Pierre Thomas (patriarche)

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Pierre Thomas
Image illustrative de l'article Pierre Thomas (patriarche)
Saint Pierre Thomas (Église du Carmel de Braga)
Saint
Naissance 1305
Périgord, France
Décès   (60 ans)
l'ile de Chypre
Nationalité Drapeau de la France Français
Béatification 1609
par Paul V
Canonisation 1628
par Urbain VIII
Vénéré par Église catholique, l'Ordre du Carmel, le diocèse de Périgueux
Fête 6 janvier, ou le 8 janvier dans l'Ordre du Carmel et le diocèse de Périgueux

Pierre Thomas (1305-1366) est un moine carme français. D'abord enseignant dans plusieurs villes d'Aquitaine, il a joué à partir de 1353 un rôle diplomatique important au service du Saint-Siège, accomplissant de nombreuses missions dans l'intérêt de la paix et de l'unité religieuse. Il prêche une croisade pour reprendre Jérusalem et est nommé à cette occasion patriarche latin de Constantinople. Il participe à la croisade d'Alexandrie et à la prise de la ville, et meurt sur l'île de Chypre l'année suivante.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

Pierre Thomas est né vers 1305, dans une famille extrêmement pauvre (son père, paysan était un serf) de Salles-de-Belvès[1], au sud du Périgord (Dordogne)[2].

À la mort de son frère, pour ne pas aggraver la misère familiale, il part s'installer à Monpazier (à quarante-cinq kilomètres de Bergerac) où il fréquente l'école pendant trois ans environ, vivant d'aumônes et instruisant les plus petits. Il part pour Agen « pour plusieurs années jusqu'à l'âge de vingt ans » (c'est-à-dire jusqu'en 1325 environ). Il revient ensuite à Monpazier[3].

Le Carmel[modifier | modifier le code]

Saint-Pierre Thomas (1670-1680), Musée des Beaux-Arts de Cordoue (Espagne)

Il est remarqué par le prieur du couvent des Carmes de Lectoure, il enseigne alors pendant un an dans le collège de la ville. Le prieur de Condom[4] l’appelle dans son couvent et lui fait prendre l'habit du Carmel. Pierre prononce ses vœux à Bergerac et y enseigne pendant deux ans. Il devient professeur de logique à Agen, il y étudie la philosophie et, trois ans plus tard, il y est ordonné prêtre[5].

Il va enseigner pendant un an la logique au Couvent des Carmes de Bordeaux, puis la philosophie dans celui d'Albi, avant de partir pour Agen. Après un séjour de trois ans pour étudier à Paris, il est nommé lecteur à Cahors. Lors d'une terrible sécheresse, il organise et prêche une procession pour faire tomber la pluie. Il s'en suit une « pluie miraculeuse »[5].

Trois ans plus tard, il revint à Paris poursuivre ses études. Après quatre années il obtient son diplôme de bachelier en théologie. Il rentre alors sa province, où il est élu Procurateur de son Ordre lors du chapitre de 1345 et envoyé à la Curie Pontificale d'Avignon. Il est remarqué par Hélie Talleyrand, cardinal du Périgord, qui le fait nommer prédicateur apostolique. Il y reste environ trois ans (1345-48), avant de repartir terminer ses études à Paris où il est déclaré maître en Théologie après seulement trois années. De retour à Avignon (à priori en 1351), il reprend avec succès son office de prédicateur apostolique[5].

Le vénérable Jean de Hildesheim, serviteur de Pierre Thomas à cette période, a témoigné dans son ouvrage le Speculum Carmeli que Pierre Thomas lui avait révélé avoir eu une vision de la Vierge Marie, lui assurant que l'Ordre du Carmel ne disparaitrait pas (et serait toujours présent à la fin des temps). Elle lui aurait indiquée que cette promesse avait été faite par le Christ lui-même, à la demande express d’Élie « le premier Patron de l'Ordre » lors de la Transfiguration[5]. Le récit de cette promesse est probablement à l'origine de la tradition répandue dans l'ordre du Carmel que celui-ci perdurerait jusqu'à la Parousie.

