Rose mystique

La rose mystique (latin : rosa mystica, du grec μυστικός / mystikós, formé sur μυστός / mystós, qui signifie initié [à des mystères / singulier mystèrion / μυστήριον], est un des nombreux vocables sous lesquels la Vierge Marie est invoquée dans les Litanies de Lorette, une prière populaire dans l'Église catholique. Ce vocable a son origine dans les écrits des Pères de l'Église des premiers siècles du christianisme.
La rose, blanche, rose ou rouge, par sa couleur symbolise le mystère de l'Incarnation. Les expressions Rosa sine spina, Rose sans épines, formule employée par Bernard de Clairvaux, puis par des poètes et des musiciens, comme Flos florum, fleur d'entre les fleurs, avaient un sens théologique précis, en lien avec dogme catholique de l'Immaculée Conception.
Le symbolisme de la rose
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La rose et la couronne de roses sont des symboles du paradis chez les premiers chrétiens. Dans Les actes de sainte Perpétue, « les martyrs sont reçus dans le verger céleste sous un rosier... se nourrissant à satiété de parfums inénarrables ». L'évêque de Poitiers Venance Fortunat écrit dans son poème Le Jardin de la reine Ultrogothe : « Ici l'éclatant printemps fait pousser un gazon verdoyant et répand les parfums des roses du paradis... ».
Au XIXe siècle, l'abbé Martigny cite le marbrier Sabinianus ornant la tombe du pape Alexandre Ier sur la Via Nomentana de roses avec au centre l'inscription : Ton âme repose dans le bien par excellence[1].
Marie est évoquée dans l'Église catholique comme Rose mystique (du grec μυστικός / mystikós, mystérieux, caché) dans les Litanies de Lorette depuis le XVIe siècle ; mais l'usage courant de ce nom de Fleur (Flos) ou de Rose (Rosa) pour la vénérer est en réalité plus ancien et remonte au moins au XIe siècle. Bernard de Clairvaux la qualifiait déjà ainsi. « Fleur des fleurs, Rose mystique, Rose de Saron, Rose sans épines, Rose de Jéricho, Jardin clos », sont autant de noms de la Vierge dans la liturgie catholique. Dans l'hymnologie orthodoxe, elle est appelée [la] Rose immarcescible (Ῥόδον [τὸ} Ἀμάραντον / Ródon to Amáranton).
En 1626, on l'appelle « Belle Rose », fleur dont l'odeur agréable ressuscite les morts[2]. En 1701, on l'appelle « Rose Mystérieuse », rose toujours épanouie, rose cachée, rose naissante, rose odoriférante, ayant fleuri en Égypte et en Judée, des rites juif et chrétien, à la fin de l'Ancien et au début du Nouveau Testament, rose sacrée, rose délicieuse[3].
Le rosier en tant qu'épineux évoque aussi la couronne d'épines du Christ. Le Pater était symbolisé par la rose rouge et l'Ave par la rose blanche, et les cinq roses rouges des cinq Notre Père associées parfois aux Cinq-Plaies du Christ[4]. Chez les chrétiens irlandais, la rose rouge était symbole du martyre du sang.
Symbole théologique : la rose sans épines
[modifier | modifier le code]« Avant que l'Homme ne chute, la Rose était née, sans l'Épine », écrit (Ambroise de Milan pour résumer la théologie catholique d'une Vierge conçue par Dieu avant toute la création pour être la Mère Immaculée du Verbe.
Bonaventure de Bagnorea l'appelle ainsi, « Rose pure, rose d'innocence, rose nouvelle et sans épine, rose épanouie et féconde, rose devenue pour nous un bienfait de Dieu, vous avez été établie Reine des cieux ; il n'est personne qui puisse jamais vous être comparé; vous êtes le salut du coupable, vous êtes le soutien de toutes nos entreprises »
Basile de Césarée écrit qu'avant le péché originel la rose était sans épines, les épines ont été rajoutées « ensuite » pour rappeler que la douleur est proche du bien-être et sans doute pour la terre que désormais l'homme devra cultiver[5]. Bernard de Menthon au XIe siècle remarque que Nazareth signifie "Fleur" en hébreu (c'est une des étymologies possibles de ce mot) : S'il faut prier Marie, c'est qu'elle restaure l'homme ou la femme déchus par le péché originel : la couronne de roses remplace la couronne d'épines du Christ, qu'Adam et Ève avaient tressée : elle est « comblée de grâces » .
Dans les arts
[modifier | modifier le code]Image de la rosace
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L'art médiéval du vitrail et des cathédrales est orienté vers la rosace symbole de la Vierge Marie, qui forme souvent le cœur de la rosace en vitrail. « À Chartres, la rosace nord, associée à l'étoile polaire et à la nuit, représente la glorification de la Vierge. Marie est entourée de douze colombes et d'anges porteurs des dons du Saint Esprit. Les figures de l'Ancien Testament représentent l'humanité qui attend la lumière du Christ.
Image de la rose
[modifier | modifier le code]La rose mystique est aussi représentée directement, sous forme de fleur, de manière figurative, comme à l'église Art déco Notre-Dame-Auxiliatrice de Nice, réalisée entre 1926 et 1933.

