Histoire de la République centrafricaine

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La majorité des habitants de la Centrafrique se sont installés sur ce territoire depuis la seconde moitié du XVIIIe siècle. Les populations de langue soudanaise ont ainsi à cette période migré vers les forêts, pour fuir l'arrivée des guerriers peuls et les marchands d'esclaves. L'esclavage a été malgré tout un fléau omniprésent dans les plateaux de Centrafrique durant le XIXe siècle. Le pays a par la suite été annexé par les expéditions arabes de Bahr al-Ghazal.

Les temps anciens[modifier | modifier le code]

Les premiers habitants d´un pays autrefois totalement couvert par la forêt étaient les pygmées babingas, suivis par les Bantous et les Peuls.

La traite arabe dans le nord-est[modifier | modifier le code]

Au cours du XIXe siècle, la ville de Khartoum devient un centre très important du trafic d'esclaves, organisé par des compagnies de trafic d'or et d'esclaves, les « Khartoumies »[1]. Al-Zubeir Rahma Mansour, seigneur de la guerre marchand d'esclaves, prend le contrôle des zaribas puis Rabah, un de ses lieutenants, se taille dès 1880 un royaume esclavagiste entre les bassins de l'Oubangui et du Nil (pays des Kreich et du Dar Banda, au sud du Ouaddaï)[1].

Mohamed es-Senoussi, son neveu, devient sultan du Dar El-Kouti, dans le nord de la Centrafrique, d'où il lance des raids esclavagistes[1].

Il reste d'abord fidèle à Rabah. Toutefois, lorsque le Français Paul Crampel, à la tête d'une mission d'exploration, atteint son camp au mois d', le sultan, qui veut l'empêcher de continuer sa route jusqu'au Ouaddaï où il aurait pu rencontrer Rabah et le ravitailler en armes, le fait exécuter le et s'approprie ses armes[1]. Peu de jours après, il attaque un deuxième contingent, mené par Gabriel Biscarrat. Mohammed es-Senoussi récupère les armes et les munitions de cette deuxième mission, ce qui lui permet de mettre fin à sa dépendance de Rabah[1].

Le Tata fortifié du sultan Sénoussi, son palais fortifié, est édifié sur la colline surplombant la ville de Ndélé, à partir duquel il ravitaille les marchés d'Afrique du Nord en esclaves[2].

Il poursuit ensuite ses raids esclavagistes le long de la rivière Ouaka, qui déciment le pays banda jusqu'en 1910 avec la complicité passive de la France. Il est finalement tué par les Français en 1911. Ces razzias ont des conséquences désastreuses sur les populations septentrionales de l'Oubangui-Chari[1], même elles s'opèrent grâce à des alliances plus ou moins durables conclues avec des groupes locaux[1].

La période coloniale (1895-1959)[modifier | modifier le code]

L'Oubangui-Chari vers 1910.

L'Oubangui-Chari est l'une des dernières taches blanches des cartes géographiques à partir desquelles les puissances européennes se partagent le continent africain.

Georges Grenfell, un pasteur d'origine britannique, est le premier à dresser la carte du fleuve Oubangui et à atteindre en 1885 le site qui va devenir celui de l'actuelle capitale Bangui[1].

En 1885, des explorateurs belges découvrent le fleuve Oubangui. Le territoire ainsi découvert est partagé entre la France et la Belgique de part et d'autre du fleuve qui marque ainsi la frontière entre ces deux puissances coloniales.

En 1889, sur la rive droite de l'Oubangui est fondé le poste de Bangui, qui deviendra en 1985 la capitale de la République centrafricaine.

Plusieurs missions ont lieu dans les années 1890, dont celle conduite par Paul Crampel, qui atteint le camp de Mohamed es-Senoussi, Jean Dybowski, Casimir Maistre, et François-Joseph Clozel, en plus de la célèbre expédition Marchand[1].

En 1905, l'Oubangui-Chari devient une colonie française, dont la population est exploitée.

