Guerre fraîche

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

La « guerre fraîche » ou « guerre chaude »[1] est une expression contemporaine utilisée pour décrire une dégradation des rapports Est-Ouest qui commence dans la seconde moitié des années 1970 et rompt avec la Détente de la période précédente.

Une dénomination discutable[modifier | modifier le code]

L'expression « guerre fraîche » daterait de 1978.

  • Elle est employée, selon les sources, le 31 mai ou le 1er juin 1978, à Prague, par le secrétaire général du Parti communiste de l'Union soviétique, Léonid Brejnev : selon celui-ci, l'évolution récente de la situation internationale représente un retour « sinon à la guerre froide, du moins à la guerre fraîche[2] ».
  • Elle est reprise le 14 juin 1978 lors d'une conférence de presse du président Giscard d'Estaing : « Je me demandais si l'expression « guerre fraîche », employée par Brejnev, ne vous semblait pas plus appropriée pour décrire les relations Est-Ouest que le mot « détente », étant donné ce qui se passe en Afrique[3] ! », lui demande-t-on.

Elle est utilisée en France dans certains manuels d'histoire du secondaire pour désigner la dernière phase de la guerre froide, une période marquée par une aggravation des tensions Est-Ouest, qui dure de 1975 à 1985, mais elle est beaucoup moins courante dans la bibliographie savante.

Son sens est en outre incertain. La « guerre fraîche » se distinguerait de la « guerre froide » et présenterait par rapport à celle-ci une différence de degré, mais le changement d'adjectif n'indique pas précisément laquelle : la « guerre fraîche » est-elle plus chaude que la « guerre froide » ? Certains spécialistes critiquent à ce titre l'expression et préconisent à ce titre l'adoption du nom de « seconde guerre froide » qu'ils jugent plus clair[4].

Histoire longue de la guerre froide[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre froide.

La « seconde guerre froide » (ou « guerre fraîche ») s'inscrit dans l'histoire de la guerre froide (1947-1991), laquelle comprend plusieurs phases.

  • Une « première guerre froide » de 1947 à 1953 : les doctrines Truman et Jdanov, la première crise de Berlin et la partition de l'Allemagne, la guerre de Corée.
  • Des tentatives de coexistence entre les blocs de 1953 à 1975 : la « coexistence pacifique » et la Détente, deux périodes séparées par la seconde crise de Berlin (1958-1961) et la crise de Cuba (1962), deux crises graves, certes, mais qui contribuent à figer le rapport de force et facilitent de la sorte l'entrée dans la Détente.
  • Une « seconde guerre froide » de 1975 à 1985 suivie d'une nouvelle détente laquelle se termine par la chute de l'URSS et la fin de la guerre froide.

La « seconde guerre froide » se caractérise à la fois par une poussée soviétique et par un durcissement de la politique extérieure américaine.

Bornes chronologiques[modifier | modifier le code]

On peut discuter chacune des deux bornes chronologiques.

  • L'année 1975 est celle de la signature de l'acte final de la conférence d'Helsinki, apogée de la Détente en Europe, mais c'est aussi celle de la chute de Phnom Penh et Saigon et celle des indépendances de l'Angola et du Mozambique.
  • On peut aussi fixer le début de la seconde guerre froide à l'année 1979, date de la intervention soviétique en Afghanistan, ou à l'année 1981, date de l'entrée en fonction du président Reagan, lequel présente l’Union soviétique comme l’« Empire du mal » (1983). Mais on sait depuis 1998 que l'administration Carter avait mis en place opération secrète le programme afghan le 3 juillet 1979, aux dires même d'un de ses initiateurs, Zbignew Brzezinski, pour pousser les Soviétiques à l'intervention (en fait à une réponse favorable aux demandes répétées du gouvernement afghan depuis le printemps 1979).
  • L'année 1985 est celle de la mort de Tchernenko et de l'arrivée au pouvoir de Gorbatchev, celle du sommet Reagan-Gorbatchev de Genève, lequel inaugure une série de rencontres au sommet : elle marque le début d'une nouvelle Détente.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Poutine : la guerre froide avant la guerre chaude ? », émission Ce soir (ou jamais !) du 13 mars 2015, France 2.fr (consulté le 22 juin 2015).
  2. Patrice Touchard (sous la direction de), Le Siècle des excès, Paris, PUF, 2002, p. 279.
  3. Déclarations de politique étrangère - Recherche
  4. Georges-Henri Soutou, La Guerre de Cinquante Ans, Les relations Est-Ouest, 1943-1990, Paris, Fayard, 2001, p. 567, 609 et 631.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Robert Frank, « Réflexions sur l'état des relations internationales depuis 1945 », Historiens et géographes, no 376, Paris, octobre 2001, p. 303-322.
  • Georges-Henri Soutou, La Guerre de Cinquante Ans, Les Relations Est-Ouest, 1943-1990, Paris, Fayard, 2001.

Articles connexes[modifier | modifier le code]