformé en une véritable souricière »[145].

Jacques Sauvageot (UNEF) et Alain Geismar (SNESup) sont les héros du jour : non seulement ils ont animé la soirée par un dialogue très ferme avec le recteur, en directe sur les ondes des deux grandes radios qui ont couvert l'événement sur le terrain, évitant peut-être le pire et sans céder mais on vient d'apprendre dans la matinée que les journalistes de l'ORTF se rebellent pour la première fois, et dénoncent la censure de l'émission Panorama[146], dans laquelle Jacques Sauvageot et Alain Geismar avaient réussi à se faire interviewer, sachant qu'ils ont pu aussi parler aux reporters d'une autre émission télé "Zoom", qui est déjà annoncée et programmée. L'ORTF réagit rapidement : elle reprogramme pour le soir même l'émission Panorama censurée et annonce un débat en direct, dans cinq jours, qui réunira trois journalistes de presse écrite, face à Jacques Sauvageot et Alain Geismar ainsi qu'un troisième représentant des insurgés qui s'avèrera être... Daniel Cohn-Bendit. En fait, le soir, Panorama passe bien à l'antenne mais amputée des interview de Jacques Sauvageot et Alain Geismar, tandis que "Zoom", qui leur donnait aussi la parole, ne passera pas.

Entre temps, il a finalement été décidé avec la CGT et la CFDT que "tout le monde défile ensemble", derrière un "mot d'ordre commun"[140] ("Dix ans ça suffit!"), car pour la première fois depuis le retour au pouvoir de Charles de Gaulle en 1958[140], le régime est remis en cause[140], expliquera Alain Geismar[140]. Après la manifestation, il déclare aux journalistes : « Ce qui m’a fait le plus plaisir cet après-midi, c’est d’avoir marché en tête d’un défilé où les crapules staliniennes étaient à la remorque »[4].

le concept des "trois leaders", Jacques Sauvageot et Alain Geismar et Daniel Cohn-Bendit sera surtout créée par le débat en direct sur l'ORTF du 16 mai, comme ce dernier le reconnaitra dans son livre de 1975 "Le grand bazar", où il raconte également qu'Alain Geismar, en plus de l'avoir rejoint au sein du mouvement du 22 Mars, l'accueillait régulièrement au sein des réunions du bureau national. Le 18 mai parait le dernier numéro de Paris Match avant un mois de grève des imprimeurs. Il est plein de photos de Daniel Cohn-Bendit, datant du 11 mai et surtout du 6 mai, que l'hebdomadaire n'avait pas publiée dans son numéro précédent, en particulier celle de Gilles Caron à la Sorbonne, restée fameuse et qui servira à faire un affiche jamais collée sur les murs car trop tard. Dans la foulée, le Nouvel Observateur décide de la faire interviewer par Jean-Paul Sartre pour son numéro du 20 mai.

Entre-temps, les 14 et 17 mai 1968, Jacques Sauvageot a pris l'initiative de donner des interview conférences de presse seul, comme un leader de fait de l'UNEF que personne ne conteste plus, devant la télévision de l'ORTF, que l'INA a numérisées[147] ,[148].

La Sorbonne et Nanterre étant rouvertes et occupées et les détenus des journées du 3 au 10 ayant été libérés, sa dernière intervention concerne l'occupation du théâtre de l'Odéon le 16 mai, opération dont l'UNEF et le SNESup se désolidarisent. Lors des événements et des affrontements de mai, Daniel Cohn-Bendit est à la fois agitateur et conciliateur, évitant, par un accord tacite avec le préfet de Paris Maurice Grimaud, toute effusion de sang[4].

Dans Le Nouvel Observateur du 20 mai, Jean-Paul Sartre invite Daniel Cohn-Bendit à s’exprimer sur le « programme » et les « objectifs » à long terme des étudiants, mais ce dernier refuse catégoriquement qu’il y en ait, car « définir un programme » serait selon lui « inévitablement paralysant », et car « ce désordre […] permet aux gens de parler librement »[149]. Il indique : « Personne chez nous n’a lu Marcuse. Certains lisent Marx, bien sûr, peut-être Bakounine, et, parmi les auteurs contemporains, Althusser, Mao, Guevara, Henri Lefebvre. Les militants politiques du Mouvement du 22 mars ont à peu près tous lu Sartre »[150].

Saint-Nazaire, Berlin, Amsterdam et la déclaration sur les morts au Quartier Latin[modifier | modifier le code]

Il prend alors un peu de distance avec le mouvement parisien, partant d'abord à Saint-Nazaire où son frère Gabriel est professeur d'allemand. Selon Gabriel, il a croisé lors d'un rassemblement sur la plage Juvénal Quillet, qui avait animé le mouvement dans les résidences universitaire de Nantes en 1967.

Lui et Gabriel organisent deux meetings, dont un particulièrement mémorable (au moins localement)[réf. nécessaire], avec des ouvriers des chantiers navals[réf. nécessaire].

Revenu à Paris, il envisage d'intervenir en Belgique, mais le gouvernement belge lui interdit l'accès du territoire[151].

C'est la raison pour laquelle le 28 mai, il parlera du « roi des Belges »[réf. nécessaire].

Puis il décide d'aller à Berlin, où il déclare que 5 à 11 personnes viennent d'être tuées dans des bagarres avec la police à Paris[152]. Cette déclaration est rapportée par Le Monde du 23 mai 1968, qui juge ces accusations "d'autant plus légères qu'elles sont graves"[152], dément catégoriquement auprès des hôpitaux et cliniques privées[152] et juge "invraisemblable que ceux-ci aient réussi à les camoufler"[152] et "encore plus incroyable d'imaginer que les familles aient consenti à se taire"[152].

Le lendemain à Amsterdam, il parle à nouveau du décès d'une jeune fille et déclare que son but "est est non seulement de faire tomber le gouvernement de Gaulle, mais aussi tout le système."[153]. Le Monde rapporte qu'il a fait un cours sur la "sociologie moderne" à l'Université libre d'Amsterdam[153], dont l'occupation a été désaprouvée par la majorité des étudiants venus plus tôt l'écouter au cinéma "Le Capitole"[153]. Lassé des discussions en néerlandais, qu'il ne comprend pas, Daniel Cohn-Bendit a alors renoncé au voyage à Eindhoven qu'il avait projeté, selon le journal[153].

À cette occasion, une déclaration sur le drapeau français (« il faut le déchirer pour en faire un drapeau rouge ») crée une nouvelle polémique dans la droite française.

Arrêté d'expulsion ()[modifier | modifier le code]

Le 21 mai, il est frappé en tant que ressortissant étranger par un arrêté d'expulsion du ministre de l'Intérieur ; il en est informé alors qu'il se trouve à Francfort. La notification officielle a lieu lorsqu'après un meeting à Sarrebruck, il se présente à la frontière à Forbach, accompagné de plusieurs dizaines d'étudiants allemands et français.

Le 28 mai, il parvient à revenir à Paris sous un déguisement avec également une teinture pour cacher la couleur de ses cheveux[154], et assiste à un meeting à la Sorbonne où il est acclamé. Il passe ensuite quatre jours en France, participant même à une manifestation, puis décide de quitter le territoire. Tous ces trajets ayant été effectué grâce à l'aide de l'actrice Marie-France Pisier qui l'avait caché dans sa voiture[155] ; il passera ensuite avec elle une période de vacances en Sardaigne.

Le Mouvement du 22 mars est dissous le 12 juin, comme les autres groupes gauchistes. Quelques jours après, il participe à une émission de télévision à Londres, avec d'autres militants (Alain Geismar...). Le gouvernement anglais lui a d'abord accordé une autorisation de séjour de 24 heures, puis, devant la menace de boycott de l'émission, de deux semaines.

"Cohn-Bendit, est le fils d'amis très proches" écrit Hannah Arendt un courrier du 13 juin 1968 à des amis parisiens, sans savoir qu'il est en Allemagne, pour lui proposer son aide[13].

