Sedia gestatoria

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Le pape Pie XII sur la sedia gestatoria lors de son couronnement au printemps de 1939. On aperçoit derrière le sommet d’un des flabella surmonté de plumes d’autruche blanches utilisés pour cette cérémonie.
La sedia gestatoria du pape Pie VII (1800-1823), ici montrée lors d'une exposition au château de Versailles.

La sedia gestatoria (littéralement « chaise à porteurs ») était un trône mobile sur lequel le pape était porté pour pouvoir être plus facilement vu des fidèles lors des cérémonies publiques à Rome.

Histoire[modifier | modifier le code]

Magno Felice Ennodio, évêque de Pavie jusqu'en 521, relève, dans son Apologia pro Synodo[1], l'existence à Rome d'une « gestatoriam sellam apostolicae confessionis », évoquant la Chaire de saint Pierre encore aujourd'hui conservée dans l'abside de la Basilique Saint-Pierre, à l'intérieur du fameux monument communément appelé "Gloire du Bernin". Cette « gestatoriam sellam » consistait en un siège de bois, à bras, muni de chaque côté d'anneaux à ses pieds, dans lesquels s'ajustaient des barres de bois afin d'être porté sur les épaules. Le témoignage de l'évêque Ennodio fait donc remonter l'origine de la sedia gestatoria au moins au début du VIe siècle.

La sedia était surtout utilisée à l'occasion de cérémonies solennelles, comme l'intronisation d'un nouveau pape (à partir du XVIe siècle), l'entrée solennelle dans la basilique Saint-Pierre de Rome ou sur la place Saint-Pierre et en de multiples occasions où le pape devrait apparaître en public, soit pour des cérémonies liturgiques, soit pour des audiences, publiques ou à auditoire limité.

Les sediari pontifici, attestés dès Pie IV (1559–1565), étaient des hommes en général natifs de Rome, chargés de porter la sedia sur leurs épaules. Au nombre de 14 à leur effectif maximum, ils se composaient des porteurs proprement dits, et des « flabelles » portant les flabella.

L'abandon progressif à la fin des années 1970[modifier | modifier le code]

Le pape Paul VI fut le dernier pape à faire usage traditionnellement de la sedia gestatoria, au Vatican comme dans Rome dont il est l'évêque. En mai 1978, il présida à titre exceptionnel les funérailles d'Aldo Moro, assassiné le 9 mai par les Brigades rouges ; à cette occasion, le Pontife traversa la basilique Saint-Jean-de-Latran, sa cathédrale, porté sur la sedia gestatoria. ce fut l'une des dernières occasions liturgiques où elle servit encore. Jean-Paul Ier, en août 1978, ne s'en servit pas lors de son intronisation, mais il en fit usage lors de ses audiences publiques. La dernière fois où servit la sedia gestatoria a été à l'occasion de sa dernière audience publique, le 27 septembre 1978[2], la veille même de sa mort subite à la suite de problèmes cardiaques (ou d'un assassinat par empoisonnement).

Depuis Jean-Paul II[modifier | modifier le code]

Le pape Jean-Paul II ne se servit jamais de la sedia gestatoria, ni ses successeurs Benoît XVI et François. La papamobile, voiture surélevée et aux parois vitrées, bien que n'ayant aucun caractère "liturgique" comme pouvait l'avoir la sedia gestatoria en certaines cérémonies solennelles, remplaça pour ainsi dire celle-ci en ce qui concerne les apparitions pontificales civiles et publiques.

À noter que Jean-Paul II, dans son grand âge, ainsi que Benoît XVI, utilisèrent la pedana pontificale, sorte de chariot mobile à balustrade où le pape peut s'appuyer en se tenant debout, immobile, et qui est manœuvrée par des serviteurs de la Maison Pontificale. Lors de la solennité de la messe nocturne de Noël, en 2011 et 2012, Benoît XVI parcourut la basilique Saint-Pierre debout sur la pedana afin de lui éviter la marche de plus de 200 mètres le long de la nef centrale.

La pedana mobile utilisée par Jean-Paul II.


La sedia gestatoria est tout à fait distincte du faldistoire, autre siège mobile, qui est encore utilisé par le pape quand il doit siéger dans une cathédrale et pour ne pas utiliser la cathèdre même de l'évêque local (bien que le pape, en droit ecclésiastique strict, ait le pouvoir de siéger de manière épiscopale dans toutes les cathédrales du monde). Ainsi dans la cathédrale Notre-Dame de Paris, dans le célèbre tableau de Jacques-Louis David Le Sacre de Napoléon, le pape Pie VII est représenté siégeant sur un faldistoire devant le maître-autel.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. P.L., LXIII, 206; "Corpus Script. eccl.", VI, Vienne, 1882, p. 328.
  2. Vidéo de l'audience sur le site de l'Ina, diffusée sur Antenne 2 le lendemain de sa mort.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • P. Levillain, Philippe Levillain (dir.), Dictionnaire historique de la papauté, Paris, Fayard, (ISBN 2-213-618577) ;
  • (it) G. Palazzini, « Sediari pontifici », Enciclopedia Cattolica, vol. 11, 1953, pp. 225–226 ;
  • (en) R. Strauss, Carriages and Coaches, Londres, 1912 ;
  • (it)D. Tardini, L'incoronatione del Papa ed il solemne possesso del Laterano, Rome, 1925 ;
  • (la) G. Valentino Stivano, De levitatione seu portatione Pontificis, Venise, 1578–1579.