En 1910, elle est intégrée à l'Afrique-Équatoriale française. La moitié du territoire est distribuée en concessions, cotées en bourse et confiées à des exploitants qui recherchent le seul profit. Face à cette hégémonie, les missionnaires apparaissent comme de grands défenseurs du peuple.

De 1928 à 1931, la guerre du Kongo-wara fait rage dans la région, les populations sont soutenues activement par les missionnaires et refusent le travail forcé imposé dans les concessions.

La figure emblématique de l'indépendance du pays est l'abbé Barthélemy Boganda, qui meurt en pleine campagne électorale, dans un accident d'avion le .

L'indépendance[modifier | modifier le code]

La République centrafricaine est proclamée le . Le le pays accède à l'indépendance. Après la mort accidentelle du père de l'indépendance centrafricaine, Barthélemy Boganda en 1959, Abel Goumba semble être son successeur mais David Dacko, soutenu par la France, devient le premier président de la république en 1960. Il instaure très vite un régime dictatorial et commet l'erreur de se rapprocher de la Chine. La France se décide alors de soutenir le chef d'état-major de l'armée centrafricaine, Jean-Bedel Bokassa.

Le régime Bokassa (1965-1979)[modifier | modifier le code]

En 1965, lors du « coup d'État de la Saint-Sylvestre », Jean-Bedel Bokassa renverse son cousin David Dacko et prend le pouvoir. Le , il devient l'empereur Bokassa Ier. Il met alors en place une politique très répressive dans tout le pays. En , l'opération Caban, organisée par la France, renverse Bokassa et l'opération Barracuda remet au pouvoir David Dacko. En effet, depuis quelque temps Bokassa se rapprochait de plus en plus de Kadhafi dont la politique au Tchad est en contradiction complète avec les intérêts français.

Le régime Kolingba (1981-1993)[modifier | modifier le code]

David Dacko réinstaure la République et rétablit les libertés fondamentales.

En , le général André Kolingba, profitant d'une période d'agitation sociale, contraint David Dacko par un coup d'État à lui remettre le pouvoir et instaure un régime militaire fortement influencé par le colonel Mantion, l'officier de renseignement français qui dirige aussi la garde présidentielle. Au début des années 1990, Kolingba est peu à peu lâché par la France qui lui reproche un régime trop dictatorial et incompatible avec les objectifs du discours de La Baule du président François Mitterrand en 1990.

En 1993, des mutins finissent par contraindre Kolingba à organiser des élections, organisées la même année. Ange-Félix Patassé est élu président de la République.

L'ère de l'instabilité (1993-aujourd'hui)[modifier | modifier le code]

La Centrafrique connait depuis le milieu des années 1990 un cycle de soulèvements politico-militaires qui ont profondément déstabilisé l’environnement politique du pays.

En 1996, le président élu Ange-Félix Patassé est menacé par une série de trois mutineries au sein des Forces armées centrafricaines (FACA), qui l’amènent à demander l’intervention de l’armée française.

Cette crise ouvre une période dans laquelle l’instabilité devient progressivement chronique dans le pays.

Si les accords de Bangui de semblent mettre un terme aux conflits et le scrutin présidentiel de 1999 ouvre la voie d'un deuxième mandat à Ange-Félix Patassé, en 2001, l’ancien président André Kolingba tente un coup d’État contre le président Patassé le que seule l’intervention de la Libye et des combattants du Mouvement de libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba permet de contrer.

De nouvelles périodes de troubles suivront et le général François Bozizé, ancien chef d’état-major des forces armées centrafricaines, est impliqué dans un putsch avorté en contre le président Patassé et doit fuir au Tchad le .

Malgré l'intervention de la communauté internationale, Ange-Félix Patassé est finalement renversé le par François Bozizé grâce à une rébellion dont l'élément central est constituée par plusieurs centaines de « libérateurs », qui sont souvent d’anciens soldats tchadiens ayant repris du service avec l’assentiment d’Idriss Déby. Une bonne partie des « libérateurs » retournera au Tchad en 2003 ou 2004, d'autres intégreront les forces de sécurité ou se reconvertiront dans le commerce sur le grand marché PK5[3].

