La Planète des singes

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La Planète des singes
Auteur Pierre Boulle
Genre science-fiction
Pays d'origine Drapeau de la France France
Éditeur Julliard
Date de parution 1963
Nombre de pages 271

La Planète des singes est un roman de science-fiction, publié en 1963 par l'écrivain français Pierre Boulle (1912-1994). Il raconte l'histoire d'un petit groupe d'hommes qui explorent une planète lointaine similaire à la Terre, où les grands singes sont les espèces dominantes et intelligentes, alors que l'humanité est réduite à un état animal.

La Planète des singes est l'un des romans les plus célèbres de Pierre Boulle, traduit dans de nombreuses langues, et a fait l'objet de plusieurs adaptations cinématographiques.

Thème et inspiration[modifier | modifier le code]

La Planète des singes est directement inspiré des travaux de Charles Darwin, tout comme, avant lui le feuilleton Les Aventuriers du ciel de René-Marcel de Nizerolles de 1933 à 1938 et les romans Le Règne du gorille de Lyon Sprague de Camp en 1941 ainsi que Les Animaux dénaturés de Vercors en 1952[1]. Les théories évolutionnistes sont présentées dans le chapitre deux de la deuxième partie : "Nous savons qu'elles [Les espèces] ont eu probablement toutes une souche commune. [...] Singes et hommes sont des rameaux différents, qui ont évolué, à partir d'un certain point, dans des directions divergentes, les premiers se haussant peu à peu jusqu'à la conscience, les autres stagnant dans leur animalité". L'évolution artificielle des singes et la déchéance des hommes sont quant à eux révélés au chapitre huit de la troisième partie : "Il [un singe] était chez moi depuis des années et me servait fidèlement. Peu à peu, il a changé. Il s'est mis à sortir le soir, à assister à des réunions. Il a appris à parler. Il a refusé tout travail. Il y a un mois, il m'a ordonné de faire la cuisine et la vaisselle. [...] Une paresse cérébrale s'est emparée de nous [les hommes]. Plus de livres ; les romans policiers sont même devenus une fatigue intellectuelle trop grande. [...] Pendant ce temps, les singes méditent en silence. Leur cerveau se développe dans la réflexion solitaire... et ils parlent"[2].

Le récit revisite le darwinisme dans un cadre actualisé[3]. Dans son récit, Pierre Boulle imagine que l'évolution naturelle déchoit l'homme de sa prééminence sur les autres espèces vivantes au profit des singes[4]. L'idée lui est venue lors d'une visite au zoo, en observant les gorilles. Il dit à ce sujet : "J'étais impressionné par leurs expressions quasi-humaines. Cela m'amena à imaginer ce que donnerait une relation homme/singe. Certains croient que j'avais King Kong en tête lorsque j'ai écrit mon livre, mais c'est totalement faux"[5].

Résumé[modifier | modifier le code]

Le roman est divisé en trois parties. La première partie comporte dix-sept chapitres, la deuxième neuf et la troisième douze.

Première partie[modifier | modifier le code]

L'étoile Bételgeuse.

Jinn et Phyllis, un jeune couple de touristes en voyage dans leur vaisseau spatial découvrent un manuscrit enfermé dans une bouteille racontant l'histoire suivante : en l’an 2500 le savant professeur Antelle a organisé une expédition pour l’exploration de l’étoile supergéante Bételgeuse. Il a embarqué à bord de son vaisseau son disciple le jeune physicien Arthur Levain et le journaliste, narrateur de cette aventure, Ulysse[2] Mérou ainsi qu’un chimpanzé baptisé Hector et plusieurs plantes et animaux pour ses recherches scientifiques dans l’espace. Arrivés à proximité de l'étoile, ils distinguent quatre planètes gravitant autour de cette étoile. L’une d’entre elles ressemble étrangement à la Terre. Ils décident alors de l’explorer. À bord d’une chaloupe, les trois aventuriers survolent des villes, des routes, des champs avant d’atterrir dans une forêt. Après avoir effectué des tests, ils quittent leur chaloupe et découvrent l’étonnante ressemblance de l’atmosphère de cette planète, qu’ils baptisent Soror[6], avec celle de la Terre. Ils enlèvent leurs scaphandres et assistent impuissants à la fuite d’Hector. Par curiosité, ils s’engagent dans la forêt et arrivent à un lac naturel dont l’eau limpide leur donne envie de se baigner. Mais à leur grande surprise, ils découvrent au bord du lac les traces de pas humains[7].

Le chimpanzé Hector a été embarqué sur le vaisseau du professeur Antelle.