À la mort du pape Clément VI en 1352, il accompagne la dépouille mortelle du pape jusqu'à la Chaise-Dieu. À partir de cette date, Pierre Thomas va consacrer toute sa vie à accomplir les missions diplomatiques délicates qui lui seront confiées par le Saint-Siège (pacification entre tous les chrétiens, défense des droits de l'Église auprès des monarques les plus puissants, unification des églises orthodoxes, slaves et byzantines et de l'Église de Rome, croisade contre les musulmans et la libération de la Terre sainte)[3].

Les Missions diplomatiques[modifier | modifier le code]

Sa première mission en octobre 1353 consiste à régulariser les rapports entre la République de Venise et la République de Gênes, et entre les États pontificaux et le Royaume de Naples.

L'année suivante, promu évêque de Patti et de Lipari, il prend part avec Bartholomée de Traù, à une mission pontificale en Serbie avec le souverain, Stefan Dusan. Arrivé au début du mois de mars 1355, il échoue dans sa négociation, malgré ses efforts, principalement du fait de la mort de Stefan Dusan (le ). Au printemps 1356, en rentrant sur Avignon, il s'arrête à Buda pour rencontrer le roi de Hongrie : Louis d'Anjou[5].

Missionné par le pape Innocent VI, il part en juillet-août 1356 avec le dominicain Guglielmo Conti, évêque de Sizebolu, pour une mission complexe visant à résoudre le conflit hongro-vénitien et à rendre effective l'union politique et religieuse proposée par l'empereur byzantin Jean V Paléologue. Revenu à Venise le 10 novembre, Pierre Thomas ne réussit pas à conclure la paix entre Venise et la Hongrie.

Il part en avril 1357 comme légat du pape à Constantinople, où il reçoit la soumission de l'empereur de Constantinople, ainsi que l'adhésion de nobles grecs (dont Giovanni Lascaris Calofero et Demetrio Angelo de Thessalonique) à l'Église catholique et au pape[6]. Il prend part également à des débats théologiques (dont celui au monastère du Pantocrator, en octobre 1357). Il quitte Constantinople avec une lettre de Jean V Paléologue pour le pape, dans laquelle l'empereur promet de tout mettre en œuvre pour rendre l'union effective.

Sur l'ile de Chypre, il essaie de de convaincre les grecs orthodoxes de revenir dans la communion de l'Église catholique et la fidélité au pape[6]. Avec Philippe de Mézières, chancelier de Pierre 1er, il conçoit l'idée d'une nouvelle croisade. Le , ils quittent tous les deux Pafos pour faire le tour de l'Europe afin de solliciter l'aide de l'Occident.

En Avignon, Pierre Thomas trouve un nouveau pape, Urbain V, qui approuve la croisade. Pendant que Pierre visite les autres cours d'Europe pour solliciter de l'aide, Pierre Thomas accepte une mission pacificatrice à Milan. Des différents ayant éclaté entre l'Émilie, la Lombardie et Avignon. Pierre Thomas doit même administrer la ville de Bologne du 15 janvier au . De retour d'un voyage à Venise, il obtient à Bologne, le 13 mars, la signature du traité de paix désiré[5].

De retour auprès du pape (mi-mai 1364), il est élu patriarche latin de Constantinople et légat du pape pour la croisade, succédant ainsi au cardinal Talleyrand qui venait de décéder[7].

Fin 1364, la guerre avait éclaté entre Chypre et Gênes. Pierre de Jérusalem et le pape choisissent Pierre Thomas pour négocier la paix entre ces deux états rivaux. Dès son arrivée à Gênes, le légat réussit à réconcilier la république ligure avec le souverain de Chypre (traité du 18 avril 1365)[3].