Musique et poésie
[modifier | modifier le code]Durant plusieurs siècles on trouve la louange « Rose sans épines », rosa sine spina chez plusieurs poètes.
Pour le troubadour Pierre de Clairac Marie est Roza ses espina Sobre totes flors olens. Elle est pour lui encore « l'églantier que Moïse trouva verdoyant au milieu des flammes ardentes[6]… »
On trouve cette louange dans les poésies, les mots et une séquence liturgique : « Maria, rosa sine spina », « Marie, rose sans épines ». On la trouve dans la séquence grégorienne du 4e samedi de carême : « Reine de Vierges, Rose sans épines, vous êtes devenue la Mère de celui qui est Soleil et Rosée, Pain et Pasteur[7] », puis en Angleterre, dont la rose est le symbole des motets, des chants de Noël, depuis le XIIIe siècle et ensuite dans des poésies religieuses, les polyphonies du lyrisme italien de la Renaissance.
Dans le Codex de Montpellier, figurent de nombreux chants d'amour courtois dont la Rose de mai est l'emblème :
Les commentateurs de Dante s'accordent à penser que le poète fait allusion à Marie Rose Mystique, dans quelques vers du « Paradis » de la Divine Comédie : « Pourquoi mon visage t'enamoure-t-il ainsi, que tu ne te tournes pas vers le beau jardin qui sous les rayons du Christ s'emplit de fleurs? Là est la Rose dans laquelle le Verbe divin se fit chair, et là sont les lis dont le parfum indique le bon chemin». Là se trouve dans le Cœur d'or de la Rose éternelle (Chant XXX, v.42) celle qui accueille les âmes dans la félicité céleste.
Orfèvrerie
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Chaque année, le pape offrait une rose d'or à une personnalité pour services rendus à l'Église. Elle était bénie chaque année au dimanche de Carême, dont l'introït commence par Laetare et qui s'appelait, surtout à Rome, le « dimanche de la Rose ». Tous les papes, depuis Léon IX, bénissaient solennellement la rose d'or dans la salle des Parements.
La rose et les fleurs étaient un motif médiéval d'orfèvrerie : Rose d'or et rose d'argent symbolisaient Marie. Dans le trésor de la cathédrale de Lausanne, à côte d'une image de la Vierge, en argent, est mentionnée : « Une Rose d'argent, donnée par le duc de Savoye ». Dans celui de la cathédrale de Genève, en plus des joyaux que renfermait la sacristie, est placée « une Rose d'argent dorée, avec son pied de cuivre doré ». D'après Adolphe Napoléon Didron ces roses d'argent paraissent être des ex-voto adressés à Marie, appelée dans les litanies « Rosa mystica », par allusion au dix-huitième verset du chapitre XXIV de l'« Ecclésiastique » (ou Siracide)[8].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ Dictionnaire des Antiquités chrétiennes de Martigny
- ↑ Les excellences de la Vierge ou Méditations sur les litanies
- ↑ Méditations sur les litanies de la Sainte Vierge
- ↑ (en) Stories of the rose : The making of the Rosary in the Middle Ages - Anne Winston-Allen - 1997 - 210 p. (lire en ligne)
- ↑ Homélie Sur la Germination de la Terre V, 8
- ↑ https://archive.org/stream/larosedanslantiq00jore/larosedanslantiq00jore_djvu.txt et https://archive.org/stream/anthologieproven00bayluoft/anthologieproven00bayluoft_djvu.txt
- ↑ Prosper Gueranger, l'Année liturgique, Samedi Sitientes 446
Tu Solis et Roris, Panis et Pastoris,
Genitrix es facta.
Virginum regina,
Rosa sine spina,
- ↑ Manuel des œuvres de bronze et d'orfèvrerie du Moyen Âge Adolphe Napoléon Didron
Annexes
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Charles Joret, La rose dans l'antiquité et au Moyen Âge: histoire, légendes et symbolisme (lire en ligne), chap. III, p. 245-257
- (en) Anne Winston-Allen, Stories of the rose: the making of the rosary in the Middle Ages,
- P. Henri-Dominique Laval (préf. François Mauriac), Le Rosaire : ou les Trois mystères de la rose, Paris, Éditions d'histoire et d'art, Plon, .
- (en) Jean Delumeau et Matthew O'Connell, History of paradise: the Garden of Eden in myth and tradition, (ISBN 0252068807).
- François Louvel, O.P., Rose Mystique, L'eau Vive, Éditions de l'Abeille, .
- M. Boval, Les litanies de Lorette: historique, symbolisme, richesses doctrinales, .
Articles connexes
[modifier | modifier le code]- Sanctuaire de Lourdes
- Immaculée conception
- Litanies de Lorette
- Rosaire
- Angelus Silesius, poète mystique connu notamment pour quelques vers où la symbolique de la rose apparaît, dans son recueil Le Pèlerin Chérubinique.
- La Rose de personne, recueil de poésie philosophique de Paul Celan, d'inspiration juive, employant une symbolique similaire.
Liens externes
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- Bibliographie du Rosarius, Arlima
- Le Secret Admirable du Très Saint Rosaire pour se convertir et se sauver, de saint Louis-Marie Grignion de Montfort, sur livres-mystiques.com