Épître aux Hébreux

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Hébreux
Auteur(s) selon l'exégèse en débat
Datation historique en débat
Nombre de chapitres 13
Canon chrétien Épîtres catholiques
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L'Épître aux Hébreux (abréviation conventionnelle : He) est un livre du Nouveau Testament. Son titre d'origine, en grec, est « Πρὸς Έβραίους ». Elle s'adresse aux « Hébreux », c'est-à-dire, ici, aux judéo-chrétiens, pendant la période où le mouvement initié par les disciples de Jésus se sépare du judaïsme. Ces « Hébreux », ou chrétiens judaïsants, respectent la Loi juive (Torah) comme la circoncision et les interdits alimentaires.

La tradition chrétienne a longtemps attribué cette épître à l'apôtre Paul mais les historiens considèrent aujourd'hui qu'elle est l'œuvre d'un auteur dont l'identité reste débattue. La date de sa rédaction est généralement située entre les années 60 et les années 80-90.

Ses thèmes principaux portent sur la personne du Christ en tant que médiateur, Fils de Dieu et grand prêtre. Autrement dit, elle constitue l'un des plus anciens textes de christologie.

Datation et milieu d'origine[modifier | modifier le code]

Pour André Paul, la datation de l'épître oscille « entre une période qui serait antérieure aux grandes épîtres et la fin du Ier siècle (Clément[1] étant le terminus ad quem). On peut retenir comme plus plausible une date proche de la mort de Paul, c'est-à-dire de 67. L'évocation qui y est faite du culte au Temple de Jérusalem[2] permet de penser que la lettre a été rédigée probablement avant la destruction de celui-ci en 70[3]. »

François Vouga, professeur honoraire de Nouveau Testament à la Kirchliche Hochschule Bethel de Bielefeld, estime que l'épître n'appartient pas à la première génération chrétienne, d'abord parce que l'auteur se présente comme issu de la deuxième génération et ensuite parce que ses destinataires sont eux-mêmes convertis au christianisme depuis plusieurs années (He 2:3, 5:12, 10:32)[4]. Il propose une datation comprise entre les années 60 (époque où disparaît la première génération) et les années 80-90. Il souligne que la première référence à l'épître se trouve probablement dans la Lettre aux Corinthiens de Clément de Rome, qui ne cite pas exactement He mais en fournit plutôt une « paraphrase commentée » et permet en tout état de cause de situer le terminus ad quem de sa composition.

La mention contenue dans la seconde bénédiction finale (« Ceux d'Italie vous saluent », He 13:24) incite en principe à localiser l'auteur de l'épître en Italie, voire plus précisément dans les milieux chrétiens de Rome, et cependant François Vouga objecte qu'il pourrait s'agir de n'importe quelle communauté établie en Italie ou même d'un « cercle italien » présent à l'intérieur d'un groupe de chrétiens vivant en un lieu indéterminé[4]. Plus important encore, le dédoublement de cette bénédiction finale (He 13:20-21 et 13:22-25) laisse supposer l'intervention d'un « éditeur » indépendant de l'auteur qui ajouterait une sorte de post-scriptum. Cette hypothèse se trouve confortée par le style même de He 13:22-25, dont la teneur et la tonalité évoquent fortement le corpus paulinien, comme si l'auteur ou l'éditeur avait voulu rattacher l'épître aux écrits de l'apôtre Paul, créant ainsi une « fiction littéraire » destinée à faciliter l'évangélisation de ses interlocuteurs mais qui n'offre pas d'indication quant au lieu de composition[4].

Auteur[modifier | modifier le code]

L'épître ne comporte pas de nom d'auteur. Alors que Tertullien (De Pudicitia, 20) l'attribuait à Barnabé (hypothèse qu'appuie Ernest Renan dans son Histoire des origines du christianisme), elle est parfois considérée comme une épître de l'apôtre Paul.

  • Arguments contre le fait que ce soit l'apôtre Paul qui ait rédigé cette épître :

Origène disait à ce sujet : « Pour moi, si je donnais mon avis, je dirais que les pensées sont de l'apôtre ; mais la phrase et la composition sont de quelqu'un qui rapporte les enseignements de l'apôtre »[5]. Divers noms ont été proposés, notamment celui d'Apollos (dont il est question en 1 Co 1, 12), mais aussi Clément Romain, Silas ou Luc.

