Charlemagne de Maupas

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Charlemagne de Maupas
Illustration.
Fonctions
Sénateur du Second Empire
Ministre de la Police
Monarque Napoléon III
Préfet de police de Paris
Prédécesseur Pierre Carlier
Successeur Pierre Marie Pietri
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Bar-sur-Aube
Date de décès
Lieu de décès Paris
Nationalité Drapeau de la France Française
Parti politique Bonapartiste

Charlemagne-Émile de Maupas, né à Bar-sur-Aube (Aube) le 8 décembre 1818, mort à Paris (Hôtel de Ségur, 97 rue du Bac), le 18 juin 1888, est un homme politique français. Avec le duc de Morny, le duc de Persigny et le général de Saint-Arnaud, Maupas est l’organisateur des forces de police et militaires parisiennes lors du coup d'État du 2 décembre 1851 pour le compte de Louis-Napoléon Bonaparte (futur Napoléon III [1]).

Origine et famille[modifier | modifier le code]

Son père, Memmie Rose Maupas, est maire de Bar-sur-Aube, membre du conseil général de l'Aube, puis est élu député au Corps Législatif de la deuxième circonscription de l'Aube (Sud-Est, Troyes, Chaource, Bouilly et Bar-sur-Seine) de 1852 à 1861. Maupas père entretient avec son fils une correspondance épistolaire de la monarchie de Juillet à la Seconde République. Par son mariage, en secondes noces, à Adeline Louis, Memmie Rose étend son réseau à la Côte-d’Or, puisque sa nouvelle épouse est la fille du député Jean-Baptiste-Charlemagne Louis-Bazile[2].

En 1848, Maupas épouse Irène Guillemot, fille unique de Pierre Guillemot, président de la cour d’appel de Dijon, et Célestine, née Locquin. Le parcours des ascendants d’Irène de Maupas est le reflet typique des unions traditionnelles entre une bourgeoisie de robe, les Guillemot, avec une carrière judiciaire sur plusieurs générations, et d’officiers militaires, les Locquin, également exploitants fonciers. Les ancêtres de Célestine sont des officiers du génie de Napoléon Ier lors des batailles d’Italie.

Deux filles naîtront de cette union, Marguerite, en 1849, et Gabrielle, en 1858. Marguerite se marie en 1867 à Henri Vyau de Baudreuil de Fontenay. Gabrielle épouse en 1880 le vicomte Antoine Bellet de Tavernost.

L'utilisation "honorable" de la particule par Maupas est légitimée par un décret impérial.

Carrière[modifier | modifier le code]

L'éphémère préfet de la police de Paris et le coup d'État[modifier | modifier le code]

Maupas est tour à tour[3] : sous-préfet d’Uzés (Gard) le 23 décembre 1844, sous-préfet de Beaune (Côte-d’Or) le 27 décembre 1846 (révoqué en 1848), sous-préfet de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) le 10 janvier 1849, préfet de l’Allier à Moulins le 29 novembre 1849, préfet de la Haute-Garonne à Toulouse le 7 mars 1851.

Il est nommé le 27 octobre 1851 à la tête de la Préfecture de police de la Seine, située rue de Jérusalem (aujourd’hui disparue avec l'extension du Palais de Justice). Lors du coup d'État du 2 décembre 1851 décidé par Louis-Napoléon Bonaparte, Maupas surveille les légitimistes et les contestataires, tout en organisant l'ensemble du déploiement des forces de police postées dans les rues stratégiques et aux portes de la capitale. Les papiers de Maupas indiquent son rôle décisif d'informateur et d'organisateur du coup d'État. Maupas souhaite prévenir une éventuelle insurrection à Paris en positionnant la troupe et en surveillant les faubourgs. Son avis n'est cependant pas suivi, au profit de celui de Morny qui, lui, préfère laisser éclater l'émeute pour mieux la réprimer[4].

Le ministre de la Police générale[modifier | modifier le code]

Maupas est nommé en janvier 1852 ministre de la Police générale, reconstitution du ministère de Fouché, situé alors au 78, rue de Varenne. Il réorganise les diverses polices judiciaires, administratives, municipales et secrètes, plaçant les hauts fonctionnaires sous surveillance, créant un climat de suspicion.

L'instruction des affaires, la correspondance et les rapports des départements remontent au ministère par les trois directeurs, dont le préfet de Police du département de la Seine. Les deux autres directeurs se répartissent les départements en deux arrondissements, l'un au nord du Massif Central, l'autre au sud. Enfin, les inspecteurs généraux, qui seront remplacés par les commissaires départementaux en 1853, sont une branche du ministère de la Police.

