Joschka Fischer

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Joschka Fischer
Illustration.
Joschka Fischer en 2014.
Fonctions
Vice-chancelier d'Allemagne
Ministre fédéral des Affaires étrangères

(7 ans et 26 jours)
Chancelier Gerhard Schröder
Prédécesseur Klaus Kinkel
Successeur Franz Müntefering
(Vice-chancelier)
Frank-Walter Steinmeier
(Affaires étrangères)
Biographie
Nom de naissance Joseph Martin Fischer
Date de naissance (72 ans)
Lieu de naissance Gerabronn (Allemagne)
Nationalité Allemande
Parti politique Alliance 90 / Les Verts

Joschka Fischer

Joseph Martin Fischer, plus connu sous le nom de Joschka Fischer, né le à Gerabronn dans le Bade-Wurtemberg, est un homme politique allemand, membre de l'Alliance 90 / Les Verts. De 1998 à 2005, il est vice-chancelier et ministre des Affaires étrangères d'Allemagne.

Biographie[modifier | modifier le code]

Joschka Fischer est le troisième enfant d'un couple d'Allemands de Hongrie qui ont quitté Budapest en 1946 après l'occupation de la Hongrie par l'Armée rouge. Ils s'installent à Langenbourg dans le Bade-Wurtemberg. Son surnom « Joschka » est dérivé de Jóska, diminutif du prénom hongrois József.

En 1965, il quitte le lycée (Gymnasium) et entame une formation de photographe qu'il arrête une année plus tard.

En 1967, il s'engage dans l'Union socialiste allemande des étudiants (SDS)[1], qu'il représente dans un voyage auprès des groupes palestiniens à l'hiver 1968-1969, remplaçant les dirigeants. Quelques semaines après ce voyage, son nom apparaít dans l'Ours du journal du SDS, peu avant la dissolution du syndicat.

Entre-temps, au printemps de 1968, il s'est rendu à Francfort pour assister aux conférences des théoriciens de la nouvelle gauche, Theodor W. Adorno, Jürgen Habermas et Oskar Negt[2]. Le lundi de Pâques, il a participé avec Edeltraud, sa première épouse, au blocus de la maison d'édition Springer à Francfort pour empêcher la livraison du journal Bild[2]. Quelques jours auparavant, Rudi Dutschke, leader du SDS, avait été victime d'un attentat à Berlin dans la rue[2].

Avec un groupe d'amis de Francfort-sur-le-Main, parmi lesquels Daniel Cohn-Bendit, il fonde en 1969 la librairie Karl-Marx et le mouvement d'extrême-gauche Revolutionärer Kampf (RK ; en français « Combat révolutionnaire »), qu'il qualifiera, en 1986, d'« anarcho-mao-spontex »[3].

En , il s'engage avec un groupe de militants dans une usine Opel de 35000 salariés, en fournissant de faux CV[4]. « Bien sûr que nous sommes communistes. Nous souhaitons empêcher cette usine de tourner (...) nous voulons tout »[4] proclame le premier bulletin d'entreprise distribué par Fischer et ses amis[4]. Six mois après leur embauche, une assemblée de 10 000 salariés est organisée à la mi-1971 par le syndicat de l'usine[4]. Joschka Fischer et ses amis ont réussi à se glisser au micro pour appeler à la grève en dénonçant l'inaction du syndicat[4]. Celui-ci coupe rapidement le son et les responsables syndicaux leur demandent de quitter le micro, mais la séquence tourne une violente bagarre à coups de chaises et de tables, qui se retrouvent en morceaux, selon Barbara Köster[4]. Le groupuscule maoïste est alors renvoyé de l'usine.

Lors de l'automne allemand (Deutscher Herbst) en 1977, le dirigeant du patronat allemand Hanns Martin Schleyer est enlevé puis tué par la Fraction armée rouge (RAF) et un avion de la Lufthansa est détourné. Ces évènements poussent Joschka Fischer à abandonner les actions violentes liées à la scène mao-spontex (« Laissez les bombes, camarades, et reprenez les pavés ! »[5]) et à se tourner vers le mouvement alternatif, puis plus tard vers le parti des Verts[3].

