Tradition (christianisme)

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Le mot « tradition » vient du latin traditio qui désigne autant ce qui est transmis que l'acte même de le transmettre (transmission orale ou écrite selon l’étymologie latine et grecque).

Dans le christianisme, la Tradition (avec une majuscule) est la révélation continue de l'Évangile du Christ à son Église, par le Saint-Esprit.

Le catholicisme romain pense que cette tradition s'effectue également par l'intermédiaire des successeurs des apôtres (tradition apostolique). Les orthodoxes ont une conception semblable de la tradition. Le VIIIe Concile œcuménique (Constantinople IV) a examiné la question de la Tradition comme règle de foi. Les Protestants récusent cette source de dogme et s'en tiennent à la seule autorité de l'écriture sainte (sola scriptura).

D'autres, comme les Saints des derniers jours, admettent d'autres révélations complémentaires de celle-ci (par exemple : le Livre de Mormon), ce qui les place en marge du Christianisme.

La Tradition chrétienne s'enracine dans l'interprétation juive traditionnelle de l'Écriture selon quatre sens : peshat, remez, drash, sod (voir Pardès (Kabbale)). Ces sens ont été transmis à la tradition chrétienne, par Origène et Jean Cassien, sous la forme des quatre sens de l'Écriture, employés dans la Lectio divina.

Tradition et Église catholique[modifier | modifier le code]

L'Église catholique romaine affirme que la révélation provient d'une seule source : le Christ qui a proclamé l'Évangile [1]. Celui-ci parvient à l'Église par la Tradition apostolique. La première génération de chrétiens n'avait pas de Nouveau Testament et celui-ci, depuis qu'il est écrit, reflète cette Tradition. Les deux canaux pour connaître l'Évangile sont les Saintes Écritures (la Bible) et les autres traditions non bibliques transmises de siècle en siècle (voir Concile de Trente). Ces traditions sont diverses : liturgie de la Cène, pratique baptismale, interprétation de l'Ancien Testament, structure ministérielle…

Ces traditions se trouvent dans les écrits des Pères apostoliques et des premiers chrétiens. Il faut aussi distinguer la Tradition fondatrice des apôtres de la tradition réceptrice de l'Église qui essaie d'être fidèle au dépôt reçu et d'approfondir sa compréhension grâce au magistère.

Le concile Vatican II conçoit la Tradition à la fois comme une donnée matérielle reçue des apôtres et vécue en Eglise en référence à l'Ecriture, et en même temps comme la dynamique par laquelle cette donnée matérielle est transmise[2]. Ainsi la Tradition ne peut simplement être comprise comme une référence au passé, mais elle est une Tradition vivante, au sens où elle appelle à une réception dans le temps présent.

Latin et Tradition catholique[modifier | modifier le code]

La Tradition apostolique concerne le contenu de la foi, le message du Christ, les institutions voulues par lui mais elle n'est pas liée à une culture précise. Bien sur les écritures sont en langues hébraïque et grecque ce qui appartient à la Tradition ; mais il n'y a pas de langue sacrée dans cette Tradition : ni hébreu, ni grec et encore moins le latin venu tardivement. À Rome, lorsque le latin remplaça le grec dans la liturgie, il y eut un schisme en 218 avec le prêtre saint Hippolyte de Rome. Ensuite le latin s'implanta dans la liturgie ; il correspondait à la langue populaire puis à la culture de l'élite durant le Moyen Age. Le Concile de Trente face à la Réforme protestante a préféré garder le latin ; le Concile de Vatican II a permis, en plus du latin, l'emploi des langues locales pour la liturgie. Ainsi le latin est une tradition secondaire de l'Eglise catholique mais il ne fait pas partie de la Tradition enracinée dans la Tradition apostolique de l'Eglise catholique. Cependant les catholiques traditionalistes sont très attachés à cette langue liturgique à la fois comme symbole d'unité géographique (une même langue dans le monde) et d'unité intemporelle (une même langue dans les siècles).

Remarque importante sur le traditionalisme[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Catholicisme traditionaliste.

La controverse sur le « traditionalisme » agite les catholiques depuis quelques décennies, notamment en France. La différence d'appréciation entre les catholiques, ayant reçu le concile Vatican II, et les « traditionalistes », qui se réfèrent à la tradition de l'Eglise telle qu'elle s'est développée depuis le XVIe siècle, porte principalement sur des questions de liturgie, de rite et sur la nature du rapport que l'Église doit entretenir avec le monde moderne et les autres religions dans l'exposé de la foi.
Elle ne porte pas directement sur les questions fondamentales de la foi comme la communion ecclésiale, l'Eucharistie, de référence aux saints
Le pape Jean-Paul II a émis une lettre[3] au sujet des catholiques traditionalistes, visant à apaiser la question liturgique. Cependant, la libéralisation du rite extraordinaire (rite dit de saint Pie V) par le pape Benoît XVI[4] n'a pas encore permis la réintégration des prêtres catholiques ayant suivi Mgr Marcel Lefebvre.

