Hjalmar Schacht

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Hjalmar Schacht
Hjalmar Schacht, en 1931.
Hjalmar Schacht, en 1931.
Fonctions
Ministre du Reich à l'Économie
Prédécesseur Kurt Schmitt
Successeur Hermann Göring
Président de la Reichsbank
Prédécesseur Rudolf Havenstein
Successeur Hans Luther
Prédécesseur Hans Luther
Successeur Walther Funk
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Tinglev (Empire allemand)
Date de décès (à 93 ans)
Lieu de décès Munich (République fédérale allemande)
Parti politique Aucun
(membre honoraire du NSDAP)
Diplômé de Université de Kiel
Profession Banquier
Économiste

Hjalmar Schacht (prononcez Yalmar Charte[1]), né à Tinglev (aujourd'hui au Danemark) le 22 janvier 1877 et mort à Munich le 3 juin 1970, est un financier allemand, créateur du Rentenmark (1923), président de la Reichsbank (1924-1930 et 1933-1939) et ministre de l'Économie du Troisième Reich (1934-1937).

Ministre des finances et conseiller particulier d'Adolf Hitler depuis son accession au pouvoir jusqu'en 1943, promoteur de la politique économique mercantiliste de redressement de l'Allemagne à partir de 1933, il fut inculpé, puis acquitté par le Tribunal de Nuremberg.

Biographie[modifier | modifier le code]

Hjalmar Horace Greeley Schacht est le fils d'un riche négociant allemand, revenu de son émigration aux États-Unis où celui-ci a passé une partie de son enfance.

Début de carrière[modifier | modifier le code]

Après avoir reçu une éducation très éclectique au cours de laquelle il étudie la philosophie, notamment à la Sorbonne, il obtient un doctorat d'économie à l'université de Kiel, avec une thèse sur le mercantilisme. Il commence une carrière à la Dresdner Bank, en 1903 et deviendra son directeur adjoint en 1909. En 1908, il est initié en franc-maçonnerie dans la loge de Berlin Urania zur Unsterblichkeit[2]. Pendant la Première Guerre mondiale, il est parmi les organisateurs de l'économie de guerre.

Après la défaite, Schacht contribue principalement à juguler l'hyperinflation et à créer une nouvelle monnaie, le rentenmark, puis le reichsmark, lorsqu'il est commissaire à la monnaie de la République de Weimar entre la fin de 1923 et durant l'année 1924. Son système permit de facto de réduire la dette publique allemande.

Il devient ensuite président de la Reichsbank, à la demande de Friedrich Ebert, président de la République, et de Gustav Stresemann. Il contribue à l'élaboration du plan Young, destiné à réduire les réparations de guerre auxquelles l'Allemagne est astreinte après le Traité de Versailles. Mais, en raison de désaccords majeurs sur la mise en place de ce plan avec le gouvernement de coalition de Hermann Müller, il démissionne de la Reichsbank le 7 mars 1930. Il dénonce alors les conditions de mise en place du plan Young dans un livre, Das Ende der Reparationen (Pour en finir avec les réparations de guerre) qui est un succès en librairie[3]

Il se brouille avec le chancelier Heinrich Brüning (Zentrum). C'est lors d'un dîner auquel il est invité par Hermann Göring, le 5 janvier 1931 qu'il rencontre Hitler[3]. Attiré par le programme et la conviction de ce dernier, sentant qu'il peut jouer un rôle et assurer ainsi sa propre carrière, il se rapproche du NSDAP entre 1930 et 1932, sans pour autant adhérer au parti nazi. Quelques mois avant l'accession d'Adolf Hitler au pouvoir, il aide le nazi Wilhelm Keppler à tenter de recueillir la signature de 20 industriels et banquiers pour une pétition réclamant au président Paul von Hindenburg la nomination de Hitler comme chancelier (parmi ceux-ci, seuls Fritz Thyssen et Kurt Freiherr von Schröder signent finalement cette pétition)[4].

Ministre du Troisième Reich[modifier | modifier le code]

Hjalmar Schacht et Adolf Hitler en 1936.

Au pouvoir, Hitler nomme Schacht président de la Reichsbank le 17 mars 1933, puis ministre de l'Économie en 1934.

