Actes des Apôtres

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Actes
Image illustrative de l'article Actes des Apôtres
Icône du ministère des apôtres

Auteur traditionnel Luc
Auteur(s) selon l'exégèse probablement trois rédacteurs successifs, dont le deuxième pourrait être Luc
Datation historique dans les années 80-90
Nombre de chapitres 28
Canon chrétien Histoire apostolique
Précédent Jean Romains Suivant

Le récit des Actes des Apôtres, cinquième livre du Nouveau Testament, est la seconde partie de l’œuvre dédicacée « à Théophile » et attribuée à saint Luc par la tradition chrétienne, la première partie étant l'Évangile selon Luc. Le récit débute avec l'Ascension, suivie de la Pentecôte, après quelques épisodes consacrés à la Geste de Pierre, il relate essentiellement la prédication de Paul de Tarse qui est son héros. Il se termine dès la première venue de ce dernier à Rome au début des années 60.

Sa composition complexe par plusieurs rédacteurs successifs, introduisant probablement des passages racontés deux fois, arrangeant l'histoire en fonction de leurs partis pris théologiques et écartant la relation de certains épisodes essentiels, posent de nombreux problèmes qui ont conduit certains chercheurs à lui nier, en tout ou partie, toute valeur historique.

Deux grandes familles du texte[modifier | modifier le code]

Dans les manuscrits anciens, les Actes des Apôtres existent en deux grandes versions — avec des variantes — auxquelles la critique a donné les noms de « Texte occidental » et « Texte alexandrin »[1]. Le « Texte occidental » est considéré comme une version antérieure au « Texte alexandrin ». Les Actes des Apôtres que l'on trouve dans les Bibles chrétiennes et les Nouveaux Testaments relèvent tous du « Texte alexandrin ». On peut trouver une version du « Texte occidental » dans le livre I des Actes des deux apôtres de M.-E. Boismard et A.Lamouille[2] ou dans Le texte occidental des Actes des apôtres, des mêmes auteurs, chez le même éditeur.

La composition du texte et les sources des Actes des Apôtres[modifier | modifier le code]

« Les Actes des Apôtres ont fait l'objet d'une critique dévastatrice depuis quelques décennies, au point de se voir dénié par certains, en tout ou partie, toute valeur historique[1]. » Tout usage documentaire impose donc un choix critique préalable sur le texte proprement dit[3]. En effet, un ensemble de problèmes se posent « et d'abord l'irritante question des sources des Actes[1] ». On s'interroge ensuite sur la nature des liens entre le rédacteur principal et les événements qu'il rapporte : est-il un témoin direct, un simple rédacteur à partir de documents antérieurs, et lesquels[1] ? Si Luc est le rédacteur principal, quelle valeur historique donner à son ouvrage[1] ?

Les sources et les différentes phases de rédaction[modifier | modifier le code]

L'auteur des Actes n'indique pas dans son œuvre les sources qu'il a utilisées. À ce sujet, malgré la part de conjecture que comporte l'hypothèse de Marie-Émile Boismard et Arnaud Lamouille, François Blanchetière estime à la suite de Justin Taylor que cette hypothèse permet « de remonter de façon objective aussi haut que possible dans les étapes de la rédaction de ce livre[4]. » À l'aide « d'une critique textuelle minutieuse alliée à une analyse littéraire très fine [cette hypothèse] prend en considération les divergences entre le « texte occidental » et le « texte alexandrin », pour faire ressortir la pluralité des sources et l'évolution de la rédaction, chaque strate rédactionnelle possédant ses propres orientations[5]. »

Les travaux de Marie-Émile Boismard et Arnaud Lamouille parviennent à identifier quatre documents qui auraient permis à leur auteur d'écrire ces Actes des Apôtres. Le premier d'entre eux est ce qu'ils appellent « document pétrinien » ou « document P »[6], qui constitue la "Geste de Pierre" et dont l'essentiel se trouve dans la première partie des Actes. Écrivant sur les nazôréens, François Blanchetière considère que seul ce « document P » est une source directe[6], pour autant que l'on parvienne à le reconstituer car il a été lui aussi impacté par les phases de rédactions ultérieures. Outre ce « document pétrinien », les deux premiers rédacteurs des Actes auraient aussi utilisé un « document johannique »[5], écrit par un nazôréen fortement influencé par les idées de Jean le Baptiste.

Certains passages sont écrits à la première personne du pluriel, ce qui amène à penser qu'une des sources est un « journal de voyage » (par exemple : Mais, notre séjour achevé, nous partîmes. (Ac 21, 5)). La quatrième source serait un « document paulinien », rédigé lui aussi par un disciple de Paul de Tarse.

