Épître aux Hébreux

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Hébreux
Image illustrative de l’article Épître aux Hébreux
Manuscrit arménien de l'Épître aux Hébreux, Ve siècle, Matenadaran

Auteur(s) selon l'exégèse en débat
Datation historique 60/90
Nombre de chapitres 13

L'Épître aux Hébreux est un livre du Nouveau Testament rédigé en grec et intitulé « Πρὸς Έϐραίους ». Elle s'adresse aux « Hébreux », c'est-à-dire, peut-être, à des judéo-chrétiens pendant la période où la communauté rassemblée par les disciples de Jésus de Nazareth se sépare du judaïsme. Ces chrétiens « judaïsants » respectent la Loi juive (la Torah) comme la circoncision et les interdits alimentaires. Mais, en l'état actuel de la recherche, l'identité réelle de ces destinataires offre matière à débat.

La tradition chrétienne a longtemps attribué cette lettre à l'apôtre Paul mais les historiens la considèrent aujourd'hui comme l'œuvre d'un auteur anonyme. La date de sa rédaction est le plus souvent située entre les années 60 et les années 80-90.

Ses thèmes principaux portent sur la personne de Jésus-Christ en tant que médiateur, Fils de Dieu et grand prêtre à l'image de Melchisédech. Autrement dit, elle constitue l'un des plus anciens traités de christologie.

Auteur et datation[modifier | modifier le code]

L'épître ne comporte pas de nom d'auteur. Tertullien en attribue la rédaction à Barnabé[1],[2], alors qu'Origène indique que, pour certains, Clément de Rome est au moins son traducteur, si ce n'est son auteur[3]. Le plus ancien exemplaire, le Papyrus 46, daté des environs de l'an 200, l'insère dans le corpus paulinien, entre l'Épître aux Romains et la Première épître aux Corinthiens[4],[5],[6].

La mention « aux Hébreux » (« Πρὸς Έβραίους ») ne figure pas dans le texte d'origine : il s'agit d'un titre ajouté au IIe siècle[7]. Raymond E. Brown relève également qu'aucune allusion n'y est faite à Paul de Tarse comme auteur de ce texte. L'attribution à l'apôtre, très tardive, n'a été reconnue que par une partie de la tradition chrétienne, non sans réticence[7] : tandis que l'Église orthodoxe l'admet, l'Église catholique continue d'émettre des doutes à ce sujet[8].

Fragment de l'Épître aux Hébreux, Papyrus 13, IIIe siècle, British Library.

Pour André Paul, la datation de l'épître oscille « entre une période qui serait antérieure aux grandes épîtres et la fin du Ier siècle (Clément[9] étant le terminus ad quem). On peut retenir comme plus plausible une date proche de la mort de Paul, c'est-à-dire de 67. L'évocation qui y est faite du culte au Temple de Jérusalem[10] permet de penser que la lettre a été rédigée probablement avant la destruction de celui-ci en 70[11]. »

François Vouga estime que l'épître n'appartient pas à la première génération chrétienne, d'abord parce que l'auteur se présente comme issu de la deuxième génération et ensuite parce que ses destinataires sont eux-mêmes convertis au christianisme depuis plusieurs années (He 2:3, 5:12, 10:32)[12]. Il propose une datation comprise entre les années 60 (époque où disparaît la première génération) et les années 80-90. Il souligne que la première référence à l'épître se trouve probablement dans la Lettre aux Corinthiens de Clément de Rome, qui ne cite pas exactement He mais en fournit plutôt une « paraphrase commentée » et permet en tout état de cause de situer le terminus ad quem de sa composition.

Milieu d'origine[modifier | modifier le code]

La mention contenue dans la seconde bénédiction finale (« Ceux d'Italie vous saluent », He 13:24) incite en principe à localiser l'auteur de l'épître en Italie, voire plus précisément dans les milieux chrétiens de Rome, et cependant François Vouga objecte qu'il pourrait s'agir de n'importe quelle communauté établie en Italie ou même d'un « cercle italien » présent à l'intérieur d'un groupe de chrétiens vivant en un lieu indéterminé[12]. Plus important encore, le dédoublement de cette bénédiction finale (He 13:20-21 et 13:22-25) laisse supposer l'intervention d'un « éditeur » indépendant de l'auteur qui ajouterait une sorte de post-scriptum. Cette hypothèse se trouve confortée par le style même de He 13:22-25, dont la teneur et la tonalité évoquent fortement le corpus paulinien, comme si l'auteur ou l'éditeur avait voulu rattacher l'épître aux écrits de l'apôtre Paul, créant ainsi une « fiction littéraire » destinée à faciliter l'évangélisation de ses interlocuteurs mais qui n'offre pas d'indication quant au lieu de composition[12].

