Résurrection de Jésus

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La Résurrection du Christ, Retable d'Issenheim, c. 1515.

La résurrection de Jésus est l'un des dogmes fondamentaux de la théologie chrétienne et de la christologie qui en forme le centre. Dans l'un des plus anciens écrits du christianisme, la Première épître aux Corinthiens, l'apôtre Paul déclare : « Et si le Christ n'est pas ressuscité, notre prédication est vaine, et vaine aussi est votre foi (1Cor 15:14). »

Ce dogme affirme que Jésus de Nazareth est vraiment ressuscité d'entre les morts au troisième jour suivant sa crucifixion. Il est énoncé notamment dans le symbole de Nicée.

Selon les Évangiles, après sa crucifixion ordonnée par Ponce Pilate et sa mort sur la croix, Jésus est mis au tombeau. Deux jours plus tard, les Saintes Femmes et notamment Marie de Magdala constatent que la lourde pierre qui fermait le tombeau a été roulée et que le sépulcre est vide. Jésus apparaît ensuite à plusieurs de ses disciples, dont les apôtres[1].

Les chrétiens célèbrent la résurrection de Jésus lors du dimanche de Pâques, soit le troisième jour après le Vendredi saint, qui correspond au jour anniversaire de sa crucifixion. Ils perçoivent cette résurrection comme un élément essentiel de la Rédemption.

Parce qu'elle est au cœur de la foi chrétienne, la résurrection de Jésus est un sujet abondamment traité dans le domaine artistique, en Orient comme en Occident.

La question de l'historicité[modifier | modifier le code]

La Résurrection, Francesco Buoneri, 1619–1620.

La Résurrection ne relève pas de faits vérifiables mais exclusivement de l'ordre de la croyance ; elle ne relève donc pas de la science historique[2]. « Les exégètes ont toujours été extrêmement partagés sur la question de la résurrection de Jésus. Reimarus a été un des premiers, au XVIIIe siècle à chercher à voir dans la résurrection une fraude des apôtres. [...] David Strauss, qu'Ernest Renan popularisera en France, en a fait un mythe né spontanément dans les premières communautés chrétiennes, du fait essentiellement de l'inconsolable frustration des disciples de Jésus après sa mort.

Depuis Rudolf Bultmann [au début du XXe siècle] il est courant de distinguer la foi dans la Résurrection - aux yeux de laquelle la résurrection de Jésus est bien un événement réel — de ce qui est historique au sens strict[3] ». Les historiens ne peuvent se prononcer sur cette question ni de manière négative ni positive mais peuvent constater que les disciples de Jésus croient que « Dieu l'a ressuscité »[4].

L'historien Geza Vermes considère que la Résurrection de Jésus constitue un concept à la fois fondamental et fascinant du christianisme. Il estime qu'entre deux positions extrêmes — d'une part la véracité du phénomène physique, de l'autre son refus le plus total — il existe six théories possibles pour expliquer les témoignages de la Résurrection, dont le vol du corps, la sortie du coma, des hallucinations, ou une résurrection dite spirituelle, c'est-à-dire docète.

Le théologien E. P. Sanders considère qu'un complot pour promouvoir la croyance en la Résurrection aurait probablement conduit au développement d'une histoire plus cohérente et ne permettrait pas d'expliquer pourquoi certains auraient accepté de mourir pour ce qu'ils savaient être une tromperie. Helmut Koester pense quant à lui que ces récits sont originellement des épiphanies qui ont été développées plus tard pour aboutir aux témoignages de la résurrection.

Origines de la croyance juive dans la résurrection[modifier | modifier le code]

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"La notion de résurrection a été intégrée dans la pensée judéenne à une époque antérieure d'un ou deux siècles à la naissance de Jésus : il s'agit de la récompense offerte aux justes, qui sont morts en martyrs lors de l'insurrection maccabéenne[5]" (révolte des Juifs pieux contre la dynastie grecque des Séleucides) au IIe siècle avant l'ère chrétienne. "Au Ier siècle de notre ère, les pharisiens et les esséniens acceptent l'idée de la résurrection, mais non en principe les prêtres et les notables dits sadducéens. Jésus et ses disciples reprennent le motif (Evangile selon Marc 12, 26 ; Actes des Apôtres 4, 1-2)", écrit Simon Mimouni.