En tant que question spécifique la controverse sur la liturgie née avec le catholicisme traditionaliste n'est pas traitée dans cet article.

Tradition et Église orthodoxe[modifier | modifier le code]

Tradition et Églises protestantes[modifier | modifier le code]

Le sola scriptura de la Réforme protestante s'est opposé à l'idée selon laquelle l'autorité de la Tradition ecclésiastique serait équivalente à celle des Écritures bibliques. Cependant les Réformateurs recevaient les définitions dogmatiques et les symboles des premiers conciles et de l'Église ancienne, et les estimaient conformes à la Révélation biblique. Les Églises réformées ont retrouvé aujourd'hui une véritable estime de la tradition, sans lui attribuer pourtant l'autorité dernière qui n'appartient qu'à la Bible.

C'est la raison de l'importance attribuée aux études bibliques dans la tradition protestante.

Historique[modifier | modifier le code]

Le Nouveau testament, avec saint Paul, utilise le mot tradition dans plusieurs textes : « Tenez bon. gardez fermement les traditions que vous avez apprises de nous, de vive voix ou par lettres » (2 Th. 2, 15) ou « Gardez les traditions telles que je vous les ai transmises » (1 Co. 11, 2). On nous parle de la transmission de l'Évangile qui peut être orale : Luc 1 ; 2 ; 1 Co. 11, 23 ; 15, 3 ; 2 P. 2, 21 et qui peut être un style de vie : 2 Th. 3, 6. Les écrits des Pères apostoliques ont aussi comme but de transmettre ce qui a été reçu des apôtres. Par exemple, le titre de la Didaché est explicite : « Doctrine du Seigneur transmise aux nations par les douze apôtres ». Le principe de la Tradition Apostolique a été formalisé pour la première fois par Saint Irénée de Lyon vers 190 et par saint Hippolyte de Rome, élève d'Irénée de Lyon, au début du IIIe siècle[5].

La primauté de Rome en matière de tradition se fonde, pour les catholiques, sur la promesse faite par Jésus à Pierre : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. »

La question de la Tradition considérée comme règle de foi a été discutée au quatrième concile de Constantinople en 869.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Cardinal Jean-Baptiste Franzelin, La Tradition, éd. Courrier de Rome, 2009 (traduction de De traditione divina)
  • Stella Ghervas, Réinventer la tradition. Alexandre Stourdza et l'Europe de la Sainte-Alliance, Paris, Honoré Champion, 2008, ISBN 978-2-7453-1669-1 (pour la tradition orthodoxe)
  • Pierre Grelot, Qu'est-ce la tradition?, Vie chrétienne, Paris, 1985
  • Marc Lods, Protestantisme et tradition de l'Eglise , Paris, Cerf, Patrimoines, 1988
  • Bernard Sesboüe, Jésus-Christ dans la tradition de l'Eglise ,Paris, Desclée, Jésus et Jésus-christ, 1982
  • René Rémond, Les Droites aujourd'hui Audibert, Paris, 2005 (pour le traditionalisme catholique)
  • Yves Congar, La Tradition et les traditions, 2 tomes (essai historique et essai théologique), Paris, Fayard, 1960 et 1963, 301 et 364 pages
  • Christoph Theobald, « “La transmission de la Révélation divine” : à propos de la réception du chapitre II de “Dei Verbum” », dans BORDEYNE Philippe, VILLEMIN Laurent (dir.), Vatican II et la théologie, Perspectives pour le XXIe siècle, coll. Cogitatio fidei (254), Paris, Éditions du Cerf, 2006, p. 107-126
  • Karl Rahner, « Écriture et Tradition. À propos du schéma conciliaire sur la Révélation divine » (trad. Henri ROCHAIS), Écrits théologiques, t. VII, Paris, Desclée de Brouwer, 1967, p. 79-93

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Catéchisme de l'Eglise catholique Mame/Plon 1992 page 30, 31 et 32. Le catéchisme cite Dei Verbum 7 à ce propos.
  2. Concile Vatican II, constitution dogmatique Dei Verbum, chapitre II
  3. motu proprio Ecclesia Dei
  4. Benoît XVI, Motu proprio Summorum Pontificum
  5. Marcel Simon et André Benoît, Le judaïsme et le christianisme, page 161