Été 1968[modifier | modifier le code]

Il passe ensuite six semaines[156] à écrire, avec Jean-Pierre Duteuil et Gabriel un livre commandé par les éditions du Seuil et les éditions Rowohlt : Le Gauchisme, remède à la maladie sénile du communisme. "La mise en avant du nom de Cohn-Bendit" par les médias durant Mai 68 "est si bien orchestrée, que nous n’avons plus besoin d’aller supplier un éditeur", y raconte-t-il[157]. Les trois-quarts du texte ont été copiés dans des revues et rédigés en six semaines pour satisfaire à la commande de l'éditeur[156].

Puis il s'installe à Francfort-sur-le-Main où il reçoit un mot de soutien de la philosophe Hannah Arendt pour son action durant le mois de mai[4].

Du 31 août au , il participe au congrès anarchiste international de Carrare qui doit jeter les bases d’une internationale anarchiste. Il fait une intervention remarquée[158], mais peu appréciée de la majorité des militants quand il accuse le Movimiento Libertario Cubano en exil et la SAC anarcho-syndicaliste de Suède d’être financés par la CIA. Les libertaires « spontanéistes » qu’il représente quittent le congrès peu après[4].

Le 19 septembre, il participe à une opération du SDS dirigée contre Léopold Sédar Senghor, récipiendaire du Prix de la paix des libraires allemands[159]. La Foire du livre est bloquée ; arrêté, il est condamné à neuf mois de prison avec sursis[160].

Mouvement antiautoritaire[modifier | modifier le code]

En 1998, il déclare au Monde de l'éducation : « Il y a trente ans, j'ai incarné en France ce qu'on appelait en Allemagne « die antiautoritäre Bewegung » : le mouvement antiautoritaire. Parmi tous ceux qui se disaient révolutionnaires à l'époque, nous étions peu à nous réclamer du courant libertaire et nous avions à nous démarquer de tous les groupuscules léninistes d'obédience trotskiste ou maoïste. Et pourtant c'est bien ce souffle libertaire qui a traversé la France en mai 1968 et touché tous les milieux, et les avant-gardes autoproclamées. Les grands partis politiques furent un moment, comme les psychanalystes, mis au chômage technique. Ils retrouveront tous leur clientèle dans les jours tristes de l'après-mai[161]… »

Docteur honoris causa de l'université de Nanterre[modifier | modifier le code]

En décembre 2014, 46 ans plus tard, il est fait Docteur honoris causa de l'université de Nanterre. Lors de la remise de son diplôme, Jean-François Balaudé, président de l’université Paris Ouest Nanterre La Défense, a reconnu le caractère paradoxal de la situation, « que le président de l’université de Nanterre entame l’éloge du plus célèbre et du plus important contestataire que notre université ait connu ». Dans sa réponse au « camarade-président », Daniel Cohn-Bendit a dédié son doctorat au footballeur brésilien Sócrates engagé dans le combat pour la démocratie dans son pays, mort en 2011, et au militant écologiste Rémi Fraisse victime en octobre 2014 d’une grenade offensive de la gendarmerie. Il a réaffirmé ses convictions européennes[162],[163]. Il a également rendu hommage au doyen de 1968, Pierre Grappin : « En 68, il y a eu des choses admirables ici même, mais aussi des paroles qu'il faut regretter. Dans le feu de l'action, le doyen de l'époque, Pierre Grappin, ancien résistant, a été traité de nazi. Le traiter de nazi, c'était ne pas savoir ce qu'étaient les nazis[164]. »

Vie à Francfort et tentatives de retour[modifier | modifier le code]

Alger, usine Opel, librairie et crèche autogérée[modifier | modifier le code]

À Francfort, fin 1969, il s’associe à son ami Joschka Fischer pour fonder un sous-groupe local du SDS (Syndicat national des étudiants)[165], qui devient le groupe mao-spontanéiste Revolutionärer Kampf[125]. Fin décembre 1969, tous deux accompagnent le nouveau président du SDS, Udo Knapp à un congrès de solidarité avec l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) à Alger. Fischer devient alors dirigeant du journal du SDS, syndicat dissout peu après.

Avec une dizaine de militants de Revolutionärer Kampf, tous deux effectuent un court passage dans une usine Opel dont ils sont licencié après une bagarre générale avec des syndicalistes lors d'une assemblée générale[166],[125], puis huit d'entre eux fondent la petite librairie associative qu'ils décident d'appeler Karl-Marx[125], près de l'université de Francfort[167], où Joschka Fischer prend commande de livres pour aller les voler ailleurs[167]. En novembre 1970, Bernard Kouchner, envoyé par le magazine Actuel signale dans reportage titré « Francfort sur gauchisme » qu'il vit en communauté dans un squatt[168].

Depuis le décès de sa mère en 1963, il a hérité de l'appartement familial et touche un tiers de sa retraite[169]. Il parvient à en vivre jusque « vers 1973, avant de travailler dans un jardin d’enfants »[170]. De 1973 à 1974, il est ainsi aide-éducateur dans une crèche associative, où travaille aussi Ede Traut, la première femme de Joschka Fischer et un autre salarié, puis reprendra cette activité six ans plus tard. Occupant une aile du rez-de-chaussée de la maison des associations étudiantes, sur le campus de Francort[171], la crèche "Uni-Kita" a "commencé à parler de la sexualité des enfants", mais "le sujet ne monopolise pas" non plus les discussions", selon un de ses amis[171]. Les enfants ont 3 à 6 ans[167], deux habitent dans des maisons squattées[167] et lorsque Daniel Cohn-Bendit les amène à une manifestation contre les démolitions spéculatives d'immeubles, un journal local se déchaine en l'accusant de manipuler les bambins par l'apprentissage de de chansons subversives[167].

Liens avec Glucksmann et la Fraction armée rouge[modifier | modifier le code]

Parallèlement à cette vie militante à Francfort, il revient illégalement en France pour rendre visite à son frère en 1969 et à ses amis en 1971. Peu après, son ami André Glucksmann, dirigeant de J'accuse, journal du groupe maoïste Gauche prolétarienne (GP), lui rend visite en 1971[172] à Francfort, « pour discuter des gauches françaises et allemandes »[173]. André Glucksmann avait déjà rencontré en 1970 Andreas Baader[174], à qui Daniel Cohn-Bendit avait donné à l'automne 1969 l'adresse de Jean-Marcel Bouguereau à Paris[175]. Revolutionärer Kampf et la GP calquent leurs campagnes : squatt d'immeubles[125], à Francfort comme à Issy-les-Moulineaux, avec une milice pour les protéger[125], et actions spontanées contre l'emprise des syndicats de l'automobile, chez Opel comme chez Renault[125], qui se soldent en France par la mort du militant maoïste Pierre Overney en février 1972[176]. « Nos liens ont été constants, sans jamais de rupture […] Il venait me voir en Allemagne. »[177], selon Cohn-Bendit, qui lui a présenté à cette occasion Joschka Fischer[173],[172]. À l'automne 1971, Cohn-Bendit participe à la résistance armée contre la démolition d'immeubles à Francfort, dirigée par Joschka Fischer et Hans-Joachim Klein, qui va durer trois ans via la création de squatts, tout en protestant contre la « militarisation » de ces actions[178].

En 1971, son groupe mao-spontanéiste "Revolutionärer Kampf" est rejoint par Hans-Joachim Klein, qui a rencontré la même année Hanna Krabbe, de la Fraction armée rouge, dans une communauté de la Lichtensteinstraße[179]. En 1973, Margrit Schiller, autre militante de la Fraction armée rouge, vient chercher refuge dans la maison où vivent Fischer et Cohn-Bendit et y petit-déjeune plusieurs fois avec eux[180],[181]. Elle a été condamnée par contumace en février à deux ans et trois mois de prison[182] après la fusillade du 25 septembre 1971, au cours de laquelle deux policiers ont été abattus.

Publication du Grand bazar et invitations à Apostrophes[modifier | modifier le code]

Autre ami proche de Daniel Cohn-Bendit, Jean-Marc Salmon, le principal coéquipier d'André Glucksmann à la tête des maoïstes de la GP à l'université expérimentale de Vincennes. Il l'aide à écrire Le Grand Bazar, son premier livre depuis Mai 1968, avec Maren Sell, journaliste allemande du quotidien Libération[125].

