Caréliens

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Page d'aide sur l'homonymie Cet article concerne le peuple carélien. Pour la langue carélienne, voir Carélien.
Caréliens
Description de cette image, également commentée ci-après

Drapeau carélien officieux (fi) conçu par Akseli Gallen-Kallela

Populations significatives par région
Drapeau de la Russie Russie 60 815 (2010)[1]
Drapeau de la Finlande Finlande 25 000 (2009)[2]
Drapeau de l'Ukraine Ukraine 1 522 (2001)[3]
Drapeau de la Biélorussie Biélorussie 524 (1999)[4]
Drapeau de l'Estonie Estonie 354 (2011)[5]
Autres
Langues Carélien
Religions Orthodoxie (pour les Caréliens de Russie)
Luthéranisme (pour les Caréliens de Finlande)

Les Caréliens (en carélien : « karjalaižet ») sont un peuple d'Europe du Nord de Finnois de la Baltique parlant une langue finno-ougrienne appelée carélien et vivant en Carélie, région comprise entre la mer Baltique à l'ouest et la mer Blanche à l'est. Aujourd'hui, cette région est partagée entre l'est de la Finlande peuplée par les Caréliens de Finlande et la Russie formant la République de Carélie et peuplée par les Caréliens russes.

Histoire[modifier | modifier le code]

Premières mentions[modifier | modifier le code]

Les plus anciennes mentions écrites des Caréliens et de la Carélie se trouvent dans les sources scandinaves, sagas et chroniques où on désigne parfois leurs terres sous le nom de Karjalabotn[6], Kirjalabotnar[7] ou Kirjaland[8], ce qui signifie que la Carélie et les Caréliens étaient connus des Vikings dès le VIIe siècle. Ils sont également mentionnés dans les Chroniques d'Eric (en)[9]. Une partie des Chroniques décrit un raid carélien sur la ville de Sigtuna en 1187 (voir Pillage de Sigtuna (en)). Le pillage de cette ville ainsi que d'autres raids des Caréliens sur la Suède est la principale raison invoquée pour la fondation de Stockholm[9]. La première mention des Caréliens dans les chroniques russes date de 1143[10], quand les chroniques de Novgorod relatent le raid des Caréliens, désignés par les Russes sous le nom de Korela, contre Häme.

Les Caréliens ont aidé les Russes de Novgorod dans leur guerre contre les Estoniens[10]. Selon certains historiens, pendant la première moitié du XIVe siècle, il existait une principauté de Carélie organisée par Novgorod pour contrôler ses frontières septentrionales[11]. Jusqu'au début du XVIIe siècle, la principale ville des Caréliens était Korela. Le territoire des Caréliens a longtemps été le théâtre de guerres entre la Suède et la Rus' de Kiev, puis la République de Novgorod[10], la grande-principauté de Moscou et le Tsarat de Russie.

Sous contrôle russe[modifier | modifier le code]

Régions historiques de Carélie.

Les guerres russo-suédoises ont entrainé une redéfinition des frontières, et une partie des territoires caréliens s'est retrouvée sous le contrôle de la Suède. Les Caréliens sous contrôle russe furent convertis au christianisme orthodoxe, ceux sous contrôle suédois au catholicisme, puis au luthéranisme. Après la signature du traité de Plussa en 1583 et du traité de Stolbovo en 1617, les terres autour du lac Ladoga et de l'embouchure de la Neva revinrent à la Suède, et certaines populations locales de Caréliens orthodoxes furent déplacées dans la région de TverLikhoslavl, Bejetsk, Maksatikha (en) et Vessiegonsk). Cela mena à une division des Caréliens en trois groupes : le plus important se situait dans la région de Tver, le second en Carélie, sur les terres encore sous contrôle russe, et le troisième sur le territoire du comté de Kexholm, sous contrôle suédois. Après la grande guerre du Nord, la frontière séparant les Caréliens au Nord disparaut, mais le transfert de la province de Viipuri au grand-duché de Finlande la rétablit.