  • Arguments pour le fait que ce soit l'apôtre Paul qui ait rédigé cette épître :

On reconnaît sa façon de raisonner et surtout la Bible elle-même donne des indications car l'auteur envoie des salutations d’Italie et mentionne son compagnon Timothée, qui était avec lui à Rome. On peut retrouver ces points en Philippiens 1:1 ; Colossiens 1:1 ; Philémon 1 et Hébreux 13:23, 24. Quoi qu'il en soit, tant l'Église catholique que les Églises orthodoxes, dans le canon des Écritures comme dans les lectures liturgiques, rangent l'épître sous le nom de Paul de Tarse. La Bible de Jérusalem adopte une attitude ambigüe.

Hypothèses[modifier | modifier le code]

Quel est l'auteur de l'épître aux Hébreux ? Clément de Rome ? Paul de Tarse ? Barnabé ou Apollos... L'accord n'existe pas entre les exégètes au sujet de l'auteur anonyme de l'épître aux Hébreux.

Tertullien l'attribue à Barnabé[6], alors qu'Origène indique que pour certains, Clément de Rome est au moins son traducteur, si ce n'est son auteur[7]. Le plus ancien papyrus qui nous l'ait conservée, le Papyrus 46, daté des environs de l'an 200, l'insère parmi les lettres de Paul, entre l'épître aux Romains et la première aux Corinthiens[8].

Barnabé[modifier | modifier le code]

La candidature de saint Barnabé se présente d'abord sous les meilleurs auspices. Originaire de Chypre, il a pu bénéficier d'une vaste culture alexandrine.

On sait en effet que l'île de Chypre vivait depuis des siècles dans la sphère culturelle, sinon politique, d'Alexandrie et plus généralement, depuis toujours, de l'Égypte.

En tant que lévite, Barnabé avait dû s'intéresser aux aspects liturgiques, cultuels, du judaïsme.

Il jouissait d'une haute réputation dans l'Église primitive. Il a lui-même introduit Paul dans le cercle des apôtres. Il l'accompagnait dans ses premières missions.

Si un différend l'opposa un moment à l'apôtre Paul, cet incident ne doit pas être exagéré. Marc, l'objet du litige, et qui avait d'abord suivi son cousin Barnabé, redeviendra disciple de Paul, qui en parle avec les plus grands éloges.

Paul lui-même évoque Barnabé dans 1 Co 9,6, où l'on ne discerne pas la moindre trace de rivalité.

La présence de Barnabé à Rome est signalée par les Recognitiones pseudo-clémentines et les Actus Petri cum Simone. Ces romans ont pu conserver un souvenir historique[9].

On sait que l'Église d'Occident a longtemps hésité avant d'admettre cette épître comme paulinienne. Tertullien au début du IIIe siècle l'attribuait formellement à Barnabé[10].

Le portrait psychologique que l'auteur trace de lui-même dans He 13,18-19 correspond exactement aux éloges de Barnabé qu'on trouve dans les Actes, spécialement en Ac 11,22-24. Déjà il "encourageait" les disciples.

La mise en commun des ressources, que l'épître préconise (cf. He 13,16), fait penser à la générosité de Barnabé mise en exergue dans les Actes. (Cf. Ac 4,37).

Il avait été surnommé Barnabé, c'est-à-dire "fils d'encouragement" (Ac 4,36), par les apôtres eux-mêmes. Toute l'épître aux Hébreux se présente comme "un discours d'encouragement" (He 13,22) et renferme d'innombrables exhortations.

Il semble bien que l'Épître aux Hébreux s'adresse, d'Italie, aux chrétiens d'Antioche, spécialement à ceux d'origine juive, parmi lesquels Barnabé s'apprêtait à retourner. S'il y jouissait d'un immense prestige, il n'exerçait pas cependant d'autorité proprement dite. Il se recommandait aux chefs de la communauté.

Apollos sur les instructions de Paul[modifier | modifier le code]

Luther fut le premier à proposer Apollos comme l'écrivain anonyme, auteur de l'épître aux Hébreux.

Aujourd'hui une telle opinion est partagée par la majorité des critiques protestants et par quelques exégètes catholiques. Le père Spicq O.P. a défendu avec fougue cette hypothèse[11]

Le portrait-robot qu'on peut dresser de l'auteur correspond trait pour trait à la notice des Actes consacrée à Apollos. (Cf. Ac 18,24-28).

