Guerre fraîche

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La « guerre fraîche » ou « guerre chaude »[1] est une expression contemporaine utilisée pour décrire une dégradation des rapports Est-Ouest qui commence dans la seconde moitié des années 1970 et rompt avec la détente de la période précédente.

Une dénomination discutable[modifier | modifier le code]

L'expression « guerre fraîche » daterait de 1978.

  • Elle est employée, selon les sources, le ou le , à Prague, par le secrétaire général du Parti communiste de l'Union soviétique, Léonid Brejnev : selon celui-ci, l'évolution récente de la situation internationale représente un retour « sinon à la guerre froide, du moins à la guerre fraîche[2] ».
  • Elle est reprise le lors d'une conférence de presse du président Valéry Giscard d'Estaing : « Je me demandais si l'expression « guerre fraîche », employée par Brejnev, ne vous semblait pas plus appropriée pour décrire les relations Est-Ouest que le mot « détente », étant donné ce qui se passe en Afrique[3],[4] ! », lui demande-t-on.

Elle est utilisée en France dans certains manuels d'histoire du secondaire pour désigner la dernière phase de la guerre froide, une période marquée par une aggravation des tensions Est-Ouest, qui dure de 1975 à 1985, mais elle est beaucoup moins courante dans la bibliographie savante.

Son sens est en outre incertain. La « guerre fraîche » se distinguerait de la « guerre froide » et présenterait par rapport à celle-ci une différence de degré, mais le changement d'adjectif n'indique pas précisément laquelle : la « guerre fraîche » est-elle plus chaude que la « guerre froide » ? Certains spécialistes critiquent à ce titre l'expression et préconisent à ce titre l'adoption du nom de « seconde guerre froide » qu'ils jugent plus clair[5].

Histoire longue de la guerre froide[modifier | modifier le code]

La « seconde guerre froide » (ou « guerre fraîche ») s'inscrit dans l'histoire de la guerre froide (1947-1991), laquelle comprend plusieurs phases.

  • Une « première guerre froide » de 1947 à 1953 : les doctrines Truman et Jdanov, la première crise de Berlin et la partition de l'Allemagne, la guerre de Corée.
  • Des tentatives de coexistence entre les blocs de 1953 à 1975 : la « coexistence pacifique » et la Détente, deux périodes séparées par la seconde crise de Berlin (1958-1961) et la crise des missiles de Cuba (1962), deux crises graves, certes, mais qui contribuent à figer le rapport de force et facilitent de la sorte l'entrée dans la Détente.
  • Une « seconde guerre froide » de 1975 à 1985 suivie d'une nouvelle détente laquelle se termine par la chute de l'URSS et la fin de la guerre froide.

La « seconde guerre froide » se caractérise à la fois par une poussée soviétique et par un durcissement de la politique extérieure américaine.

  • Une poussée soviétique (ou un raidissement dans le cas polonais) : l'intervention cubaine en Angola en 1975, le déploiement des missiles soviétiques SS-20 en Europe à partir de 1977, l'intervention soviétique en Afghanistan en 1979, la victoire des sandinistes au Nicaragua la même année 1979, la proclamation de l’état de siège en Pologne en 1981.
  • Un durcissement de la politique extérieure américaine, antérieur à l'entrée en fonction du président Ronald Reagan, même si celui-ci adopte une attitude plus ferme à l'encontre de « l'empire du mal ». Le déploiement des missiles Pershing II date de 1983, mais la décision initiale, la « double décision », remonte à 1979. Le boycott des Jeux olympiques d’été de Moscou par les États-Unis, en 1980, date lui aussi de la présidence de Jimmy Carter. En 1984, l'URSS boycotte à son tour les Jeux olympiques d’été de Los Angeles et fait organiser dans une dizaine de capitales d'autres pays socialistes participant à ce boycott, des contre-jeux au cours desquelles les performances soviétiques et est-allemandes dévalorisent quelque peu les prouesses américaines.

Bornes chronologiques[modifier | modifier le code]

On peut discuter chacune des deux bornes chronologiques.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Poutine : la guerre froide avant la guerre chaude ? », sur Ce soir (ou jamais !), France 2, .
  2. Patrice Touchard (sous la direction de), Le Siècle des excès, Paris, PUF, 2002, p. 279.
  3. « Déclarations de politique étrangère ».
  4. « Réunion de presse du président Giscard d'Estaing (extraits de politique étrangère) », .
  5. Georges-Henri Soutou, La Guerre de Cinquante Ans, Les relations Est-Ouest, 1943-1990, Paris, Fayard, 2001, p. 567, 609 et 631.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Robert Frank, « Réflexions sur l'état des relations internationales depuis 1945 », Historiens et géographes, no 376, Paris, , p. 303-322.
  • Georges-Henri Soutou, La Guerre de Cinquante Ans, Les Relations Est-Ouest, 1943-1990, Paris, Fayard, 2001.

Articles connexes[modifier | modifier le code]