Maupas constitue de nombreux dossiers sur les hauts fonctionnaires départementaux, parisiens, sur les députés ou les hommes du spectacle. Ses informateurs sont en partie originaires de son Aube natale ou sont d’anciens commissaires reconvertis, comme le fameux Vidocq appelé aussi « agent 31 ».

Son zèle excessif empiète sur les attributions des ministres de la Justice, de l'Intérieur et des Affaires étrangères et finit par lasser l'Empereur. Maupas est contraint à la démission le 21 juin 1853. Son ministère devient ainsi la direction de la Police du ministère de l'Intérieur, dirigé par Jean-Gilbert Victor Fialin, duc de Persigny.

Sénateur et diplomate[modifier | modifier le code]

Le 21 juin 1853, Maupas est nommé sénateur et le reste jusqu'à la chute du Second Empire en septembre 1870, les sénateurs étant alors inamovibles et nommés à vie. Il est aussi membre du conseil général de l'Aube et préside à plusieurs reprises le conseil général sous le Second Empire. Les grands travaux (le chemin de fer par exemple) de sa région natale seront largement favorisés par cette élévation sociale comme le montrent les lettres échangées avec sa famille et ses relations politiques dans l’Aube. Le 22 juin 1853, Maupas est nommé consul plénipotentiaire à Naples auprès de Ferdinand II, roi des Deux-Siciles. Ces fonctions s'avèrent délicates pour une personne n'ayant pas d'expérience dans ce domaine, et Maupas est rappelé en France en mars 1854. Au Palais du Luxembourg, il suit de près de nombreux projets de loi sur les réunions publiques, le développement du chemin de fer, la transformation urbanistique de la ville de Paris, la presse et la révision constitutionnelle.

En février 1855 [5], Maupas acquiert le château de Vaux, sur la commune de Fouchères, dans ce département de l'Aube dont il est originaire.

L'administrateur des Bouches-du-Rhône et les grands travaux de Marseille[modifier | modifier le code]

Par décret du 2 octobre 1860, Maupas est nommé administrateur du département des Bouches-du-Rhône, titre supérieur à celui d'un préfet. Dans ses fonctions, qu'il garde jusqu'en décembre 1866, Maupas entreprend la modernisation de Marseille. Suivant l'exemple donné par Haussmann à Paris, Maupas fait percer de nouvelles artères, dont la plus remarquable est la rue Impériale, aujourd’hui rue de la République, inaugurée en 1864. Sous le mandat de Maupas, « 14 quartiers voient le jour tandis que 166 rues ou boulevards sont percés et bordés de 2 800 immeubles neufs[6] ». Maupas poursuit la construction du nouveau port de la ville. Il fait édifier la préfecture, rue Saint-Ferréol, qui sera qualifiée de « plus beau palais départemental de l'Empire[7] ». Maupas est relevé de ses fonctions à Marseille en décembre 1866.

De la fin du Second Empire à la Troisième République[modifier | modifier le code]

À partir de 1867, Maupas prononce plusieurs discours importants au Sénat et se montre favorable à l'Empire parlementaire. Après la chute de Napoléon III en septembre 1870, Maupas s'exile momentanément en Angleterre. De retour en France en mai 1871, il se présente aux élections législatives. En 1871, un décret interdit cependant les candidatures aux élections pour les anciens préfets et tout le personnel bonapartiste (députés et sénateurs). Le retour de quelques dignitaires de l'Empire prépare en vain le retour d'exil de Napoléon III, qui vit à Chislehurst (Royaume-Uni).

Lors des élections législatives partielles de 1872, la remontée du groupe parlementaire bonapartiste se confirme, avec Eugène Rouher à sa tête. Maupas fait partie des candidats bonapartistes malheureux aux élections législatives partielles en 1872, et ne parviendra pas à être élu en 1875 et en 1879.

Maupas consacre ses dernières années à soutenir son gendre, Henry Vyau de Baudreuil de Fontenay (1848-1925), sur la scène politique champenoise, mais sans référence bonapartiste et sous l'étiquette monarchiste et conservatrice.

De 1875 à 1884, Maupas rédige ses Mémoires, qu'il publie en 1884 et 1885. Il y défend son rôle sous le Second Empire.

Peu avant sa mort le 18 juin 1888, à l’hôtel de Ségur (encore appelé hôtel de Salm-Dyck), 97, rue du Bac, dans le 7e arrondissement de Paris, l'ancien ministre adhère au mouvement boulangiste[8].

Archives[modifier | modifier le code]

Les archives de Maupas sont conservées aux Archives nationales sous la cote 607 AP[9].