Un juif, originaire d'Alexandrie, versé dans les Écritures. Le père Spicq a exposé dans une étude très fouillée[12], que l'auteur de notre épître était non seulement de culture alexandrine mais encore un familier de l'œuvre de Philon, un philonien converti au christianisme.

"Démontrant par les Écritures que Jésus est le Christ" (Ac 18,28), la formule de Luc dans les Actes définit au mieux le propos de l'épître aux Hébreux.

On ne voit pas cependant comment Apollos aurait acquis un tel ascendant auprès des judéo-chrétiens de Palestine ou d'Antioche, comment il les aurait connus, pour leur adresser ces exhortations et leur annoncer qu'il allait les revoir... Ce qui évoque à nouveau la crédibilité de la paternité paulinienne, ou barnabéenne, et l'autorité qu'elle suppose auprès des diverses Églises primitives.

Clément de Rome[modifier | modifier le code]

La très grande proximité stylistique et théologique entre cette épître et l'Épître aux Corinthiens rédigée par Clément de Rome, l'évêque de cette ville dans les années 80-90, a conduit certains critiques à émettre l'hypothèse que cela puisse être lui qui en soit l'auteur. Les Pères de l'Église n'étant absolument pas d'accord sur l'identité de son auteur, y voyant soit Paul de Tarse, soit Barnabé, soit Appolos. L'analyse stylistique et théologique exclut selon les spécialistes que l'auteur en soit Paul. Elle exclut aussi que l'auteur en soit le deuxième rédacteur des Actes des Apôtres qui a aussi composé la troisième version de l'Évangile selon Luc, ainsi que trois lettres dites pastorales qu'il a placé sous le nom de Paul et derrière lequel certains critiques proposent de voir celui que les Pères de l'Église appellent Luc l'évangéliste. Il est établi que l'Épître aux Corinthiens de Clément de Rome a fait partie du Nouveau Testament au moins jusqu'au Ve siècle avant d'en être retirée, puis de disparaître. Elle a été retrouvée au XVIIe siècle dans le Codex Alexandrinus.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Son originalité réside dans le thème envisageant résolument une transition entre les deux alliances, l'Ancienne Alliance et la Nouvelle Alliance. L'auteur tente d'expliquer la différence fondamentale entre les deux Testaments (synonymes d'alliances) : le rapport à Dieu et la définition du salut s'en trouvent bouleversés.

Sous l'Ancienne Alliance, contractée par Abraham (par l'acte de foi de la circoncision), l'homme vivait sous le régime de la Loi. Ce qui signifiait que pour mériter et gagner son salut, l'homme devait observer rigoureusement tous les commandements inscrits dans la Loi, avec sa multitude d'interdits et d'obligations contraignants.

Sous la Nouvelle Alliance, contractée au moment de la Pentecôte de l'an 33 (par l'acte de foi du baptême d'eau et d'Esprit), l'homme vit désormais sous le régime de la grâce. Le sang de Jésus lave le pécheur repentant, qui n'est plus tenu d'observer les commandements cultuels de la Loi, chose d'ailleurs impossible, tant elle était contraignante.

Une constante cependant demeure d'un Testament à l'autre : la foi. L'attente de Dieu, en ce qui concerne la foi, est la même que celle démontrée par les hommes de l'Ancienne Alliance. La foi qui anima les patriarches et les grandes figures de l'Ancien Testament (Noé, Abraham, Sarah, Isaac, Jacob, Joseph, Moïse, etc.) constitue donc une référence à suivre pour le chrétien.

Dans cette épître, l'auteur définit ce qu'il qualifie d' enseignement élémentaire, au chapitre 6 : "les articles fondamentaux du repentir des œuvres mortes et de la foi en Dieu, de l'instruction sur les baptêmes et de l'imposition des mains, de la résurrection des morts et du jugement éternel." (6,1-2).

Résumé[modifier | modifier le code]

Les chapitres 1 et 2 expliquent que Jésus n'est pas un ange (il est plus grand que les anges), et il est même appelé "Fils" d'après les textes de l'Ancien Testament cité par cette épître.

Les chapitres 3 à 7 comparent Jésus à Moïse et à la loi de Moïse et témoignent qu'il est plus grand que l'un et l'autre. Ils enseignent aussi que la Prêtrise de Melchisédech est plus grande que celle d'Aaron.