Les croisés d'Alexandrie[modifier | modifier le code]

Prise d'Alexandrie (illustration d'un manuscrit du XIVe siècle).
Article détaillé : Croisade d'Alexandrie.

Le 27 juin, les navires de la croisade lèvent l'ancre à Venise. En juillet, la flotte atteint Rhodes.

Le jeudi , les galères et les nefs de Pierre Ier de Chypre, débarquent à Alexandrie. Aux côtés du roi de Chypre se trouvent (en plus de Pierre Thomas patriarche de Constantinople et légat du pape Urbain V), Guillaume III Roger de Beaufort, vicomte de Turenne, Gantonnet d'Abzac, neveu de Raymond de Pradelle, l'archevêque de Nicosie, Philippe de Mézières, chancelier du roi de Chypre, et Jean de la Rivière, chancelier du roi de France.

La prise de la ville est étonnamment rapide. Arrivés le 9 octobre, les croisés sont dans la ville le lendemain. Mais cette victoire est de courte durée. Les soldats croisés, motivés seulement par l'appât du gain, se livrent au pillage de la ville, et de crainte que les turcs ne viennent à la rescousse, ils rembarquent pour Chypre le 16 octobre. C'est une immense défaite et une très grande déception pour Pierre Ier de Chypre, Pierre Thomas et Philippe de Mézières. Pierre Thomas écrit une lettre pathétique à Urbain V et à l'empereur Charles IV[5].

Relique de la Sainte Croix[modifier | modifier le code]

Avant de mourir, Pierre Thomas remet une relique de la Sainte Croix à Philippe de Mézières. Celui-ci en fait la donation le à la Scuola Grande di San Giovanni Evangelista, à Venise, dont il est membre. La Scuola en fait l’un de ses symboles, aux côtés de l'aigle et de la crosse de Saint Jean. C’est pour la Scuola un évènement majeur, à l'origine de nombreuses représentations (fresques et peintures). La relique est conservée dans l'église San Giovanni Evangelista de Venise[5].

Fin de vie[modifier | modifier le code]

L'hiver 1365-1366 est très rude pour Pierre Thomas : il tombe gravement malade et ne s'en remettra pas. Durant ses dernières heures, son fils spirituel et ami Philippe de Mézières l'assiste dans ses derniers instants. N'ayant plus que « la peau sur les os », il décède le [5]. Certaines sources indique que Pierre Thomas aurait été sévèrement blessé lors de la prise d'Alexandrie et qu'il serait mort de ses blessures[8].

Son corps reste exposé durant six jours et une foule nombreuse vient le voir. Tout de suite après son enterrement, des témoins relatent des guérisons et d'autres miracles[5].

Culte et Béatification[modifier | modifier le code]

Béatification[modifier | modifier le code]

Ruines du couvent des carmes de Famagouste.

Durant le Carême de l'année 1366 (du 18 février au 5 avril), Philippe de Mézières écrit sa biographie[9], qu'il achève en avril 1366. Le procès ecclésiastique est engagé à Famagouste par l'évêque Simon de Laodicée le . Le 8 mai, on ouvre la tombe et on retrouve le corps « parfaitement intact, et les membres souples comme auparavant ». La demande de canonisation est présentée par Pierre Ier de Chypre lui-même au pape Urbain V. Pierre de Jérusalem demande également au Pape, qui l'approuve, qu'il soit interdit de transférer le corps de Pierre Thomas en dehors de l'ile de Chypre avant dix ans. Cette décision datée du sera largement dépassée car jamais le corps du saint ne sera transféré hors de l'ile. La dernière volonté de Pierre Thomas, qui était de rapporter sa dépouille mortelle à Bergerac, ne fut donc jamais respectée[3].

Le culte de Pierre Thomas, est confirmé par Paul V en 1609 et ratifié par Urbain VIII en 1628. Il est célébré le 6 janvier[10] dans l'Église catholique, mais le 8 janvier dans l'Ordre du Carmel (avec rang de mémoire facultative)[11] et dans le diocèse de Périgueux.