En 1897, on dénombrait environ 208 000 Caréliens sujets de l'Empire russe, qui indiquaient comme langue maternelle le carélien[12].

La Carélie, où vivent les Caréliens, a été partagée entre la Finlande et la Russie. La partie finlandaise est peuplée par les Caréliens de Finlande, et la partie russe par les Caréliens de Russie[13],[14].

Pendant la période soviétique[modifier | modifier le code]

Pendant la période de l'expédition en Russie septentrionale, plusieurs gouvernements caréliens non reconnus ont existé au Nord du Gouvernement d'Olonets :

  • du 21 juillet 1919 au 18 mai 1920 : gouvernement nord-carélien ;
  • du 19 mars 1920 à 1922 : république d'Ukhta (en).

Le 8 juin 1920, un décret du Comité exécutif central de toute la Russie (en) forma la Commune de travail carélienne (ru) en réunissant les régions caréliennes du Gouvernement d'Olonets et du gouvernement d'Arkhangelsk[15], qui constitue de nos jours la République de Carélie.

À la fin de la guerre d'Hiver, le traité de Moscou de 1940 rattacha l'Isthme de Carélie à l'URSS, et en particulier à la République socialiste soviétique carélo-finnoise. Avant la signature du traité les populations finlandaises et caréliennes de cette région furent presque toutes évacuées vers la Finlande (voir évacuation de la Carélie finlandaise). Mais un an après, lorsque la Finlande récupéra l'Isthme de Carélie pendant la guerre de Continuation, une partie de la population indigène revint occuper ces terres. En été 1944, lorsque l'Isthme fut occupé par les troupes soviétiques (voir Opération de Vyborg (1944) (ru)), il fut à nouveau évacué.

Après la guerre, la vague de déplacements de populations venant des oblasts centraux de la République socialiste fédérative soviétique de Russie, de Biélorussie et d'Ukraine a donné à la Carélie sa composition ethnique actuelle.

Proportion de Caréliens par régions en République de Carélie.

Démographie[modifier | modifier le code]

L'évolution du nombre de Caréliens dans ce qui, au fil du temps, a été l'Empire russe, puis l'Union soviétique, puis la Fédération de Russie, est la suivante :

Année 1897 1926 1939 1959 1970 1979 1989 2002 2010
Population 208 101 248 120 252 716 167 278 146 081 138 429 130 929 93 344 60 815

Culture[modifier | modifier le code]

Les activités traditionnelles des Caréliens sont la chasse, la pêche, la cueillette, la culture de la terre, l'élevage, l'abattage et le charriage du bois. Les Caréliens du Nord pratiquaient également la renniculture. Par le passé, ils extrayaient aussi du minerai et avaient un savoir-faire métallurgique.

La nourriture des Caréliens était traditionnellement composée en grande partie de poisson et de produits laitiers ; le plat traditionnel est une tarte appelée kalitki (ru) (voir tarte carélienne)[16]. Les boissons alcoolisées y sont peu présentes.

Le travail du bois et de l'écorce de bouleau, la broderie et la poterie sont les activités artisanales traditionnelles des Caréliens[16].

Langue[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Carélien et Alphabet carélien.

Dans les années 1920, la politique de korenizatsiya (en) a mené à un développement important du carélien parmi les populations autochtones de Carélie ; cependant, après la fin des années 1930, la tendance s'inversa avec la politique de russification menée en URSS, ce qui mena à une perte progressive de l'identification du carélien comme langue maternelle par les Caréliens (le carélien était considéré comme langue maternelle par 95 % des Caréliens en 1939, 81 % en 1959 et 51,5 % en 1989)[17]. La République de Carélie a pour langue officielle le russe, mais a mis en place des programmes de mise en valeur du carélien[18].

Le carélien est très proche du finnois, et les linguistes finlandais le voient comme un dialecte du finnois bien que le carélien parlé en Carélie orientale soit généralement considéré comme une langue distincte[19],[20].