Boismard et Lamouille identifient trois phases de rédaction qu'ils appellent Act I, Act II, Act III[5]. Act II représentant le « texte occidental »[5]. Ils proposent d'identifier l'auteur de Act II avec l'évangéliste Luc[5]. Son texte aurait été révisé par de nouvelles mains pour devenir Act III qui constitue la version des Actes des Apôtres que nous lisons[5]. L'auteur de Act I aurait mis en œuvre le « document pétrinien » et le « Journal de voyage » sans reprendre la formulation en style « nous »[7]. Il aurait utilisé le « document johannique » pour composer les discours attribués à Pierre (Ac 3, 19-26) à Étienne (Ac 7, 2s) et à Paul (Ac 13, 17s)[7]. « Act I était déjà structuré dans ses grandes lignes comme le Livre des Actes à notre disposition[8] », avec d'abord la « Geste de Pierre » suivi par la « Geste de Paul ». Toutefois, l'épisode sur l'Assemblée de Jérusalem qui se trouvait initialement dans le document pétrinien et fait partie de la « Geste de Pierre » a été déplacé et inséré dans la « Geste de Paul », en Actes 15, 5s par l'auteur de Act II[9] (qui pourrait être Luc).

Titre du livre[modifier | modifier le code]

La première mention de l’œuvre apparaît chez Irénée de Lyon[10] (deuxième partie du IIe siècle). C'est aussi le premier témoin littéraire du titre « Actes d'Apôtres »[10]. D'autres titres existaient : Actes des Apôtres, Actes des saints Apôtres[11]. Ce titre s'inscrit dans le cadre des écrits gréco-romains qui magnifient la vie des grands hommes en narrant leurs actes[11].

Daniel Marguerat se demande si Luc aurait souscrit à ce texte car, conformément à l'usage des temps apostoliques, on nommait apôtre uniquement les douze disciples de Jésus[11]. Toutefois, selon Marie-Émile Boismard et Arnaud Lamouille, le deuxième rédacteur des Actes (Luc) « apparaît surtout comme un admirateur inconditionnel de l'apôtre Paul. Il le défend contre ses détracteurs, prouvant qu'il mérite aussi bien que Pierre le titre d'apôtre[12]. »

L'Esprit saint est tellement présent dans le récit des Actes que ce livre a été qualifié d'« Évangile de l'Esprit saint »[13].

L'auteur[modifier | modifier le code]

La tradition chrétienne désigne Luc comme étant l'auteur des Actes[14]. Le premier témoin littéraire de cette tradition se trouve chez Origène au début du IIIe siècle.

Les rapports entre le deuxième rédacteur des Actes des Apôtres et l'Évangile selon Luc sont nombreux[12]. L'unité de vocabulaire et de style ont été notés depuis longtemps[12]. C'est aussi ce même auteur qui a écrit plus de dix ans après la mort de Paul, trois lettres qu'il a mises sous l'identité de celui à qui il donne le titre d'apôtre et qui figurent dans le Nouveau Testament[15]. Elles sont appelées Épîtres pastorales.

Il aurait exercé cette activité littéraire pour un commanditaire qui est appelé Théophile, dont il cite le nom, tant au début de l'évangile selon Luc qu'au début des Actes des Apôtres, mais dont on ne sait rien non-plus[16].

Comme de nombreux autres critiques, Marie-Émile Boismard et Arnaud Lamouille estiment qu'initialement l'Évangile selon Luc et les Actes des Apôtres ne formaient qu'un seul ouvrage qui se voulait une « Histoire des origines chrétiennes[17]. » Pour eux, c'est Luc qui aurait coupé en deux le travail du rédacteur antérieur, car après avoir fusionné les récits du document pétrinien avec la composition qu'avait faite le premier rédacteur des Actes, l'ensemble aurait été trop volumineux pour figurer dans un seul rouleau, ou un seul codex[18].

Datation[modifier | modifier le code]

La rédaction des Actes est consensuellement fixée au cours des années 80-90[19], par plusieurs rédacteurs successifs. En général, le nombre de trois rédacteurs successifs est admis. Marie-Émile Boismard et André Lamouille proposent d'identifier le deuxième rédacteur avec l'évangéliste Luc[5]. Leur rédaction se situe dans le cadre des conflits qui ont opposés entre eux les différents groupes chrétiens dans les années 60-90 et surtout les années 80-90[20]. Elle se situe « aussi dans le cadre des conflits pour la primauté qui, vers la même époque, ont opposé les courants religieux traversant la nation juive[20]. »
Pour Marie-Émile Boismard et André Lamouille, le deuxième rédacteur des Actes (peut-être Luc) aurait amplement modifié le texte dans les années 80 et le troisième rédacteur aurait fait ses ajouts et modifications dans les années 90[21].