Hjalmar Schacht décrète aussitôt le rapatriement des capitaux allemands placés à l'étranger, décision qui entraîne deux réactions : un boycott mondial des marchandises allemandes[5] et, sur la demande insistante des détenteurs de ces capitaux, l'instauration en 1934 de comptes secrets à travers un réseau bancaire extranational, dont des banques suisses.

En tant que ministre, Schacht développe une politique mercantiliste fondée sur de grands travaux comme la construction d'autoroutes financés par l'État. Il s'agit en fait de la politique lancée par von Schleicher depuis 1932 et qui n'est pas très différente du New Deal de Roosevelt à la même époque. À partir de septembre 1934, Schacht lance son « Plan nouveau », qui consiste à organiser le pays en autarcie en restreignant les importations aux seules matières premières nécessaires au réarmement et à tirer profit de la faiblesse de certains partenaires commerciaux de l’Allemagne[6].

Schacht organise de fait l'insolvabilité de l'Allemagne vis-à-vis de l'extérieur, comme il l'avait fait en 1924 sur le plan intérieur. La dette publique massive en devises étrangères que l'Allemagne avait accumulée pendant la Grande Dépression n'est pas résorbée pendant les premières années du Troisième Reich. Schacht négocie plusieurs traités commerciaux avec des pays de l'Amérique du Sud et des Balkans selon lesquels l'Allemagne peut importer des matières premières et payer en reichsmarks, ce qui donne la garantie que la dette ne s'alourdit pas, tout en permettant au gouvernement allemand de négocier la dette existante. Parmi ses créations les plus spectaculaires, il y a le « bon MEFO ». L'idée repose sur la création d'une société imaginaire, la Metallurgische Forschungsgesellschaft, m.b.H., ou « MEFO », dont les titres servent de monnaie d'échange convertible en reichmarks sur demande. Les MEFO sont surtout utilisés pour payer les industries d'armement. Les banques et les municipalités sont obligées d’acheter des bons MEFO, jusqu’à hauteur de 30 % de leur portefeuille pour les banques et de 90 % pour les municipalités et compagnies d’assurance. Ceci permet une importante augmentation de la masse monétaire, qui s’accroit de 33 % par an entre février 1933 et février 1938[6] mais qui n'est pas comptabilisée dans la dette publique (il s'agit ici d'un artifice purement comptable).

En janvier 1937, Schacht est décoré de la médaille d'or d'honneur du parti. Il est renvoyé du ministère de l'Économie à sa demande en novembre 1937, à cause de différends portant notamment sur l'importance des dépenses militaires, qui créent de l'inflation, et de relations conflictuelles avec Hermann Göring. Il conserve son poste à la tête de la Reichsbank jusqu'en 1939 et est ministre sans portefeuille jusqu'en 1943, titre essentiellement honorifique.

Résistance à Hitler et fin de carrière[modifier | modifier le code]

Accusé d'être impliqué dans l'attentat du 20 juillet 1944 contre Hitler, Schacht est interné dans divers camps de concentration (notamment Ravensbruck et Dachau) jusqu'à la fin de la guerre (il y rencontre Léon Blum dans les derniers jours de la guerre, qu'il n'avait pas vu depuis 1936). Libéré par les Alliés, il figure parmi les personnalités arrêtées et jugées lors du procès de Nuremberg où il est accusé de plan concerté ou complot et de crimes contre la paix, pour sa contribution à préparer l'économie allemande à la guerre. Parmi les accusés, il est celui qui obtient le meilleur résultat au test de QI (143) préparé par le psychiatre de la prison, Gustave Gilbert[7]. Il est acquitté et relâché en 1946, mais est à nouveau jugé par plusieurs tribunaux allemands de dénazification à partir de 1946. Si le premier d'entre eux l'a condamné à une peine de huit ans de travaux forcés, les autres l'ont classé en « catégorie 5 » (c'est à dire, relaxé pour faits de résistance). Il est libéré en 1948, et sa dénazification est achevée en 1950.

En 1953, Schacht fonde la banque Deutsche Außenhandelsbank Schacht & Co. qu'il dirige jusqu'en 1963. Il devient conseiller financier pour des pays en voie de développement comme l'Égypte de Nasser. Au sein de la République fédérale d'Allemagne, il est maintenu à l'écart du pouvoir par Konrad Adenauer mais entretient une activité de conférencier, intervenant régulièrement auprès du parti conservateur bavarois, la CSU.