Les chapitres 8 et 9 expliquent comment les ordonnances mosaïques ont préparé le peuple au ministère du Christ et comment le Christ est le Médiateur de la nouvelle Alliance.

Le chapitre 10 est une exhortation à la diligence et à la fidélité.

Le chapitre 11 est un discours sur la foi.

Le chapitre 12 contient des exhortations et des avertissements.

Le chapitre 13 explique la respectabilité du mariage et l'importance de la bienfaisance. Salutations finales.

Plan de l'épître[modifier | modifier le code]

Selon Louis Dussaut[modifier | modifier le code]

Le théologien capucin Louis Dussaut (1919-2010) propose un plan septénaire[13] :

  • I. Incarnation du Fils de Dieu : 1,1 --- 2,18.
  • II. Jésus, grand prêtre fidèle et compatissant : 3,1 --- 5,10.
  • III. Jésus, grand prêtre éternel : 5,11 --- 7,28.
  • IV. Jésus, grand prêtre par son sang (= sa vie) : 8,1 --- 9,28.
  • V. Offrande unique du Fils : 10,1-39.
  • VI. La foi : 11,1 --- 12,13.
  • VII. La charité : 12,14 --- 13,21.
  • Billet d'envoi : 13,22-25.

Selon François Vouga[modifier | modifier le code]

François Vouga, propose le plan suivant[14] :

  • Prologue : La révélation en Jésus-Christ (1,1:4)
  • Le Fils de Dieu abaissé et élevé (1:5-2:18)
  • Le grand prêtre fidèle et miséricordieux (3:1-5:10)
  • L'enseignement parfait (5:11-10:18)
  • Les conséquences parénétiques : exhortation à l'existence croyante (10:19-12:13)
  • Exhortations finales (12:14-13:19)
  • Double bénédiction finale (13:20-25).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dans sa Lettre aux Corinthiens, écrite en 95, Clément de Rome en cite des passages entiers et en paraphrase d'autres.
  2. En 8.4 ; 9.6-9 ; 10.1-4 ; 13.10 .
  3. André Paul, « Hébreux, Épître aux  », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 février 2016. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/epitre-aux-hebreux/
  4. a, b et c François Vouga, « L'Épître aux Hébreux », p. 351-363, in Daniel Marguerat (dir.), Introduction au Nouveau Testament : Son histoire, son écriture, sa théologie, Labor et Fides, 2008.
  5. Cité par Eusèbe de Césarée, Histoire Ecclésiastique, t. VI (lire en ligne), p. 25,11-14 (HE VI,25,11-14)
  6. Simon Claude Mimouni et Pierre Maraval, Le Christianisme des origines à Constantin, éd. PUF/Nouvelle Clio, 2006, p. 214.
  7. Simon Claude Mimouni et Pierre Maraval, Le Christianisme des origines à Constantin, éd. PUF/Nouvelle Clio, 2006, p. 238.
  8. Spicq 1952, tome I, p. 414.
  9. Spicq 1952, tome I, p. 200.
  10. De Pudicitia, 20
  11. Spicq 1952, tome I, p. 210-219.
  12. Spicq 1952, tome, p. 39-91.
  13. Synopse structurelle de l'Épître aux Hébreux, recension par Camille Focant sur persee.fr.
  14. François Vouga, « L'Épître aux Hébreux », p. 352-353, in Daniel Marguerat (dir.), Introduction au Nouveau Testament : Son histoire, son écriture, sa théologie, Labor et Fides, 2008.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Louis Dussaut, ofm cap, Synopse structurelle de l'Épître aux Hébreux. Éditions du Cerf, 1981.
  • Daniel Marguerat (dir.), Introduction au Nouveau Testament : Son histoire, son écriture, sa théologie, Labor et Fides, 2008 (ISBN 978-2-8309-1289-0).
  • André Paul, Dictionnaire de la théologie chrétienne, Encyclopædia Universalis, Épître aux Hébreux
  • Ceslas Spicq, L'épître aux Hébreux, Gabalda, .
  • Albert Vanhoye, sj, La Structure littéraire de l'Épître aux Hébreux. Desclée de Brouwer, Tournai, 1963.
  • Albert Vanhoye, sj, La Lettre aux Hébreux. Desclée, 2002.
  • Albert Vanhoye : L’Épître aux Hébreux : un prêtre différent, Pendé, Gabalda Ed., 2010.