Toutefois, un certain nombre d'exégètes confessionnels[22] refusent cette datation. Pour eux, l'évangéliste Luc est le rédacteur des Actes et il n'a été ni précédé, ni suivi par un autre rédacteur. Il est pour eux incompréhensible que celui qui se veut l'historien des origines chrétiennes, s'il rédige son œuvre vers 80, omette d'indiquer l'issue du procès de Paul, le martyre de Jacques le Juste à Jérusalem en 61/62[23], la répression des chrétiens accusés d'avoir incendié Rome sous Néron en 64, la mort de Pierre, celle de Paul et la destruction du Temple de Jérusalem en 70, dont il rapportait naguère, dans l'Évangile selon Luc, la prédiction par Jésus. Ils proposent la date de 63-64 pour la rédaction des Actes[24]. Pour étayer ce point de vue, ils s'appuient souvent sur Adolf von Harnack[25] qui en 1908 avait développé le même type d'arguments. La critique historique remarque naturellement la même chose, mais cela la conduit à essayer de savoir pourquoi les rédacteurs des Actes ont choisi d'interrompre leur récit au début des années 60 et pourquoi est-ce ce texte-là qui a été retenu pour figurer dans le Nouveau Testament, alors qu'il y a des indices qui montrent que d'autres textes existaient[26],[27]. Les auteurs des Actes évitent aussi soigneusement d'évoquer le moindre épisode où l'apôtre Pierre intervient à Antioche et à Rome, villes dont, selon la tradition chrétienne, il aurait fondé les Églises dans les années 40, ce qu'une datation de rédaction dans les années 60 ne permet nullement d'expliquer.

De plus, une telle datation aurait pour effet de bouleverser totalement l'ensemble des datations des Évangiles admises par la critique historique. Adolf von Harnack proposait d'ailleurs de dater l'Évangile selon Matthieu de quelques années avant les années 60[28], alors que la fourchette retenue par la critique historique pour cet évangile sont les années 80-90, sachant que l'Évangile selon Marc a été écrit une vingtaine d'années avant celui attribué à Matthieu.

En revanche, les historiens admettent en général l'existence d'un document pétrinien (perdu aujourd'hui), comme l'une des sources dans laquelle les rédacteurs des Actes ont sélectionné certains épisodes tout en rejetant d'autres[8]. Ils estiment qu'il est possible que ce document ait été rédigé avant la chute de Jérusalem[29].

Plan des Actes[modifier | modifier le code]

Le récit est composé de deux grands ensembles qui se suivent la « Geste de Pierre » (§ 1 à 12) suivie de la « Geste de Paul » (§ 13 à 28). C'était déjà le cas à l'issue du travail du premier rédacteur des Actes[30]. Le lien entre les deux récits étant fait par une montée de Paul et Barnabé à Jérusalem pour porter une collecte faite à Antioche qui n'a probablement pas eu lieu et qui n'est en tout cas pas mentionnée dans les Épîtres de Paul.

La Geste de Paul commençait avec le récit de la conversion de l'apôtre[31]. C'est le deuxième rédacteur des Actes (Act II) — éventuellement Luc — qui a déplacé cette narration pour l'insérer dans la Geste de Pierre juste après la relation du martyre d'Étienne (8, 3a ; Ac 9. 1-30)[31],[6].

Selon Boismard et Lamouille, la version initiale ne comportait que deux voyages missionnaires, racontés de 13, 1 à 18, 22[31]. C'est le deuxième rédacteur des Actes qui a ajouté un troisième voyage missionnaire en se fondant sur les mêmes sources que l'auteur précédent pour — entre autres — s'étendre sur l'évangélisation à Éphèse. C'est aussi lui qui a inséré entre les « Gestes » des deux apôtres le récit de la mort d'Agrippa Ier, donnant ainsi l'impression que tout ce qui précède est daté d'avant 44 et tout ce qui suit est daté après cette date.

C'est aussi ce deuxième rédacteur qui a déplacé l'épisode sur l'Assemblée de Jérusalem et l'a inséré dans la « Geste de Paul », en Actes 15, 5s[9]. Il a aussi déplacé le récit du remplacement de Judas Iscariot par Matthias que le premier rédacteur avait situé beaucoup plus tard. Il l'a inséré en 1, 15s, « séparant ainsi indûment le récit de l'ascension de la Pentecôte[32] », créant ainsi une incohérence sur le nombre d'apôtres compagnons de Pierre présente dans le texte occidental (Act II) et qui est corrigée par la suite dans le texte alexandrin (Act III)[33],[34]. Par la suite, le rédacteur de Act III a ajouté une relation de la mort de Judas Iscariote à la suite de cette insertion[35]. Cette version de la mort de Judas est différente des deux autres versions connues au début du IIe siècle.