Contenu[modifier | modifier le code]

L'épître (He 5:6) évoque le Christ, « prêtre selon l'ordre de Melchisédech ». L'auteur cite ici le psaume 110, verset 4. Plus loin (He 7:2-3), il ajoute : « D’abord, Melkisédek porte un nom qui veut dire roi de justice ; ensuite, il est roi de Salem, c’est-à-dire roi de paix, et à son sujet on ne parle ni de père ni de mère, ni d’ancêtres, ni d’un commencement d’existence ni d’une fin de vie ; cela le fait ressembler au Fils de Dieu. »

Auteur[modifier | modifier le code]

Barnabé[modifier | modifier le code]

La candidature de saint Barnabé se présente d'abord sous les meilleurs auspices. Originaire de Chypre, il a pu bénéficier d'une vaste culture alexandrine.

On sait en effet que l'île de Chypre vivait depuis des siècles dans la sphère culturelle, sinon politique, d'Alexandrie et plus généralement, depuis toujours, de l'Égypte.

En tant que lévite, Barnabé avait dû s'intéresser aux aspects liturgiques, cultuels, du judaïsme.

Il jouissait d'une haute réputation dans l'Église primitive. Il a lui-même introduit Paul dans le cercle des apôtres. Il l'accompagnait dans ses premières missions.

Si un différend l'opposa un moment à l'apôtre Paul, cet incident ne doit pas être exagéré. Marc, l'objet du litige, et qui avait d'abord suivi son cousin Barnabé, redeviendra disciple de Paul, qui en parle avec les plus grands éloges.

Paul lui-même évoque Barnabé dans 1 Co 9,6, où l'on ne discerne pas la moindre trace de rivalité.

La présence de Barnabé à Rome est signalée par les Recognitiones pseudo-clémentines et les Actus Petri cum Simone. Ces romans ont pu conserver un souvenir historique[13].

On sait que l'Église d'Occident a longtemps hésité avant d'admettre cette épître comme paulinienne. Tertullien au début du IIIe siècle l'attribuait formellement à Barnabé[14].

Le portrait psychologique que l'auteur trace de lui-même dans He 13,18-19 correspond exactement aux éloges de Barnabé qu'on trouve dans les Actes, spécialement en Ac 11,22-24. Déjà il "encourageait" les disciples.

La mise en commun des ressources, que l'épître préconise (cf. He 13,16), fait penser à la générosité de Barnabé mise en exergue dans les Actes. (Cf. Ac 4,37).

Il avait été surnommé Barnabé, c'est-à-dire "fils d'encouragement" (Ac 4,36), par les apôtres eux-mêmes. Toute l'épître aux Hébreux se présente comme "un discours d'encouragement" (He 13,22) et renferme d'innombrables exhortations.

Il semble bien que l'Épître aux Hébreux s'adresse, d'Italie, aux chrétiens d'Antioche, spécialement à ceux d'origine juive, parmi lesquels Barnabé s'apprêtait à retourner. S'il y jouissait d'un immense prestige, il n'exerçait pas cependant d'autorité proprement dite. Il se recommandait aux chefs de la communauté.

Apollos sur les instructions de Paul[modifier | modifier le code]

Luther fut le premier à proposer Apollos comme l'écrivain anonyme, auteur de l'épître aux Hébreux.

Aujourd'hui une telle opinion est partagée par la majorité des critiques protestants et par quelques exégètes catholiques. Le père Spicq O.P. a défendu avec fougue cette hypothèse[15]

Le portrait-robot qu'on peut dresser de l'auteur correspond trait pour trait à la notice des Actes consacrée à Apollos. (Cf. Ac 18,24-28).

Un juif, originaire d'Alexandrie, versé dans les Écritures. Le père Spicq a exposé dans une étude très fouillée[16], que l'auteur de notre épître était non seulement de culture alexandrine mais encore un familier de l'œuvre de Philon, un philonien converti au christianisme.

"Démontrant par les Écritures que Jésus est le Christ" (Ac 18,28), la formule de Luc dans les Actes définit au mieux le propos de l'épître aux Hébreux.