Ce recueil d'entretiens, réalisés à Francfort et rapidement écrits à Paris, apporte à Cohn-Bendit un contrat de travail salarié d'un éditeur français, utile pour la levée de sa mesure d'expulsion de 1968. Et surtout une invitation à Apostrophes, l'émission créée par Bernard Pivot en janvier 1975 lors de la très critiquée réorganisation de l'ORTF[183],[184]. Car la demande au nouveau président de la République Valéry Giscard d'Estaing de lever l'expulsion de 1968 a déjà échoué, malgré une rencontre d'octobre 1974 à la Foire du livre de Francfort avec le gaulliste Paul Granet, secrétaire d'État à la Formation professionnelle[185].

Visite à la prison d'Andreas Baader[modifier | modifier le code]

Fin octobre 1974, Klaus Croissant, avocat du terroriste allemand Andreas Baader, a demandé au philosophe Jean-Paul Sartre de venir décrire ses conditions de détention[186]. Sartre a accepté le 5 novembre 1974. La justice allemande freine pendant un mois puis le laisse venir[187]. Cohen-Bendit et son ami Hans-Joachim Klein sont respectivement chauffeurs et interprêtes pour la conférence de presse de décembre 1974 où Sartre dénonce des conditions de détention "intolérables"[188]. Ils y sont photographiés avec lui et Klaus Croissant. Les accusation de Sartre sont violemment contestées par la presse allemande, photos à l'appui[186], y compris par l'incorruptible Der Spiegel[186]. Sartre avait reconnu n'avoir pas constaté de visu. Un peu plus tôt, l'écrivain Heinrich Böll avait visité plus discrêtement Ulrike Meinhof, l'autre cerveau de la bande à Baader, qu'il avait tenté de convaincre de se rendre en 1972, peu après l'obtention de son prix Nobel de littérature.

En mars 1975, l'ami de Cohn-Bendit Hans-Joachim Klein est devenu militant du groupe terroriste RZ, dirigés par Wilfried Böse, qu'il fréquente depuis des mois. Tous deux vont à Paris[189], dans une cache d'armes du terroriste Carlos ayant servi à l'attentat du drugstore Publicis puis à la fusillade de la rue Toullier[190].

En avril puis en mai 1975, Daniel Cohn-Bendit est enfin invité à Apostrophes pour parler de son livre Le Grand Bazar, qui évoque aussi la question du terrorisme. Mais un visa lui est à nouveau refusé.

Polémique Hans-Joachim Klein dans son journal[modifier | modifier le code]

L'année suivante, il s'investit dans le journalisme. En août 1976, peu après le suicide d'Ulrike Meinhof, il publie un long article[191] reprenant le chapitre controversé de son livre Le Grand Bazar, qui fait la couverture[192] du magazine mensuel Das dam, fondé en 1973 à Hambourg par Klaus Rainer Röhl (en), ex-mari d'Ulrike Meinhof, avec qui celui-ci dirigeait avant 1969 le réputé magazine culturel Konkret.

Publié jusqu'en 1979, Das dam mêle pornographie et textes gauchistes. Peu après Cohn-Bendit devient entrepreneur: il fonde en octobre 1976 Pflasterstrand[193], qu'il présente comme un « magazine de référence du milieu anarchiste à Francfort (Sponti-Szene) »[194].

Le 22 avril 1977, une nouvelle fois invité à Apostrophes, il participe via un écran de télévision, symboliquement assis sur une chaise[195] face à Maurice Grimaud, préfet de Police de Paris en Mai 68. Tous deux s'auto-félicitent d'avoir empêché des morts lors de cette période. En début d'émission, il annonce en direct avoir obtenu un visa pour rentrer en France[195] mais Bernard Pivot lui lit une dépêche AFP qui dit que ce n'est finalement pas le cas[195]. Une pétition titrée " Dix ans ça suffit[167] !" soutenue par Libération est lancée la semaine suivante par son frère Gabriel et André Glucksmann, avec les signatures de Jacques Chaban-Delmas Enrico Macias Raymond Aron, Jean d'Ormesson et Jean-Paul Sartre[167].

Quinze jours après cette émission, l'hebdomadaire Der Spiegel du publie une lettre où son ami Hans-Joachim Klein, caché sur le versant italien du Mont-Blanc, annonce quitter les terroristes de RZ et regretter la prise d'otages de l'OPEP, qui a fait trois morts le 21 décembre 1975[196]. Quelques semaines plus tôt, son ami Matthias Beltz était venu l'aider à son projet de reddition à la justice[189], qui n'a finalement pas lieu, malgré des hésitations[197],[198]. Klein est ensuite caché place de la République à Paris[9]par un proche de Serge July, Jacques Rémy, ancien des services d'ordres maoïstes, puis dans le Vexin[199],[9] et le Perche[9].

À l'automne, Pflasterstrand, le journal de Cohn-Bendit, titre "Hans-Joachim: carton jaune"[200],[201]. Le comité de rédaction, ulcéré par un "désir de profiter du spectaculaire", s'est rebellé contre une interview de Klein[202], obligeant Cohn-Bendit à la publier séparément sous forme de livret. Le procureur saisit l'intégralité du numéro. L'un des articles sur Hans-Joachim Klein dénonce une forme de "continuité de son comportement depuis son entrée dans les cellules révolutionnaires" qui "le rend indigne de confiance"[202]. Cohn-Bendit cache ensuite Klein à Sheffield, en Angleterre[203], mais il revient à Paris en avril 1978 et Jacques Rémy le cache dans l'Orne[204],[9] où il écrit à nouveau au Spiegel le [205], donne à Jean-Marcel Bouguereau, proche ami de Cohn-Bendit depuis 1968[169], une interview dans Libération du ,[206],[198] et publie la même année un livre préfacé par Cohn-Bendit[207] puis une interview dans le 3e livre de Cohn-Bendit[208]. Klein restera caché deux décennies dans l'Orne, avec l'aide financière de Cohn-Bendit, Maren Sell, et André Glucksmann[169],[209], y fondant une famille. Approché par les autorités allemandes via Cohn-Bendit[169], il se rendra en 1998[9] et sera jugé en 2001 en Allemagne, où Joschka Fischer est devenu vice-chancelier. Le procureur allemand demande sans succès la levée de l'immunité de Cohn-Bendit[169]. Condamné à 9 ans de prison, Klein sera gracié en 2009.

Déjeuner de BHL et Glucksmann à l'Élysée[modifier | modifier le code]

Entre-temps, Daniel Cohn-Bendit est au menu du déjeuner du président de la République avec trois écrivains ex-maoïstes en vue, André Glucksmann, Bernard-Henri Lévy et Bernard Clavel et quelques autres personnalités, le à l'Élysée[210], "dans la perspective de l'an 2000 et de l'évolution de la société"[210]. L'Élysée annonce le lendemain renonacer à la mesure d'expulsion de Daniel Cohn-Bendit, comme le lui avait réclamé la veille une lettre ouverte d'André Glucksmann[210] y mettant la condition pour accepter l'invitation à l'Élysée.

L'intéressé déclare immédiatement qu'il envisage de se présenter à la frontière française avec son frère Gabriel[210].

Le , le ministre de l'Intérieur, Christian Bonnet met fin à la mesure d'expulsion. Daniel Cohn-Bendit, qui passe quelques jours dans les Pyrénées avec la famille de son frère Gabriel. Mais il n'est alors plus question pour lui de s'installer en France : il regagne l'Allemagne sans aucun trouble à l'ordre public[211].

S’éloignant peu à peu d'une perspective révolutionnaire, après avoir dénoncé les « élections bourgeoises »[212], il s'engage en politique en Allemagne, dans le sillage de la carrière entamée par Joschka Fischer à Francfort en 1982, année où Cohn-Bendit passe à Apostrophes, cette fois sur le plateau.

Parcours politique[modifier | modifier le code]

Candidature Coluche avec Goupil[modifier | modifier le code]

Daniel Cohn-Bendit en 2005.

Il soutient la candidature de Coluche à l'élection présidentielle française de 1981, en compagnie de son ami proche Romain Goupil. Cinq ans plus tard, il officialise son abandon de la perspective révolutionnaire dans un ouvrage-bilan, Nous l’avons tant aimée, la Révolution[213].