Les principaux personnages du récit[modifier | modifier le code]

Le récit est composé de deux grand ensembles qui se suivent la « Geste de Pierre » (§ 1 à 12) suivie de la « Geste de Paul » (§ 13 à 28).

Si le récit est construit sur le ministère de ces deux apôtres, d'autres personnages, Barnabé, Jacques et Luc, l'éventuel deuxième rédacteur du livre, méritent attention.

L’apôtre Pierre[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Pierre (apôtre).

Alors que Pierre est l'un des deux héros du récit, les rédacteurs des Actes ont assez curieusement choisi de ne pas raconter un seul épisode qui se déroule à [Antioche ou à Rome, villes dont il a pourtant fondé les Églises selon la tradition chrétienne. La totalité des épisodes dans lesquels Pierre intervient se déroulent en effet dans l'espace palestinien. De plus, à aucun moment les deux héros — Pierre et Paul — n’interagissent, ce qui renforce la thèse selon laquelle le « document pétrinien » a été initialement écrit indépendamment de la « Geste de Paul ». Pierre disparaît du récit en A' 12, 18, pour n'être mentionné qu'une seule fois, au moment de la réunion de Jérusalem au chapitre 15, qui est l'inclusion d'un épisode qui était initialement raconté dans le « document pétrinien ».

Après son reniement, Pierre fut réhabilité auprès des apôtres par Jésus, qui lui apparut personnellement (Luc 24,34). Il assuma le gouvernement de la communauté prenant la parole en public au jour de la Pentecôte. Les premiers signes de guérison, sa liberté face au Sanhédrin ou encore sa libération alors qu'il était détenu avec Jean, contribuèrent à assurer son autorité. Cependant il ne gouverna l'Église de Jérusalem que pendant une assez courte période : après l'épisode tragique d'Ananias et Saphira (Ac 5:1-11) il n'apparaît plus comme le décisionnaire, l'assemblée des apôtres ayant pris la relève (Ac 6:2). Après la persécution et la dispersion qui suivirent la mort d'Étienne, Luc le présentait évangélisant en Samarie puis dans les villes de la côte avant l'assemblée apostolique du chapitre 15. Sans Galates 2:11 on ignorerait qu'il se soit rendu à Antioche. Toutefois, de nombreuses sources qualifiées d'apocryphes au VIe siècle ont survécu ou ont été retrouvées — parfois partiellement —. Celles-ci décrivent son action dans plusieurs villes de la province romaine de Syrie dont Antioche, en Babylonie et même à Rome.

Apportant aux communautés des élans nouveaux, il est selon les Actes le premier à pénétrer sous le toit d'un incirconcis, le centurion Corneille de Césarée, le baptisant lui et les siens, défendant ensuite lors du concile de Jérusalem l'annonce de l'évangile aux païens. Il fut le premier à appuyer Paul et Barnabé contre les partisans des Pharisiens qui demandaient la circoncision des païens.

Barnabé (Barnabas)[modifier | modifier le code]

Avec Matthias surnommé Zacchée (le Juste[36]) selon Clément d'Alexandrie[37], Barnabé avait été choisi parmi les disciples lorsqu'il s'est agi d'élire le remplaçant d'un Judas. Son nom Barnabas en Ac 1:23 dans le texte dit occidental (TO) et notamment le Codex Bezae[38] apparaît sous l'orthographe Barsabbas dans le texte alexandrin (TA), sur lequel sont fondés toutes les éditions des Actes publiées par les différentes Églises. Mais il s'agit bien de la même personne qui s'appelait également 'Joseph' (Ac 1:26 et 4:36). Son surnom positif (Barnabas) est formé à partir de son nom Barsabbas. Les Actes indiquent d'ailleurs que « Joseph [est] surnommé par les apôtres Barnabas, ce qui veut dire “fils d'encouragement[39].” » Toutefois la tradition des Églises latines occidentales voit en Joseph Barsabbas et Joseph Barnabas (Barnabé) deux personnages différents ayant le même profil et le même rang et tous deux martyrisés à Chypre à peu près à la même époque. Le sort ne le mit pas au nombre des Douze Apôtres, mais il n'en exerça pas moins un rôle considérable. Lévite, il était lettré. Il fut un des premiers à donner le profit de la vente d'un champ à la communauté (Ac 4:36). Il présenta Saul (Paul) aux apôtres à Jérusalem en relatant sa conversion et il l'incita à venir à Antioche puis à entreprendre un voyage jusqu'à Chypre, Derbé et Lystre. Barnabé a un rang quasi apostolique. Lors du voyage missionnaire qu'ils effectuent ensemble, c'est Barnabé qui est le chef de mission et Paul lui est subordonné. Ils convertissent ensemble le proconsul de Chypre Sergius Paulus.

