Lucullus

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Lucius Licinius Lucullus, né en 115 av. J.-C., mort v. 57 av. J.-C., est un homme d'État et général romain. Il fut un ami de Sylla, sous lequel il servit lors de la première guerre mithridatique. Au cours de la troisième guerre mithridatique, il vainquit les armées du Pont et d'Arménie. Excellent général, il n'était pourtant pas apprécié par ses soldats, dont les mutineries l'empêchèrent de mener la guerre à son terme.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et cursus honorum[modifier | modifier le code]

Jeune, Lucullus se distingue avec son frère en attaquant en justice l'accusateur qui avait fait condamner son père pour détournement de fonds publics durant sa préture en 104 av. J.-C.. Ils perdent le procès, mais leur action est considérée comme un acte de piété filiale. Lucullus prend part à la guerre sociale entre 90 et 88 av. J.-C., au côté de Sylla dont il est l'ami[1]. Lucullus ensuite suit un cursus honorum atypique : il est élu questeur en 88 av. J.-C. et lorsque Sylla conduit ses légions à Rome pour en chasser Marius, Lucullus est le seul de ses officiers à accepter de s'associer à l'entreprise[2]. Il l'accompagne ensuite en Asie où il sert sous ses ordres pendant plusieurs années au cours de la première guerre mithridatique. Alors qu'il est encore en Orient, il est élu à Rome édile, puis sans attendre le délai d'un an entre deux magistratures, il devient préteur en 78 av. J.-C.. Au moment de la mort de Sylla la même année, son fidèle ami Lucullus n'est pas oublié : par son testament l'ancien dictateur lui a confié la tutelle de ses enfants ainsi que le soin de revoir et de publier ses Mémoires [3]. Il est ensuite propréteur de la province d'Afrique, vraisemblablement de 77 à 75 av. J.-C.. Il est élevé au consulat en 74 av. J.-C.[4].

Troisième guerre mithridatique[modifier | modifier le code]

Lors de l'attribution des gouvernements de province, il reçoit la Gaule cisalpine, mais, poussé par l'ambition, il souhaite mieux. Lorsque le proconsul de Cilicie Lucius Octavius, décède inopinément, il manœuvre pour se faire attribuer cette province et pouvoir diriger la guerre contre Mithridate VI, roi du Pont. Il parvient à chasser ce dernier de Bithynie et d'Asie, puis conquiert le royaume du Pont en 71 av. J.-C.. Lorsque Mithridate se réfugie auprès de son gendre Tigrane II, roi d'Arménie, Lucullus saisit l'occasion pour envahir ce pays. Après avoir écrasé une armée arménienne très supérieure en nombre, il prend la capitale, Tigranocerte. Il ne parvient pourtant pas à vaincre totalement Tigrane et Mithridate. Sa progression devient lente et difficile, avec des mutineries chez ses soldats pour des raisons obscures (comportement tyrannique de Lucullus ? Complot des populares contre un aristocrate dont le mentor est Sylla ?). En 67 av. J.-C., Pompée est désigné par le Sénat romain pour reprendre la direction des opérations militaires, ce qui causa une vive rancœur à Lucullus[5].

Retraite[modifier | modifier le code]

Rentré à Rome avec une immense fortune, estimée à plus de cent millions de sesterces[6], une nouvelle humiliation vient s'ajouter à ses déboires orientaux. En 66, il se voit frustré des honneurs du triomphe, auquel ses victoires sur Mithridate lui donnaient droit. Un tribun de la plèbe nommé Caius Memmius persuade l'assemblée de le lui refuser, sous prétexte qu'il aurait détourné du butin et fait à dessein traîner la guerre en longueur Il est peu probable que Memmius - qui avait épousé la fille de Sylla, dont Lucullus était le tuteur - se soit attaqué à lui pour des raisons personnelles, mais plutôt, comme l'avance Plutarque, pour plaire à Pompée [7]. Le triomphe de Lucullus n'est célébré qu'en 63 lors du consulat de Cicéron[4], après trois ans d'attente hors des murs de Rome.

Retiré de la vie publique, il se rend célèbre par le faste de son train de vie et de sa table. Son nom reste aussi attaché à ses magnifiques jardins à Rome (sur l'emplacement desquels a été construite la villa Médicis). Plutarque rapporte avec désapprobation ce luxe, et lui attribue d'avoir fait reproche à son cuisinier qui n'avait préparé qu'un repas simple en l'absence d'invités, en lui déclarant : « ce soir, Lucullus dîne chez Lucullus »[8].

