Église Saint-Étienne-du-Mont

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Église Saint-Étienne-du-Mont
Image illustrative de l'article Église Saint-Étienne-du-Mont
Présentation
Culte Catholique romain
Type Église paroissiale
Rattachement Archidiocèse de Paris
Début de la construction 1494
Fin des travaux 1624
Style dominant Gothique flamboyant
Renaissance
Protection Logo monument historique Classé MH (1862)
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Île-de-France
Département Paris
Ville Paris
Coordonnées 48° 50′ 47.5″ N 2° 20′ 53″ E / 48.846528, 2.3480648° 50′ 47.5″ Nord 2° 20′ 53″ Est / 48.846528, 2.34806

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L'église Saint-Étienne-du-Mont est une église située sur la montagne Sainte-Geneviève, dans le 5e arrondissement de Paris, à proximité du lycée Henri-IV et du Panthéon. Elle fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1862[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Les premières églises[modifier | modifier le code]

L'église Saint-Étienne-du-Mont tire son origine de l'abbaye Sainte-Geneviève, où la sainte éponyme avait été inhumée au VIe siècle. L'abbaye attirant à elle une foule de laïcs à son service, une chapelle leur est d'abord affectée dans la crypte. Consacrée à la Vierge Marie, puis à saint Jean apôtre, le lieu s'avère trop exigu pour accueillir tous les fidèles. En 1222, le pape Honorius III autorise la fondation d'une église autonome, qui est consacrée cette fois à saint Étienne, alors saint patron de la cathédrale Saint-Étienne de Paris, l'ancienne cathédrale de Paris qui se trouvait à l'emplacement de Notre-Dame.

Rapidement, le nouvel édifice est débordé par une population de plus en plus dense : la Sorbonne et de nombreux collèges sont situés sur le territoire de la paroisse. Il est agrandi en 1328, mais une reconstruction complète devient nécessaire dès le XVe siècle.

L'église actuelle[modifier | modifier le code]

En 1492, les moines génovéfains font don d'une partie de leurs terres pour la construction de la nouvelle église. Celle-ci se déroule en plusieurs étapes, donnant au bâtiment actuel un aspect composite. Sous la direction de l'architecte Étienne Viguier, l'abside et le clocher sont ébauchés en 1494 ; les deux premières cloches sont fondues en 1500. Le chœur, d'époque gothique flamboyant, est achevé en 1537 ; l'année suivante, c'est au tour de la charpente d'être posée. Le jubé est bâti vers 1530-1535. En 1541, Guy, évêque de Mégare, bénit les autels des chapelles du chevet. La même année, la paroisse passe des marchés pour les vitraux et les statues auprès d'artisans parisiens. La nef, d'époque Renaissance, n'est pas voûtée avant 1584. La première pierre de la façade est posée en 1610 par Marguerite de Valois, qui a consenti à cet effet un don personnel de 3000 livres.

L'église est dédiée le par Jean-François de Gondi, premier archevêque de Paris, oncle du cardinal de Retz. Néanmoins, les aménagements continuent : en 1636, on installe les grandes orgues, œuvre du facteur Pierre Pescheur, dont le buffet est réalisé par Jean Buron. En 1651, une nouvelle chaire est installée. On aménage également des locaux pour les marguilliers et des logements pour les prêtres. Aux XVIIe et XVIIIe siècle, l'église Saint-Étienne-du-Mont jouit d'un grand prestige. Elle est le théâtre de grandes processions où la châsse de Sainte-Geneviève se rend à Notre-Dame pour revenir ensuite dans son église.

L'église accueille également les dépouilles de Pierre Perrault, père de l'auteur des Contes Charles Perrault, du peintre Eustache Le Sueur et de Pascal. Celles de Racine et d'Isaac Lemaistre de Sacy sont également transférées en 1711 de Port-Royal à Saint-Étienne.

Sous la Révolution française, l'église est d'abord fermée, puis transformée en « temple de la Piété filiale ». Le culte catholique est restauré en 1801, à la faveur du concordat. L'année suivante, la démolition de l'église abbatiale de l'abbaye Sainte-Geneviève et la percée de la rue Clovis font de Saint-Étienne un édifice autonome. Sous le Second Empire, l'église est restaurée par Victor Baltard : la façade est remontée et les statues, détruites par les révolutionnaires, sont restituées. Baltard bâtit également la chapelle des catéchismes.