Par l'insertion du nom de Barnabé et de celui de Paul, le deuxième rédacteur des Actes (Luc) suggère qu'ils étaient tous les deux présents au concile de Jérusalem. Toutefois, lors des deux passages où Paul décrit ses passages à Jérusalem dans ses lettres, il ne mentionne pas cette réunion, ni la décision qui a été prise. De plus, les variantes textuelles montrent que les noms de Paul et Barnabé ont été ajoutés à plusieurs endroits de ce récit[40]. « Leur brève apparition au verset 12 semble être une insertion plus tardive[41]. » Par une critique textuelle minutieuse alliée à une fine analyse littéraire[5] Marie-Émile Boismard et Arnaud Lamouille concluent que l'épisode sur l'Assemblée de Jérusalem qui se trouvait initialement dans le document pétrinien et fait partie de la « Geste de Pierre » a été déplacé et inséré dans la « Geste de Paul », en Actes 15, 5s par l'auteur de Act II[9]. Ils estiment que fort logiquement les questions soulevées lors de cette assemblée ont découlé de la contestation qui a suivi la conversion du centurion Corneille (Ac 11, 2-3) et que la relation de cette réunion se trouvait initialement juste après l'épisode où Pierre convertit des craignants Dieu « païens » à Césarée maritime (Actes 10, 9s). Ce point de vue est en général partagé par les historiens, ce qui a pour conséquence que Barnabé et Paul n'étaient pas présent lors de cette réunion, contrairement à ce que le texte des Actes des Apôtres laisse penser[42].

Jacques le Juste, dit le frère du Seigneur[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Jacques le Juste.

Nous ne savons rien de Jacques le Juste avant qu'il ne surgisse comme l'un des dirigeants de l'Église primitive[43]. Les Actes des Apôtres et les Épîtres de Paul, « même s'ils le présentent comme un personnage clé, placé au centre des conflits fondamentaux[44] » de l'Église primitive, ne nous fournissent guère d'informations sur lui[44]. « Ils nous font davantage percevoir une présence, sorte de statue du Commandeur, qu'un être de chair et de sang[44]. » Lorsqu'il apparaît dans le récit, Jacques le Juste n'a pas été présenté par les auteurs des Actes et à aucun moment son identité ne sera précisée[45], pas plus que Jude qui pourrait être son frère (Ac 15:22). « Cependant, on estime généralement qu'il s'agit du Jacques que Paul appelle le frère du Seigneur[45]. »

Les Actes des Apôtres parlent trois fois de Jacques le Juste (12, 17 ; 15, 13 ; 21, 18)[45]. Dans les lettres de Paul ou les Actes des Apôtres, Jacques joue de façon évidente un rôle prééminent. « Dans la version du Concile de Jérusalem donnée dans les Actes des Apôtres, Jacques préside la réunion et prend la décision finale (15, 6-29)[45]. »

Luc[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Luc (évangéliste).

Bien que ce soit hypothétique, les critiques modernes estiment que Luc pourrait avoir joué un rôle essentiel dans la composition des textes du Nouveau Testament. Il pourrait ainsi être le troisième et dernier rédacteur de l'Évangile selon Luc, auquel il aurait ajouté les deux premiers chapitres qui composent les récits de l'enfance de Jésus[46], ainsi que l'épisode des disciples d'Emmaüs[47] à la fin du livre après la crucifixion de Jésus. C'est le même auteur qui est le deuxième et avant-dernier rédacteur des Actes des Apôtres qu'il a très profondément remaniés[5],. C'est aussi ce même auteur qui a écrit plus de dix ans après la mort de Paul de Tarse, trois lettres qu'il a mises sous l'identité de celui à qui il donne le titre d'apôtre et qui figurent dans le Nouveau Testament[15]. Elles sont appelées Épîtres pastorales. Dans la deuxième épître à Timothée (2Ti 4:11), il se met en scène aux côtés de Paul, lors de sa deuxième détention à Rome (67-68[48]), sans que l'on puisse savoir s'il était effectivement présent. Selon Origène c'est lui qui serait mentionné dans l'Épître aux Romains (16:21).