Il meurt à une date indéterminée que les auteurs modernes placent entre mi-décembre 57 et mi-janvier 56 av. J.-C.[9], lentement miné par une dégénérescence mentale[10]. Un auteur moderne a évoqué l'hypothèse qu'il souffrait de la maladie d'Alzheimer][11]. Plutarque rapporte une curieuse historiette qu'il dit tenir de Cornélius Népos : pour se faire aimer de Lucullus, un de ses affranchis, Callisthène, lui aurait administré un philtre qui aurait eu l'effet de lui faire perdre la raison. On lui attribue l'acclimatation du cerisier aigre d'Asie en Italie.

Épouses et descendance[modifier | modifier le code]

Lucullus se maria et divorça deux fois. L'inconduite de sa première épouse, Clodia était notoire. Dans le Pro Milone, Cicéron évoque l'inceste dont elle se rendit coupable avec son frère Publius Clodius Pulcher. Lucullus la répudia après son retour d'Orient. Peu après il épousa Servilia, sœur de Caton[12], qui lui donna un fils nommé Marcus. Elle était aussi débauchée que sa première épouse, le seul vice qui lui manquait, note ironiquement Plutarque, étant de ne pas avoir été corrompue par son frère. Il divorça finalement d'elle lorsqu'il abandonna la politique

Dans la littérature antique[modifier | modifier le code]

Cicéron qui était son ami fait de Lucullus un des protagonistes du dialogue des Académiques, dans lequel il présente la philosophie d'Antiochos d'Ascalon, qui avait fait partie de son entourage lors de son séjour en Orient. Cicéron fait un résumé élogieux de sa carrière, et rapporte parmi ses talents qu'il possédait une excellente mémoire des faits[4]. Plutarque, originaire de Chéronée, poussé par la reconnaissance envers Lucullus qui avait défendu ses concitoyens[13], a écrit sa vie (en parallèle avec celle du grec Cimon).

Citation[modifier | modifier le code]

On trouve trace de lui dans les Olympiades de Phlégon, citées par Photius.

Lors des jeux olympiques de 177 :

« À cette époque, Lucullus assiégeait Amisos[note 1], mais ayant laissé Muréna[note 2] avec 2 légions pour mener le siège, lui-même en conduisit 3 autres contre le territoire de Cabiri, où il prit ses quartiers d'hiver. Il ordonna aussi à Hadrien de guerroyer contre Mithridate, qui fut battu. [...] Durant la 4e année de cette olympiade, Tigrane et Mithridate, ayant rassemblé une armée de 40 000 fantassins et 30 000 cavaliers et l'ayant organisée à la romaine, affrontèrent Lucullus et furent battus ; Tigrane perdit 5 000 tués et beaucoup de prisonniers en plus d'une foule méprisable[14]. »

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • François Hinard, Sylla, Fayard,‎ 1985
  • (en) Arthur Keaveney, Lucullus : A life, Routledge,‎ 1992
  • Tröster, Manuel: Themes, Character, and Politics in Plutarch's Life of Lucullus. The Construction of a Roman Aristocrat, Stuttgart 2008.
  • Jules Van Ooteghem, Lucius Licinius Lucullus, Bruxelles,‎ 1959
  • Villoresi, Mario: Lucullo, Firenze 1939.


Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Aujourd'hui Samsun, sur la côte de la Mer Noire.
  2. Lucius Licinius Murena, élu en fin 63 av. J.-C. pour le consulat de 62. Accusé de corruption électorale, il fut défendu par Cicéron avec une plaidoirie parvenue jusqu'à nous et suffisamment brillante pour le faire acquitter.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Plutarque, Vie de Lucullus, I
  2. Hinard 1985, p. 66
  3. Keaveney 1992, p. 37
  4. a, b et c Cicéron, Académiques, livre II, 1
  5. Velleius Paterculus, Histoire romaine, livre II, 33
  6. Claude Nicolet, Rome et la conquête du monde méditerranéen 264–27 av. J.-C., Tome 1 Les structures de l'Italie romaine, Presses universitaires de France, coll. « Nouvelle Clio, l'Histoire et ses problèmes », Paris, 2001 (1re éd. 1979), (ISBN 978-2130519645), p. 110
  7. Plutarque, Vie de Caton d'Utique, 29
  8. Plutarque, Vie de Lucullus, LVI-LVII
  9. Keaveney 1992, p. 165
  10. Plutarque, Vie de Lucullus, 43
  11. Keaveney 1992, p. 164
  12. Plutarque, Vie de Lucullus, LV
  13. Plutarque, Vie de Cimon, 2
  14. Cette citation d'un fragment de Phlégon figurant dans la Bibliothèque de Photius semble venir de http://www.tertullian.org/fathers/photius_03bibliotheca.htm.