Décorations[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • « Charlemagne de Maupas », Adolphe Robert et Gaston Cougny, Dictionnaire des parlementaires français (1789-1889), Paris, Ed. Bourloton, 1890, t. IV, p. 318-319.
  • Georges Rougeron, notice « De Maupas Charlemagne Émile », Les administrateurs du département de l'Allier (An VIII-1950), Montluçon, 1956, p. 51-53.
  • Roger d'Amécourt, Le Mariage de Mademoiselle de la Verne, Paris, Perrin, 1987, 446 p.
  • Francis Choisel, notice « Maupas (Charlemagne Émile) », Dictionnaire des ministres, sous la direction de Benoît Yvert, 1990, p. 282-283.
  • Jean de Pins, notice « Maupas (Charlemagne Émile) », sous la direction de Jean Tulard, Dictionnaire du Second Empire, Paris, Fayard, 1995, p. 793-795.
  • Notice « Maupas (Charlemagne, Émile de) » (1818-1888), page 508 in Archives nationales (France) (répertoire nominatif par Christiane Lamoussière, revu et complété par Patrick Laharie ; répertoire territorial et introduction par Patrick Laharie), Le Personnel de l’administration préfectorale, 1800-1880, Paris : Centre historique des Archives nationales, 1998, 1159 pages, (ISBN 2-86000-271-5).
  • Édouard Ébel, Les préfets et le maintien de l'ordre public en France au XIXe siècle, Paris, La documentation Française, 1999, p. 30, 61, 63, 65, 76, 78, 80, 114, 152.
  • Claude Vigoureux, Maupas et le coup d'État de Louis-Napoléon, le policier du Deux-Décembre 1851, préface de Jean Tulard, Paris, Éditions SPM, 2002, 355 p.
  • — « Le Coup d’État (Deux-Décembre 1851) », Napoléon III. Le Magazine du Second Empire, no 11, juin-août 2010.
  • Éric Landgraf, « Charlemagne Émile Maupas, répertoire numérique détaillé », Archives nationales, Bialec, 2013. [Contient des articles de différents auteurs : Claude Vigoureux, Eric Anceau, Roger d'Amécourt, Cyprien Henry et l'auteur, Éric Landgraf. Transcription par l'auteur des lettres de son père Memmie-Rose Maupas, député de l'Aube]
  • Actes de la journée d'études du 3 décembre 2013 aux Archives nationales, sous la direction de Jacques-Olivier Boudon, Eric Anceau et Eric Landgraf : « Maupas : un préfet en politique, de la Monarchie de Juillet au Second Empire », Histoire, économie et Société, Armand Colin, 2015/2 (34e année), 126 pages. http://www.cairn.info/revue-histoire-economie-et-societe-2015-2.htm

Publications de Maupas[modifier | modifier le code]

  • M. de Maupas, Mémoires sur le Second Empire La présidence de Louis-Napoléon, Paris, E. Dentu, 1884, 643 p.
  • M. de Maupas, Mémoires sur le Second Empire Deuxième et dernière partie L'Empire et ses transformations, Paris, E. Dentu, 1885, 572 p.

Monuments[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Par senatus consulte du 7 novembre 1852, puis par le plébiscite du 22 novembre.
  2. M. Louis-Bazile fut député de la Côte-d’Or (1827-1834, puis 1852-1863), conseiller général de la Côte-d’Or (1830-1863).
  3. Notice « Maupas (Charlemagne, Émile de) » (1818-1888), page 508 in Archives nationales (France) (répertoire nominatif par Christiane Lamoussière, revu et complété par Patrick Laharie ; répertoire territorial et introduction par Patrick Laharie), Le Personnel de l’administration préfectorale, 1800-1880, Paris : Centre historique des Archives nationales, 1998, 1159 pages, 27 cm, (ISBN 2-86000-271-5).
  4. Pierre Milza, Napoléon III, Paris, Perrin, 2004, p. 216-217.
  5. Henri de La Perrière, « Les d'Aubeterre », Mémoires de la Société Académique d'agriculture, des sciences, arts et belles-lettres du département de l'Aube, tome XCIII, 1930, p. 198.
  6. Laurent Noet, « Le grand oeuvre architectural de Maupas : la Préfecture des Bouches-du-Rhône », Histoire, économie & société, 2015/2 (34e année), p. 98.
  7. Denise Jasmin, « Marseille. Le plus beau palais départemental de l’Empire », Préfectures, numéro spécial de Monuments historiques, 1991, n° 178, p. 58-63.
  8. Selon l'article « Mort d'un bandit », dans Le Parti ouvrier du 20 juin 1888.
  9. Voir la notice dans la salle des inventaires virtuelle Landgraf (Eric), « Charlemagne-Émile de Maupas ». Répertoire numérique détaillé, Archives nationales, 2013. 607AP/1-607AP/111. Journée d'études en partenariat avec Paris-Sorbonne le 3 décembre 2013 aux Archives nationales.