Résurrection de Jésus

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La Résurrection du Christ, Noël Coypel, 1700.

La résurrection de Jésus est l'une des croyances fondamentales de la théologie chrétienne et de la christologie qui en forme le centre. Cette croyance affirme que Jésus de Nazareth est ressuscité d'entre les morts au troisième jour suivant sa crucifixion. Il est énoncé notamment dans le symbole de Nicée.

Croyance chrétienne[modifier | modifier le code]

Selon les Évangiles, après sa crucifixion ordonnée par Ponce Pilate et sa mort sur la croix, Jésus est mis au tombeau[1]. Deux jours plus tard, les Saintes Femmes et notamment Marie de Magdala constatent que la lourde pierre qui fermait le tombeau a été roulée et que le sépulcre est vide. Jésus apparaît ensuite à plusieurs de ses disciples, dont les apôtres[2].

Les chrétiens célèbrent la résurrection de Jésus lors du dimanche de Pâques, soit le troisième jour après le Vendredi saint, qui correspond au jour anniversaire de sa crucifixion[3]. Ils perçoivent cette résurrection comme un élément essentiel de la Rédemption.

Parce qu'elle est au cœur de la foi chrétienne, la résurrection de Jésus est un sujet abondamment traité dans le domaine artistique, en Orient comme en Occident.

Origines[modifier | modifier le code]

Exemple de tombeau à Jérusalem.

Le récit de la résurrection est relaté dans les quatre Évangiles [4]. Les lettres de Paul, les prêches et les lettres de Pierre dans les Actes des apôtres mentionnent le fait que Jésus est mort, fut ressuscité par Dieu et que les apôtres et de nombreuses autres personnes, y compris des opposants, furent des témoins oculaires des apparitions de Jésus.

La Résurrection du Christ : les Saintes Femmes au tombeau, icône russe du XXe siècle.

Épîtres pauliniennes[modifier | modifier le code]

Paul de Tarse écrit une quinzaine d'années avant le début de la rédaction des Évangiles, le plus ancien étant celui de Marc. Outre qu'il mentionne que Jacques le Juste, le frère de Jésus, a reçu une apparition, Paul indique que Jésus est aussi apparu à 500 disciples simultanément. Par ailleurs, selon les Actes des Apôtres, Paul bénéficie d'une apparition de Jésus à proximité de Damas, plus d'un an après la résurrection.

Les premières sources sur la résurrection de Jésus se trouvent dans les lettres de Paul écrites dans les années 50 et 60 (l'Épître aux Romains et l'Épître aux Corinthiens) ainsi que, plus tardivement, dans la Première épître à Timothée, qui fait partie des « Épîtres pastorales » dues à des disciples de l'apôtre[5]. Dans la Première épître aux Corinthiens, l'apôtre Paul déclare : « Et si le Christ n'est pas ressuscité, notre prédication est vaine, et vaine aussi est votre foi (1Cor 15:14). » [6].

La Première épître aux Corinthiens a été composée dans les années 50. Paul y mentionne un kérygme, c'est-à-dire une profession de foi fondamentale, répandu parmi les premiers partisans de la résurrection, qui donne des éléments centraux de la future doctrine chrétienne : « Je vous ai enseigné avant tout, comme je l'avais aussi reçu, que Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures ; qu'il a été enseveli, et qu'il est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures ; et qu'il est apparu à Céphas, puis aux douze[7],[8]. Ensuite, il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois, dont la plupart sont encore vivants, et dont quelques-uns sont morts. Ensuite, il est apparu à Jacques, puis à tous les apôtres. » (1 Corinthiens, ch. 15 v. 3-7). Dans le verset suivant, Paul indique que Jésus lui est aussi apparu.

Certains spécialistes confirment que Paul a bien retranscrit ici une tradition orale datant des années 30[9].