Sources néotestamentaires[modifier | modifier le code]

Le Christ mort par Holbein, c. 1521.

Les lettres de Paul, les prêches et les lettres de Pierre dans les Actes des apôtres mentionnent le fait que Jésus est mort, fut ressuscité par Dieu et que les apôtres et de nombreuses autres personnes, y compris des opposants, furent des témoins oculaires des apparitions de Jésus. Les premiers chrétiens peuvent être définis comme ces disciples de Jésus qui, après la crucifixion, l'ont proclamé comme étant le Seigneur ressuscité.

Pour Raymond E. Brown, « les textes bibliques montrent que [Pierre et Paul] ont prêché un Jésus ressuscité dont la chair ne s'était pas décomposée dans la tombe. Il n'y a pas dans tout le Nouveau Testament un iota qui indique qu'un crhétien ait pensé que le corps de Jésus était toujours dans le sépulcre à se corrompre. C'est pourquoi je pense que les textes bibliques confirment grandement sa résurrection corporelle[6]. »

Épîtres pauliniennes[modifier | modifier le code]

Les premières sources sur la résurrection de Jésus se trouvent dans les lettres de Paul écrites dans les années 50 et 60 (l'épître aux Romains et l'épître aux Corinthiens) ainsi que, plus tardivement, dans la première épître à Timothée, qui fait partie des « épîtres pastorales » dues à des disciples de l'apôtre.

La première épître aux Corinthiens a été composée dans les années 50. Paul y mentionne un kérygme, c'est-à-dire une profession de foi fondamentale, répandu parmi les premiers partisans de la résurrection, qui donne des éléments centraux de la future doctrine chrétienne : « Je vous ai enseigné avant tout, comme je l'avais aussi reçu, que Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures ; qu'il a été enseveli, et qu'il est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures ; et qu'il est apparu à Céphas, puis aux douze. Ensuite, il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois, dont la plupart sont encore vivants, et dont quelques-uns sont morts. Ensuite, il est apparu à Jacques, puis à tous les apôtres. » (1 Corinthiens, ch. 15 v. 3-7). Dans le verset suivant, Paul indique que Jésus lui est aussi apparu.

Un fort consensus [réf. souhaitée]se dégage parmi les spécialistes pour dire que Paul a retranscrit ici une tradition orale datant de quelques années seulement après la crucifixion au cours des années 30[7].

Sources évangéliques[modifier | modifier le code]

La Résurrection du Christ : les Saintes Femmes au tombeau, icône russe du XXe siècle.

Marc: au chapitre 16, 1-8 : « Marie la Magdaléenne, Marie, mère de Jacques et Salomé » se rendent au tombeau, Jésus n'y est plus, à l'intérieur se trouve « un jeune homme assis à droite, vêtu d'une robe blanche » qui leur annonce la résurrection et leur demande de dire à ses disciples d'aller en Galilée où ils le verront. Initialement l'évangile selon Marc ne comportait pas d'apparitions de Jésus. Le texte s'arrêtait après que « Marie la Magdaléenne, Marie, mère de Jacques, et Salomé » sur la phrase « Elles sortirent et s'enfuirent du tombeau, parce qu'elles étaient toutes tremblantes et hors d'elles-mêmes. Et elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur. » Le texte que l'on lit maintenant a été ajouté au Ve siècle. Chronologiquement, après la lettre de Paul de Tarse, le récit suivant apparaît dans les années 80-90, c'est celui qui se trouve dans l'évangile selon Matthieu.

Matthieu, au chapitre 28, 1-10 : Marie de Magdala et l'autre Marie se rendent au tombeau, un ange roule la pierre qui en ferme l'entrée, endort les gardes et annonce la résurrection. Puis Jésus leur apparaît et leur demande de dire à ses frères d'aller en Galillée où ils le verront.

Luc, au chapitre 24, 1-12 : Marie de Magdala et Jeanne et Marie mère de Jacques et d'autres femmes se rendent au tombeau qu'elles trouvent ouvert. Deux hommes s'y trouvent qui annoncent la résurrection, elles vont l'annoncer aux disciples qui doutent. Pierre se rend lui aussi au tombeau et constate qu'il est vide;

Jean, au chapitre 20, 1-17 : Marie de Magdala se rend au tombeau, le trouve vide et prévient Pierre et le disciple que Jésus aimait. Ceux-ci courent au tombeau et le trouvent vide et s'en retournent. Marie de Magdala pleure et voit deux messagers qui lui demandent pourquoi elle pleure, puis Jésus qu'elle confond avec un jardinier et à qui elle demande de restituer le corps. Jésus l'appelle par son prénom, elle le reconnait et il lui annonce qu'il retourne vers son père.

