Jean-Pierre Bemba

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Jean-Pierre Bemba Gombo
Jean-Pierre Bemba 2006, VOA.jpg
Fonctions
Vice-président de la République démocratique du Congo
-
Sénateur
Biographie
Naissance
Voir et modifier les données sur Wikidata (55 ans)
BokadaVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activité
Père
Autres informations
Parti politique
Condamné pour
Lieu de détention
United Nations Detention Unit (en)Voir et modifier les données sur Wikidata

Jean-Pierre Bemba Gombo, né le à Bokada dans la province de l'Équateur, est un homme politique de la République démocratique du Congo. Il a été vice-président de la République durant la période de transition après avoir été dirigeant d’un mouvement de rébellion. Il est le fils de l'homme d'affaires Jeannot Bemba Saolona. Il a installé son quartier général à Gbadolite, dans la province de l'Équateur, ancien fief de Mobutu Sese Seko.

Surnommé le chairman, il est le fondateur et l'actuel homme fort du Mouvement de Libération du Congo (MLC) qu'il représentait, en tant que vice-président, au sein du Gouvernement de transition depuis le . Il est sénateur depuis 2007, malgré sa détention à La Haye, aux Pays-Bas, pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité dont il est déclaré coupable le 21 mars 2016[1]. Il a fait appel de cette condamnation le 28 septembre 2016.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il est issu de l'entourage de l'ancien président Mobutu Sese Seko, auquel il est apparenté (sa sœur est l'épouse d'un des fils de l'ancien président, Nzanga Mobutu). Père de cinq enfants, cet homme mesurant 1,90 m[2] a fait ses études secondaires au collège Boboto à Kinshasa, et ses études supérieures à Bruxelles en Belgique, où il est licencié en sciences commerciales et consulaires de l'ICHEC au côté d'Olivier Kamitatu. Il a travaillé dans leurs entreprises familiales.

En 1997, il s'exile lors de la prise du pouvoir par l'Alliance des Forces démocratiques pour la Libération du Congo (AFDL) menée par Laurent-Désiré Kabila. En 1998, il crée le Mouvement de Libération du Congo (MLC) et son bras armé, l'Armée de Libération du Congo (ALC) avec le soutien des troupes ougandaises.

En 2002, le président de la République centrafricaine, Ange-Félix Patassé, fait appel à Bemba, dans le but de l'aider à soutenir son régime contre un coup d'État. Lors de cette intervention, ses soldats sont réputés s'être livrés à des exactions : vols, viols, pillages[3].

Il démet de leurs fonctions les miliciens qui ont été accusés d'avoir contraint sous la menace d'armes des femmes pygmées à cuisiner puis manger leurs maris. Un an plus tard, d'autres pygmées qui sont ceux qui étaient supposés avoir été mangés comparaitront vivants devant la presse. C'est l'affaire de « Mambasa ».[réf. nécessaire]

Il est nommé vice-président du Gouvernement de transition dans le cadre du processus de paix le .

Candidat à la présidentielle d'octobre 2006, il arrive au premier tour à la deuxième place derrière Joseph Kabila Kabange avec plus de 20 % des suffrages exprimés. Il a réalisé de bons scores dans sa région d'origine l'Équateur, mais aussi à Kinshasa principalement dans les quartiers populaires et dans le Bas-Congo. Il se présente comme le fils du pays par rapport à son opposant Joseph Kabila traité de mupaya (un terme en langue lingala signifiant étranger), d’enfant illégitime[4].

Le 21 août 2006, alors que Jean-Pierre Bemba est en compagnie d'ambassadeurs des pays membres du Comité international d'accompagnement de la transition (États-Unis, Grande-Bretagne, France et Belgique par Johan Swinnen), ainsi que du chef de la Mission de l'Organisation des Nations unies en République démocratique du Congo et du diplomate américain William Swing, il échappe à un bombardement de sa résidence par la Garde Présidentielle. Deux enquêtes ont été ouvertes par les deux parties en présence (les forces de Joseph Kabila et de Jean-Pierre Bemba) pour déterminer les raisons du bombardement. Deux hypothèses s'affrontent: un coup monté par les miliciens de Bemba qui auraient kidnappé deux policiers afin de provoquer un accrochage en présence des occidentaux; ou une attaque délibérée et un dérapage des militaires de Kabila, voire une tentative d'assassinat.