Ces traces appartiennent à une jeune fille qui, sans être gênée de sa nudité, s’approche d’eux avec méfiance. La jeune fille baptisée Nova[8] ne sait ni parler ni sourire et ses gestes ressemblent à ceux des animaux. Au moment où les quatre nagent dans l’eau, le chimpanzé Hector réapparaît mais il est immédiatement attaqué et tué par la jeune fille dont le comportement animal choque le narrateur qui demeure, toutefois, soumis par la beauté physique de la sauvage. Le lendemain, Nova revient accompagnée de plusieurs hommes de sa tribu. Ces derniers ne parlent pas, ils hululent seulement. Irrités par les habits des trois aventuriers, les hommes de Soror n’ont pas tardé à les déchirer mais sans faire du mal aux aventuriers. Ils s’attaquent ensuite à la chaloupe qu’ils détruisent complètement après s'être adonnés à des enfantillages dans le lac sans prêter attention aux trois terriens trop gênés par leur nudité. Conduits au campement, les trois aventuriers découvrent la vie primitive des hommes de Soror. Nova leur donne à manger et s’approche du narrateur avec qui elle passe la nuit[9].

Le jour suivant, un grand tapage semble étourdir les hommes de Soror qui fuient dans tous les sens. Sans trouver d’explication à cette agitation, le narrateur et ses compagnons les suivent. Au bout de sa course, le narrateur s’arrête et découvre ce qui lui paraît un cauchemar. Le tapage est en fait une partie de chasse où les chasseurs sont des singes et le gibier des humains. Se trouvant sur la ligne de tir d’un gorille, le narrateur ne peut s’empêcher de remarquer l’élégance de sa tenue de chasse et son regard étincelant comme celui des humains sur la planète Terre. Ces singes semblent raisonnables et intelligents. Cependant, son compagnon Arthur, pris de terreur, est tué sur le champ par le gorille. Le narrateur profite d’un petit instant de relâchement et s’enfonce dans les buissons. Mais il est capturé dans un filet tendu pour attraper les fuyards[10].

Les prisonniers sont mis dans des chariots et conduits à une maison où les chasseurs sont attendus par leurs femmes venant admirer l’œuvre de leurs maris. Les morts sont exposés aux regards admiratifs des guenons et les vivants sont conduits dans des chariots vers la capitale pour servir de cobaye dans des recherches scientifiques. Le narrateur a été mis dans une cage individuelle située en face de la cage de Nova que surveillent deux gorilles appelés Zanam et Zoram. Voulant attirer leur attention sur sa différence, le narrateur les remercie avec amabilité. Surpris, les deux gorilles avertissent leur supérieur qui est un chimpanzé femelle appelée Zira. Intriguée par ce cas, la guenon avertit son propre supérieur : un vieil orang-outan qui fait subir au narrateur plusieurs tests de conditionnement pour s’assurer de son intelligence. Étonné par les résultats obtenus, le vieillard, appelé Zaïus, reste cependant convaincu qu'il s'agit d'un cas d'humain dressé et non d'un humain conscient et intelligent, en informe un autre collègue, puis décident de faire subir au narrateur le même test d’accouplement qu'aux autres cobayes. Il lui choisit comme partenaire Nova[11].

Deuxième partie[modifier | modifier le code]

Entrée d'un parc zoologique[12].

Le narrateur commence à apprendre le langage simien. Profitant d’une visite de routine, il dessine à Zira des figures géométriques et les théorèmes qui en découlent, puis le système solaire et celui de Betelgeuse, la trajectoire de son vaisseau et son origine, la Terre. Zira comprend son message et lui demande de garder le secret car Zaïus pourrait lui causer des problèmes. Zira commence à apprendre le français et les deux peuvent communiquer facilement. Elle lui apprend comment les singes se sont développés sur cette planète alors que l’homme est resté à un stade d’animalité. Enfin, le narrateur retrouve l’air libre lorsque Zira l'amène en promenade, après trois mois d’enfermement, pour lui présenter Cornélius, son fiancé, un chimpanzé biologiste très intelligent et intuitif. Il se laisse tenir en laisse comme le lui a recommandé Zira et tente de dissimuler son intelligence. Zira lui apprend que Zaïus voulait le transférer à la division encéphalique pour pratiquer sur son cerveau des opérations délicates mais qu’elle l’en a empêché. Avec Cornélius, elle lui conseille de faire très attention et d'attendre le congrès des savants biologistes qui va se tenir dans les jours suivants où il sera présenté par Zaïus, pour révéler son secret[13].

