Élections législatives françaises de 1857

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Élections législatives françaises de 1857
Démographie électorale
Inscrits  9 490 000
Votants 6 118 000
  
64,5 %
Armes du IInd Empire
Carte
Gouvernement
Sortant
Élu
Législature élue
Deuxième du IInd Empire

Les élections législatives ont lieu les 21 juin et 5 juillet 1857 afin de renouveler, pour la première fois, le Corps législatif du Second Empire. Ces élections au suffrage universel masculin se tiennent pendant la phase dite de l'« Empire autoritaire ». Marquées par les pressions du pouvoir et la fraude électorale, ainsi qu'un taux d'abstention de plus d'un tiers des inscrits, ces élections marquent cependant l'acmé du succès électoral de l'Empire (90 % des votants), avant le recul marqué de 1863.

Contexte et analyse[modifier | modifier le code]

Les élections législatives doivent en principe avoir en lieu l'année suivante, mais Napoléon III préfère écourter le mandat de la première législature issue des élections de 1852[1]. Par ces élections, il veut ainsi montrer à la France et à l'Europe la popularité du régime[1].

Malgré une abstention élevée (35,5 % des inscrits[2]) qui s'explique entre autres par le refus des républicains et des orléanistes [1] de participer à ce qu'ils considèrent comme une mascarade et l'appui décisif apporté par le gouvernement aux candidats officiels, ces élections constituent le plus important succès électoral de l'Empire.

Face aux candidats officiels, soutenus par les services du ministre de l'intérieur, l'opposition est morcelée, y compris au sein de chacun de ses formations politiques, qu'elle soit légitimiste, orléaniste ou républicaine. Les royalistes sont en effet peu actifs après la tentative infructueuse, faite à Frohsdorf en 1853, d'alliance des légitimistes et des orléanistes. Malgré tout, contrairement à ceux-ci, les légitimistes se prêtent au jeu électoral et présentent des candidats[1].

La fraude est endémique. Le poète François Ponsard, candidat de l'opposition à Vienne, décrit ainsi le scrutin :

« Les maires, commissaires de police et gardes champêtres ont fait voter le bétail rustique comme ils ont voulu. On a arrêté les porteurs de mes bulletins et déchiré mes affiches ; on a pris mes bulletins dans la main et jusque dans les maisons des paysans en leur faisant toutes sortes de menaces ; on a promis aux maires des foires, des églises, des chemins et des secours pour les inondés de l'an dernier[3]. »

Malgré trois millions d'abstentionnistes qui ternissent ce succès[2], les candidats officiels remportent 90 % des suffrages exprimés (presque 5 500 000 voix[2]). Dans l'opposition (665 000 suffrages[2]), ce sont les républicains qui engrangent des voix supplémentaires, notamment dans les grandes villes (progression de 15 000 voix à Paris). Lazare Hippolyte Carnot, Michel Goudchaux et Louis Eugène Cavaignac sont élus mais refusent de prêter serment et ne peuvent en conséquence siéger.

Elections complémentaires d'avril 1858[modifier | modifier le code]

À Paris, les républicains décident de présenter des candidats[1], et le directeur du Siècle, Léonor-Joseph Havin, impose aux côtés des « vieux » de 1848 des nouveaux qui acceptent de prêter serment s'ils sont élus[1].

C'est ainsi qu'aux élections complémentaires d'avril 1858, trois mois après l'attentat d'Orsini contre l'empereur et quelques jours après le vote de la loi de sûreté générale, les cinq députés républicains qui sont élus (Jules Favre, Ernest Picard, Jacques-Louis Hénon, Louis Darimon et Émile Ollivier qui est élu contre le candidat officiel Varin, grâce au désistement du républicain modéré Garnier-Pagès [4] – ces deux derniers à Paris) acceptent de prêter serment[5].

Résultats politiques[modifier | modifier le code]

Malgré le succès massif des candidats officiels (90 % des suffrages exprimés), l'opposition républicaine progresse dans les villes. Elle échoue de justesse à Lille et obtient un siège à Lyon[1]. À Paris, ils obtiennent 5 des 10 circonscriptions électorales, dans le centre et l'est [1]. Avec les partielles de 1858, ils remportent 2 des 3 sièges vacants à Paris[1].

Suite à cette progression relative de l'opposition républicaine, l'Empereur refuse de remettre en cause le suffrage universel comme le lui demande son entourage, en particulier le ministre d'État Fould[1]. Faire voter les campagnes est en effet, à l'époque, un moyen sûr de contrer l'opposition républicaine majoritairement présente dans les villes, d'autant plus que les soutiens apportés aux candidats officiels permettent de biaiser nettement les résultats.

Nombre d'élus[modifier | modifier le code]

Parti Sièges
Bonapartistes, Candidats officiels 276[réf. nécessaire]
Républicains 5[1]

Tableau comparatif des élections sous le Second Empire[modifier | modifier le code]

Elections

Source:
Alain Plessis, De la fête impériale au mur des fédérés, 1852-1871,
éd. du Seuil, 1979, p. 209

Inscrits Pour le gouvernement Contre le gouvernement Abstention
  1852 9 836 000 5 248 000 810 000 3 613 000
  1857 9 490 000 5 471 000 665 000 3 372 000
  1863 9 938 000 5 308 000 1 954 000 2 714 000
  1869 10 417 000 4 438 000 3 355 000 2 291 000

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k Alain Plessis, De la fête impériale au mur des fédérés, 1852-1871, éd. du Seuil, 1979, p.190-192
  2. a, b, c et d Alain Plessis, De la fête impériale au mur des fédérés, 1852-1871, éd. du Seuil, 1979, p.209
  3. Vier, La Comtesse d'Agoult et François Ponsard d'après une correspondance inédite, 1843-1867, I, Paris, Armand Colin, 1960, cité p.191 par Alain Plessis, op. cit..
  4. Notice biographie de Garnier-Pagès sur le site de l'Assemblée nationale
  5. Pierre Milza, Napoléon III, Paris, Perrin, 2004, réédition collection Tempus, 2006, p.  320-321