Théologie chrétienne[modifier | modifier le code]

Catholicisme[modifier | modifier le code]

Pour l'Église catholique, la résurrection du Christ :

  • révèle la puissance de Dieu[10] ;
  • accomplit les promesses de l'Ancien Testament et de la prédication de Jésus (651) ;
  • confirme la divinité de Jésus ;
  • annonce la résurrection des hommes[11].

Pour Raymond E. Brown, prêtre sulpicien américain, « les textes bibliques montrent que [Pierre et Paul] ont prêché un Jésus ressuscité dont la chair ne s'était pas décomposée dans la tombe. Il n'y a pas dans tout le Nouveau Testament un iota qui indique qu'un chrétien ait pensé que le corps de Jésus était toujours dans le sépulcre à se corrompre. C'est pourquoi je pense que les textes bibliques confirment grandement sa résurrection corporelle »[12].

Orthodoxie[modifier | modifier le code]

Protestantisme[modifier | modifier le code]

Critiques[modifier | modifier le code]

Point de vue islamique[modifier | modifier le code]

Il existe plusieurs interprétations des versets traitant de Jésus dans le Coran :

Verset 4:157-158, sourate An Nisa (les femmes)[modifier | modifier le code]

« « Nous avons vraiment tué le Christ, Jésus, fils de Marie, le Messager d’Allah »… Or, ils ne l’ont ni tué ni crucifié; mais ce n'était qu’un faux semblant ! Et ceux qui ont discuté sur son sujet sont vraiment dans l’incertitude : ils n’en ont aucune connaissance certaine, ils ne font que suivre des conjectures et ils ne l’ont certainement pas tué, mais Allah l’a élevé vers Lui. Et Allah est Puissant et Sage ».

L'une des interprétations possibles est que Dieu aurait donné l'apparence de Jésus à un autre qui aurait été crucifié à sa place (un chef juif nommé Josué pour certains[13]). Ainsi, Jésus ne serait pas mort, il n'y aurait donc pas de résurrection.

Autre interprétation, Dieu aurait créé une illusion collective afin de faire croire à la crucifixion de Jésus. Il n'aurait pas permis qu'on fasse subir un tel sort à l'un de ses prophètes[14].

Enfin, une interprétation différente considère que l'expression « ils ne l'ont ni tué, ni crucifié » exprime simplement le fait que Jésus reste présent par son message au sein de l'humanité[15].

Quoi qu'il en soit, l'islam reconnaît par le verset 4:55 (sourate Al Imran) que la vie terrestre de Jésus a pris fin :

« (Rappelle-toi) quand Allah dit : « Ô Jésus, certes, Je vais mettre fin à ta vie terrestre t'élever vers Moi, te débarrasser de ceux qui n'ont pas cru et mettre jusqu'au Jour de la Résurrection, ceux qui te suivent au-dessus de ceux qui ne croient pas… » »

Verset 19:33, sourate Maryam (Marie)[modifier | modifier le code]

« Et que la paix soit sur moi le jour où je naquis, le jour où je mourrai, et le jour où je serai ressuscité vivant ! »

Ce passage (paroles de Jésus), est interprété parfois comme l'annonce d'une résurrection future et non l'évocation de la résurrection racontée dans le Nouveau Testament, notamment du fait de sa mise en relation avec le verset 4:55 (voir section précédente) qui annonce le Jour de la Résurrection. La présence dans la même sourate du verset 19:15, reprenant les mêmes termes mais au compte de Jean-Baptiste, accrédite l'hypothèse selon laquelle la notion de résurrection est liée à un évènement futur :

« Que la paix soit sur lui le jour où il naquit, le jour où il mourra, et le jour où il sera ressuscité vivant ! »

Généralement, en islam, on considère que Jésus n'est pas ressuscité mais que ce sera le cas le jour du Jugement dernier. Mais les multiples interprétations possibles des textes laissent la place à de nombreux avis.

Critiques historiques[modifier | modifier le code]

La Résurrection du Christ, Louis Finson, 1610, Église de Saint-Jean-de-Malte à Aix-en-Provence, France.

