Alain Corbin

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Alain Corbin
Portrait de Alain Corbin
Biographie
Naissance (81 ans)
à Lonlay-l'Abbaye (Orne)
Nationalité Français
Thématique
Formation Université de Caen
Titres Professeur des universités
Profession Historien
Travaux
  • Archaïsme et modernité en Limousin au XIXe siècle (1845-1880), (1975)
  • Le Miasme et la Jonquille. L’odorat et l’imaginaire social, XVIIIe- XIXe siècles (1982)
  • L’Harmonie des plaisirs. Les manières de jouir du siècle des Lumières à l’avènement de la sexologie (2007)
Approche Histoire des sensibilités
Distinctions Officier des Arts et des Lettres‎ (d) et grand prix Gobert ()Voir et modifier les données sur Wikidata

Alain Corbin, né le à Lonlay-l'Abbaye[1] (Orne), est un historien français.

Spécialiste du XIXe siècle en France, ses travaux ont fait avancer l'histoire des sensibilités dont il est l'un des spécialistes mondiaux.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines et formation[modifier | modifier le code]

Métis d'un père mulâtre antillais devenu médecin de campagne en Normandie et d'une mère normande[2],[3], Alain Corbin grandit dans la petite commune de Lonlay-l'Abbaye. À partir de 1945, il étudie au petit séminaire de Flers qui était en fait un simple collège confessionnel[4]. Il est l'époux de Simone Delattre, professeure et historienne spécialiste de Paris au XIXe siècle.

Il suit des études à l’université de Caen où il a eu notamment comme professeur Pierre Vidal-Naquet[4]. Il est docteur (1968)[5] et docteur d'État en histoire (1973)[6] avec une thèse qui sera publiée sous le titre Archaïsme et modernité en Limousin au XIXe siècle[7]. Alors que, sous l'influence d'Ernest Labrousse, l'histoire du XIXe reste très marquée par l'approche structuraliste qui promeut une histoire quantitative, appuyée sur des données économiques sérielles, Alain Corbin se voit obligé, étant donné la rareté des archives disponibles en Limousin, d'orienter son attention vers d'autres sources : les structures de l'anthropologie, de l'imaginaire, les mentalités, la psychologie sociale. C'est ce sillon, découvert à l'occasion de son doctorat, que son oeuvre tracera[8].

Carrière universitaire[modifier | modifier le code]

De 1969 à 1987, il est professeur à l’Université de Tours[9], puis poursuit à l’université Paris I - Panthéon-Sorbonne. Il a travaillé sur l’histoire sociale et l’histoire des représentations. On dit de lui qu’il est « l’historien du sensible », tant il a marqué sa discipline par son approche novatrice sur l’historicité des sens et des sensibilités.

On lui doit plusieurs ouvrages, dont Le Monde retrouvé de Louis-François Pinagot[10], sur les traces d’un inconnu, 1798-1876 (1998), biographie d’un sabotier inconnu choisi au hasard dans les archives de l’Orne. Ce travail s’inscrit dans le concept de la microhistoire.

En 2005, son successeur à la Sorbonne et ses étudiants lui ont rendu hommage dans un livre collectif qui rend compte de son itinéraire historiographique : Anne-Emmanuelle Demartini et Dominique Kalifa (dir.), Imaginaire et sensibilités au XIXe siècle : études pour Alain Corbin, Paris, Créaphis, 2006.

Apport à l'histoire des sensibilités[modifier | modifier le code]

Le désir, les sens, les paysages[modifier | modifier le code]

Il a travaillé sur le désir masculin de prostitution (Les Filles de noce, 1978), l’odorat et l’imaginaire social (Le Miasme et la Jonquille, 1982), l’homme et son rapport au rivage (Le Territoire du vide, 1990), le paysage sonore dans les campagnes françaises du XIXe siècle (Les Cloches de la terre, 1994) et la création des vacances (L’Avènement des loisirs, 1996). Il a aussi publié un livre d’entretiens avec Gilles Heuré (Historien du sensible, 2000).

Le Miasme et la Jonquille[modifier | modifier le code]

Il s'agit d'un des principaux ouvrages d'Alain Corbin.

