Frisons

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Voir également l'article Frise (région)


Les Frisons sont un peuple germanique appartenant sur le plan ethnolinguistique au rameau westique. Chez les Anglo-Saxons et les Néerlandais entre autres, on distingue les Frisons de l'Antiquité (Frisii) de ceux des périodes subséquentes qui portent un autre nom (Frisians, Friezen).

Au VIIIe siècle, les Anglo-Saxons de l'île de Bretagne conservaient le souvenir de cette origine commune : elle fut, selon Bède le Vénérable, le facteur qui déclencha l'envoi de missions chrétiennes anglaises sur le continent germanique du VIIe jusqu'au IXe siècle.

Origines[modifier | modifier le code]

L'ensemble des ethnies mentionnées ci-dessus peuplait à l'époque romaine la plaine du Nord de l'Allemagne (actuels länder de Schleswig-Holstein et de Basse-Saxe), une partie des Pays-Bas et de la péninsule du Jutland au Danemark. Si l'on se réfère à la conquête de la Bretagne romaine ou aux actes de piraterie commis au début du Ve siècle sur les côtes septentrionales de l'Empire romain continental (le litus saxonicus), il faut croire que ces peuples s'étaient tournés vers la mer et pratiquaient depuis longtemps le cabotage le long des rivages de la mer du Nord. La langue frisonne (probablement très apparentée à celle des anciens Belges), a survécu : elle est aujourd'hui une langue minoritaire parlée dans la région des Pays-Bas qui a pu constituer le berceau de l'ethnie des Frisons : la province de Frise (Friesland), tandis que le néerlandais est dérivé principalement, quant à lui, du francique, la langue des Francs, introduite par ces derniers au Ve siècle.

La période romaine[modifier | modifier le code]

Répartition des peuples germaniques au Ier siècle ap. J.-C.

Les Frisons sont cités par Jules César dans la Guerre des Gaules, où le général romain montre son intérêt pour la race de chevaux devenus célèbres sous le nom de « Frisons » et qui portent au combat les cavaliers de cette région. L'Empire romain reconnaît aux Frisons un artisanat, notamment militaire, supérieur à celui de leurs voisins germains ou belges. Les armes forgées en Frise sont mises en vente sur les marchés de la mer du Nord que les Frisons gouvernent en maître lorsque les armées romaines pénètrent en Europe du Nord. C'est d'ailleurs à cette époque que cette mer est appelée mer frisonne. Établis à l'extérieur des frontières originelles de l'Empire romain, les Frisons firent partie des peuples soumis au tribut sous l'imperium d'Auguste (avant -14): pressés par les exigences du primipilaire Olennius, ils se révoltèrent sous l'imperium de Tibère en 28 (source : Tacite, Annales, IV). Leur victoire lors de la bataille du bois de Baduhenne leur permit de vivre « libres » sur leurs terres jusqu'au milieu de IIIe siècle, Rome ayant renoncé à étendre son empire au-delà du Rhin.

Vers 250, probablement suite à une montée des eaux, les Frisons durent abandonner leurs terres inondables protégées par des « tertres » ; l'intérieur du continent leur étant difficile d'accès en raison des mouvements d'autres ethnies germaniques, ils harcelèrent avec les Saxons les frontières maritimes de l'Empire romain où ils finissent par s'établir, notamment dans la Flandre maritime, dans le Kent et sur la côte de la mer du Nord en Bretagne insulaire, où des cohortes auxiliaires de l'armée romaine étaient déjà établies (à Cuneus Frisiorum Vinoviensium «Binchester» et à Cuneus Frisiorum Vercoviciensium «Housesteads»). Celui-ci était agité par l'importante crise politique du milieu du IIIe siècle, notamment en Gaule et dans l'île de Bretagne : plusieurs monnaies frappées sous le bref imperium du César Postume (260261) et ornées d'une galère montrent l'importance que revêtit à ce moment la défense maritime romaine contre ces pirates.