Rien n'indique cependant comment Apollos aurait acquis un tel ascendant auprès des judéo-chrétiens de Palestine ou d'Antioche, comment il les aurait connus, pour leur adresser ces exhortations et leur annoncer qu'il allait les revoir... Ce qui évoque à nouveau la crédibilité de la paternité paulinienne, ou barnabéenne, et l'autorité qu'elle suppose auprès des diverses Églises primitives.

Clément de Rome[modifier | modifier le code]

La relative proximité stylistique et théologique entre cette épître et l'Épître aux Corinthiens rédigée par Clément de Rome, l'évêque de cette ville dans les années 80-90, a conduit des historiographes antiques à émettre l'hypothèse qu'il puisse en être l'auteur, les Pères de l'Église n'étant pas d'accord sur l'identité de cet auteur, y voyant soit Paul de Tarse, soit Barnabé, soit Apollos. L'analyse stylistique et théologique exclut selon les spécialistes que l'auteur en soit Paul. Elle exclut aussi que l'auteur en soit Luc l'évangéliste. .

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Son originalité réside dans le thème envisageant résolument une transition entre les deux alliances, l'Ancienne Alliance et la Nouvelle Alliance. L'auteur tente d'expliquer la différence fondamentale entre les deux Testaments (synonymes d'alliances) : le rapport à Dieu et la définition du salut s'en trouvent bouleversés.

Sous l'Ancienne Alliance, contractée par Abraham (par l'acte de foi de la circoncision), l'homme vivait sous le régime de la Loi. Ce qui signifiait que pour mériter et gagner son salut, l'homme devait observer rigoureusement tous les commandements inscrits dans la Loi, avec sa multitude d'interdits et d'obligations contraignants.

Sous la Nouvelle Alliance, contractée au moment de la Pentecôte de l'an 33 (par l'acte de foi du baptême d'eau et d'Esprit), l'homme vit désormais sous le régime de la grâce. Le sang de Jésus lave le pécheur repentant, qui n'est plus tenu d'observer les commandements cultuels de la Loi, chose d'ailleurs impossible, tant elle était contraignante.

Une constante cependant demeure d'un Testament à l'autre : la foi. L'attente de Dieu, en ce qui concerne la foi, est la même que celle démontrée par les hommes de l'Ancienne Alliance. La foi qui anima les patriarches et les grandes figures de l'Ancien Testament (Noé, Abraham, Sarah, Isaac, Jacob, Joseph, Moïse, etc.) constitue donc une référence à suivre pour le chrétien.

Dans cette épître, l'auteur définit ce qu'il qualifie d' enseignement élémentaire, au chapitre 6 : "les articles fondamentaux du repentir des œuvres mortes et de la foi en Dieu, de l'instruction sur les baptêmes et de l'imposition des mains, de la résurrection des morts et du jugement éternel." (6,1-2).

Résumé[modifier | modifier le code]

Les chapitres 1 et 2 révèlent que Jésus est le fils de Dieu; il est donc bien supérieur aux anges.

Les chapitres 3 à 7 comparent Jésus à Moïse et à la loi de Moïse et témoignent qu'il est plus grand que l'un et l'autre. Ils enseignent aussi que la Prêtrise de Melchisédech est plus grande que celle d'Aaron.

Les chapitres 8 et 9 expliquent comment les ordonnances mosaïques ont préparé le peuple au ministère du Christ et comment le Christ est le Médiateur de la nouvelle Alliance.

Le chapitre 10 est une exhortation à la diligence et à la fidélité.

Le chapitre 11 est un discours sur la foi.

Le chapitre 12 contient des exhortations et des avertissements.

Le chapitre 13 explique la respectabilité du mariage et l'importance de la bienfaisance. Salutations finales.

Structure[modifier | modifier le code]

La structure de l'épître pose plusieurs questions, ce qui explique que l'analyse de son plan diffère selon les exégètes[17].

Hans Conzelmann et Andreas Lindemann suggèrent de diviser l'épître en trois parties principales : la première (1:1-4:13) démontre la supériorité de la révélation chrétienne sur toutes les autres ; la deuxième (4:14-10:18) dépeint Jésus comme l'archétype du grand prêtre parfait ; la troisième (10:19-13:22) expose la parénèse ; puis vient la conclusion (13:23-25)[17].