Il devient alors chauffeur de taxi ou vendeur à l'occasion[5].

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Joschka Fischer lors de la conférence de presse des Verts, à Bonn, lors des élections législatives, le 17 février 1983.

Entré en 1982 dans le parti écologiste die Grünen (les Verts), il devient député au Bundestag, la chambre basse du Parlement, en 1983 et le reste jusqu'en .

De décembre 1985 à , il est ministre de l'Environnement et de l'Énergie du Land de Hesse, dans le cabinet du social-démocrate Holger Börner. Il s'agit de la première participation gouvernementale des Verts allemands dans un Land. Son ministère a été créé à cette occasion. Il occupe cette fonction une deuxième fois de 1991 à 1994, période pendant laquelle il est également ministre pour les affaires fédérales.

D' à , il est député et président du groupe parlementaire des Verts au parlement du Land de Hesse.

Entre et , il est le porte-parole du parti Bündnis 90/Die Grünen (Alliance 90 / Les Verts). Il est à nouveau élu député au Bundestag en et le reste jusqu'en .

Du au , il est vice-chancelier et ministre fédéral des Affaires étrangères de la République fédérale d'Allemagne dans les cabinets Schröder I et II.

Pendant cette période, il amène les Verts allemands « à rompre avec le pacifisme pour soutenir l'intervention militaro-humanitaire dans les Balkans et en Afghanistan. »[6] Avec le chancelier Gerard Schröder et le ministre de la défense Rudolf Scharping, il entraîne au Kosovo l'Allemagne dans sa première guerre depuis 1945. Cette guerre provoque d'intenses débats en Allemagne, certaines affirmations qui ont convaincu l'opinion publique se révélant par la suite être erronées ou mensongères, tel le prétendu Plan Fer-à-cheval. Le journaliste allemand Jürgen Elsässer est particulièrement critique de ces annonces, qu'il dénonce dans son livre La RFA dans la guerre au Kosovo[7],[8].

En , Joschka Fischer renonce à son mandat de député au Bundestag et annonce qu'il quitte définitivement la vie politique.

Parfois désigné comme « l’homme politique le plus populaire du pays » et successeur possible d'Angela Merkel à la fonction de chancelier, il reste très apprécié des médias allemands, y compris de la presse de droite[9].

Après la politique[modifier | modifier le code]

Fin 2006, il accepte un poste de professeur à l'université de Princeton près de New York. La diplomatie de crise internationale est le sujet de ses cours. En parallèle, il participe en tant que diplomate au Conseil des relations étrangères[10] et fait partie des membres fondateurs du Conseil européen des relations internationales, fondé en .

Depuis son retrait de la vie politique, il monnaie aux multinationales le carnet d’adresses rempli durant ses années au pouvoir. Il fonde une société de « consulting », Joschka Fischer & Co, laquelle a notamment pour client BMW, Siemens et REWE. Il travaille également pour The Albright Group LLC afin de favoriser le « dialogue » entre investisseurs et gouvernants du monde entier[9].

En 2009, il accepte un poste de consultant politique auprès du projet de gazoduc Nabucco[11], principalement pour aider à l'intégration de la Turquie, mais également pour gérer les relations avec des pays d'Europe de l'Est. Le pipeline, outre la Turquie, doit traverser la Géorgie, la Bulgarie, la Roumanie, la Hongrie, l'Autriche, la République tchèque avant d'atteindre l'Allemagne[12],[13]. Ce projet, dont le but annoncé est de faire concurrence aux pipelines russes dans l'acheminement du gaz en Europe, le met en concurrence avec son ancien chancelier, Gerhard Schröder[14].

Il refuse de déclarer publiquement le montant de sa rémunération pour ses activités de consultants, déclarant : « Je n’ai de comptes à rendre qu’au fisc. Vous voyez, c’est ça l’avantage de ma dernière transformation. » Sa rémunération se chiffrerait en millions d’euros[9].

