Heinrich Brüning

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Heinrich Brüning
Image illustrative de l'article Heinrich Brüning
Fonctions
Chancelier du Reich
Président Paul von Hindenburg
Gouvernement Brüning I et II
Prédécesseur Hermann Müller
Successeur Franz von Papen
Ministre des Affaires étrangères
Chancelier Lui-même
Gouvernement Brüning II
Prédécesseur Julius Curtius
Successeur Konstantin von Neurath
Ministre des Finances
Chancelier Lui-même
Gouvernement Brüning I
Prédécesseur Paul Moldenhauer
Successeur Hermann Dietrich
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Münster (Empire allemand)
Date de décès (à 84 ans)
Lieu de décès Norwich (Vermont)
(États-Unis)
Nationalité Allemand
Parti politique Zentrum
Diplômé de Université Louis-et-Maximilien de Munich
Université rhénane Frédéric-Guillaume de Bonn
London School of Economics

Heinrich Brüning
Chanceliers d'Allemagne

Heinrich Brüning Prononciation du titre dans sa version originale Écouter, né le à Münster (Allemagne) et mort le à Norwich (États-Unis), est un homme d'État allemand. Membre du Zentrum, il est chancelier entre 1930 et 1932.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né à Münster en Westphalie, Heinrich Brüning poursuit ses études secondaires au Gymnasium Paulinum, puis étudie la philosophie, l’histoire, le droit et l’économie avant d’exercer les fonctions d’agent d’affaires de la confédération syndicale chrétienne allemande (1921-1930). Il est député au Reichstag (1924-1933), et finalement président du groupe parlementaire centriste (1929-1930 et 1932-1933) jusqu'à sa dissolution par Adolf Hitler. Il exerce les fonctions de chancelier de 1930 à 1932. Il fait interdire, pendant son mandat, le corps franc des SA. Il fuit l'Allemagne en 1934 et s'installe aux États-Unis.

Chancelier du Reich[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Cabinet Brüning I et Cabinet Brüning II.
Heinrich Brüning en 1932.

Le , Hindenburg, le président de la République de Weimar, le nomme chancelier. Brüning forme un gouvernement minoritaire soutenu par les partis du centre. Ses objectifs principaux sont le règlement de la question des dédommagements votés par les vainqueurs de la Première Guerre mondiale au traité de Versailles, la résorption du chômage, et l’assainissement du budget de l’État par une politique déflationniste. Initialement il prend la direction du ministère des Finances. En , pour contourner le blocage parlementaire des partis radicaux, Brüning instaure en vertu de l'article 48 de la nouvelle Constitution de Weimar, un gouvernement par « décrets présidentiels » de tendance autoritaire. Le Reichstag s'y oppose, ce qui conduit Brüning à faire dissoudre l'assemblée, espérant ainsi recueillir un meilleur soutien après des élections. Cette manœuvre est un échec : après les élections du nouveau Parlement (septembre 1930), au cours desquelles le Parti nazi (NSDAP) passe de 14 à 107 députés, Brüning doit former un gouvernement minoritaire avec l'appui du parti social-démocrate (SPD), dont Hindenburg est un ennemi. Brünnig doit cependant toujours composer avec le soutien du président de la République pour la signature des décrets-lois.

Dans le contexte aggravé de la crise mondiale du crédit, ayant éclatée à Wall-Street un an plus tôt, Brüning tente encore d’imposer des mesures déflationnistes et un retour à l'agriculture. Ces mesures sont très impopulaires dans le cadre de la montée inexorable du nationalisme allemand, qui remet en cause les restrictions du traité de Versailles.

Selon l'analyse keynésienne, les politiques restrictives de Brüning dans un contexte de diminution de la demande (baisse de la part des chômeurs indemnisés de 52,9 % à 15,4 % entre avril 1930 et avril 1932, baisse des loyers de 10 %, baisse du traitement des fonctionnaires de 20 %, hausses d'impôts, etc.), accrurent dramatiquement les effets de la crise. Ces baisses forcées des prix, des aides sociales, et des salaires qui se voulaient permettre une amélioration de la compétitivité, pousser les chômeurs à l'emploi pour des salaires plus faibles, et améliorer les conditions de l'offre, eurent un effet encore plus rapide de baisse du pouvoir d'achat. Et donc de baisse de la demande anticipée par les employeurs ainsi que de leur chiffre d'affaires. De là, de baisse de leur production et de la quantité de main d’œuvre qu'ils utilisaient.

Le nombre de chômeurs passa de 3,5 millions courant 1930 à 6 millions un an et demi après. Dans le même temps la production industrielle se contracta de plus d'un tiers de son par rapport à son volume de 1930. Et Gabriel Ardant et Pierre Mendès-France de commenter : "Ces six millions de chômeurs, la crainte de ceux qui travaillaient encore et celle des chefs d'entreprise furent une des causes de la prise de pouvoir par Hitler. Rarement l'application d'un système scientifique erronée [la théorie néoclassique du chômage] eut de plus vaste et de plus désastreuses conséquences ! "[1]

Brüning ne peut plus s'opposer efficacement à l’extrême droite (NSDAP) et à sa propagande nationaliste ou endiguer la radicalisation des combats avec l’extrême gauche (KPD, parti communiste). Dans une dernière tentative de rétablir l'ordre social, il prononce la dissolution des S.A. et S.S., ces corps paramilitaires allemands créés par Hitler en 1921 et crédités entretemps de 400 000 hommes. Cette prise de position conduit pourtant le président Hindenburg à exiger la démission de ses fonctions de chancelier (), sur conseil du général von Schleicher. Son successeur désigné, Franz von Papen, tentera alors, avec l'aide de von Schleicher, d'instrumentaliser les idées nazies, et sera dès lors chargé par Hindenburg de former le nouveau gouvernement avec l'appui de Hitler. Hitler imposera en échange la réhabilitation des SA et SS.

En , Brüning est élu chef du parti centriste, et von Papen en est exclu. Le parti lui-même est dissout en juillet, quand Hitler, qui était devenu chancelier le grâce à l'invitation de von Papen, décrète l'illégalité de tout autre parti que la NSDAP.

En 1934, Brüning émigre aux États-Unis, où il enseigne les sciences économiques à l’université Harvard, à partir de 1937. Après la Seconde Guerre mondiale, il revient en Allemagne où il enseigne les sciences politiques à l'université de Cologne (1951-1954) avant de retourner aux États-Unis, où il finit sa vie.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Larousse encyclopédique en couleurs, France Loisirs, 1978.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre Mendès-France, Gabriel Ardant, Science économique et lucidité politique, Gallimard, , 381 p., p. 84

Annexes[modifier | modifier le code]

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