Verts allemands au Parlement et au pouvoir[modifier | modifier le code]

Puis le contexte politique allemand est bouleversé par la crise découlant du Deuxième choc pétrolier : le , Helmut Kohl obtient la première coalition noire-jaune depuis des décennies, pour supplanter Helmut Schmidt comme chancelier fédéral, le SPD ayant perdu l'appui du FDP. Le SPD a besoin d'un nouvel allié et le 6 mars 1983[214], les Verts allemands font leur entrée au Bundestag avec 5,6% des voix[214]. Parmi les nouveaux élus, Otto Schily, l'avocat de Gudrun Ensslin, cofondatrice de la Fraction armée rouge[214] mais surtout Joschka Fischer[214]. L'ami proche de Cohn-Bendit obtient dès mars 1985 le ministère de l'Environnement et de l'Énergie du Land de Hesse, créé à cette occasion: c'est la première participation gouvernementale des Verts allemands, que Cohn-Bendit a rejoint l'année précédente[214].

Éditeur de presse proche du gouvernement régional[modifier | modifier le code]

Au milieu des années 1980, le Pflasterstrand, journal de Daniel Cohn-Bendit, se professionalise, comme Libération en France. Le titre appuie la participation aux gouvernements des Verts. Les feuilles alternatives de Hesse se moquent de ce "Springer de gauche"[215] car à partir de 1986, le journal est financé par le gouvernement de Hesse, dont l'ami de Cohn-Bendit est membre[215], via un premier prêt sans intérêt de 260 000 marks et un fonds pour "la promotion d'opérations alternatives" visant à l'expansion nationale du journal[215]. Le fondateur détient désormais 60 000 actions majoritaires[215]. "Ce dont nous avons besoin, ce sont des publicités suprarégionales de Coca-Cola ou autre"[215], annonce-t-il. Le magazine revendique près de 10 000 exemplaires vendus[215] malgré un prix élevé de quatre marks[215].

En 1987, Matthias Kierzek, héritier de l'éditeur Fuldaer Verlagsanstalt[216] achète la moitié du capital en promettant d'apporter jusqu'à 100 000 marks pour financer la restructuration de la rédaction [217] et une "augmentation de salaire progressive" de 300 marks[217] par journaliste. Le magazine est désormais édité sur papier glacé.

"Sous le trottoir, l'argent" titre alors, ironiquement, le quotidien de gauche Die Tageszeitung, même si le contrat social avec le nouvel éditeur mentionne "l'autonomie fondamentale du comité de rédaction"[217]. Selon Daniel Cohn-Bendit, sa présence et celle de la rédactrice culturelle Elisabeth Kiderlen, plus des projets de recrutement, garantissent "la continuité historique"[217]. La diffusion monte à 24 000 exemplaires peu après la relance, puis chute en profondeur, amenant la revente à Jan-Peter Eichhorn et Gerhard Krauss, qui le fusionnent avec magazine municipal qu'ils gèrent depuis 1982 à Francfort, puis cessent la parution, faute de lecteurs, en 1990.

Entre-temps, en 1989, Daniel Cohn-Bendit, est devenu adjoint au maire SPD de la ville de Francfort-sur-le-Main, chargé des affaires multiculturelles.

Élection au Parlement européen en 1994[modifier | modifier le code]

Lors des élections européennes de 1994, il est élu député au Parlement européen, comme représentant des Verts allemands[218], qui passent barre 10% des voix, contre 8,4% cinq ans plus tôt, profitant d'une chute du SPD, qui passe de 37,5% à 32,2%.

Daniel Cohn-Bendit entame alors une carrière de député européen qui va durer vingt ans.

Partageant sa vie entre Francfort et Bruxelles, il intervient aussi dans les médias pour commenter la politique intérieure française. Il s'inquiète de voir les écologistes qui ont obtenu 7,8% aux législatives de 1993, contre 7,3% en Allemagne, être "de plus en plus sectaires" avec "un ultra-gauchisme débile contre Maastricht", tout en estiment que "se dire ni de gauche ni de droite est une erreur"[219]. Peu avant l'élection présidentielle de 1995, il reproche à la candidate écologiste Dominique Voynet, qu'il "ne soutient "que du bout des lèvres"[219], de faire "une campagne pour les vieux"[219] car "trop en retrait sur la drogue, sur la culture des jeunes, sur l'humanitaire"[219]. En 1996, il soutient d'Allemagne la candidature PS de Bernard Kouchner dans une législative partielle, contre les Verts locaux qui appuient le candidat communiste sortant, et obtient que Dominique Voynet refuse de choisir entre les deux candidats[220] avant de devenir six mois après ministre de l'environnement de Lionel Jospin.

En 1998 il revient en France, où son ami Jean-Marc Salmon tente d'éviter des heurts au sein de la gauche plurielle au pouvoir, qui associe communistes, socialistes, écologistes et le parti de Jean-Pierre Chevènement, avec qui il est en délicatesse. Les Verts le désignent tête de liste et en juin 1999, sa liste obtient 9,72 % des voix, second meilleur résultat des Verts français aux élections européennes après celui d’Antoine Waechter en 1989.

Un Parti vert européen est créé en février 2004, il est son porte-parole puis de nouveau représentant des Verts allemands après les élections européennes le . Il devient aussi vice-président du Mouvement européen-France. À partir de février 2007, il soutient Dominique Voynet lors de l'élection présidentielle de 2007.

Lors de la législature 2004-2009, Daniel Cohn-Bendit a été présent à près de 93 % des sessions du Parlement européen (278 jours sur 299)[221]. Plus de 96 %[221] des votes enregistrés (4 283 sur 4 400) concordent avec le vote majoritaire de son groupe parlementaire, dont il est le président, le groupe des Verts/Alliance libre européenne. Par rapport aux autres députés de l'un de ses deux États, l'Allemagne, il a voté en accord avec la majorité d'entre eux plus d'une fois sur deux (52,25 %)[221].

Succès aux élections européennes de 2009[modifier | modifier le code]

Il se présente aux élections européennes de 2009 en France, au sein de la liste Europe Écologie, qui rassemble les Verts et des personnalités proches des idées écologistes, notamment Malika Benarab-Attou, Jean-Paul Besset, Eva Joly, Cécile Duflot, José Bové, Yannick Jadot, Michèle Rivasi. Il est en tête de la liste Europe Écologie pour la circonscription Île-de-France, l'ancienne magistrate Eva Joly y figurant en deuxième position. Dans sa circonscription, Daniel Cohn-Bendit et Europe Écologie réalisent 20,86 %[222], ce qui place sa liste en seconde position, derrière l'UMP mais largement devant le Parti socialiste. Au niveau national, Europe Écologie recueille 16,28 %[223] des voix, soit le meilleur score jamais réalisé par une liste écologiste lors d'élections européennes et qui place ce parti en troisième place sur l'échiquier politique français, talonnant le Parti socialiste.

En août 2009, Daniel Cohn-Bendit affirme qu'il ne sera pas candidat à l'élection présidentielle française de 2012. Bien que de nationalité allemande, il pourrait faire une demande de double nationalité qui l'autoriserait à se porter candidat mais il réfute par avance cette idée[224]. Il obtient finalement la nationalité française en 2015[225],[226].

Il est nommé au conseil d'administration de l'université Paris-X le , en tant que personnalité extérieure[227],[228],[229].

Désaccord sur l'Europe et départ du parti écologiste[modifier | modifier le code]

Le , il déclare, après le « non » de EELV au traité européen, qu'il « suspend son adhésion » au parti écologiste[230],[231]. Il annonce avoir quitté EELV le [232],[233]. Il lance, le , le groupe de réflexion « Europe et Écologie » pour promouvoir une « approche pragmatique mais ambitieuse » de l'Europe[234].

Il quitte le Parlement européen en mai 2014, choisissant de ne pas se représenter. Il est le seul député européen à avoir exercé plusieurs mandats en s’étant alternativement présenté en Allemagne et en France[235].

En février 2017, il affiche son soutien à Emmanuel Macron pour l'élection présidentielle, estimant qu'il est le mieux placé pour faire face à Marine Le Pen au second tour[236]. Le 2 septembre 2018, alors que son nom était évoqué avec insistance pour remplacer Nicolas Hulot au ministère de la Transition énergétique et qu’il déclarait avoir « envie d’aider Macron », il indique qu’il n’intégrera pas le gouvernement[237],[238].