Au début du Ve siècle, les pirates frisons menaient des expéditions de pillage sur les côtes de la mer du Nord jusqu'à la Manche ; c'est à ce moment que certains d'entre eux durent former des établissements au moins temporaires sur la côte au Sud-Est de l'île de Bretagne, participant ensuite à l'invasion massive de cette province par les Anglo-Saxons (source : Procope de Césarée), invasion que l'historiographie place traditionnellement vers 450.

Le haut Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Quant aux Frisons demeurés sur le continent (dans le nord-est des Pays-Bas et le nord-ouest de l'Allemagne actuelle), ils se heurtèrent bientôt au pouvoir des Francs : ces derniers, convertis au Christianisme depuis le baptême de Clovis (481 ou 486), étaient établis dans l'actuelle Belgique. Après avoir contenu les Frisons, ils étendirent leurs royaumes en Germanie et tentèrent de soumettre la Frise païenne.

Devenus les dangereux voisins des royaumes mérovingiens après que Clovis eut soumis les Francs rhénans, les Frisons profitèrent des troubles liés aux successions à l'époque des premiers Mérovingiens. Thierry Ier (v. 485534) les affronta et leur imposa un tribut (515). Mais ces païens s'étendirent à l'ouest autour d'Utrecht, de Dorestad et jusqu'au delà de la Flandre maritime (Westhoek français) dont le premier nom était Frisia.

Par la suite et durant l'ensemble de la période mérovingienne, les Frisons profitèrent des luttes intestines qui mobilisaient les capacités militaires des royaumes francs afin de conserver leur indépendance : en 716, le maire du palais neustrien Ragenfred leur demanda même une trêve pour vaincre l'Austrasie.

Au début du VIIe siècle, alors que la richesse des Francs était essentiellement terrienne, les commerçants et les pirates frisons entretenaient des relations avec le monde scandinave et contrôlaient la majorité des côtes méridionales de la mer du Nord : cette dernière était connue pour cette raison sous le nom de « mer frisonne » et les territoires dominés par les Frisons formaient alors une « grande Frise » (magna frisia), s'étendant de l'Escaut jusqu'à la Weser et dont on ignore à peu près tout dès que l'on s'éloigne du littoral et des fleuves.

Évangélisation et conquête de la Frise[modifier | modifier le code]

C'est avec les missions chrétiennes entreprises à partir de la période mérovingienne que les Frisons entrèrent véritablement dans l'Histoire.

La période mérovingienne[modifier | modifier le code]

La Vie de Saint Éloi mentionne que ce dernier (mort en 660), qui fut auparavant conseiller des rois Clotaire II et Dagobert Ier, entreprit de convertir certains Frisons établis sur le littoral belge à partir de l'évêché d'Anvers (après 641) : ses efforts eurent vraisemblablement peu de succès, compte tenu des événements ultérieurs. Un autre missionnaire franc tenta d'évangéliser les Frisons durant cinq années, de 657 à 673 : saint Vulfran (source : Vita Vulfranni).

En définitive, la christianisation de la Frise occidentale fut le fait des missionnaires anglo-saxons, appuyés puis relayés par le pouvoir militaire franc. Elle dura de la fin de la période mérovingienne jusqu'à la fin du IXe siècle.

À la suite de Wilfrid d'York qui passa l'année 678 sur la côte frisonne à la suite d'un naufrage, des moines anglais partirent sur le continent pour convertir leurs frères demeurés païens dès la fin du VIIe siècle et durant la première moitié du VIIIe siècle. Ils parlaient une langue proche de celle des Frisons, ce qui n'empêcha pas ces derniers de résister avec ardeur à la religion de leurs ennemis. Ainsi, deux missionnaires nommés Hewald subirent le martyre en Frise durant l'automne 690 (source : Bède le Vénérable, Histoire ecclésiastique du peuple anglais).