Le dialecte parlé en Carélie du Sud en Finlande appartient au groupe des dialectes du finnois du Sud-Est.

Le dialecte parlé dans l'isthme de Carélie avant la Seconde Guerre mondiale et le dialecte d'Ingrie appartiennent au même groupe linguistique.

Le dialecte parlé en Carélie du Nord est considéré comme un dialecte savo du finnois.

Religion[modifier | modifier le code]

Les Caréliens ont été christianisés en 1227 sous Iaroslav II de Vladimir[21]. Les Caréliens de Russie sont chrétiens orthodoxes, ceux de Finlande sont majoritairement luthériens.

Fêtes[modifier | modifier le code]

La vie carélienne est ponctuée de différentes fêtes d'une saison à l'autre :

  • Tchacha Oukko au début de l'été ;
  • Dien Kegri avant l'automne ;
  • Ivanov Dien au milieu de l’été, fête pendant laquelle on allume de grands feux de nuit[16].

Musique et danse[modifier | modifier le code]

Les danses populaires sont assez variées : quadrilles, rondes, etc. L'une des particularités des chorégraphies caréliennes est que l'improvisation y est de mise.

Les instruments de musique traditionnels sont le kantele, le jouhikko et la cithare.

Notes et références[modifier | modifier le code]

(en)/(ru) Cet article est partiellement ou en totalité issu des articles intitulés en anglais « Karelians » (voir la liste des auteurs) et en russe « Карелы » (voir la liste des auteurs).

  1. Russian census of 2010
  2. Uusi kotimaa
  3. Ethnic composition of Ukraine 2001
  4. Nationalités de la Biélorussie
  5. Population of Estonia by ethnic nationality, mother tongue and citizenship
  6. Sögubrot.
  7. Hálfdanar saga Eysteinssonar (en).
  8. Saga légendaire de Saint Olaf.
  9. a et b Chroniques d'Eric (en) - chapitre 10 : la fondation de Stockholm.
  10. a, b et c Première chronique de Novgorod.
  11. (ru) S. I. Kotchkourkina, Vestiges archéologiques des Korela (VeXVe siècle), Leningrad, Nauka, , 158 p. (lire en ligne).
  12. (ru) « Premier recensement de toute la population de l'Empire russe de 1897 : Décomposition de la population par langue natale, provinces et oblasts » (consulté le 21 mars 2017).
  13. Emmanuel Gehrig, « Les Caréliens perdants de l’histoire », Le Temps, (consulté le 5 juillet 2015)
  14. Alejandro MARX, « Finnois ingriens et Caréliens: Passé et avenir », Regard sur l'Est, (ISSN 2102-6017, consulté le 5 juillet 2015)
  15. De la formation de la Commune de travail carélienne : Décret du VTsIK du 8 juin 1920
  16. a, b et c « Culture carélienne », sur Carélie.ru (consulté le 21 mars 2017).
  17. Natalya. A. Nesterova, « Le facteur ethnolinguistique dans la mobilisation ethnique des peuples finno-ougriens du nord-est de la Russie (sur la base du carélien et du komi) », Études finno-ougriennes, no 45,‎ (DOI 10.4000/efo.2717, lire en ligne).
  18. Nadejda Kriajeva, « La diversité linguistique en Russie : quel avenir? : Approche géographique », Ellipses, (consulté le 21 mars 2017), p. 92-104.
  19. Elena SIMONATO, « Le carélien : une langue à cinq visages1 », Université de Lausanne, Cahiers de l’ILSL, (consulté le 5 juillet 2015), p. 123-138
  20. « Karjala », Kotimaisten kielten keskus (consulté le 5 juillet 2015)
  21. (ru) Andreï Faroutine, « Les autorités laïques et religieuses de Carélie célèbrent les 775 ans du baptême des Caréliens » (consulté le 21 mars 2017).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]