Après des élections plusieurs fois reportées, le général Bozizé est élu président de la République au second tour le . Toutefois, le coup d’État de François Bozizé, en 2003, a déchaîné un cycle de rébellion dans lequel le pays est toujours plongé en 2019[4].

La première guerre civile (2004-2007)[modifier | modifier le code]

La deuxième guerre civile (2012-2013)[modifier | modifier le code]

En décembre 2012, le pays est à nouveau dans une situation insurrectionnelle. Une coalition rebelle prenant le nom de Séléka (Alliance en langue sango) s'est constituée contre le régime de Bozizé. Réunissant au moins trois mouvements préexistants, cette coalition, qui dispose de troupes bien armées et disciplinées, a pris le contrôle de la ville diamantifère de Bria le , avant de progresser rapidement vers la capitale[5]. Le président Bozizé espéra un temps obtenir un soutien militaire de la France ou des États-Unis[6], mais ces deux pays choisissent de ne pas intervenir. En , les rebelles de la coalition Séléka reprennent les hostilités et finissent par chasser Bozizé du pouvoir le . Le chef de la Seleka Michel Djotodia s'auto-proclame président de la République[7]. Incapable de rétablir l'ordre, la situation s'enlise et la crise débouche sur des affrontements inter-communautaires.

L'État fantôme (2013-aujourd'hui)[modifier | modifier le code]

Face au risque de génocide, la France annonce, le , l'envoi d'un millier de soldats pour rétablir la sécurité dans le pays[8]. Le , par la résolution 2127, le conseil de sécurité des Nations unies autorise le « déploiement de la Mission internationale de soutien à la Centrafrique sous conduite africaine (MISCA) pour une période de 12 mois » officiellement pour mettre fin à la « faillite totale de l'ordre public, l'absence de l'état de droit et les tensions interconfessionnelles »[9]. La MISCA est appuyée par des forces françaises (opération Sangaris), autorisées à prendre « toutes les mesures nécessaires ».

Le , le président de la transition centrafricaine Michel Djotodia et son premier ministre Nicolas Tiangaye annoncent leur démission lors d'un sommet extraordinaire de la communauté économique des États de l'Afrique centrale (CEEAC)[10],[11]. Le , le conseil national de transition de la République centrafricaine élit Catherine Samba-Panza comme chef de l'État de transition de la République centrafricaine[12].

Le médiateur Denis Sassou Nguesso, obtient de haute lutte que le gouvernement organise une conférence à Brazzaville en juillet visant à obtenir une cessation des hostilités. Organisée dans des conditions chaotiques, celle-ci aboutit le à un accord obtenu aux forceps entre les belligérants[3]. En dépit de cet accord, le pays est divisé en régions contrôlées par des milices, « sur lesquelles ni l’État ni la mission de l’ONU n’ont prise »[13].

Une élection présidentielle est organisée en décembre 2015 et janvier 2016. Faustin-Archange Touadéra arrive deuxième du premier tour avec 19 % des voix, derrière son opposant, Anicet-Georges Dologuélé qui arrive en tête avec 23,7 %. Il est finalement élu président de la République à l'issue du deuxième tour, avec 62,7 % des suffrages contre 37,3 % à Anicet-Georges Dologuélé[14]. Ce nouveau président de la République lance un processus de réconciliation nationale afin de rendre justice aux victimes des guerres civiles, la plupart déplacées à l'intérieur et à l'extérieur du pays. Pour ce faire, il charge par décret son ministre conseiller, Regina Konzi Mongot, d'élaborer le Programme national de réconciliation nationale et de paix, proposé en décembre 2016, adopté en séance tenante à l'unanimité par les organismes internationaux. Pour autant, en juin 2017, les affrontements à Bria, dans le centre-est du pays, font une centaine de morts[15]. Par ailleurs, un comité est également mis en place afin de juger les principaux acteurs et dédommager les victimes. Le , l'État centrafricain signe avec les 14 principaux groupes armés du pays un nouvel accord de paix négocié en janvier à Khartoum[16].