Reliques[modifier | modifier le code]

Aujourd'hui, il ne reste plus aucune trace de Pierre Thomas : la conquête de Chypre par les Turcs en 1571 et le tremblement de terre de 1735 ont effacé tout souvenir de lui dans cette île. En 1905, l'archéologue Camille Enlart qui essayait de retrouver la sépulture du saint dans les décombres de l'église des Carmes de Famagouste finit même par renoncer à son projet. À Salles-de-Belvès (France), la petite chapelle érigée à l'emplacement présumé de la maison natale du saint a été détruite lors de la Révolution française[3].

Même ses écrits ne seraient pas parvenus jusqu'à nous : la tradition attribue à Pierre Thomas la rédaction de quatre volumes de sermons ainsi que le traité De Immaculata Conceptione B.M.V.. Aucun de ces ouvrages ne nous sont parvenus.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sa biographie a été rédigée dans les mois qui ont suivi sa mort par Philippe de Mézières, qui a été un temps son disciple. Carmesson fera de même quelque temps plus tard, apportant ainsi contribution au procès en béatification ouvert par l'évêque de Famagouste. Jean de Hildesheim, qui fut un temps son serviteur l'a également cité dans son ouvrage Speculum Carmeli[5].

Le présent article est issu d'un article de Daniele Stiernon publié dans "I Santi del Carmelo", article repris et diffusé dans de nombreux sites web du carmel, tant en français[3],[5], qu'en anglais[7],[6]. Pour une bibliographie complète, se reporter à l'article d'origine[7].

Autres ouvrages de référence :

  • Louis de Mas Latrie, Histoire de l'Île de Chypre sous le règne des princes de la Maison de Lusignan, Paris, Imprimerie Impériale,‎ 1852-1861 (lire en ligne) (OCLC 156109086).
  • Olivier Caudron, La spiritualité d’un chrétien du XIVe siècle : Philippe de Mézières (1327 ? -1405), Thèse pour l’obtention du diplôme d’archiviste-paléogaphe, École Nationale des Chartes, 1982.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Salles-de-Belvès », sur Office de tourisme de Salles-de-Belvès, tourisme-belves.com (consulté le 23 janvier 2014)
  2. Pierre Thomas est né dans un « village appelé Salimaso de Thomas, du diocèse de Sarlat ». Cette localité, difficilement identifiable, qui pourrait correspondre avec Lebreil, un hameau de Salles-de-Belvès, à quarante km environ au sud-ouest de Sarlat-la-Canéda(en Dordogne) et qui est resté un lieu traditionnel pour le culte de ce saint.
  3. a, b, c, d, e et f « Saint Pierre Thomas », sur Le Carmel au Québec, lecarmel.org (consulté le 23 janvier 2014)
  4. Il s'agirait plus vraisemblablement du prieur de Bergerac.
  5. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k et l « Saint Pierre Thomas (1305 - 1366) », sur Les Grands-Carmes en France, carm-fr.org (consulté le 23 janvier 2014)
  6. a, b et c (en) « St. Peter Thomas, Bishop (Feast) », sur Order of Carmelite (Italie), ocarml.org (consulté le 2 février 2014)
  7. a, b et c (en) Daniel Stiernon, « PETER THOMAS (ab. 1305-1366) », sur The Carmelites province of the most pure Heart of Mary (USA), carmelnet.org (consulté le 23 janvier 2014)
  8. (en) « St. Peter Thomas », sur Catholic OnLine, catholic.org (consulté le 2 février 2014)
  9. Philippe de Mézières, Vita sancti Petri Thomae, éd. Joachim Smet, Roma, Institutum Carmelitanum, 1954.
  10. « Saint Pierre Thomas », sur Nominis, nominis.cef.fr (consulté le 23 janvier 2014)
  11. Les heures du Carmel, Lavaur, Éditions du Carmel,‎ , 347 p. (ISBN 2-84713-042-X), p37

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]