Activités médiatiques[modifier | modifier le code]

Daniel Cohn-Bendit en 2009.

À la télévision[modifier | modifier le code]

De 1994 à 2003, il anime régulièrement une émission littéraire, Literaturclub, diffusée sur la chaîne suisse allemande Schweizer Fernsehen, ainsi que sur la chaîne allemande 3SAT[239]. En 2016, il apparaît dans un épisode de la saison 8 de Fais pas ci, fais pas ça, dans son propre rôle[240].

À la radio[modifier | modifier le code]

Au début des années 1980, il participe à l'émission Radio Libre avec Ivan Levaï sur Europe 1. Puis, sur la même station, il est consultant de football durant l'Euro 1984[241].

À partir du , il intervient dans la matinale d'Europe 1 présentée par Thomas Sotto pour une chronique quotidienne[242]. Toujours sur Europe 1, il intervient comme consultant dans le cadre de l'Euro 2016, de même que Raymond Domenech et Guy Roux. Deux mois après, la radio signale un gain d'audience de 6% à 8%[243],[244]. Europe 1 cherche alors à compenser la perte d'un demi-million d’auditeurs l'après-midi, consécutive au départ de Laurent Ruquier chez RTL. La matinale voit cependant son audience par "quart d'heure moyen" fondre d'un tiers en quatre ans, passant de 1,37 millions d'auditeurs à l'automne[245], à 0,94 millions 4 ans plus tard, soit un recul de 0,4 million[246]

Daniel Cohn-Bendit doit se mettre en retrait de l'antenne pendant la campagne de l'élection présidentielle car il soutient Emmanuel Macron, retrait prolongé durant l'été. Le , il est remercié par Europe 1 qu’il quitte à la fin de la saison[247].

Vie privée[modifier | modifier le code]

Le , après seize ans de vie commune, il épouse Ingrid Apel, fille de Hans Apel, qui fut en 1974 le plus jeune ministre fédéral des Finances de l'histoire, à 42 ans, dans la coalition sociale-libérale d'Helmut Schmidt puis ministre fédéral de la Défense (1978-1982) lors double décision de l'OTAN qui a précédée l'arrivée au pouvoir d'Helmut Kohl. Il a eu avec elle un fils, Bela, né en 1991[248].

En septembre 2012, il signe pour être président d'un club de football « autogéré » de Francfort, le FC Gudesding (ce qui signifie « bonne chose » dans le patois local)[249],[250].

En mai 2016, il révèle dans une émission de télévision qu'il a appris être le père d'une fille, née d'une liaison datant de 1973, trente-cinq ans après la naissance de l'enfant[251].

Prises de position politiques[modifier | modifier le code]

Europe fédérale[modifier | modifier le code]

Opposé au nationalisme et partisan d’un fédéralisme européen, Daniel Cohn-Bendit s’engage dans le processus constitutionnel européen initié par le discours de son ami Joschka Fischer sur « la finalité de l’intégration européenne »[252]. Lorsque la Convention sur l'avenir de l'Europe remet ses travaux, il adresse une lettre[253] aux gouvernements se réunissant dans une conférence intergouvernementale dans laquelle il les adjure :

  • de peser de tout leur poids pour éviter que le texte final du traité établissant une constitution pour l'Europe ne contienne des reculs par rapport au texte de la convention ;
  • d’introduire dans la troisième partie de la Constitution une procédure de révision moins lourde, qui ne repose pas sur l’unanimité et qui prévoit l’entière participation du Parlement européen ainsi que la ratification par celui-ci ;
  • de révolutionner le mode de ratification utilisé jusqu’ici en organisant un référendum européen pour que tous les citoyens européens puissent s’exprimer sur cette Constitution européenne et afin que les enjeux européens prennent le pas sur les considérations de politiques intérieures, ceci sans que le refus d’un seul pays puisse bloquer tous les autres.

Ces propositions trouvent relativement peu d’échos à l’époque et ne sont pas retenues par les gouvernements, mais elles se retrouvent au cœur des polémiques lors de la campagne précédant en 2005 en France le référendum français sur le traité établissant une constitution pour l'Europe, marquée pour les Verts français et européens[254] par un positionnement en faveur du oui au traité de Constitution pour l'Europe. La campagne référendaire est marquée par les débats tendus, entre d'une part les partisans d'un « oui de raison » défendu par Daniel Cohn-Bendit, le parti des Verts européens et la plupart des députés et des sénateurs écologistes (comme Alain Lipietz, Gérard Onesta ou Dominique Voynet) et d'autre part une importante minorité favorable à un « non de gauche », au sein des Verts français, mais aussi des autres partis de gauche comme le parti communiste français et le Parti socialiste, où cette minorité est menée par Laurent Fabius. Les premiers participent, malgré les reproches que cela déclenche, à des meetings communs avec des leaders du Parti socialiste français ou de l’UDF afin d'expliquer et défendre les apports qu'ils attendent de ce traité. Le malaise culmine lors de la une de Paris-Match où Nicolas Sarkozy et François Hollande posent ensemble.

Le , il cofonde le Groupe Spinelli avec Guy Verhofstadt (chef de l'Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe (ADLE)), Isabelle Durant (Verts, vice-présiente du Parlement européen) et Sylvie Goulard (ADLE). Il s'agit d'un groupe interparlementaire informel au Parlement européen qui rassemble les élus pro-européens et visant à relancer la recherche d'un fédéralisme au sein de l'Union européenne[255]. Il regroupe des personnalités telles que Jacques Delors, Mario Monti, Andrew Duff, Joschka Fischer, Pat Cox, Elmar Brok et Élie Barnavi.

En septembre 2011, il annonce soutenir le Parti fédéraliste pour la promotion du fédéralisme dans la campagne présidentielle des élections de 2012 en France[256].

En octobre 2012, il publie avec Guy Verhofstadt un manifeste pour une Europe fédérale intitulé Debout l'Europe et sous-titré en anglais « Manifeste pour une révolution post-nationale en Europe ». L'ouvrage est paru simultanément en six langues et dans de nombreux pays européens.

Social-libéralisme[modifier | modifier le code]

Ses options économiques « sociales-libérales »[257] et son soutien à la privatisation de certains services publics[258],[259] l’éloignent d'une partie des écologistes européens qui considèrent que le dogme libéral est incompatible avec les moyens que nécessitent la préservation de la planète et le combat pour la justice sociale. Ainsi, le mensuel La Décroissance, qui présente régulièrement Daniel Cohn-Bendit comme un « éco-tartuffe », le décrit également comme « le Canada Dry de la politique : ça a la couleur de la rébellion, l'odeur de la rébellion, le goût de la rébellion, mais ce n'est pas de la rébellion ; c'est juste l'idéologie capitaliste classique sous une face souriante et décoiffée. Un produit marketing redoutable »[260]. Il est intervenu à l’université d’été du Medef (patronat français) en 2000[261] et en 2006[262].

Accueil des immigrés[modifier | modifier le code]

Premier adjoint au maire de la ville de Francfort pour les affaires multiculturelles dans les années 1980-90, Daniel Cohn-Bendit plaide pour une politique d'immigration « ouverte »[263]. Il s'oppose publiquement aux propos de la chancelière allemande Angela Merkel selon lesquels le modèle multiculturel en Allemagne aurait « totalement échoué ». Il avance : « Dans les prochaines années, l’Europe aura besoin d’immigration en raison de son évolution démographique et de son vieillissement »[264].

Le , les députés européens débattent de priver les étudiants suisses du programme Erasmus, en représailles à l'acceptation en Suisse par une majorité de votants, le , de l'initiative populaire « Contre l'immigration de masse », et qui de ce fait, remettait en cause la libre circulation des travailleurs de l'Union européenne en Suisse, accords, qui faisaient partie tous deux des accords bilatéraux dans les relations entre la Suisse et l'Union européenne. Daniel Cohn-Bendit, qui soutient la fin du programme Erasmus pour les étudiants suisses, déclare : « C'est à la Suisse de trouver des solutions, c'est pas à l'Union européenne, c'est à la société suisse de trouver les solutions, nous ne pouvons pas déresponsabiliser la Suisse, nous devons reconnaître le vote des Suisses, nous voulons leur dire, vous êtes grands, vous êtes forts, vous êtes autonome, débrouillez-vous. Vous verrez que les Suisses reviendront à genoux »[265],[266].

