Singe

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Les singes (Simia) (du latin impérial simius, plutôt que du latin classique simia)[1] sont un genre zoologique qui n'a plus cours et qui rassemblait traditionnellement certains animaux de l'ordre des primates. Parmi ces primates, il n'est pas simple de définir à partir de quelle espèce le terme de singe n'est plus adéquat. Certains considèrent que les lémuriens sont des singes, mais plus strictement parlant, ce terme est aujourd'hui utilisé pour désigner les Haplorrhini. Plus restrictivement encore, si on exclue les Tarsiiformes, ce terme désigne plus de 260 espèces formant l'infra-ordre des simiiformes dont fait partie l'Homme.

Dénominations

Les « singes du Nouveau Monde » et les « singes de l'Ancien Monde » sont regroupés par la classification phylogénétique dans l'infra-ordre des Simiiformes.

Le terme de « grand singe » désigne toutes les espèces faisant partie des hominidés, c'est-à-dire les espèces actuelles de gorilles, chimpanzés communs ou bonobos, orangs-outans et hommes, ainsi que les espèces intermédiaires aujourd'hui éteintes.

En français, les différentes sortes de singes sont désignées sous des noms plus ou moins précis comme babouin, chimpanzé, gibbon, gorille, macaque, orang-outan, ouistitietc.. Voir la liste alphabétique des noms vernaculaires de primates.

Racine latine

Les adjectifs se rapportant au singe sont simien et simiesque. Ce dernier qualifie aussi une apparence qui rappelle celle du singe, notamment pour un être humain.

Physiologie, comportement et écologie

Les caractéristiques générales des singes sont celles des mammifères primates simiiformes, qui se répartissent entre le micro-ordre des Platyrrhini (les singes du Nouveau Monde) et le micro-ordre des Catarrhini (les singes de l'Ancien Monde), avec des nuances pour chaque espèce : voir les articles détaillés pour plus d'informations sur leur description ou leur mode de vie.

État, pressions et menaces sur les populations

La plupart des populations de singe sont en forte voie de régression ou ont déjà disparu d'une grande partie de leur aire de répartition naturelle. Les causes de cette régression sont notamment :

  • la déforestation et destruction de leurs habitats ;
  • la fragmentation des forêts, par les routes forestières et pistes notamment (qui rendent les zones-refuges de plus en plus accessibles ;
  • les coupes rases et/ou « sélectives »[2] ;
  • la chasse (viande de brousse) et le braconnage (organisé notamment, mais aussi de subsistance dans les zones en difficulté)  ;
  • certains conflits (guerre, guerre civile, factions autonomistes), sources de flux de réfugiés et d'augmentation de la pression de braconnage.

Taxonomie et classification

Ce genre a été décrit pour la première fois en 1758 par le naturaliste suédois Carl von Linné (1707-1778).

La Commission internationale de nomenclature zoologique recommande[3] depuis 1929 de ne plus utiliser ce taxon. Cependant certains auteurs préfèrent rattacher une espèce appelée Entelle de Pagi ou Nasique de Pagi (Nasalis concolor) au genre Simias, plutôt qu'au genre Nasalis.

Ce taxon est obsolète car il est paraphylétique, c'est-à-dire qu'il ne regroupe pas toutes les espèces issues d'une même espèce ancestrale. Créé par Carl von Linné[4], le taxon Simia était un des quatre taxons de primates. En effet, le taxon des primates regroupait en outre le genre de l'homme i.e. Homo, le genre Lemur[Note 1] qui regroupait les lémuriens et les Dermoptères et le genre Vespertilio qui contenaient les chauves-souris[Note 2]. D'autres classifications de primate vont suivre, par exemple celle qui reconnaissait les prosimiens comme taxon frère s'est révélé aussi polyphylétique. Les anglophones distinguent deux types de singe, Apes et Monkeys, le premier terme regroupe les Hominoidea et les gibbons, ceux-ci sont donc plus grands et sans queue contrairement aux seconds. Également polyphylétiques, ces distinctions anglophones n'ont pas de correspondances précises en français (on entend parfois le terme « grands singes » pour traduire apes).

Le premier scientifique à avoir soutenu que les autres primates pouvaient être apparentés aux hommes est Giulio Cesare Vanini[5], avant Charles Darwin, dans les années 1600. L'affirmation du fait que l'homme est un singe est aujourd'hui banale, certains titres comme « L'homme est un singe comme les autres » soulignent cet état de fait[6].

Macaque (Macaca fascicularis)
Singe en Inde

Singe dans la culture populaire

Noms usuels des singes

Contrairement aux oiseaux[Note 3], il n'existe pas en français d'organisme reconnu qui propose de nom unique pour les espèces de singe. De ce fait, de nombreux singes, particulièrement en Amérique du sud, possèdent plusieurs noms communs, au sens nom de vulgarisation scientifique en français. Les noms peuvent être calqués sur les noms scientifiques comme les Lagotriche ou sur les noms vernaculaires locaux comme Sapajou[7].

En outre, du fait de la ressemblance morphologique entre espèces, beaucoup de noms vernaculaires en désignent de fait plusieurs, la progression des connaissances ayant permis ultérieurement de faire la différence entre elles. De plus, l'usage des noms vernaculaires a varié au cours du temps. Ainsi le terme chimpanzé quand il a été adopté en français désignait deux espèces, qui après reconnaissance ont été nommées dans un premier temps chimpanzé commun et chimpanzé nain, puis chimpanzé commun et bonobo.