Selon Simon Claude Mimouni, les récits d'apparitions dans les évangiles sont des ajouts tardifs, qui remontent au IIe siècle. « On est frappé par les divergences que l'on rencontre dans les récits d'apparitions, ce qui montre qu'ils relèvent plus ou moins de traditions multiples[16] ».

La Résurrection ne relève pas de faits vérifiables mais exclusivement de l'ordre de la croyance ; elle ne relève donc pas de la science historique[17]. « Les exégètes ont toujours été extrêmement partagés sur la question de la résurrection de Jésus. Reimarus a été un des premiers, au XVIIIe siècle à chercher à voir dans la résurrection une fraude des apôtres. […] David Strauss, qu'Ernest Renan popularisera en France, en a fait un mythe né spontanément dans les premières communautés chrétiennes, du fait essentiellement de l'inconsolable frustration des disciples de Jésus après sa mort ».

Depuis Rudolf Bultmann [au début du XXe siècle], « il est courant de distinguer la foi dans la Résurrection — aux yeux de laquelle la résurrection de Jésus est bien un événement réel — de ce qui est historique au sens strict »[18]. Les historiens ne peuvent se prononcer sur cette question ni de manière négative ni positive mais peuvent constater que les disciples de Jésus croient que « Dieu l'a ressuscité »[19].

L'historien Geza Vermes considère que la Résurrection de Jésus constitue un concept à la fois fondamental et fascinant du christianisme. Il estime qu'entre deux positions extrêmes — d'une part la véracité du phénomène physique, de l'autre son refus le plus total — il existe six théories possibles pour expliquer les témoignages de la Résurrection, dont le vol du corps, la sortie du coma, des hallucinations, ou une résurrection dite spirituelle, c'est-à-dire docète.

Le théologien E. P. Sanders considère qu'un complot pour promouvoir la croyance en la Résurrection aurait probablement conduit au développement d'une histoire plus cohérente. Toutefois, sa théorie ne permet pas d'expliquer pourquoi les premiers chrétiens auraient accepté de mourir pour ce qu'ils savaient être une tromperie. Helmut Koester pense quant à lui que ces récits sont originellement des épiphanies qui ont été développées plus tard pour aboutir aux témoignages de la résurrection tels que nous les connaissons.

« La notion de résurrection a été intégrée dans la pensée judéenne à une époque antérieure d'un ou deux siècles à la naissance de Jésus : il s'agit de la récompense offerte aux justes, qui sont morts en martyrs lors de l'insurrection maccabéenne »[20] (révolte des Juifs pieux contre la dynastie grecque des Séleucides) au IIe siècle avant l'ère chrétienne. « Au Ier siècle de notre ère, les pharisiens et les esséniens acceptent l'idée de la résurrection, mais non en principe les prêtres et les notables dits sadducéens. Jésus et ses disciples reprennent le motif (Évangile selon Marc 12, 26 ; Actes des Apôtres 4, 1-2) », écrit Simon Mimouni.

La résurrection de Jésus dans les arts[modifier | modifier le code]

Peinture[modifier | modifier le code]

Durant toute l'Antiquité et les deux premiers tiers du Moyen Âge, la Résurrection est représentée par des images fidèlement inspirées du texte même de l'Évangile : soldats endormis près d'un tombeau ouvert, saintes femmes myrrhophores arrivées en présence d'un ange qui leur montre le linceul et le suaire plié à part, Thomas avançant le doigt vers le côté blessé de Jésus, le Christ apparaissant à Marie de Magdala (Noli me tangere !).

À partir de la fin du XIIIe siècle, et probablement sous l'influence profane et non liturgique des mystères (représentations théâtrales), les artistes d'Occident commencent à laisser aller leur imagination et conçoivent des scènes qu'aucun témoin n'est censé avoir jamais vues : le Christ sortant triomphalement du tombeau, Jésus élevé dans les airs au-dessus de soldats endormis. En Orient, Jésus est représenté descendant aux enfers pour y délivrer Adam, Ève et les justes de l'Ancien Testament et de l'Antiquité païenne[21].