Le XIXe siècle est marqué par plusieurs événements. Le 10 janvier 1805, le pape Pie VII célèbre la messe dans l'église. En 1833, Frédéric Ozanam, paroissien de Saint-Étienne, fonde avec des amis la Société de Saint-Vincent-de-Paul. Le , Mgr Sibour, archevêque en titre, y est assassiné aux cris de « à bas les déesses ! » par le prêtre interdit Jean-Louis Verger, opposé au dogme de l'Immaculée Conception. Une plaque à l'entrée de la nef marque l'endroit où tombe le prélat, qui allait inaugurer la neuvaine de sainte Geneviève. L'occultiste Éliphas Lévi est indirectement mêlé à cet événement tragique et en fait le récit dans l'un de ses ouvrages.

Le 23 août 1997, le pape Jean-Paul II y célèbre une messe lors de la visite à Paris, à l'occasion des Journées mondiales de la jeunesse.

Quelques vues historiques

Chronologie[modifier | modifier le code]

  • VIe siècle - La première chapelle est bâtie sur la crypte de l'abbaye de Sainte-Geneviève
  • XIIIe siècle - Une église séparée est construite sur le côté nord de la chapelle
  • 1491 - Construction du clocher et du chœur
  • 1537 - Achèvement du chœur
  • 1545 - Construction de la nef
  • 1584 - Construction des voûtes de la nef et du transept
  • 1610 - Construction de la façade
  • 1626 - Consécration de l'église
  • 1802 - Démolition de l'église abbatiale de l'abbaye Sainte-Geneviève

Description[modifier | modifier le code]

Extérieur[modifier | modifier le code]

Construite au XVIe siècle, l’église Saint-Étienne se caractérise par une architecture particulière, entre les derniers feux du Gothique, sous sa forme dernière, le flamboyant, et la Renaissance influencée par l’Antiquité. Sa structure générale est celle d’une église basilicale longue de 69 mètres et large de 25,5 mètres : le transept n’est pas saillant à l’extérieur, les bas-côtés sont très hauts.

Intérieur[modifier | modifier le code]

Architecture[modifier | modifier le code]

Le chœur, légèrement désaxé, caché par le magnifique jubé.

L'église possède la particularité d'avoir un axe courbe, de la nef au transept, un jubé de pierre finement sculpté (un des derniers existant à Paris), datant des environs de 1530 et mêlant avec une parfaite élégance les vocabulaires gothique tardif et renaissance, une chaire dessinée par Laurent de La Hyre et sculptée par Claude Lestocart, ainsi qu'un buffet d'orgues (1631) (le plus ancien de la capitale).

L'église renferme également la châsse qui contenait les reliques de sainte Geneviève jusqu'en 1793 (date à laquelle elles ont été jetées aux égouts), le tombeau de Blaise de Vigenère, de Blaise Pascal, de Racine, et de Mgr Sibour.

Huysmans la décrivait dans En route (1895) comme l'une des plus jolies églises de Paris.

Au milieu du transept, les arêtes forment une clef pendante ou fleuron de trois à quatre mètres de saillie, considéré comme un des travaux remarquables de ce genre, autant par la hardiesse de la pose que par la réalisation de ses sculptures.

Les jubés ont disparu de la plupart des églises gothiques, et leur usage s’est perdu dans les églises modernes. Ils servaient à certains rites, mais suspendus entre le chœur et la nef, ils isolaient davantage les prêtres des fidèles, ce qui explique probablement leur destruction. Plusieurs villes de France possèdent encore des jubés mais l'un des plus curieux et remarquables est celui de l'église Saint-Étienne-du-Mont, le seul qui subsiste à Paris.

Mobilier et œuvres d'art[modifier | modifier le code]

Parmi toutes les œuvres d'art, on peut mettre en évidence la Mise au tombeau, groupe sculpté en terre cuite composé de huit personnages qui date de la fin du XVIe siècle. L'auteur de cette œuvre n'est pas identifié, mais ce groupe, initialement placé dans l'ancienne église de Saint-Benoit, proviendrait de l'École française. Il est classé Monument historique au titre objet depuis 1905[2].

L'église de Saint-Étienne conserve encore une suite de très beaux vitraux, mais ce ne sont guère que les débris de ceux dont elle était autrefois décorée. Avant la Révolution, toutes les fenêtres de l'église en sont garnies, ainsi que les charniers attenant à l'église et contournant le petit cimetière. Ces derniers, composés en grande partie par les célèbres Nicolas Pinaigrier, Jean Cousin le Jeune, Engrand Leprince, etc, doivent leur conservation, à une époque où trop souvent d'autres églises remplacent les leurs par des vitres blanches, aux soins des marguilliers de Saint-Étienne et surtout aux restaurations intelligentes qu’entreprend dès 1734 Pierre le Vieil. Mais par la suite, un grand nombre de vitraux des charniers et de l'église, surtout dans la partie inférieure, sont été brisés, et peu demeurent intacts.