Le , il déclare lors de sa chronique sur Europe 1 « qu'il y a des boulots que les autochtones ne veulent plus faire », que face à cela, l'augmentation des salaires est « une vieille idée ». Il faut pour cela encourager l'immigration, car selon lui « les immigrés accepteront de faire le boulot sous-payé »[267].

Dépénalisation des drogues « douces »[modifier | modifier le code]

Il est connu également pour ses prises de position en faveur de la dépénalisation des drogues dites « douces » (cannabis)[268].

Accusations de pédophilie[modifier | modifier le code]

Ouvrage Le Grand Bazar de 1975[modifier | modifier le code]

En 1975, Daniel Cohn-Bendit publie le livre Le Grand Bazar, dans lequel il évoque ses activités d’aide-éducateur au jardin d'enfants autogéré de Francfort. Certains passages de cet ouvrage théorisent l'éveil à la sexualité des enfants de 1 à 6 ans et témoignent de rapports physiques à connotation sexuelle que Daniel Cohn-Bendit a entretenus avec eux. Il parle notamment, de façon explicite, de « caresses » qu'il donnait, et d'attouchements qu'il recevait. Il écrit à ce propos :

« Il m’était arrivé plusieurs fois que certains gosses ouvrent ma braguette et commencent à me chatouiller. Je réagissais de manière différente selon les circonstances, mais leur désir me posait un problème. Je leur demandais : « Pourquoi ne jouez-vous pas ensemble, pourquoi m’avez-vous choisi, moi, et pas d'autres gosses ? » Mais s’ils insistaient, je les caressais quand même. […] J’avais besoin d’être inconditionnellement accepté par eux. Je voulais que les gosses aient envie de moi, et je faisais tout pour qu’ils dépendent de moi[269]. »

Quelques mois après que Le Grand Bazar de mai 1975 a été publié, la Télévision suisse romande consacre une émission le 7 octobre 1975 aux meneurs du Mai 68 français, parmi lesquels Jacques Sauvageot et Daniel Cohn-Bendit[270]. C'est à ce moment que sont diffusées des images d'archives vidéo de Daniel Cohn-Bendit dans sa crèche de Francfort, probablement antérieures à 1975, bien qu'une incrustation d'un bandeau « interview en octobre 1975 » laisse une incertitude[271]. La RTS en diffuse une version de une minute 11 le 28 octobre 2015[272], dont un extrait de 37 secondes est diffusé le 9 janvier 2020 par le journal Valeurs actuelles, après l'affaire Gabriel Matzneff[273].

Émission Apostrophes de 1982[modifier | modifier le code]

Il évoque également cette question lors de l'émission Apostrophes du  : « Vous savez que la sexualité d’un gosse, c’est absolument fantastique. […] Quand une petite fille, de 5 ans, commence à vous déshabiller c’est fantastique ! C’est fantastique parce que c’est un jeu absolument érotico-maniaque[274],[275],[276] ! ».

Une vidéo d'archives de l'émission est rediffusée au Journal de 20 heures de France 2 en février 2001, à la suite de l'exhumation par des journaux anglais et allemand d'écrits de 1975 et 1976, sur le même thème, dans un livre en français et un magazine en allemand, de celui qui est depuis devenu député européen[277].

Cette vidéo circule beaucoup à partir de 2009[277], après une confrontation dans le cadre de la campagne des élections européennes de 2009, lors de l'émission politique À vous de juger sur France 2. François Bayrou, que son interlocuteur vient de narguer d'un « tu ne seras jamais président », reproche à Cohn-Bendit, brièvement et sans rien détailler, d’avoir « poussé et justifié des actes ignobles à l’égard des enfants ». La présentatrice Arlette Chabot demande alors à Cohn-Bendit : « Vous voulez répondre ? C'est une vieille histoire que tout le monde a oubliée. ». Celui-ci refuse de répondre[278]. Le lendemain, à la veille des élections, Arrêt sur images met la vidéo de 1982 sur son site, avec les explications de Cohn-Bendit, puis déplore que des internautes, profitant de la numérisation des archives de la télévision la diffuse sans ces explications.

Polémiques des années 2000[modifier | modifier le code]

L'année 2001 voit ces polémiques s'accentuer quand le texte de 1975 et 1976 est diffusé, fin janvier, dans plusieurs grands journaux anglais, italiens et allemands[279] par la journaliste allemande Bettina Röhl[280], dont la mère, Ulrike Meinhof, cofondatrice de la Fraction armée rouge[281], s'est suicidée quand elle avait 14 ans[280]. Les écrits pédophiles de Daniel Cohn-Bendit avaient été publiés aussi en 1976, peu après le suicide, dans le magazine culturel dirigé par son père, lui aussi accusé d'abus sexuels[280].

Puis le 22 février 2001, il se confie à L'Express, Le Monde et Libération, pour évoquer « le contexte des années 1970 » et des pages « dont nous devons avoir honte »[282]. L'écrivain Sorj Chalandon rédige le lendemain un mea culpa de Libération sur des pétitions oubliées datant des années 1970[283], et L'Express publie les entretiens de deux anciens signataires, Philippe Sollers faisant part de ses regrets et Bernard Muldworf assurant être déjà anti-pédophile à l'époque[284] et de la juriste Françoise Dekeuwer-Défossez, qui croit savoir que « Cohn-Bendit n'aurait sans doute pas été poursuivi à l'époque »[285]. Pour atténuer sa responsabilité, l'article de Libération cite le slogan Il est interdit d'interdire !, mais pas son auteur Jean Yanne, et celui des situationnistes de 1966 en version tronquée, lui aussi interprété au sens sexuel, pour présenter « plus qu'une période », un « laboratoire », qui aurait été à lui seul « accoucheur » de « monstres ».

Au Journal de 20 heures de TF1, Cohn-Bendit dénonce une « chasse à l'homme » pour des écrits n'ayant selon lui « suscité aucune réaction » en 1975[286]. Libération pourfend le même jour une « haine de Mai 68 qui n'a jamais abdiqué »[287] dans un numéro consacrant six articles à l'affaire, dont ceux de trois « ex-soixante-huitards » (Romain Goupil, Serge July et Philippe Sollers), critiquant un « procès stalinien » visant selon eux Cohn-Bendit, celui de Romain Goupil étant même titré « J'ai envie de dire : oui, je suis pédophile ! »[288]. Une semaine après, plusieurs des amis de l’élu écologiste signent une pétition titrée « Cohn-Bendit et mai 68 : quel procès ? »[289]. « Écrits ou propos scandaleux, ceux de Cohn-Bendit ? Non, ceux d'une nécessaire explosion de parole », dit le texte, en estimant que la révolution sexuelle a d'abord appris aux enfants, aux adolescentes, aux femmes à dire « non ».

Le Monde et l'émission Arrêt sur images rappellent le vote de l'automne 1998 du parti écologiste pour le désigner comme leader de la campagne européenne[290], avant lequel la Ligue communiste révolutionnaire conseille aux journalistes français de lire la page en question du Grand Bazar, mais sans effet[291],[278]. Invité, Jean-Michel Aphatie, explique que ces journalistes en ont reparlé pendant la campagne et décidé d'éviter le sujet[278] et Serge July que son journal a de nouveau décidé d'éviter le sujet quand il a émergé en Allemagne[278].

De manière récurrente, des responsables politiques évoquent par la suite cette « part d'ombre », notamment Marine Le Pen dès 2004[292], François Bayrou à deux reprises en 2009, notamment à l'impromptu lors d'un débat télévisé[293],[294], l’homme politique suisse Oskar Freysinger en 2009[295], et Jean-Marie Le Pen au Parlement européen en 2011[296].