Il aurait exercé cette activité littéraire pour un commanditaire qui est appelé Théophile, dont il cite le nom, tant au début de l'Évangile selon Luc qu'au début des Actes des Apôtres, mais dont on ne sait rien non-plus[16].

Selon Marie-Émile Boismard et Arnaud Lamouille, pour qui il est le deuxième rédacteur des Actes des Apôtres, il « apparaît surtout comme un admirateur inconditionnel de l'apôtre Paul. Il le défend contre ses détracteurs, prouvant qu'il mérite aussi bien que Pierre le titre d'apôtre. Il s'efforce de réinterpréter les récits reçus de ses sources, surtout [du premier rédacteur des Actes des Apôtres], pour les rendre plus conformes à ce que Paul dit de lui même dans ses lettres, qu'il connaît parfaitement et qu'il utilise abondamment. Il se fait un ardent propagateur des idées de Paul, spécialement en ce qui concerne la justification (ou le salut) par la foi[12]. »

Paul[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Paul de Tarse.

Luc a dressé de Paul un portrait à la personnalité fougueuse qui tranche sur le pasteur des Épîtres. La conversion de celui qui jetait les chrétiens en prison était pour lui un signe fort puisqu'il en a donné trois fois le récit. Saul devenu Paul à Chypre apparaît d'abord comme le second de Barnabé auquel il était redevable, surtout si, avec Tertullien on voit en Barnabé l'auteur de l'Épître aux Hébreux. Avec les voyages par terre et par mer à la rencontre des communautés de disciples, le récit retrace le cheminement spirituel de l'Apôtre entre sa fidélité au judaïsme de ses pères et l'appel missionnaire au milieu des nations.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sources primaires[modifier | modifier le code]

  • V. Rose, o.p., Les Actes des Apôtres, traduction et commentaire, Paris, Librairie Bloud, 1905.

Sources secondaires[modifier | modifier le code]