Malgré cet accord, 80% du territoire reste contrôlé par des groupes armés et les massacres de populations civiles continuent[17].

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dias-Briand Marie-Christine, “Les Archives du Docteur Briand. L’Oubangui en 1898-1900”. Recherches centrafricainesno  18, p.  165-178 Institut d’histoire des pays d’Outre-mer, Aix-en-Provence.1984
  • Pierre Kalck, Histoire centrafricaine : des origines à 1966, L'Harmattan, Paris, 1992 (2e éd.), 353 p. (ISBN 2-7384-1556-3) (texte abrégé d'une thèse d'État de Lettres, Paris, 1970)
  • Yarisse Zoctizoum, Histoire de la Centrafrique, L'Harmattan, Paris, 1983-1984, 2 vol., tome I, 1879-1959, 300 p. ; tome II, 1959-1979, 382 p. (texte remanié d'une thèse de 3e cycle soutenue à Paris 7 en 1981, sous le titre La formation socio-économique de la R.C.A. de 1879 à 1979)
  • Andrea Balogh – János Besenyő – Péter Miletics – Dávid Vogel: La République Centrafricaine
  • Marie-Christine Lachèse, en coll. avec Bernard Lachèse, DE L'OUBANGUI À LA CENTRAFRIQUE, la construction d'un espace national, L’Harmattan, coll. HISTOIRE AFRIQUE SUBSAHARIENNE République centrafricaine, , 352 p.     (ISBN 978-2-343-05854-2)
  • Jean-Pierre Tuquoi, Oubangui-Chari, le pays qui n’existait pas, La Découverte, 272 pages, 2017[18]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f g h et i Andrea Ceriana Mayneri, Sorcellerie et prophétisme en Centrafrique : L'imaginaire de la dépossession en pays banda, Paris, Karthala, , 264 p. (ISBN 978-2-8111-1101-4, lire en ligne), p. 30-34
  2. Le Tata (palais fortifié) du sultan Senoussi, les grottes de Kaga-Kpoungouvou, la ville de Ndélé
  3. a et b Roland Marchal, « Premières leçons d’une « drôle » de transition en République centrafricaine », Politique africaine, vol. 3, no 139,‎ , p. 123-146 (lire en ligne, consulté le 22 octobre 2018).
  4. Louisa Lombard, « Rébellion et limites de la consolidation de la paix en République centrafricaine », Politique africaine, vol. 1, no 125,‎ , p. 189-208 (lire en ligne)
  5. [1]
  6. Bozizé appelle à l'aide Paris et Washington face aux rebelles
  7. [2]
  8. Le Point - 26/11/2013 - Centrafrique : pourquoi la France entre en guerre
  9. « RCA : le Conseil de sécurité autorise le déploiement de la MISCA, avec l'appui des forces françaises », sur http://www.un.org, Centre d'actualités de l'ONU, (consulté le 7 décembre 2013)
  10. Rémy Ourdan, Cyril Bensimon, « En Centrafrique, le président Michel Djotodia est sur la sellette », Le Monde,
  11. « Centrafrique: le président Michel Djotodia et son Premier ministre Nicolas Tiangaye ont démissionné », AFP,
  12. Centrafrique: la maire de Bangui élue présidente de transition, lexpress.fr, le 20 janvier 2014.
  13. « Bria, cité disloquée par les groupes armés, symbole de la Centrafrique », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  14. « Centrafrique : Touadéra élu président », Le Figaro,‎ (lire en ligne)
  15. « Centrafrique: une centaine de morts à Bria », Le Journal de Montreal,‎ (lire en ligne)
  16. Mathieu Olivier, « Centrafrique – Décentralisation, justice et nouveau gouvernement : ce que contient l’accord de paix », Jeune Afrique,‎ (lire en ligne)
  17. « RCA : 34 personnes tuées dans des attaques du groupe armé 3R », Radio France internationale,‎ (lire en ligne)
  18. « Jean Pierre Tuquoi : la Centrafrique, ce pays qui n'existe pas - Mondafrique », sur Mondafrique, (consulté le 7 août 2020).