Schacht meurt, à Munich, le 3 juin 1970.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • 1926: Die Reichsgesetzgebung über Münz- und Notenbankwesen
  • 1926: Die Stabilisierung der Mark (engl. 1927: The Stabilisation of the Mark, London: Allen & Unwin)
  • 1926: Die Politik der Reichsbank
  • 1926: Neue Kolonialpolitik
  • 1927: Eigene oder geborgte Währung
  • 1930: Nicht reden, handeln! Deutschland, nimm Dein Schicksal selbst in die Hand!
  • 1931: Das Ende der Reparationen, Oldenburg: Stalling
  • 1931: Das wirtschaftliche Deutschland und das Ausland
  • 1932: Grundsätze deutscher Wirtschaftspolitik
  • 1933: Zins oder Dividende? – Eine Frage an d. Welt
  • 1935: Deutschland und die Weltwirtschaft
  • 1935: Die deutsche Aktienrechtsreform
  • 1936: Deutschlands Kolonialproblem[8]
  • 1938: „Finanzwunder“ und „Neuer Plan“
  • 1948: Abrechnung mit Hitler (rororo)
  • 1949: Mehr Geld, mehr Kapital, mehr Arbeit
  • 1953: 76 Jahre meines Lebens[9] (avec Hans Rudolf Berndorff comme nègre littéraire[10])
  • 1956: Kreditpolitik und Exportfinanzierung von morgen
  • 1957: Kapitalmarkt-Politik
  • 1960: Schluss mit der Inflation
  • 1961: Diplomatische Währungspolitik
  • 1965: In Sorge um die Deutsche Mark
  • 1966: Magie des Geldes
  • 1968: 1933. Wie eine Demokratie stirbt
  • 1968: Der theoretische Gehalt des englischen Merkantilismus
  • 1970: Die Politik der Deutschen Bundesbank
Traduction en français
  • 1950: Seul contre Hitler : Abrechnung mit Hitler, traduit de l'allemand par Pierre Jutier
  • 1951: De l'or pour l'Europe. Mehr Geld, mehr Kapital, mehr Arbeit
  • 1954: Mémoires d'un magicien, traduit de l'allemand par P.-Ch. Pierre-Charles Gallet, rééd. en 2015

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Eric Mousson-Lestang, « Hjalmar Schacht, le banquier d'Hitler », La Nouvelle Revue d'Histoire, no 60, mai-juin 2012, p. 22-23
  • Jean-François Bouchard, « Hjalmar Schacht: Le banquier de Hitler », Historia, no 822, juin 2015, p. 62-66

Références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-François Bouchard, Le Banquier du diable, Max Milo éditeur, 2015.
  2. Arnaud de la Croix, Hitler et la franc-maçonnerie, Paris, Ed. Tallandier, 2014, p. 107.
  3. a et b Jean Paul Bled, Les Hommes d'Hitler, Perrin, 2015, p. 80
  4. Henry Rousso, « Le grand capital a-t-il soutenu Hitler ? », Les Collections de l'Histoire, n° 18, février 2003 ainsi que Henry Ashby Turner, German big business and the rise of Hitler, Oxford University Press, 1985, 504 p. (ISBN 9780195034929) p. 303 et 405.
  5. Le "Daily Express" du vendredi 24 mars 1933, affiche en gros titre sur sa première page : « 'Judea declares war on Germany »'.
  6. a et b Benoit Chalifoux, Schacht et Hitler contre Roosevelt : pourquoi l’austérité mène au fascisme, Solidarité et Progrès, déc. 2004 en ligne
  7. Gilbert, Gustave, Nuremberg Diaries, New York, Da Capo Press, 1947).
  8. 19 Seiten
  9. Kindler & Schiermeyer, 3. Aufl. 1953
  10. Jahn, Bruno: Die deutschsprachige Presse, Band 1, München 2005, Eintrag "Berndorff", S. 82.
  11. Les leçons ambiguës de Hjalmar Schacht, latribune.fr, 30/04/2015