Parallèlement, les Francs entreprirent la conquête militaire de la Frise. Les Frisons furent soumis une première fois sous le règne de Radbod par Pépin de Herstal : le maire du palais austrasien fonda alors l'évêché franc d'Utrecht, à la tête duquel il plaça le missionnaire anglais Willibrord (mort en 739) en 696. L'aristocratie franque se partagea les terres des Frisons en plusieurs grands domaines, mais cette politique excessive suscita la résistance frisonne.

Une fois Pépin mort, les Frisons furent temporairement libérés du joug austrasien après avoir conclu un accord de paix avec les Neustriens et à la suite de la victoire de ces derniers sur les Austrasiens.

Néanmoins, Charles Martel, le fils de Pépin, les affronta peu après et vainquit à nouveau Radbod lors des guerres qu'il mena pour rétablir le pouvoir des Francs aux frontières de leur royaume (717719).

La période carolingienne[modifier | modifier le code]

Bien qu'ayant véritablement commencé au VIIe siècle, l'évangélisation des Frisons dura jusqu'à la période carolingienne : intégrée à l'empire de Charlemagne, la Frise devint un comté franc après 785.

Jusqu'en 754, les efforts du missionnaire anglais Winfrid, c'est-à-dire saint Boniface, entraînèrent la conversion de nombreux Frisons sans que la Frise fut christianisée pour autant. L'entreprise de ce dernier se heurta notamment aux hostilités entre Radbod et Charles Martel (v. 715), puis à l'impopularité du pouvoir franc. Après avoir évangélisé les Bavarois et les Thuringes, Winfrid subit à son tour le martyre aux mains des Frisons à Dokkum, près de Groningue, en 755.

L'annexion de la Frise orientale (la région s'étendant du Zuiderzee jusqu'à l'embouchure de la Weser) par les Francs ne fut acquise, en apparence, qu'après 782, voire 785. C'est à cette dernière date que Widukind, le chef de la résistance païenne des Saxons se soumit à Charlemagne. Néanmoins, la situation politique demeura tendue encore plusieurs années pour les Francs.

Le capitulaire de partibus saxonis, qui établit le partage de la Saxe conquise par Charlemagne en 787, entraîna le soulèvement général des Saxons contre les Francs. À l'appel des Saxons, les Frisons demeurés païens se soulevèrent à leur tour. Ils subirent également les représailles sanglantes de l'armée franque.

Les Frisons au Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Après être devenue un comté franc, la Frise fut rattachée à la Francie médiane après le traité de Verdun (843), avant d'être intégrée à la Francie orientale (Germanie) et de devenir partie intégrante du Saint-Empire romain germanique.

Après avoir entretenu durant plusieurs siècles des relations commerciales avec les Vikings du Danemark, de Suède et de Norvège ; les Frisons ne purent contenir l'attaque des danois qui voyaient en eux d'excellents fabricants d'armes. Les Frisons, qui vécurent un temps sous la domination danoise après l'effondrement du pouvoir carolingien (879882), devinrent ensuite les sujets du roi saxon Henri Ier l'Oiseleur en 925.

Morcelée en plusieurs entités politiques après avoir été un temps dominée par l'évêché impérial d'Utrecht, une grande partie de la Frise tomba progressivement sous la coupe des comtes de Hollande du XIIe siècle jusqu'au XIVe siècle : c'est à cette époque que le néerlandais s'y imposa progressivement comme langue dominante.

Chronologie des « rois » frisons[modifier | modifier le code]

Les « rois » frisons du haut Moyen Âge sont connus notamment grâce à l'historien de l'Église anglaise Bède le Vénérable (mort en 735).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Riché, Pierre, Les Carolingiens, une famille qui fit l'Europe, Paris. (ISBN 2-01-278851-3)
  • Les Vikings, Science & Vie 2006.
  • S. LEBECQ, Marchands et navigateurs frisons du haut moyen âge, Lille, Presses universitaires de Lille, 1982, 2 vol. (ISBN 2-85939-197-5)

Liens externes[modifier | modifier le code]