Publicain

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Dans l’administration romaine un publicain (du latin publicanus) était un homme d’affaire, appartenant généralement à l’ordre équestre, qui par contrat avec l’autorité civile était autorisé à collecter les taxes en son nom. Ils formaient des sociétés civiles à but lucratif qui intervenaient dans les domaines économiques et fiscaux pendant la période romaine, selon des contrats passés avec l'État.

Historique[modifier | modifier le code]

Des preuves de l’existence des publicains se trouvent à partir du IIIe siècle av. J.-C., bien qu’il soit généralement convenu qu’ils existaient même bien plus tôt dans l’histoire romaine. La plus ancienne citation historique est de 215 av. J.-C., lors de l'adjudication par le Sénat romain des équipements de la flotte destinée à l'armée intervenant en Hispania. Trois sociétés regroupant en tout 19 personnes interviennent pour ce contrat[1]. Au cours du IIe et du Ier siècle av. J.-C., de nombreuses sociétés de publicains sont mentionnées dans les textes, dans le périmètre géographique romain : en Italie, sociétés pour l'exploitation de la poix de la forêt de Sila, pour l'exploitation des mines de fer, des salines, pour les taxes portuaires d'Aquilée, en Sicile, en Sardaigne pour des salines, en Achaïe, en Afrique pour la perception de l'impot du vectigal, en Asie, en Cilicie et en Bithynie, citées par Cicéron[2].

Dans le Nouveau Testament[modifier | modifier le code]

Les publicains des quatre évangiles sont des employés subalternes au service de ‘grands collecteurs’. Seul Zachée, dans l'épisode de Luc 19 :1-9 est un ‘chef des collecteurs d'impôts’ ('et il était riche’, ajoute Saint Luc). Leur impopularité était générale, non seulement parce que la fonction même est universellement mal vue du public, mais également car perçus comme collaborateurs actifs des occupants païens.

Ainsi en est-il dans le Nouveau Testament : ils sont méprisés et fréquemment associés aux pécheurs publics (Matthieu 9 :11). L'attitude de Jésus est surprenante et choque les bien-pensants. Il se mêle aux publicains, accepte de manger chez eux (Mt 9:9-13) et appelle l'un d’eux comme proche disciple et collaborateur : Matthieu. Aux stricts observateurs de la Loi, qui les tiennent à l'écart et qui offrent leur bonne conscience et leur suffisance à Dieu, sans rien lui demander, Jésus donne un publicain en exemple (cf. la Parabole du pharisien et du publicain: Luc 18 :9-14). Il a l'audace de dire : « les collecteurs d'impôts et les prostituées vous précèdent dans le Royaume » (Matthieu :21 :31).

L'attitude de Jésus, qui n'est ni approbation ni condamnation mais miséricorde et appel au changement de vie, fait que les publicains se sentent accueillis : ils ‘s'approchent tous de lui pour l'écouter’ tandis que les hommes de bien désapprouvent : « cet homme fait bon accueil aux pécheurs et mange avec eux » (Luc 15 :1-2).

Leur rôle[modifier | modifier le code]

Les publicains bénéficiaient de contrats publics, en regard desquels ils fournissaient l’armée romaine, géraient la collecte des taxes portuaires (portorium) et supervisaient les projets de constructions publiques. Ils exerçaient également comme collecteurs d’impôts pour la République romaine (et plus tard pour l’Empire), offrant leurs services au Sénat à Rome pour obtenir les contrats de collection des divers types de taxes.

Ils doivent faire l'avance des sommes à collecter et recouvrer leur fond et leur commission qui, selon les auteurs antiques, pouvaient être substantiels. Ils étaient organisés en "collèges" et constituaient, en raison du montant des sommes collectées, un ordre puissant. Cette fonction était incompatible avec la dignité sénatoriale, mais elle pouvait être exercée par l'ordre équestre (chevaliers). Les baux de fermage étaient passés avec eux par les censeurs pour cinq ans.

Leurs pratiques usuraires (taux d'intérêts à 45 %) seront dénoncées par Lucullus et Gabinius.

Sous l'Empire, leur activité décroît petit à petit et leur rôle est remplacé par la récolte directe des impôts par les censeurs et les procurateurs et questeurs. Jules César commence cette réforme en diminuant les fermages sur l'Asie.

Sous l'Empire, les publicains étaient perçus le plus souvent comme des collecteurs d’impôt par les habitants des provinces. Cependant, leur rôle dans les services publics, en particulier dans les projets de constructions, était encore très significatif. Avec la croissance de l’administration impériale, leur rôle dans ce domaine aussi bien que leur importance en général déclina très rapidement.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Tite-Live, Histoire romaine, livre XXIII, 48-49
  2. Claude Nicolet, Censeurs et publicains, économie et fiscalité dans la Rome antique, p. 302

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en), Ernest Badian, Publicans and sinners : private enterprise in the service of the Roman Republic, 1972, Oxford.
  • Claude Nicolet, Censeurs et publicains, économie et fiscalité dans la Rome antique, Fayard, 2000. (ISBN 2213602964)
  • Jean-Luc Lamboley, « Publicain », Lexique d'histoire et de civilisation romaines. (ISBN 2729855475)

Articles connexes[modifier | modifier le code]