D'autres subdivisions sont possibles au sein de ces trois grandes parties, dont celles d'Erich Gräßer (de), qui distingue une première partie (1:1-6:20) sur le « chemin du Sauveur » ; une deuxième (7:1-10:18) sur le Fils en tant que grand prêtre ; et une troisième (10:19-13:22) sur le « chemin de la foi »[17].

Pierre de Martin de Viviés propose le plan suivant : après le prologue (1:1-1:4), une première partie dogmatique (1:5-10:18) ; puis une seconde partie morale (10:19-13:19), suivie d'une bénédiction finale dédoublée (13:20-25)[18].

François Vouga envisage également une composition binaire, avec une première partie, d'ordre doctrinal et sotériologique (1:5-10:18), et une seconde partie, qui est une parénèse (10:19-13:21)[19]. Cette répartition peut se détailler ainsi : après le prologue (1:1-1:4), une première section décrit « le Fils de Dieu abaissé et élevé » (1:5-2:18) ; une deuxième section porte sur le « grand prêtre fidèle et miséricordieux » (3:1-5:10) ; une troisième, sur l'« enseignement parfait » (5:11-10:18) ; une quatrième, sur les « conséquences parénétiques » (10:19-12:13) ; une cinquième énonce les exhortations finales (12:14-13:19) ; le texte se conclut par une double bénédiction (13:20-25)[19].

Christian Grappe discerne quatre grands thèmes successifs : la parole de Dieu en son Fils (1:1-2:18) ; l'écoute de la voix de Dieu en son Fils, le grand prêtre (3:1-5:10) ; les difficultés et les grandeurs de cette parole divine (5:11-10:18) ; l'endurance et la responsabilité (10:19-13:21) ; l'ensemble se termine par la bénédiction finale et l'envoi (13:20-25)[20].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Simon Claude Mimouni et Pierre Maraval, Le Christianisme des origines à Constantin, éd. PUF/Nouvelle Clio, 2006, p. 214.
  2. De Pudicitia, 20. Ernest Renan appuyait cette hypothèse dans son Histoire des origines du christianisme.
  3. Simon Claude Mimouni et Pierre Maraval, Le Christianisme des origines à Constantin, éd. PUF/Nouvelle Clio, 2006, p. 238.
  4. Spicq 1952, tome I, p. 414.
  5. Philip W. Comfort, Encountering the Manuscripts: An Introduction to New Testament Paleography & Textual Criticism, , 36–38 p. [détail de l’édition] (ISBN 0805431454)
  6. Origène écrit à ce sujet : « Pour moi, si je donnais mon avis, je dirais que les pensées sont de l'apôtre ; mais la phrase et la composition sont de quelqu'un qui rapporte les enseignements de l'apôtre. »Cité par Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, t. VI (lire en ligne), p. 25,11-14 (HE VI,25,11-14).
  7. a et b Raymond E. Brown, 101 questions sur la Bible et leurs réponses, Lexio/Cerf, 1993 (ISBN 978-2-204-11305-2), p. 76-77.
  8. Alan C. Mitchell, Hebrews, Liturgical Press, 2007, p. 2.
  9. Dans sa Lettre aux Corinthiens, écrite en 95, Clément en cite des passages entiers et en paraphrase d'autres.
  10. En 8.4 ; 9.6-9 ; 10.1-4 ; 13.10 .
  11. André Paul, « Hébreux, Épître aux », Encyclopædia Universalis, lire en ligne.
  12. a b et c François Vouga, « L'Épître aux Hébreux », p. 351-363, in Daniel Marguerat (dir.), Introduction au Nouveau Testament : Son histoire, son écriture, sa théologie, Labor et Fides, 2008.
  13. Spicq 1952, tome I, p. 200.
  14. De Pudicitia, 20
  15. Spicq 1952, tome I, p. 210-219.
  16. Spicq 1952, tome, p. 39-91.
  17. a b et c Hans Conzelmann et Andreas Lindemann, Guide pour l'étude du Nouveau Testament, Labor et Fides], 1999, p. 422-425.
  18. Pierre de Martin de Viviés, « Épître aux Hébreux », sur introbible, 2013.
  19. a et b François Vouga, « L'Épître aux Hébreux », p. 352-353, in Daniel Marguerat (dir.), Introduction au Nouveau Testament : Son histoire, son écriture, sa théologie, Labor et Fides, 2008.
  20. Christian Grappe, « L'Épître aux Hébreux », in Camille Focant et Daniel Marguerat (dir.), Le Nouveau Testament commenté, Bayard/Labor et Fides, 2012, p. 1004-1006.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]