  • François Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, Cerf, 2001, (ISBN 978-2-204-06215-2).
  • Marie-Émile Boismard et Arnaud Lamouille, Actes des deux apôtres, livres I à III, Paris, 1990, Librairie Lecoffre J. Gabalda et Cie éditeurs. Recension sur le site Persée.
  • Justin Taylor, Actes des deux apôtres, livres IV à VI, Paris, 2000, Librairie Lecoffre J. Gabalda et Cie éditeurs
  • Daniel Marguerat (dir.), Introduction au Nouveau Testament : Son histoire, son écriture, sa théologie, Genève, Labor et Fides, 2008, 4e éd., 540 p. (ISBN 978-2-8309-1289-0).
  • François Bovon, L'Œuvre de Luc, 1987, Cerf.
  • Jean-Noël Aletti, L'Art de raconter Jésus-Christ : l'écriture narrative de l'évangile de Luc, Seuil, Paris 1989, 255 p. 
  • Jacques Cazeaux, Les Actes des apôtres - L'Église entre le martyre d'Étienne et la mission de Paul, octobre 2008, éditions du Cerf, collection « Lectio Divina » no 224.
  • Les Actes des apôtres, récit, histoire, théologie, XXe congrès de l'Association catholique française pour l'étude de la Bible (Angers, 2003) – Publié sous la direction de Michel Berder. Janvier 2005. Éditions du Cerf, collection « Lectio Divina » no 199.
  • Le Déchirement. Juifs et chrétiens au premier siècle. Ouvrage collectif (Martinus C. de Boer, Georges J. Brooke, H. Cousin, Jean-Daniel Kaestli, Ulrich Luz, Daniel Marguerat, Folker Siegert, Ekkerhard W. Stegemann, Christopher Tuckett (professeurs dans les universités de Lausanne, Berne, Bâle, Neuchâtel, Manchester). Daniel Marguerat éd. collection Labor et fides. (ISBN 978-2-8309-0788-9). 1996.
  • Les Actes des deux apôtres (5 vol.) avec Marie-Émile Boismard, Justin Taylor et A. Lamouille (Études bibliques 12-14), Paris, J. Gabalda, 1989. (ISBN 978-2-85021-038-9, 2850210404, 2850210412)
  • Daniel Marguerat, Les Actes des Apôtres (1-12) , Labor et Fides, sur Google Books
  • André Mehat, Les Écrits de Luc et les événements de 70. Problèmes de datation, in : Revue de l'histoire des religions, tome 209 no 2, 1992. p. 149-180.
  • Takashi Kato, La Pensée sociale de Luc - Actes, Presses universitaires de France, 1997
  • (de) Adolf von Harnack, Beiträge zur Einleitung in das Neue Testament, Sammelband 1908 :
    • I Lukas der Arzt, der Verfasser des dritten Evangeliums und der Apostelgeschichte. Hinrichs, Leipzig 1906.
    • II Sprüche und Reden Jesu, die zweite Quelle des Matthäus und Lukas. 1907.
    • III Die Apostelgeschichte. 1908.
  • (en) Adolf von Harnack, The Date of the Acts and of the Synoptic Gospels, traduction : J.R. Wilkinson, Williams & Norgate, 1911.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e François Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, Éditions du Cerf, Paris, 2001, p. 103.
  2. Marie-Émile Boismard et Arnaud Lamouille, Actes des deux apôtres, livre I, Paris, 1990, Librairie Lecoffre J. Gabalda et Cie éditeurs, p. 63 à 177.
  3. Justin Taylor, 1990, p. 281 repris par François Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, Éd. du Cerf, Paris, 2001, p. 103.
  4. Justin Taylor, 1990, repris par François Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, Éd. du Cerf, Paris, 2001, p. 103.
  5. a, b, c, d, e, f, g, h et i François Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, Éd. du Cerf, Paris, 2001, p. 103.
  6. a, b et c François Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, p. 104.
  7. a et b Marie-Émile Boismard et Arnaud Lamouille, Actes des deux apôtres, livre I, Paris, 1990, Librairie Lecoffre J. Gabalda et Cie éditeurs, p. 4.
  8. a et b François Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, Éd. du Cerf, Paris, 2001, p. 103-104.
  9. a, b et c Marie-Émile Boismard et Arnaud Lamouille, Actes des deux apôtres, livre I, Paris, 1990, Librairie Lecoffre J. Gabalda et Cie éditeurs, p. 12.
  10. a et b Irénée de Lyon, Contre les hérésies, III, 13.3.
  11. a, b et c Daniel Marguerat, Introduction au Nouveau Testament : Son histoire, son écriture, sa théologie, p. 128
  12. a, b, c et d Marie-Émile Boismard et Arnaud Lamouille, Actes des deux apôtres, livre I, Paris, 1990, Librairie Lecoffre J. Gabalda et Cie éditeurs, p. 41.
  13. Dominique Letourneau, Les Mots du christianisme, Fayard, , p. 11
  14. cf. par exemple Origène, cité par Eusèbe de Césarée (Histoire ecclésiastique, Livre VI, chap. 25) : « Luc, celui qui a composé l'Évangile et les Actes ».
  15. a et b Marie-Émile Boismard et Arnaud Lamouille, Actes des deux apôtres, livre III, Paris, 1990, Librairie Lecoffre J. Gabalda et Cie éditeurs, p. 20-25.
  16. a et b Marie-Émile Boismard et Arnaud Lamouille, Actes des deux apôtres, livre II, Paris, 1990, Librairie Lecoffre J. Gabalda et Cie éditeurs, p. 15.
  17. Marie-Émile Boismard et Arnaud Lamouille, Actes des deux apôtres, livre III, Paris, 1990, Librairie Lecoffre J. Gabalda et Cie éditeurs, p. 11.