Faits marquants[modifier | modifier le code]

En 1985, il est nommé ministre de l'Environnement et de l'Énergie du Land de Hesse. Pour affirmer le style différent des Verts dont il est membre, Joschka Fischer fait alors une prestation de serment devant le parlement régional très remarquée car il est habillé en jean et baskets blanches, ce qui tranche ostentatoirement avec la tenue classique des autres ministres régionaux. Élu député au Bundestag, il entra dans l'hémicycle de nouveau en jean et en basket. Plus tard, lorsqu'il devint ministre des Affaires étrangères, il adopta néanmoins le costume trois pièces, même s'il avait auparavant déclaré ne pas vouloir se plier à ce genre de convenances. Vice-chancelier de l'alliance entre les Verts et les sociaux-démocrates, il fut plusieurs années l'homme politique le plus populaire d'Allemagne.

En 2000, à l’université Humboldt de Berlin, M. Fischer appelle à la relance de l’Union européenne et à l’adoption d’une Constitution grâce à une avant-garde d’une Fédération européenne à venir. Après la chute des Talibans en Afghanistan, il aide à la reconstruction avec l’organisation de la conférence de Petersberg à la fin de l’année 2001. En , il semble être intéressé par le poste de ministre des Affaires étrangères de l’Union européenne. À la conférence sur la sécurité de Munich, il désapprouva l’intervention américaine en Irak en lançant en anglais à Donald Rumsfeld : « Excuse me, I'm not convinced »[15] (« Excusez-moi, je ne suis pas convaincu »).

Néanmoins, lors de sa participation au gouvernement, il a convaincu les Verts de voter pour la participation allemande au bombardement de la Yougoslavie en 1999, ainsi que pour l'envoi de troupes au Kosovo, affirmant à ce sujet : « pour la première fois en ce siècle, nous sommes du bon côté ».

Après le départ de Schröder (qui prend la présidence du consortium germano-russe Nord Stream du groupe Gazprom), une partie de la génération des soixante-huitards allemands disparaît de la scène politique, sans avoir résolu la question de la réforme du Conseil de Sécurité, où l’Allemagne au sein du G4 (qui réunit aussi le Brésil, l’Inde et le Japon) réclame un poste de membre permanent.

À propos de la coalition rouge-verte, Fischer déclara en 2005 : « Le chapitre rouge-vert, écrit par ma génération, est irrévocablement clos. Le chapitre suivant sera écrit par des plus jeunes, les moins de quarante ans. »

Une retraite définitive ?[modifier | modifier le code]

Le , les Verts européens ont proposé que Fischer devienne médiateur dans le conflit au Proche-Orient : c’était déjà grâce à lui qu’en 2004 un échange de prisonniers entre Israël et le Hezbollah avait pu se faire. Interrogé sur cette idée par l’hebdomadaire Die Zeit, Fischer évoque qu’« il faut faire tout ce qui est humainement possible pour limiter le conflit. Cela dit, après le bombardement de Haïfa, Israël n’acceptera pas un simple retour au statu quo au Liban ».

Personnalité publique toujours active, il prend régulièrement position en faveur d'une Europe fédérale. En , il participe à la création du groupe interparlementaire Spinelli au Parlement européen qui visant à y défendre la vision d'une Europe fédérale[16], et en signe le manifeste.

Il est le candidat préféré des Allemands pour remplacer Angela Merkel à la chancellerie si les Verts et le SPD remportent les élections en 2013. Mais, même s’il se sent « honoré d’une telle confiance, [son] retour en politique est exclu », a-t-il déclaré au journal Bild am Sonntag, au moment où les écologistes allemands devançaient leur allié, le Parti social-démocrate, dans les sondages.