Au deuxième tour, il arrive en tête à Kinshasa, dans l'Équateur, dans le Bas-Congo, dans le Bandundu et dans les deux Kasaï. Cependant, au niveau national, il n'obtient que 42 % des suffrages exprimés. Il introduit plusieurs recours auprès de la Cour suprême, mais il n'obtient pas gain de cause.

Jean-Pierre Bemba a été élu sénateur lors des élections sénatoriales du 19 janvier 2007[5].

Violences de mars 2007 et exil[modifier | modifier le code]

Après sa défaite face à Joseph Kabila lors de la présidentielle d'octobre 2006, Jean-Pierre Bemba s'était engagé à mener une « opposition républicaine » au gouvernement de celui-ci. Son refus de fondre sa garde personnelle au sein de l'armée gouvernementale, au début 2007, l'a conduit à un affrontement direct avec le pouvoir.

Une altercation avec la garde rapprochée de Bemba a conduit le à des combats aux environs de la résidence de Bemba (promenade de la Raquette à Gombe) et de ses bureaux (milieu du boulevard du 30 juin)[6].

Les gardes de Bemba n'avaient pas obéi à un ultimatum dont le terme avait été fixé au 15 mars d'accepter leur incorporation à l'armée régulière, craignant pour la sécurité de Jean-Pierre Bemba[7]. Bemba a ensuite appelé au cessez-le-feu, et trouvé refuge en l'ambassade d'Afrique du Sud[8]. Avec la poursuite des combats le 23 mars, un mandat d'arrêt a été lancé contre Jean-Pierre Bemba désormais accusé de haute trahison[9]. Ces affrontements ont fait plus de 200 morts à Kinshasa.

Jean-Pierre Bemba a quitté la République démocratique du Congo le 11 avril 2007 pour se rendre au Portugal, officiellement pour y soigner une vieille blessure à la jambe.

Justice internationale[modifier | modifier le code]

L´affiche de Bemba à Bruxelles

Jean-Pierre Bemba est la cible de la justice internationale depuis de nombreuses années. En 2003, une cour belge le condamnait par contumace à un an de prison ferme pour « traite d'êtres humains ». Procès qui s'est conclu par un non-lieu.

II est arrêté à Bruxelles le 24 mai 2008 à la suite d'un mandat établi la veille par la Cour pénale internationale aux Pays-Bas, en raison d'accusations de crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis lors des incursions de ses troupes en République centrafricaine pendant la période allant du 25 octobre 2002 au 15 mars 2003[10]. Il est ensuite transféré à La Haye le 3 juillet 2008[11].

Le 4 juillet 2008 à 15 heures, Bemba comparaît pour la première fois devant les juges de la chambre préliminaire présidée par la juge président malienne Fatoumata Dembele Diarra. Les avocats de Bemba n'ont pas demandé la mise en liberté provisoire de leur client, attendant d'être en possession de toutes les pièces transmises par le procureur avant de se prononcer. L'audience de confirmation de charges initialement prévue pour le 4 novembre 2008[12], a été reportée à la demande du Procureur Moreno Ocampo au 8 décembre 2008, pour être une nouvelle fois reportée à la demande de la CPI, pour empêchement lié à des motifs familiaux de l'un des juges.

Une audience pour confirmation des charges s'est tenue du 12 au 15 janvier 2009 [13]. Le 15 juin 2009, les juges confirment que la preuve est suffisante pour accuser Bemba de deux chefs d'accusation pour crimes contre l'humanité et de trois chefs d'accusation pour crimes de guerre[14].