  18. Marie-Émile Boismard et Arnaud Lamouille, Actes des deux apôtres, livre II, Paris, 1990, Librairie Lecoffre J. Gabalda et Cie éditeurs, p. 13-14.
  19. Pour le théologien Daniel Marguerat, « La datation des Actes n'est pas antérieure à celle de l'évangile, qui elle même n'est pas à placer avant 70, puisque Luc 21,20 fait une claire allusion à la destruction de Jérusalem en réinterprétant Mc 13,14 (même note en Lc 19,43-44 et 21,24). Le second tome de l’œuvre à Théophile a du être rédigé simultanément ou peu après le premier, c'est à dire entre 80 et 90. » cf. Daniel Marguerat, Les actes des apôtres (1-12), p. 20.
  20. a et b Simon Claude Mimouni, Les représentations du christianisme, in Bernard Pouderon, Yves-Marie Duval, L'Historiographie de l'Église des premiers siècles, 2001, Paris, éd. Beauchesne, p. 69.
  21. Marie-Émile Boismard et Arnaud Lamouille, Actes des deux apôtres, livre I, Paris, 1990, Librairie Lecoffre J. Gabalda et Cie éditeurs, p. 50.
  22. J.A.T. Robinson, J. Carmignac, Ph. Rolland
  23. Simon Claude Mimouni, La tradition des évêques chrétiens d'origine juive de Jérusalem, in Studia patristica vol. XL, publié par Frances Margaret Young, Mark J. Edwards, Paul M. Parvis, éd. Peeters, Louvain, 2006, p. 455.
  24. A. Mehat, op. cité.
  25. A. von Harnack, Beiträge zur Einleitung in das Neue Testament, III Die Apostelgeschichte., Exkurs V. Die Zeit der Apostelgeschichte, p. 217-221, 1908.
  26. Isabelle Jonveau, Histoire de la littérature grecque chrétienne, note de lecture sur Bernard Pouderon (Dir), Introduction de Enrico Norelli et Bernard Pouderon. Paris, Éditions du Cerf, coll. « Initiation aux Pères de l’Église », 2008.
  27. François Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, Éd. du Cerf, Paris, 2001, p. 104.
  28. Adolf Harnack, The Date of the Acts and the Synoptic Gospels : "Our conclusion from this survey is, therefore, that we have found nothing to upset the verdict, to which we have been led by critical investigation of the Acts of the Apostles : the second and third Gospels, as well as the Acts, were composed while St. Paul was still alive, and that the first gospel came into being only a few years earlier.", p. 162.
  29. Marie-Émile Boismard et Arnaud Lamouille, Actes des deux apôtres, livre I, Paris, 1990, Librairie Lecoffre J. Gabalda et Cie éditeurs, p. 15.
  30. François Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, Éditions du Cerf, Paris, 2001, p. 103-104.
  31. a, b et c Marie-Émile Boismard et Arnaud Lamouille, Actes des deux apôtres, livre II, Paris, 1990, Librairie Lecoffre J. Gabalda et Cie éditeurs, p. 229.
  32. Marie-Émile Boismard et Arnaud Lamouille, Actes des deux apôtres, livre I, Paris, 1990, Librairie Lecoffre J. Gabalda et Cie éditeurs, p. 11.
  33. Marie-Émile Boismard et Arnaud Lamouille, Actes des deux apôtres, livre I, Paris, 1990, Librairie Lecoffre J. Gabalda et Cie éditeurs, p. 45.
  34. Dans le texte occidental (Act II) en 2, 14, Pierre est debout avec seulement dix apôtres, ce qui montre que l'élection de Matthias n'avait pas encore eu lieu dans le texte initial. Cette incohérence est corrigée dans le texte alexandrin (Act III); cf. Marie-Émile Boismard et Arnaud Lamouille, op. cit., livre I, p. 68.
  35. Marie-Émile Boismard et Arnaud Lamouille, Actes des deux apôtres, livre III, Paris, 1990, Librairie Lecoffre J. Gabalda et Cie éditeurs, p. 41-43.
  36. Simon Claude Mimouni, La tradition des évêques chrétiens d'origine juive de Jérusalem, in Studia patristica vol. XL, publié par Frances Margaret Young, Mark J. Edwards, Paul M. Parvis, éd. Peeters, Louvain, 2006, p. 460.
  37. Clément d'Alexandrie, Stromata.
  38. Sylvie Chabert d'Hyères, Commentaire des Actes des Apôtres selon le codex Bezæ Cantabrigiensis, Commentaire sur Ac 1, 23.
  39. Nouveau Testament, Actes des Apôtres, 4, 36.
  40. Ainsi, les codex Sinaiticus, Alexandrinus, Vaticanus, E, Ψ, Byz, le Papyrus 74 et la Peshitta ne comportent pas le verset 15, 34 (cf. NA26, p. 478), ainsi que plusieurs autres mentions de ces deux noms.
  41. Justin Taylor, Actes des deux apôtres, livre V, Paris, 2000, Librairie Lecoffre J. Gabalda et Cie éditeurs, p. 202.
  42. Justin Taylor, Actes des deux apôtres, livre V, Paris, 2000, Librairie Lecoffre J. Gabalda et Cie éditeurs, p. 201-205.
  43. Pierre-Antoine Bernheim, Jacques, frère de Jésus,  éd. Albin Michel, 2003, p. 105.
  44. a, b et c Pierre-Antoine Bernheim, Jacques, frère de Jésus,  éd. Albin Michel, 2003, p. 19.
  45. a, b, c et d Pierre-Antoine Bernheim, Jacques, frère de Jésus,  éd. Albin Michel, 2003, p. 14.
  46. Marie-Émile Boismard et Arnaud Lamouille, Actes des deux apôtres, livre III, Paris, 1990, Librairie Lecoffre J. Gabalda et Cie éditeurs, p. 14.
  47. Marie-Émile Boismard et Arnaud Lamouille, Actes des deux apôtres, livre III, Paris, 1990, Librairie Lecoffre J. Gabalda et Cie éditeurs, p. 18-19.
  48. Marie-Françoise Baslez, Saint Paul, Paris, 2012, éd. Pluriel, p. 291.