Les apparitions du Christ ressuscité[modifier | modifier le code]

Selon Simon Claude Mimouni, les récits d'apparitions dans les évangiles sont des ajouts tardifs, qui remontent au IIe siècle. "On est frappé par les divergences que l'on rencontre dans les récits d'apparitions, ce qui montre qu'ils relèvent plus ou moins de traditions multiples[8]".

Paul de Tarse écrit une quinzaine d'années avant le début de la rédaction des évangiles, le plus ancien étant celui de Marc. Outre qu'il mentionne que Jacques le Juste, le frère de Jésus, a reçu une apparition, Paul indique que Jésus est aussi apparu à 500 disciples simultanément. Par ailleurs, selon les Actes des Apôtres, Paul bénéficie d'une apparition de Jésus à proximité de Damas, plus d'un an après la résurrection.

Théologie chrétienne[modifier | modifier le code]

Point de vue catholique[modifier | modifier le code]

Pour l'Église catholique, la résurrection du Christ :

  • révèle la puissance de Dieu[9]
  • accomplit les promesses de l'ancien Testament et de la prédication de Jésus 651
  • confirme la divinité de Jésus
  • annonce la résurrection des hommes[10]

Point de vue évangéliques[modifier | modifier le code]

Pour les chrétiens évangéliques, la résurrection de Jésus inaugure la Nouvelle Alliance, celle de la grâce [11].


Points de vue non chrétiens[modifier | modifier le code]

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Point de vue islamique[modifier | modifier le code]

Il existe plusieurs interprétations des versets traitant de Jésus dans le Coran :

Verset 4:157-158, Sourate An Nisa (les femmes)[modifier | modifier le code]

« "Nous avons vraiment tué le Christ, Jésus, fils de Marie, le Messager d’Allah"... Or, ils ne l’ont ni tué ni crucifié; mais ce n'était qu’un faux semblant ! Et ceux qui ont discuté sur son sujet sont vraiment dans l’incertitude : ils n’en ont aucune connaissance certaine, ils ne font que suivre des conjectures et ils ne l’ont certainement pas tué, mais Allah l’a élevé vers Lui. Et Allah est Puissant et Sage »

L'une des interprétations possibles est que Dieu aurait donné l'apparence de Jésus à un autre qui aurait été crucifié à sa place (un chef juif nommé Josué pour certains[12]). Ainsi, Jésus ne serait pas mort, il n'y aurait donc pas de résurrection.

Autre interprétation, Dieu aurait créé une illusion collective afin de faire croire à la crucifixion de Jésus. Il n'aurait pas permis qu'on fasse subir un tel sort à l'un de ses prophètes[13].

Enfin, une interprétation différente considère que l'expression "ils ne l'ont ni tué, ni crucifié" exprime simplement le fait que Jésus reste présent par son message au sein de l'humanité[14].

Quoi qu'il en soit, l'Islam reconnait par le verset 4:55 (Sourate Al Imran) que la vie terrestre de Jésus a pris fin :

«(Rappelle-toi) quand Allah dit : "Ô Jésus, certes, Je vais mettre fin à ta vie terrestre t'élever vers Moi, te débarrasser de ceux qui n'ont pas cru et mettre jusqu'au Jour de la Résurrection, ceux qui te suivent au-dessus de ceux qui ne croient pas…"»

Verset 19:33, Sourate Maryam (Marie)[modifier | modifier le code]

« Et que la paix soit sur moi le jour où je naquis, le jour où je mourrai, et le jour où je serai ressuscité vivant ! »

Ce passage (paroles de Jésus), est interprété parfois comme l'annonce d'une résurrection future et non l'évocation de la résurrection racontée dans le Nouveau testament, notamment du fait de sa mise en relation avec le verset 4:55 (voir section précédente) qui annonce le Jour de la Résurrection. La présence dans la même sourate du verset 19:15, reprenant les mêmes termes mais au compte de Jean-Baptiste, accrédite l'hypothèse selon laquelle la notion de résurrection est liée à un évènement futur :

« Que la paix soit sur lui le jour où il naquit, le jour où il mourra, et le jour où il sera ressuscité vivant ! »

Généralement, en Islam, on considère que Jésus n'est pas ressuscité mais que ce sera le cas le jour du jugement dernier. Mais les multiples interprétations possibles des textes laissent la place à de nombreux avis.

