Théorème de Schmidt

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Ne doit pas être confondu avec Théorème de Schmidt (théorie des groupes).

Le « théorème » de Schmidt est un slogan politique devenu célèbre, énoncé par le chancelier ouest-allemand Helmut Schmidt le 3 novembre 1974 : « Les profits d'aujourd'hui sont les investissements de demain et les emplois d'après-demain »[1].

Le principe est que sans profit, les entreprises ne peuvent pas investir. Le profit est en quelque sorte le revenu de l'entreprise, il sert à payer l'impôt sur les sociétés, les actionnaires et est utilisé comme moyen d'autofinancement.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le chancelier allemand Helmut Schmidt a laissé à la postérité cette phrase, censée justifier le passage à une politique économique ouvertement libérale, visant à réduire les salaires au risque de ralentir durablement la croissance en faisant baisser la demande et le pouvoir d'achat ainsi que les débouchés des entreprises [2] : « Les profits d'aujourd'hui sont les investissements de demain et les emplois d'après-demain ».

Le président de la République française Valéry Giscard d'Estaing cite ensuite fréquemment ce théorème après 1976, après avoir nommé premier ministre Raymond Barre, qu'il qualifie de « meilleur économiste de France ».

Dans les années 1980, le « théorème de Schmidt » est le principal support des politiques économiques[3] de « désinflation compétitive », visant à « restaurer les marges des entreprises ». D'abord motivées par les dégâts cumulés des deux chocs pétroliers, inflation et déficits de certaines entreprises, ces politiques économiques vont ensuite considérer que les bénéfices réalisés par les entreprises en haut de cycle économique, doivent rester la norme, même en bas de cycle économique : il faut les restaurer, quelle que soit la conjoncture, la variable d'ajustement étant l'emploi, qui est censé se rétablir plus tard, « après-demain ».

Critiques[modifier | modifier le code]

Ses détracteurs affirment qu'une partie des profits est utilisée par les entreprises pour des rachats d'actions visant à faire monter leurs cours de bourse. Cette stratégie de sous-capitalisation est d'autant plus fréquente que des bénéfices déjà élevés ont permis une bulle spéculative, avec l'espoir d'attirer de nouveaux investisseurs boursiers sur l'action de la société.

Selon l'économiste Liêm Hoang Ngoc, proche du Parti socialiste, la France est le pays qui a tenté d’appliquer à la lettre le « théorème de Schmidt ». Elle est, de tous les pays développés, celui où le partage des richesses entre salaires et bénéfices a été le plus favorable aux seconds[4]. Le résultat a été selon lui une forte hausse tendancielle du taux de marge des entreprises entre 1980 et 2012, qui ne s'est pas accompagnée d'une hausse, mais d'une baisse tendancielle des taux d'investissement dans la production de biens et services (hors-dividendes et rachats d'actions).

D'autres critiques portent sur le fait que les marges peuvent être utilisés en salaires, dividendes, baisse des prix de ventes ou au désendettement. De plus, l'investissement n'est forcément toujours créateur d'emplois. Mais globalement la formule de Schmidt est vérifié et c'est plutôt les profits qui sont nécessaires à l'investissement et l'investissement à l'emploi. [5]. De plus, il faut aussi considérer le fait que les dividendes peuvent être comptabilisés deux fois du fait des montages (une filiale verse des dividendes à sa holding qui distribue ensuite ces dividendes à des actionnaires, ce qui fait qu'un même dividende est comptabilisé deux fois). En prenant cela en compte, la proportion des dividendes dans le PIB est passée de 3 % dans les années 80 pour se stabiliser à environ 5 % après 2000. Aussi, la part de dividendes est variable : la crise a fait chuter leur part entre 2008 et 2010 mais ils sont aujourd'hui à leur niveau d'avant-crise. Aussi, les PME versent peu de dividendes (60 % en 1992 contre 8 % en 2011) tandis que les grandes entreprises en versent autant qu'avant la crise. Encore, les dividendes peuvent être réinvestis, et les actionnaires peuvent être des retraités à travers leur fonds de pension ou des classes moyennes. L'Etat est aussi actionnaire dans des entreprises du CAC 40 comme GDF-Suez, et en 2014, cette entreprise avait prévu de distribuer 3,6 milliards d'euros de dividendes soit 200 millions de plus que son bénéfice de 2013, car l'Etat l'avait exigé. Il en fut de même pour Renault (80 % de son bénéfice) , Orange (83 %) ou encore EDF (63 %). De plus, cette hausse de la part des dividendes recouvre un changement du mode de financement des entreprises. Jusqu'au milieu des années 90, les entreprises se finançaient grâce aux banques mais ont ensuite eu des difficultés à le faire et se sont donc tournées vers les marchés financiers (grandes entreprises), leur famille (PME et TPE), les 'business angels" (pour les start-up) et leur maison mère. En réalité, les dividendes ont remplacé les intérêts. [6]

Divergence avec la théorie libérale classique[modifier | modifier le code]

D'inspiration purement politique, le « théorème de Schmidt » ne fait pas partie de la théorie économique libérale de l'École néoclassique. Concernant la première partie du théorème, celle-ci affirme au contraire que l’investissement en capital est pratiqué jusqu'au point où son bénéfice marginal futur égale son coût marginal. Il ne dépend pas du bénéfice passé, mais du bénéfice futur, lui-même dépendant du chiffre d'affaires, qui peut être affecté en cas de réductions d'effectifs. Les entreprises recourent à l'investissement d'une manière non linéaire, les rendements étant d’abord croissants, grâce aux économies d’échelle, puis décroissants lorsqu'une rentabilité plus élevée amène d'autres sociétés à entrer sur le marché ou y investir, pour en profiter à leur tour.

Concernant la seconde partie du théorème, l'École néoclassique estime que les entreprises embauchent tant que la productivité marginale du travail, c’est-à-dire la production du dernier salarié embauché, est supérieure au salaire, quel que soit le niveau du bénéfice[7].

Notes et références[modifier | modifier le code]