La chaire en bois sculpté est un véritable chef-d'œuvre. Son pourtour est orné des statues des différentes vertus, séparées par des bas-reliefs sculptés sur les panneaux. Le dais est surmonté d'un ange, environné de différents génies. Cet ouvrage a été sculpté par Claude Lestocard, sur des dessins de Laurent de La Hyre.

Les orgues[modifier | modifier le code]

Orgue de l'église Saint-Étienne-du-Mont

Le grand orgue de tribune[modifier | modifier le code]

Le buffet, construit par Jean Buron en 1630, est considéré comme un véritable chef-d'œuvre de menuiserie. L'orgue en lui-même est de Pierre Le Pescheur et date de 1636. L'orgue est gravement détérioré en 1760 au cours d'un violent incendie. Il est reconstruit par Cliquot en 1777, puis Aristide Cavaillé-Coll l'enrichit en 1863 et 1873. Théodore Puget apporte des améliorations en 1911. La maison Beuchet-Debierre effectue une transformation radicale en 1956 à l'instigation de Maurice Duruflé. Danion-Gonzalez réharmonise le tout et change la console en 1975; Bernard Dargassies effectue un relevage en 1991 et un autre en été 2011.

Cet instrument fut la tribune du célèbre compositeur Maurice Duruflé et de sa femme Marie-Madeleine Duruflé.

Vincent Warnier et Thierry Escaich sont les organistes actuels.

L'orgue de chœur[modifier | modifier le code]

Orgue de chœur.

Orgue Puget (1902), comportant 2 claviers de 56 notes et pédalier de 30 notes. Transmissions pneumatiques. 14 jeux (12 réels).

Littérature[modifier | modifier le code]

Saint-Étienne-du-Mont vue depuis le Panthéon, à droite, la tour Clovis du lycée Henri-IV.

C'est dans cette église qu'Eugène de Rastignac assiste seul à la messe dite pour l'enterrement de Jean-Joachim Goriot dans Le Père Goriot d'Honoré de Balzac. « Rastignac et Christophe accompagnèrent seuls, avec deux croque-morts, le char qui menait le pauvre homme à Saint-Étienne-du-Mont, église peu distante de la rue Neuve-Sainte-Geneviève[3]. »

Joris-Karl Huysmans mentionne la chorale de Saint-Étienne-du-Mont dans son roman autobiographique En Route. Laurence Plazenet note que dans Augustin ou le Maître est là le lien de Saint-Étienne-du-Mont avec Port-Royal est illustré au début du siècle passé par les manières « rappelant le jansénisme[4]», du prêtre qui célèbre la messe dans cette église, prêtre dont la « froideur formaliste » fait comprendre au jeune héros du livre qui assiste à la célébration qu' « un très subtil parfum janséniste fumait sous ces voûtes depuis trois cents ans[5]

Du roman Deo gratias de Michel Servin, Jean-Pierre Mocky a tiré en 1963 le film Un drôle de paroissien, dont l'action se situe à plusieurs reprises dans l'église Saint-Étienne-du-Mont.

Personnages célèbres[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Notice no PA00088414 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  2. « Notice no PM75001344 », base Palissy, ministère français de la Culture
  3. Wikisource ch. IV, dernière page le Père Goriot
  4. L. Plazenet, Port-Royal au prisme du roman, in Revue d'histoire littéraire de la France, 2006/4-Vol 106 p. 927-958, p. 949.
  5. Joseph Malègue, Augustin ou le Maître est là, Spes, Paris, 1966, p. 147, cité par L.Plazenet in art. cit., p. 950

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bernard Mahieu, L'église Saint-Étienne-du-Mont de Paris, SIDES/Éditions de la Tourelle, coll. « Les plus belles églises de Paris », Paris, 1985 (ISBN 2-86861-007-2).
  • Jacques Troger, Les vitraux alchimiques de Saint-Étienne-du-Mont, Éditions de Massanne, Saint-Laurent-le-Minier, 2012 (ISBN 2-911705-22-9[à vérifier : ISBN invalide]).

Liens externes[modifier | modifier le code]

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