Galerie[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (de) Die rot-grünen Jahre. Deutsche Außenpolitik - vom Kosovo bis zum 11. September, Cologne, Kiepenheuer & Witsch Verlag, , 450 p. (ISBN 978-3-462-03771-5)
  • (de) Die Rückkehr der Geschichte. Die Welt nach dem 11. September und die Erneuerung des Westens. Kiepenheuer & Witsch, Cologne, 2005 (ISBN 3-4620-3035-3)
  • (de) Mein langer Lauf zu mir selbst. Knaur, München 2003 (ISBN 3-4266-2208-4)
  • (de) Die Weisheit der Mitte. Deutschland, Nationalstaat und europäische Integration. Kiepenheuer & Witsch, Cologne, 2002 (ISBN 3-4620-3035-3)
  • (de) Vom Staatenbund zur Föderation. Gedanken über die Finalität der europäischen Integration. Suhrkamp, Frankfurt a. M. 2000 (ISBN 3-5180-6614-5)
  • (de) Die globale Revolution. Wohlstandsverlust und Solidarität, 1996
  • (de) Risiko Deutschland. Krise und Zukunft der deutschen Politik. Knaur, Munich, 1995 (ISBN 3-4268-0075-6)
  • (de) Der Umbau der Industriegesellschaft. Plädoyer wider die herrschende Umweltlüge. Goldmann, Munich, 1993 (ISBN 3-4421-2434-4)
  • (de) Die Linke nach dem Sozialismus. Hoffmann & Campe, Hambourg, 1993 (ISBN 3-4551-0309-X)
  • (de) Für einen neuen Gesellschaftsvertrag. Politische Antwort auf die globale Revolution. Droemer Knaur, München 2000 (ISBN 3-4267-7436-4)
  • (de) Mehrheitsfähig. Plädoyer für eine neue Politik. Eichborn, Frankfurt a. M. 1989 (ISBN 3-8218-0414-9)
  • (de) Rechtsstaat und ziviler Ungehorsam. Ein Streitgespräch mit Daniel Cohn-Bendit und Alexander Gauland, 1988 (ISBN 3-6100-4709-7)
  • (de) Regieren geht über Studieren. Ein politisches Tagebuch. Athenäum-Verlag, Frankfurt a. M. 1987 (ISBN 3-6100-8443-X)
  • (de) Der Ausstieg aus der Atomenergie ist machbar. Rowohlt, Reinbek 1987 (ISBN 3-4991-5923-6)
  • (de) Von grüner Kraft und Herrlichkeit. Rowohlt, Reinbek 1984 (ISBN 3-4991-5532-X)
  • (de) Und Tischbein hatte doch recht. 1984 (ISBN 3-9271-3303-5)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cécile Calla, Daniel Vernet, Joschka Fischer : « Ce qui reste de 68, c'est un engagement passionné pour les opprimés », Le Monde, 9 mai 2008, texte intégral.
  2. a b et c (de) Dirk Kurbjuweit et Gunther Laces, « Ich hab gekämpft » [« Je me suis battu »], Der Spiegel,‎ (lire en ligne, consulté le 17 juillet 2020).
  3. a et b Daniel Cohn-Bendit, Nous l'avons tant aimée, la révolution, Éditions Bernard Barrault, 1986, page 166.
  4. a b c d e et f "Joschka Fischer and the Making of the Berlin Republic', par Paul Hockenos.
  5. a et b P. H., texte intégral Joschka Fischer le super « Realo », Le Point, 23 janvier 2007.
  6. Joschka Fischer : « L'Allemagne est en transition » - Article du journal Le Monde sur CIDOB, 27 septembre 2009.
  7. Jürgen Elsässer, La RFA dans la guerre au Kosovo, éditions L'Harmattan, 1er novembre 2003 (ISBN 2-7475-2988-6).
  8. Serge Halimi et Pierre Rimbert, « Le plus gros bobard de la fin du XXe siècle », sur Le Monde diplomatique,
  9. a b et c Olivier Cyran, « M. Joschka Fischer et les « golden Grünen » », sur Le Monde diplomatique,
  10. Biographie sur le site du CFR [PDF].
  11. « Joschka Fischer met toute son énergie dans Nabucco », Courrier international, 30 juin 2009.
  12. (en) "Ex-Foreign Minister to Become Nabucco Consultant" Der Spiegel, 26 juin 2009.
  13. (en)"Germany: Joschka Fischer takes post as Nabucco pipeline adviser", World Socialist Web Site, 3 juillet 2009.
  14. Joschka Fischer v Gerhard Schröder.
  15. (en) Joschka Fischer's Strange Trip - The Wall Street Journal, 31 mars 2007.
  16. site du Groupe Spinelli - Liste des membres.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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