Genèse[modifier | modifier le code]

Si l'on a souvent l'impression et la croyance que c'est l'historien qui fonde de nouvelles problématiques et de nouveaux questionnements, on oublie souvent que ce sont des facteurs externes et des recroisements de diverses circonstances qui permettent la genèse d'une œuvre.

Lors de ses recherches pour son premier ouvrage, Les Filles de noce. Misère sexuelle et prostitution au XIXe siècle, Alain Corbin a été beaucoup frappé par les références olfactives qualifiant la personne prostituée ; de même que les Éditions du Seuil lui demandent, par la suite, de sélectionner des extraits de l'hygiéniste du XIXe siècle, Parent-Duchâtelet. Ici aussi, il est frappé de voir que l'auteur assimile l'étymologie, erronée, de « putain » à « la fille qui sent mauvais ». Bien entendu, cela recroise les travaux qu'il avait entrepris, et ajouté à cela, Corbin est amené à lire l'ouvrage de Huysmans, À rebours, où le personnage principal cherche à retrouver les parfums du passé.

Ce fil logique de ses travaux, avec notamment la prostituée et cet imaginaire olfactif, vont le pousser à étudier ce qui est également vrai pour les autres types sociaux : les élites du XIXe siècle cherchaient à se désodoriser pour se distinguer du peuple, de se distinguer de cette « marais humaine », la gestion de l'odorat permet de se distinguer. Au XIXe siècle, la désignation péjorative s'accompagne très souvent en effet de références olfactives[11].

L'ouvrage[modifier | modifier le code]

L'auteur s'y intéresse à ce qu'il nomme la « révolution olfactive » et explique que l’odorat est un « construit social » qui s'est lentement transformé au fil de l'histoire.

Alain Corbin montre comment les représentations des élites - et notamment des savants - ainsi que celles du peuple vont se répercuter sur les grands principes qui régissent l'urbanisme. Les rues du XVIIIe siècle sont en effet connues pour leur fétidité. L'eau suscite la méfiance ; les médecins l'associent à la notion de malsain. On pense alors que les individus sont gouvernés par leurs « humeurs ». La puissance des odeurs corporelles est supposée témoigner de la vigueur des individus. Prisons, hôpitaux mais aussi tribunaux ou casernes incarnent alors l'insalubrité.

L'auteur explique que le « seuil de tolérance » aux odeurs va évoluer, notamment sous l'effet de l'émergence d'une nouvelle perception des odeurs très clivée socialement. C'est l'époque où naissent les premières théories hygiénistes qui visent à « purifier » les villes en permettant à l'eau et à l'air de mieux circuler et d'emporter avec eux détritus et miasmes. C'est également la période durant laquelle on cherche à dé-densifier les villes en « dés-entassant » les hommes. On tente de « désodoriser » la sphère publique en se focalisant sur la puanteur supposée des plus pauvres de leurs habitants.

Au XIXe siècle, un tournant s'opère. On n'amalgame plus les mauvaises odeurs et le peuple. On considère au contraire que la salubrité urbaine est le produit de celle de la population dans sa globalité. La bourgeoisie crée de nouveaux codes, valorisant les parfums discrets. Une épidémie de choléra, en 1832, fait toutefois renaître l'idée selon laquelle les classes défavorisées seraient des vecteurs de maladies et de puanteur. Un mouvement d'inspection sanitaire et sociale est créé.

Le XXe siècle marque enfin l'entrée dans un relatif « silence olfactif » : c'est la discrétion voire l'absence totale d'odeur qui est à présent recherchée.

L'histoire du temps qu'il fait[modifier | modifier le code]

Alain Corbin est aussi l'un des précurseurs de l'étude de la sensibilité au temps qu’il fait, c'est-à-dire à la perception des phénomènes météorologiques par les hommes. Il s'est particulièrement intéressé à la pluie, et en a tiré un ouvrage collectif en 2013, La Pluie, le Soleil et le Vent : une histoire de la sensibilité au temps qu'il fait[12].