Zira donne ensuite à Ulysse une lampe et des livres grâce auxquels il apprend le langage simien et découvre l’organisation de la société des singes, leur système politique et leur culture. Profitant des promenades avec Zira et des entrevues avec Cornélius, le narrateur prépare le discours qu’il doit présenter lors du congrès. La guenon lui fait visiter le parc zoologique où il découvre des animaux ressemblant à ceux de la Terre et des "humains", parmi lesquels il retrouve le professeur Antelle, qui a perdu la raison. Les deux premiers jours du congrès dont parlait Zira sont consacrés aux théories. Le troisième jour Zaïus présente le narrateur qui en profite pour exposer son cas dans le langage simien provoquant l’étonnement général des singes savants et des journalistes. Pressé par l'opinion publique, le congrès décide à contrecœur de libérer le narrateur et destitue Zaïus de ses fonctions. Mais Ulysse sait qu'il représente toujours une menace pour la civilisation simiesque[14].

Troisième partie[modifier | modifier le code]

La Tour Eiffel.

Après avoir été nommé directeur de L’Institut des recherches biologiques, Cornélius désigne Ulysse comme son collaborateur et l’amène sur un site archéologique daté de plus de dix mille ans. Cornélius espère y trouver des indices sur l’origine des singes et de leur civilisation (ils ne savent absolument rien au delà de dix mille ans d'histoire, période depuis laquelle ils ont très peu évolué). Cornélius y découvre une poupée d'apparence humaine habillée et parlante, confirmant son pressentiment selon lequel les humains avaient régné en maîtres sur leur planète avant les singes[14].

Cornélius renvoie par avion le narrateur en ville. Ils ont tous deux compris que la civilisation des singes est uniquement bâtie sur l’imitation. À son retour, Zira apprend au narrateur que Nova est enceinte et qu'elle a été transférée dans un autre service pour que sa naissance reste secrète[15].

Cornélius présente Ulysse à Hélius, le directeur de la division encéphalique, qui lui fait visiter son service dont le « clou » est une salle où, par des stimulations électriques infligées à même le cerveau, il fait remonter la « mémoire de l'espèce» à des cobayes humains qui retrouvent ainsi l'usage de la parole et racontent comment les singes ont pris le pouvoir sur la planète et comment ils ont réussi à domestiquer les humains[16].

Nova accouche d’un garçon qui présente tous les signes indiquant qu'il peut parler comme les humains de la Terre. L’événement est tenu secret car les orangs-outans auraient décidé d’éliminer l’enfant qui constituerait une preuve concrète de leurs erreurs scientifiques. Mais le narrateur et sa nouvelle famille sont sauvés grâce à Cornelius et Zira et retournent sur Terre[17].

Durant le voyage, Ulysse constate que son fils Sirius[18] parle, et Nova apprend aussi à parler. Mais arrivés sur Terre, Ulysse et sa famille aperçoivent la tour Eiffel et se posent à Orly. Heureux d'être de retour chez lui, Ulysse se précipite hors du vaisseau. Une personne vient les accueillir. Le narrateur constate avec stupeur que c'est un gorille. Pour clore le roman, la narration retourne sur Jinn et Phyllis, le couple en voyage spatial. On découvre alors qu'eux aussi sont des chimpanzés et que l'homme évolué a certainement disparu de la galaxie[19].

Personnages[modifier | modifier le code]

  • Jinn et Phyllis : un couple de chimpanzés, voyageant dans l'espace sur une voile stellaire. Ce sont eux qui trouvent la bouteille avec le message d'Ulysse Mérou.
  • Ulysse Mérou : journaliste, il participe à l'expédition sur Bételgeuse. C'est le héros du roman.
  • Antelle : savant de grande renommée, chef de l'expédition sur Bételgeuse. Il perd la raison lors de son premier contact avec les singes.
  • Arthur Levain : physicien et assistant du professeur Antelle. Il sera tué au cours d'une rafle organisée pour capturer des humains.
  • Nova : une femme de la planète Soror qui aura un enfant avec Ulysse Mérou et deviendra sa compagne.
  • Zoram et Zanam : deux gorilles travaillant au laboratoire de Zira.
  • Zira : guenon qui sauve Ulysse Mérou. Elle travaille dans le même laboratoire que Zaïus. Elle développe peu à peu des sentiments pour Ulysse mais le repousse, horrifiée par son apparence humaine.
  • Zaïus : orang-outan qui dirige l'Institut de Recherche. Il ne croit pas au fait que les hommes puissent posséder une âme ni un esprit.
  • Cornélius : chimpanzé grand savant archéologue et fiancé de Zira. Il aidera Ulysse à s'enfuir et deviendra son ami puis son rival auprès de Zira.
  • Hélius : chimpanzé directeur de la division encéphalique. Il effectue des recherches sur le cerveau humain.
  • Sirius : fils d'Ulysse et de Nova. Il apprend à parler à trois mois, c'est un enfant précoce.