Symbolique et aspects occultes

Dans les mythologies et les cosmogonies, le Singe occupe une place toute particulière et nombre de ses aspects symboliques sont récurrents d'une culture à l'autre. Dans la Roue de l'existence tibétaine, il symbolise la Conscience versatile, celle qui, liée au monde sensible, se disperse d'un objet à l'autre. Réputé être l'ancêtre des Tibétains, qui le considèrent comme un Bodhisattva, il est selon Si-Yeou-Ki, le fils du Ciel et de la Terre. Il accompagne donc Hiun-Tsang dans son voyage à la recherche des Livres saints du Bouddhisme. Il y apparaît comme le compagnon facétieux, magicien taoïste de grande envergure. Le Roi-Singe dans l'art extrême oriental évoque la sagesse, le détachement. C'est pourquoi les célèbres Singes du Jingoro, au temple de Nikko, sont représentés l'un se bouchant les oreilles, le second se cachant les yeux, le troisième se fermant la bouche. Une interprétation occulte plus ancienne tend à lire dans les trois sages de Jingoro la représentation d'un Singe créateur de toutes choses ici bas, conscient de l'illusion et de l'impermanence de la réalité. Singulièrement, cette croyance se retrouve dans le panthéon égyptien où le singe est le scribe savant, celui qui possède la connaissance de la réalité. Il note la parole de Ptah, le dieu créateur, comme celle d'Anubis, qui pèse l'âme des morts. Il apparaît en Égypte comme la magicien suprême, artiste, ami des fleurs, des jardins, des fêtes, prestidigitateur puissant capable de lire les plus mystérieux hiéroglyphes. Il est donc l'animal psychopompe par excellence, reliant la Terre et le Ciel. Il y est représenté comme celui qui gouverne les heures, le maître du temps privilégié. Lors du voyage des morts de vie en vie, Champollion mentionne un singe vert accompagnant le Dieu Pooh, dans une portion de l'espace située entre la Terre et la Lune, lieu du séjour des âmes. Pooh y est représenté "accompagné du cynocéphale dont la posture indique le lever de la lune" (Champollion, Panthéon égyptien). Chez Fali du Nord Cameroun, le singe noir est un avatar du forgeron voleur de feu, devant ainsi par extension le magicien et maître de la technique. Indéniablement, le Singe est un initié. Chez les indiens Bororo, Levi-Strauss rapporte qu'il est le héros civilisateur, l'inventeur de la technique, le malin magicien qui masque ses pouvoirs et son intelligence rusée. Il convient de ne pas rire de lui car le Singe aura le dessus. Dionysiaque et priapique cache sa science et mesure son empire sur lui-même en permanence. Pour les Égyptiens de nouveau, le singe est un grand initié qui doit être évité dans l'autre monde où il pêche les âmes dans le réseau de ses filets. Un singulier singe vert apparaît dans de nombreux contes traditionnels africains, du Sénégal jusqu'en Afrique du Sud, et recueille les caractéristiques symboliques du magicien rusé : celui qui vit en lisière des forêts et connaît les secrets de la création du monde. Dans la mythologie hindoue, l'épopée de Râmayana fait du singe le sauveur de Dieu au moment du passage du « grand pont ». Rêver d'un singe est un appel en faveur d'un développement de la personne lié au mystère de la création à la puissance de la Nature.

Le singe est un des 12 animaux illustrant les cycles du zodiaque chinois lié au calendrier chinois. On associe chacun des animaux de ce zodiaque à certains traits de personnalité.

L'art martial du singe prend exemple sur l'animal comme incarnant les qualités suivantes : adresse, agilité, ruse, souplesse. Ses techniques sont imprévisibles. Ses parades sont acrobatiques. Ses frappes sont très courtes et très rapides, dans les points vitaux. Les grimaces du singe y sont imitées. Aussi, il est utilisé pour stimuler le cœur, en travaillant sur l'amplitude et la vitesse.

Deux singes sont particulièrement importants dans la littérature asiatique :

Notes et références

Notes
  1. Terme qui aujourd'hui recouvre simplement un des genres de lémurien
  2. Terme qui aujourd'hui recouvre simplement un des genres de chauve-souris
  3. Le CINFO pour les oiseaux
Références
  1. Définitions lexicographiques et étymologiques de « Singe » du TLFi, sur le site du CNRTL.
  2. SKORUPA, J.P. (1987): Responses of rain forest primates to selective logging in Kibale Forest, Uganda. A summary report. In: Benirschke, K. (ed.): Primates – the road to self-sustaining populations. Springer Verlag, New York
  3. resolution 114 de 1929
  4. Systema Naturae de 1758, Carl von Linné
  5. Nathalie Dauvois, Jean-Philippe Grosperrin, Songes et songeurs (XIIIe-XVIIIe siècle), Les presses de l'Université de Laval, coll. « La collection de la République des lettres »,‎ 2003 (lire en ligne), p. 130
  6. Emmanuelle Grundmann, Cyril Ruoso, Dominique Fontenat (préf. Tetsuro Matsuzawa), L'homme est un singe comme les autres, Hachette Pratique,‎ 14 mars 2008 (ISBN 978-2012375352)
  7. Définitions lexicographiques et étymologiques de « Sapajou » du TLFi, sur le site du CNRTL.

Voir aussi

En Afrique sub-saharienne (ici au Burkina Faso), les artistes s'inspirent également du singe pour sculpter leurs masques

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Articles connexes

Liens externes