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Archaïsme et modernité en Limousin au XIXe siècle (1845-1880), Presses universitaires de Limoges, Limoges, 1975 ; et rééd., 2 vol. (ISBN 978-2-84287-101-7) [présentation en ligne]
  • Les Filles de noce. Misère sexuelle et prostitution au XIXe siècle, Flammarion, coll. « Champs » (ISSN 0151-8089) no 118, Paris, 1978 ; et rééd., 342 p. (ISBN 978-2-08-081118-9)
  • Le Miasme et la Jonquille. L’odorat et l’imaginaire social, XVIIIe-XIXe siècles, Flammarion, coll. « Champs » (ISSN 0151-8089) no 165, Paris, 1982 ; et rééd., 342 p. (ISBN 978-2-08-081165-3) Fiche de lecture en ligne : http://socio.ens-lyon.fr/agregation/corps/corps_fiche_corbin.php
  • Le Village des « cannibales », Flammarion, coll. « Champs » (ISSN 0151-8089) no 333, Paris, 1986 ; et rééd., 204 p. (ISBN 978-2-08-081321-3) [présentation en ligne]
  • Le Territoire du vide. L’Occident et le désir du rivage, 1750-1840, Flammarion, coll. « Champs » (ISSN 0151-8089) no 218, Paris, 1988 ; et rééd., 407 p. (ISBN 978-2-08-081218-6) [présentation en ligne]
  • Le Temps, le Désir et l’Horreur. Essais sur le XIXe siècle, Flammarion, coll. « Champs » (ISSN 0151-8089), Paris, 1991 ; et rééd., 250 p. (ISBN 978-2-08-081409-8) [présentation en ligne]
  • Les Cloches de la terre. Paysage sonore et culture sensible dans les campagnes au XIXe siècle, Flammarion, coll. « Champs » (ISSN 0151-8089) no 453, Paris, 1994 ; et rééd., 359 p. (ISBN 978-2-08-081453-1) [présentation en ligne]
  • L’Avènement des loisirs (1850-1960), avec la collaboration de Julia Csergo, Jean-Claude Farcy, Roy Porter, André Rauch, Jean-Claude Richez, Léon Strauss, Anne-Marie Thiesse, Gabriella Turnaturi et Georges Vigarello, Flammarion, coll. « Champs » (ISSN 0151-8089) no 480, Paris, 1995 ; et rééd., 466 p. (ISBN 978-2-08-080006-0) [présentation en ligne]
  • « Paris-province », dans Les Lieux de mémoire, tome 2, Gallimard, coll. « Quarto », Paris, 1997, pages 2851-88.
  • Le Monde retrouvé de Louis-François Pinagot. Sur les traces d’un inconnu (1798-1876), Flammarion, coll. « Champs » (ISSN 0151-8089) no 504, Paris, 1998, 336 p. (ISBN 978-2-08-080036-7) [présentation en ligne]
  • L’Homme dans le paysage (entretien avec Jean Lebrun), Gallimard, coll. « Textuel », Paris, 2001 (ISBN 978-2-84597-027-4)
  • La Mer. Terreur et fascination (dir. avec Hélène Richard), Éditions du Seuil, Paris, 2004 (ISBN 978-2-02-068653-2)
  • Histoire du corps (dir. avec Jean-Jacques Courtine et Georges Vigarello), Éditions du Seuil, coll. « L’Univers historique » (ISSN 0083-3673), Paris, 2005, 3 vol., 2005-2006 (ISBN 978-2-02-022455-0)
  • Histoire du christianisme. Pour mieux comprendre notre temps (direction), Éditions du Seuil, coll. « L’Univers historique » (ISSN 0083-3673), Paris, 2007, 468 p. (ISBN 978-2-02-089421-0)
  • L’Harmonie des plaisirs. Les manières de jouir du siècle des Lumières à l’avènement de la sexologie, Perrin, 2007. (ISBN 978-2-262-01929-7)
  • Alexandre Parent-Duchâtelet, La Prostitution à Paris au XIXe siècle, texte présenté et annoté par Alain Corbin, « Points-Seuil Histoire », Paris, Seuil, 2008, 238 p. (ISBN 978-2-7578-0691-3)
  • Les Héros de l'histoire de France expliqués à mon fils, Paris, Éditions du Seuil, 2011.