Adaptations[modifier | modifier le code]

Le livre a connu huit adaptations cinématographiques, deux séries télévisées et plusieurs séries de bande dessinées.

Films[modifier | modifier le code]

Séries télévisées[modifier | modifier le code]

Bandes dessinées[modifier | modifier le code]

  • 1. La Planète des singes 1/3, Emmanuel Proust, Paris, 8 mars 2012
    Scénario : Daryl Gregory - Dessin : Carlos Magno - Couleurs : Juan Manuel Tumburus et Nolan Woodard - (ISBN 978-2-84810-388-4)
  • 2. La Planète des singes 2/3, Emmanuel Proust, Paris, 16 août 2012
    Scénario : Daryl Gregory - Dessin : Carlos Magno - Couleurs : Nolan Woodard et Darrin Moore - (ISBN 978-2-84810-401-0)
  • 3. La Planète des singes 3/3, Emmanuel Proust, Paris, 30 mai 2013
    Scénario : Daryl Gregory - Dessin : Carlos Magno - Couleurs : Darrin Moore - (ISBN 978-2-84810-401-0)

Livres audio[modifier | modifier le code]

En juillet 2014, les éditions Audiolib éditent en livre audio La Planète des singes. Le livre est lu par le comédien Bernard Gabay.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Michel Serceau, Le Mythe, le miroir et le divan, 2009, page 99 :

    « Il a, en tant que roman inspiré des thèses de Darwin, des antécédents, parmi lesquels Les Aventuriers du ciel (René de Nizerolles, 1933-1938), feuilleton montrant des humains devenus, du moins par le pelage, des singes, Le Règne du gorille (L. Sprague de Camp, 1941), qui veut prouver que la suprématie des hommes et loin d’être assurée dans le futur, Les Animaux dénaturés (Vercors, 1952), qui met en exergue l’infime différence entre le comportement de l’homme et celui de la bête [...]. »

  2. a et b Philippe Clermont, Darwinisme et littérature de science-fiction, 2011, page 129 :

    « […]

    • Fig. animale : Primate (Chimpanzés ; orangs-outons ; gorilles)
    • Darwin cité : non (mais « théories évolutionnistes ». p. 95)
    • Motifs scientifiques > […] - évolution : oui (exposé de la théorie, pp. 92-94 ; évolution artificielle, pp. 171-172) […]
    • Réf. littéraires explicites : - prénom du héros : Ulysse Mérou (cf. L’Odyssée) [...]. »
  3. Philippe Clermont, Darwinisme et littérature de science-fiction, 2011, page 148 :

    « Au tout début, Jinn et Phyllis sont présentés comme un couple de voyageurs spatiaux récupérant dans l’espace une bouteille qui contient le manuscrit du récit d’Ulysse Mérou sur Soror… Cette surprenante opposition entre l’ancienneté du support (et du motif de la bouteille à la mer !) et la modernité du cadre semble vouloir signaler la « problématique » du récit de Boulle : revisiter une ancienne thématique dans un cadre fictif actualisé [...]. »

  4. Philippe Clermont, Darwinisme et littérature de science-fiction, 2011, page 239 :

    « […] Il met en scène une involution de l’espèce humaine qui marque la fin de sa prééminence. L’accession des singes à la suprématie, sur la planète Soror, aussi bien que sur la Terre, est le résultat d’un possible évolutionniste : « Le singe descendrait-il de l’homme ? » demande le héros, Ulysse Mérou, au savant chimpanzé. Dans ce récit, la fin est celle de l’homme qui a disparu en tant qu’être civilisé, il a été réduit à l’état d’animal, à l’exception du narrateur intradiégétique, Ulysse. Mais l’essentiel de la fable de P. Boulle, inspirée par le darwinisme, n’est pas tout à fait le récit de la fin et porte davantage sur la nature humaine, on l’a vu [...]. »

  5. « Interview : Pierre Boulle » sur le site Excessif.com
  6. En latin soror veut dire sœur.
  7. Chapitres 1 à 4 de la première partie.
  8. En astronomie, une nova est une étoile extrêmement brillante.
  9. Chapitres 5 à 7 de la première partie.
  10. Chapitres 8 à 10 de la première partie.
  11. Chapitres 11 à 17 de la première partie.
  12. La photo représente le Virginia Zoological Park.
  13. Chapitres 1 à 4 de la deuxième partie.
  14. a et b Chapitres 5 à 8 de la deuxième partie.
  15. Chapitres 4 à 6 de la troisième partie.
  16. Chapitres 7 et 8 de la troisième partie.
  17. Chapitres 9 et 10 de la troisième partie.
  18. Sirius est le nom de l'étoile principale de la constellation du Grand Chien.
  19. Chapitres 11 et 10 de la troisième partie.