Dès les jours suivant la diffusion du texte dans des journaux européens, il reçoit le précieux soutien d'une lettre de parents des enfants des crèches alternatives où il fut aide-éducateur[297],[298],[299]. Il déclare : « Prétendre que j’étais pédophile est une insanité. La pédophilie est un crime. L’abus sexuel est quelque chose contre lequel il faut se battre. Il n’y a eu de ma part aucun acte de pédophilie[300]. » Il ajoute néanmoins que « ce texte, qui n'avait pas fait scandale à l'époque, est aujourd'hui insoutenable »[301], et qu'il nourrit « des remords d'avoir écrit tout cela »[302].

Daniel Cohn-Bendit s'est toujours justifié en expliquant que le chapitre de ce livre était destiné à « choquer le bourgeois des années 1970 »[294], et qu'il était à replacer dans le contexte de ces années[303], quand « la révolution sexuelle ne savait rien de l'abus sexuel »[304].

Cette thèse avancée par Daniel Cohn-Bendit en février 2001 pour sa défense, voulant que l'opinion publique et les intellectuels aient été insensibles dans les années 1970 et les années 1980 aux dangers de la pédophilie, est contredite par les milieux intellectuels ainsi que par la numérisation progressive des archives de la télévision et des journaux. L'émergence sur la scène publique des débats autour de la pédophilie « contraint les psychiatres et les psychanalystes à s’interroger de manière approfondie sur ce qui se passait en réalité »[305] et à prendre en compte de manière plus sérieuse la parole des enfants, selon l'historienne Anne-Claude Ambroise-Rendu. La défense des suspects, même en cas de longue détention préventive, est alors « très minoritaire dans l'opinion publique », selon le psychiatre Romain Pages[306] et ne mobilise qu'une « poignée d'intellectuels », même si certains sont jugés prestigieux, selon Virginie Girod, docteure en histoire[306]. La bienveillance envers l'écrivain Gabriel Matzneff dans les années 1980 « n'est en rien le reflet d’une société et des années », souligne en janvier 2020 l’écrivaine Sylvie Brunel[307], après une réaction de Bernard Pivot reprenant l'argumentation de Daniel Cohn-Bendit pour expliquer les six invitations de Gabriel Matzneff à Apostrophes, en évoquant lui aussi la pétition de 1977 « signée par les plus grands écrivains de l'époque »[308].

Polémique de 2013 avec les Verts allemands[modifier | modifier le code]

En avril 2013, au centre d'une polémique en Allemagne pour ses écrits sur la pédophilie, Daniel Cohn-Bendit renonce au prix franco-allemand du journalisme[309]. Le , Eckhard Stratmann-Mertens (de), cofondateur du Parti vert allemand et ancien député au Bundestag, accuse directement de pédophilie Daniel Cohn-Bendit et d'autres membres originels du parti. Il indique au journal Die Welt : « J'étais aussi étudiant à Francfort-sur-le-Main quand Cohn-Bendit et Joschka Fischer étaient là. J'ai participé aux mêmes manifestations. Et je peux vous dire que je ne crois pas un mot des explications de Cohn-Bendit quand il dit qu'il a fait ses révélations sur ses relations sexuelles avec des enfants dans un seul but de provocation et qu'il les présente comme purement théoriques[310]. » Selon lui, Cohn-Bendit aurait notamment dû être « jeté du parti bien plus tôt »[311].

Publications[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Acteur[modifier | modifier le code]

Réalisateur[modifier | modifier le code]