Autres[modifier | modifier le code]

La résurrection de Jésus dans les arts[modifier | modifier le code]

Peinture[modifier | modifier le code]

Durant toute l'Antiquité et les deux premiers tiers du Moyen-Âge, la Résurrection est représentée par des images fidèlement inspirées du texte même de l'Évangile : soldats endormis près d'un tombeau ouvert, saintes femmes myrrhophores arrivées en présence d'un ange qui leur montre le linceul et le suaire plié à part, Thomas (apôtre) avançant le doigt vers le côté blessé de Jésus, le Christ apparaissant à Marie de Magdala (Noli me tangere !).

À partir de la fin du XIIIe siècle, et probablement sous l'influence profane et non liturgique des mystères (représentations théâtrales), les artistes d'Occident commencent à laisser aller leur imagination et conçoivent des scènes qu'aucun témoin n'est censé avoir jamais vues : le Christ sortant triomphalement du tombeau, Jésus élevé dans les airs au-dessus de soldats endormis. En Orient, Jésus est représenté descendant aux enfers pour y délivrer Adam, Ève et les justes de l'Ancien Testament et de l'Antiquité païenne[15].


Musique[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. 1Co 15. 5-6.
  2. Camille Focant, « La Résurrection », in Michel Quesnel et Philippe Gruson (dir.), La Bible et sa culture, éd. Desclée de Brouwer, 2011, vol. II, p. 145.
  3. Simon Claude Mimouni et Pierre Maraval, Le Christianisme des origines à Constantin, Paris, éd. P.U.F., 2006, p. 128-129.
  4. suivant Paul de Tarse dans l'Épître aux romains, Rm 10. 9, cité par Simon Claude Mimouni, op. cit., p. 129.
  5. Simon Claude Mimouni et Pierre Maraval, Le christianisme des origines à Constantin, Paris, P.U.F., 2006, p.129.
  6. Raymond E. Brown, 101 questions sur la Bible et leurs réponses, Lexio/Cerf, 1993 (ISBN 978-2-204-11305-2), p.110. L'emphase est de l'auteur.
  7. Gary Habermas, "Resurrection Research: What Are Critical Scholars Saying", Journal for the Study of the Historical Jesus, 3, 2 (2005), article.
  8. Simon Claude Mimouni et Pierre Maraval, Le Christianisme des origines à Constantin, PUF, 2006, p.130.
  9. Catéchisme de l'Eglise Catholique, Bayard / Cerf / Mame / Librairie Editrice Vaticane, (ISBN 9782718908533), §272.
  10. Catéchisme de l'Eglise Catholique, Bayard / Cerf / Mame / Librairie Editrice Vaticane, (ISBN 9782718908533), §651-655.
  11. Roger E. Olson, The Westminster Handbook to Evangelical Theology, Westminster John Knox Press , UK, 2004, p. 252
  12. Tabarî, La Chronique, De Salomon à la chute des Sassanides, Éditions Actes Sud, p. 114.
  13. Partie 2 §4.
  14. Partie 1 §4.
  15. André Grabar, Les Voies de la création en iconographie chrétienne, Antiquité-Moyen-Âge, Flammarion, Paris 1972 et 2009.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) N. T. Wright, The Resurrection of the Son of God (Christians Origins and the Question of God), Fortress Pr., 2003.
  • (en) Dale Allison, Resurrecting Jesus: The Earliest Christian Tradition and Its Interpreters. T. & T. Clark International., 2005. (ISBN 056702900X).
  • (en) Geza Vermes, The Resurrection: History and Myth, Doubleday Books, 2008 (ISBN 0-385-52242-8).
  • François Vouga et Jean-François Favre, Pâques ou rien : La Résurrection au cœur du Nouveau Testament, Labor et Fides, 2010
  • (en) Michael Licona, The Resurrection of Jesus: A New Historiographical Approach, IVP Academic, 2011.

Articles connexes[modifier | modifier le code]