Musique[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Tyron Inbody, The Faith of the Christian Church: An Introduction to Theology, Wm. B. Eerdmans Publishing, USA, 2005, p. 200-201
  2. 1Co 15. 5-6.
  3. Paul Fieldhouse, Food, Feasts, and Faith: An Encyclopedia of Food Culture in World Religions, ABC-CLIO, USA, 2017, p. 157
  4. Joel B. Green, Scot McKnight, I. Howard Marshall, Dictionary of Jesus and the Gospels: A Compendium of Contemporary Biblical Scholarship, InterVarsity Press, USA, 1992, p. 678
  5. Kevin Madigan, Jon Douglas Levenson, Resurrection: The Power of God for Christians and Jews, Yale University Press, USA, 2008, p. 240
  6. Ed Hindson, Ergun Caner, The Popular Encyclopedia of Apologetics, Harvest House Publishers, USA, 2008, p. 135
  7. J. Gordon Melton, Martin Baumann, Religions of the World: A Comprehensive Encyclopedia of Beliefs and Practices, ABC-CLIO, USA, 2010, p. 634-635
  8. Encyclopaedia Britannica, Encyclopedia of World Religions, Encyclopaedia Britannica, USA, 2008, p. 214
  9. Gary Habermas, "Resurrection Research: What Are Critical Scholars Saying", Journal for the Study of the Historical Jesus, 3, 2 (2005), article.
  10. Catéchisme de l'Eglise Catholique, Bayard / Cerf / Mame / Librairie Editrice Vaticane, (ISBN 9782718908533), §272.
  11. Catéchisme de l'Eglise Catholique, Bayard / Cerf / Mame / Librairie Editrice Vaticane, (ISBN 9782718908533), §651-655.
  12. Raymond E. Brown, 101 questions sur la Bible et leurs réponses, Lexio/Cerf, 1993 (ISBN 978-2-204-11305-2), p.110. L'emphase est de l'auteur.
  13. Tabarî, La Chronique, De Salomon à la chute des Sassanides, Éditions Actes Sud, p. 114.
  14. Partie 2 §4.
  15. Partie 1 §4.
  16. Simon Claude Mimouni et Pierre Maraval, Le Christianisme des origines à Constantin, PUF, 2006, p.130.
  17. Camille Focant, « La Résurrection », in Michel Quesnel et Philippe Gruson (dir.), La Bible et sa culture, éd. Desclée de Brouwer, 2011, vol. II, p. 145.
  18. Simon Claude Mimouni et Pierre Maraval, Le Christianisme des origines à Constantin, Paris, éd. P.U.F., 2006, p. 128-129.
  19. suivant Paul de Tarse dans l'Épître aux Romains, Rm 10. 9, cité par Simon Claude Mimouni, op. cit., p. 129.
  20. Simon Claude Mimouni et Pierre Maraval, Le christianisme des origines à Constantin, Paris, P.U.F., 2006, p.129.
  21. André Grabar, Les Voies de la création en iconographie chrétienne, Antiquité-Moyen-Âge, Flammarion, Paris 1972 et 2009.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) N. T. Wright, The Resurrection of the Son of God (Christians Origins and the Question of God), Fortress Pr., 2003.
  • (en) Dale Allison, Resurrecting Jesus: The Earliest Christian Tradition and Its Interpreters. T. & T. Clark International., 2005 (ISBN 056702900X).
  • (en) Geza Vermes, The Resurrection: History and Myth, Doubleday Books, 2008 (ISBN 0-385-52242-8).
  • François Vouga et Jean-François Favre, Pâques ou rien : La Résurrection au cœur du Nouveau Testament, Labor et Fides, 2010.
  • (en) Michael Licona, The Resurrection of Jesus: A New Historiographical Approach, IVP Academic, 2011.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]