Le procès de Bemba a débuté à La Haye le 22 novembre 2010 et s'est terminé le 13 novembre 2014[15]. En attente de sa sentence, il est aussi jugé dans un deuxième procès pour subornation de témoin[16]. Le , après avoir siégé 330 jours et auditionné 77 témoins, la CPI le déclare coupable de crimes de guerre (meurtre, viol et pillage) et crimes contre l'humanité (meurtre et viol)[17]. D'après la CPI, il « savait que les forces placées sous son autorité et son contrôle effectifs commettaient ou allaient commettre les crimes visés par les charges »[17]. La Cour pénale internationale condamne le 21 juin 2016 l'ancien vice-président congolais Jean-Pierre Bemba à 18 années de prison pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité[15]. Il devient la personnalité la plus haut placée à être condamnée par la CPI jusqu'à présent[18].

Le 28 septembre 2016, Jean-Pierre Bemba saisit la Chambre d'appel de la CPI d’un recours contre sa condamnation à 18 ans d’emprisonnement, citant de nombreuses erreurs de procédure et de droit dans le jugement, et alléguant des violations au droit à un procès équitable[19],[20]. Le 4 mai 2017, il dépose un recours contre sa condamnation pour interférence avec des témoins, exposant de nombreuses erreurs factuelles et juridiques de la part de la Chambre de première instance, et une activité d'enquête illégale par le bureau du procureur de la CPI. Le jugement d'appel dans les deux affaires est en attente.

Vie privée[modifier | modifier le code]

Il est marié à Lilia Teixeira avec qui il a eu cinq enfants.

Ouvrage[modifier | modifier le code]

  • Le choix de la liberté aux éditions Venus, Gbadolite.

Notes et références[modifier | modifier le code]


  1. (en) « Bemba Case », sur www.icc-cpi.int (consulté le 15 mai 2017)
  2. 10.000 pages pèsent, Bemba paie les pots cassés, CongoPlanète, 13 janvier 2009
  3. « Les armes de Kadhafi », sur rfi.fr,
  4. « Pourquoi J. Kabila et JP Bemba au second tour » (version du 4 mai 2009 sur l'Internet Archive), Le Potentiel, 21 août 2006.
  5. Jean-Pierre Bemba élu sénateur, Xinhua, 20 janvier 2006 relatant des informations de Radio Okapi (République démocratique du Congo)
  6. « Sustained gunfire reported in Congo's capital », sur Associated Press,
  7. Eddy Isango, « Congolese armies not backing down », sur Associated Press,
  8. (en)DR Congo rebel chief seeks refuge, BBC News, 23 mars 2007
  9. « Bemba: Wanted for high treason », sur Reuters,
  10. « Jean-Pierre Bemba arrêté par la CPI: les crimes sexuels commis en République centrafricaine ne resteront pas impunis », Cour pénale internationale,
  11. L'ex-rebelle Bemba, de la vice-présidence de RDC à la CPI, La Libre Belgique, 3 juillet 2008
  12. « Première comparution du Congolais Bemba devant les juges de la CPI » (version du 14 juillet 2008 sur l'Internet Archive), AFP, 5 juillet 2008
  13. « Les 50 personnalités qui font la RD Congo : Jean-Pierre Bemba, président du Mouvement de libération du Congo (MLC) », sur Jeune Afrique,
  14. « Cour Pénale Internationale : Situation en République Centrafricaine », sur Icc-cpi.int,
  15. a et b Affaire Le Procureur c. Jean-Pierre Bemba Gombo sur le site de la Cour pénale internationale
  16. Affaire Le Procureur c. Jean-Pierre Bemba Gombo, Aimé Kilolo Musamba, Jean-Jacques Mangenda Kabongo, Fidèle Babala Wandu et Narcisse Arido sur le site de la Cour pénale internationale
  17. a et b « RCA : Bemba reconnu coupable de crimes de guerre par la CPI », sur zamanfrance.com, (consulté le 22 mars 2016)
  18. Jason Burke, « Jean-Pierre Bemba sentenced to 18 years in prison by international criminal court », theguardian.com, 21 juin 2016.
  19. « Public Redacted Version of Appellant’s document in support of the appeal » (consulté le 10 mai 2017)
  20. (en) « Bemba Lays Out Grounds for Appeal Against ICC Conviction », sur www.ijmonitor.org (consulté le 10 mai 2017)