  • Alain Corbin, Jean-Jacques Courtine, Georges Vigarello, Histoire de la virilité, tome 1, De l'antiquité aux lumières, L'invention de la virilité, Paris, Éditions du Seuil, coll. « L’Univers historique », 2011, 577 p. (ISBN 978-2-02-098067-8)[13]
  • Alain Corbin, Jean-Jacques Courtine, Georges Vigarello, Histoire de la virilité, tome 2, Le Triomphe de la virilité, Le XIXe siècle, Paris, Éditions du Seuil, coll. « L’Univers historique », 2011, 493 p. (ISBN 978-2-02-098068-5)
  • Alain Corbin, Jean-Jacques Courtine, Georges Vigarello, Histoire de la virilité, tome 3, La Virilité en crise ?, Le XXe-XXIe siècle, Paris, Éditions du Seuil, coll. « L’Univers historique », 2011, 566 p. (ISBN 978-2-02-098069-2)
  • La Douceur de l'ombre - L'arbre, source d'émotions, de l'Antiquité à nos jours, Fayard, 2013, 347 p. (ISBN 978-2-213-66165-0) - Prix du Livre Environnement 2013 de la Fondation Veolia Environnement.
  • Alain Corbin (dir.), La Pluie, le Soleil et le Vent : une histoire de la sensibilité au temps qu'il fait, Aubier Montaigne, 2013, 246 p. (ISBN 2700704304)
  • Les Filles de rêve, Fayard, Paris, 1re éd. 2014, 172 p. (ISBN 978-2-213-68084-2).
  • Sois sage, c'est la guerre, Flammarion, Paris, 1re éd. 2014.
  • Histoire du silence. De la Renaissance à nos jours, Albin Michel, Paris, avril 2016, 216 p. (ISBN 978-2-22-632378-1)
  • Alain Corbin, Jean-Jacques Courtine, Georges Vigarello, Histoire des émotions, tome 1, De l'Antiquité aux Lumières, Seuil, 2016, 550 pages.
  • Alain Corbin, Jean-Jacques Courtine, Georges Vigarello, Histoire des émotions, tome 2, Des Lumières à la fin du XIXe siècle, Seuil, 2016, 478 pages.
  • Alain Corbin, Histoire buissonnière de la pluie, Paris, Flammarion, 2017, 108 pages.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Mon village natal se nomme Lonlay-l’Abbaye », raconte Alain Corbin. [Archives Réforme (page consultée le 31 août 2010)].
  2. Ivan Jablonka, « Quand l’histoire nous traverse », sur La vie des idées, .
  3. Bernard Stéphan, « Alain Corbin et la quête du silence - Periberry », sur Periberry (consulté le 15 juin 2016).
  4. a et b « Alain Corbin : "Le point d'exclamation est un aveu de mauvaise Histoire" », sur Le Point, .
  5. http://www.sudoc.fr/046467076.
  6. http://www.sudoc.fr/040867900.
  7. Alain Corbin. Archaïsme et modernité en Limousin au XIXe siècle, 1845-1880, Paris, Marcel Rivière, 1975. 2 vol. in-8°, 1167 pages, 105 cartes et graphiques (réédité en 1999, en 2 volumes, aux Presses Universitaires de Limoges)
  8. Yves Déloye, Florence Haegel, "De l'histoire des représentations à l'histoire sans nom. Entretien avec Alain Corbin", Politix, n°21, 1993, p. 7.
  9. Encyclopædia Universalis, « ALAIN CORBIN », sur Encyclopædia Universalis (consulté le 4 février 2016).
  10. Les historiens parlent même d'études « Pinagotiques » pour caractériser ce type de recherches fouillées d'historien (entendu sur France Culture).
  11. Entretien France Culture avec Laure Adler, émission Hors Champs .
  12. « La pluie et le beau temps | L'Histoire », sur www.histoire.presse.fr (consulté le 19 février 2016).
  13. Laurent Lemire, Le Nouvel Observateur du 13 octobre 2011., « Chéri, fais-moi mâle! », sur http://bibliobs.nouvelobs.com, (consulté le 17 octobre 2011).

Liens externes[modifier | modifier le code]