Scénariste[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Acte de naissance no 344 établi à l'état civil de la mairie de Montauban le .
  2. a et b Christophe Bourseiller, Les anars au tournant du millénaire : que reste-t-il de nos amours, programme du spectacle Demain La Belle, mis en scène par Jérôme Savary à l'Opéra Comique, janvier 2006, lire en ligne.
  3. a et b Freddy Gomez, Éclats d’anarchie. Passage de mémoire. Conversations avec Guillaume Goutte, Rue des Cascades, 2015, page 81.
  4. a b c d e f g h i et j Dictionnaire des anarchistes, « Le Maitron » : notice biographique « Copie archivée » (version du 26 novembre 2018 sur l'Internet Archive).
  5. « UNE INFORMATION JUDICIAIRE EST OUVERTE contre M. Cohn-Bendit », sur lemonde.fr, (consulté le 20 septembre 2018).
  6. (de) Anne Ameri-Siemens, Durch die Institutionen oder in den Terrorismus : die Wege von Joschka Fischer, Daniel Cohn-Bendit, Hans-Joachim Klein und Johannes Weinrich, Bischoff, .
  7. (de) Frank Schnieder, Von der sozialen Bewegung zur Institution? Die Entstehung der Partei Die Grünen in den Jahren 1978 bis 1980 : Argumente, Entwicklungen und Strategien am Beispiel Bonn/Hannover/Osnabrück, LIT Verlag, , 175 p. (ISBN 3-8258-3695-9, lire en ligne), p. 92.
  8. Son père, Alex Cohn, est un industriel du textile.
  9. a b c d e et f Cazi 2010, p. 10.
  10. a b et c (de) Sabine Stamer, Cohn-Bendit : die Biographie, Europa Verlag, , 287 p. (ISBN 3-203-82075-7 et 9783203820750), p. 29.
  11. 3, square Léon-Guillot, dans le XVe arrondissement. En 1968, c'est encore le domicile de Daniel en France.
  12. Cazi 2010, p. 12.
  13. a et b "La lettre à Cohn-Bendit" par Robert Maggiori dans Libération du 28 mars 1996 [1]
  14. Cazi 2010, p. 14.
  15. Cazi 2010, p. 16. En référence à un débat à propos de l'intervention en Bosnie.
  16. Loi du  ; décrets de 1941 sur les Juifs émigrés. La législation nazie est officiellement abrogée le par le Conseil de contrôle interallié.
  17. Cazi, photographies hors texte : Reproduction de la carte de l’OFPRA (no 71 937 8758) délivrée à Daniel Cohn-Bendit le « pour la période du au  ». L'OFPRA n'ayant été fondée qu'en 1952, il y a un hiatus pour la période 1945-1952.
  18. Nicolas Truong, « Europe : ce qui oppose Daniel Cohn-Bendit et Alain Finkielkraut », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le 13 novembre 2015).
  19. Cazi 2010, p. 16. Appellation se référant à Juliette Stern, une des responsables des secours aux enfants à l'UGIF.
  20. Cazi 2010, p. 19.
  21. 50e anniversaire du traité de l'Élysée, émission Square sur Arte le .
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  23. « Ich liebe dich, moi non plus... », sur Libération.fr, (consulté le 13 novembre 2015).
  24. a b c d e f g h i j k l et m « Mai 68 Les archives secrètes de la police », {{Article}} : paramètre « périodique » manquant,‎ (lire en ligne, consulté le 13 novembre 2015).
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  53. "Jean-Pierre Duteuil 1988
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  56. a b et c "Les Trublions, reportage photographique Bertolino-Sipahioglo" par Jean Bertolino aux Editions Stock 1968, page 314
  57. Au milieu des autres photos, "une figure pétrie dans la candeur, un archange Gabriel au milieu des démons : démons : le doyen. Rien à faire, même entouré de flics, le tyran a l'air d'un tendre. Alors, d'un coup de crayon rageur, Duteuil dessine sur la chevelure ondulante du portrait une casquette, lui écrase une moustache au-dessus des lèvres mais le Hitler qui apparaît ressemble à Charlot. Il écrit en grosses lettres nerveuses en bas de la photo « Grappin nazi ». Et, hélas, de loin on croit lire « Chaplin nazi ». Le temps presse. C'est demain le grand jour, l'ouragan, la trombe qui fera tanguer le navire.Duteuil abdique, pose son crayon, contemple à bout de bras son œuvre, hoche pensivement la tête, déchire la photographie, prend un carton blanc et écrit de nouveau « Grappin nazi ». Ses lèvres s'étirent soudain comme une fente de tirelire", raconte dans livre de 1968 le reporter Jean Bertolino Les Trublions, reportage photographique Bertolino-Sipahioglo" par Jean Bertolino aux Editions Stock 1968, page 314
  58. "Cours,camarade,le vieux monde est derrière toi !Histoire du mouvement révolutionnaire étudiant en Europe" page 184 par Jean Louis Brau [12]
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  74. Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte : aucun texte n’a été fourni pour les références nommées genr
  75. Expression utilisée par lui-même pour désigner cette époque
  76. Déclaration lors des assises locales de l'UECF aux Bains-douches de Nanterre
  77. Le président de l'UNEF Michel Perraud parle de 300 militants CLER et L'Humanité du 19 mars de plusieurs dizaines de « troupes d'assaut » devant le local de la réunion [21]
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  81. "Le Printemps des enragés", par Christian Charrière, Fayard 1968
  82. Entretien avec Angéline Neveu (extraits) 30 novembre 2002, Montréal, par Jacques Donguy
  83. « Angéline Neveu : l’enragée de Nanterre », par Jacques Donguy, dans la revue L'Erudit [23]
  84. Autobiographie [24]
  85. Christian Charrière, Le Printemps des Enragés, Fayard, 1968.
  86. "Bernard-Henri Lévy: une vie" par Philippe Boggio Editions de La Table Ronde, 2005
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  88. Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte : aucun texte n’a été fourni pour les références nommées blandinfi
  89. a b et c La direction et les députés du PCF à l'épreuve de Mai-Juin 68 " par Jean Vigreux et Emmanuel Ranc, dans la revue Parlements 2008 [26]
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  190. Comme Klein le reconnaîtra devant un tribunal français en mars 2018
  191. "Des «révélations» bien intéressées" par Lorraine Millot dans Libération du 23 février 2001 [64]
  192. Couverture sensationaliste où s'étale une fille demi-nue, un sein dépassant d'un débardeur rouge, le sexe exposé, jambes écartées, selon "Des «révélations» bien intéressées" par Lorraine Millot dans Libération du 23 février 2001 [65]
  193. « Plage pavée », formule à mettre en relation avec « Sous les pavés, la plage » en mai 68.
  194. Daniel Cohn-Bendit, auto-présentation.
  195. a b et c Archives INA : Cohn Bendit et Grimaud à Apostrophes [66]
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  197. Klein précisera dans un documentaire de Jean-Marcel, Bouguereau et Daniel Leconte (Arte, 1995) préparant sa reddition : « Ça aurait été logique que j'aille voir la police. Je n'aurais jamais été en prison. On m'aurait mis en sûreté, oui, mais pas en prison. On aurait écrit des milliers de pages d'interrogatoires et on m'aurait fait ensuite passer à l'étranger […] Si j'avais parlé à l'époque, on m'aurait fait un pont d'or »
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  207. La Mort mercenaire, par Hans-Joachim Klein, 1978, éditions du Seuil
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  272. L'homme politique Daniel Cohn-Bendit tenait, en 1975, sur la TSR, des propos plus qu'ambigus à propos de ses rapports avec les enfants. Archives. le 28 octobre 2015 [82]
  273. Cohn Bendit adore les enfants
  274. Au cours de cette « émission »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), intitulée « Quelles valeurs pour demain ? » et où il présentait le livre d'Ingolf Diener et Eckard Supp Ils vivent autrement. Les Alternatifs de la RFA (Stock, 1982), il déclare également : « Je viens à 9 heures du matin retrouver mes huit petits gosses entre 16 mois et 2 ans. Je vais leur torcher le cul, Je vais… les chatouiller, ils me chatouillent, on se fait des papouilles. […] Vous savez que la sexualité d’un gosse… ».
  275. « Arrêt sur images, Cohn-Bendit et les accusations de pédophilie, une histoire ancienne de 34 ans », arretsurimages.net, 5 juin 2009.
  276. Modèle {{Lien web}} : paramètre « titre » manquant. https://www.youtube.com/watch?v=FD34ldwt6k8
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  279. Les extraits du livre sont ainsi publiés par la presse allemande (Bild), britannique (The Independent) et italienne (La Repubblica).
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  281. Libération du .
  282. « L'autocritique de Daniel Cohn-Bendit sur l'une de ses provocations de jeunesse », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  283. «Libé» en écho d'un vertige commun, par Sorj CHALANDON Libération du 23 février 2001
  284. Marie-Laure Hardy, « Bernard Muldworf : “Il fallait être opposé à la contrainte” », L'Express, 1er mars 2001.
  285. Le devoir d'inventaire" par Jacqueline Remy, dans L'Express du 1er mars 2001
  286. "L'affaire Cohn-Bendit ou le procès de Mai 68" par Paul Quinio le 23 février 2001  [86]
  287. "Trente ans après, par SERGE JULY, éditorial de Libération 23 février 2001 [87]
  288. "Trois soixante-huitards dénoncent un «procès stalinien»", Libération, 23 février 2001  [88]
  289. ""Cohn-Bendit et mai 68 : quel procès ?" pétition dansLibération du 23 [89]
  290. Ecologistes du Voironnais [90]
  291. "Après une semaine de « chasse à l'homme », M. Cohn-Bendit veut « reprendre ses esprits » par BEATRICE GURREY ET ARNAUD LEPARMENTIER (A BERLIN) dans Le Monde du er mars 2001 [91]
  292. Lors de l'émission France Europe Express du .
  293. Au cours de la campagne pour les élections européennes de 2009.
  294. a et b « Insultes sur un plateau télé entre Cohn-Bendit et Bayrou », sur Le Figaro, (consulté le 9 mai 2016).
  295. « Gros clash entre Freysinger et Cohn-Bendit sur la TSR », 20 Minutes, .
  296. « Jean-Marie Le Pen rappelle à Daniel Cohn-Bendit son passé pédophile », TF1, .
  297. « Nous savons qu’il n’a jamais porté atteinte à nos enfants », écrivent-ils. Les enfants eux-mêmes y rejettent « toute tentative de rapprochement entre Daniel Cohn-Bendit et des personnes coupables d’abus sexuels sur enfants. »
    Paul Quinio, « L'affaire Cohn-Bendit ou le procès de mai 68 », Libération, .
  298. Marie Guichoux, « L'innocence, on l'avait rêvée », Libération, .
  299. Jean-Michel Helvig, « Retour sur les polémiques autour de la génération 68 », Libération, .
  300. Paul Quinio, « L'affaire Cohn-Bendit ou le procès de mai 68 », Libération, .
  301. Daniel Cohn-Bendit sur RTL, mars 2001.
  302. « Les extraits du livre de Daniel Cohn-Bendit qui font polémique », sur L'Obs, (consulté le 27 mai 2016).
  303. Daniel Cohn-Bendit justifie en 2001 ses propos tenus dans Le Grand Bazar (1975), où il décrivait des contacts clairement pédo-sexuels, comme étant une « provocation intolérable », due au contexte de l'époque, et non des actes s'étant réellement déroulés. L.D. et J.-P. M., « Pédophilie. Polémique autour de propos " insoutenables " de l’ancien leader étudiant. », dans L'Humanité, .
  304. « Bayrou dérape face à Cohn-Bendit à la télé », L'Express, 4 juin 2009.
  305. Anne-Claude Ambroise-Rendu. Interview par Cécile Andrzejewski. « Gabriel Matzneff constitue un super-dominant ». Médiapart. 04 janvier 2012.
  306. a et b Citée par Alice Galopin Marie-Violette Bernard, site de France Télévisions le 5 janvier 2020
  307. « Non, l’époque de Gabriel Matzneff n’était pas complaisante ! », tribune de l'écrivaine Sylvie Brunel, Le Monde du 1er janvier 2020
  308. "Affaire Matzneff : Bernard Pivot exprime ses regrets" dans Le Point du 31/12/2019 [92]
  309. « Cohn-Bendit renonce à un prix pour éviter la polémique », sur Le Parisien, .
  310. « Ich war damals ja auch als Student in Frankfurt, als Cohn-Bendit und Joschka Fischer da waren. Ich habe an denselben Demonstrationen teilgenommen. Und ich muss sagen : ich glaube Cohn-Bendit kein Wort, wenn er seine Äußerungen zum Sex mit Kindern heute als Provokation, als reine Theorie hinstellt. ».
  311. (de) « Ich glaube Daniel Cohn-Bendit kein Wort », Die Welt,‎ (lire en ligne).
  312. Jean-Luc Godard et Jean-Pierre Gorin.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

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