Oisiveté

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L'oisiveté désigne l'état d'une personne qui n'a pas d'activité laborieuse. Selon les époques, selon le contexte, la notion d'oisiveté est associée soit à une valeur, celle de l'otium antique, cultivée par l'aristocratie, soit à la paresse, à l'inutilité, dans une société sacralisant le travail. Elle est revalorisée par les sociologues et les philosophes modernes et contemporains comme instrument de lutte contre la productivité déshumanisante[1].

« L’idée que les pauvres puissent avoir des loisirs a toujours choqué les riches. »

— Bertrand Russell, Éloge de l'oisiveté

Étymologie[modifier | modifier le code]

L'oisiveté est rattachée depuis l'antiquité romaine à l'otium, lequel est aussi défini comme l'inaction, le désœuvrement, la paix, le calme, la tranquillité, le temps libre, le repos honorable, la retraite, le loisir studieux, la méditation, opposés à l'exercice de la politique, aux affaires, à l'étude contrainte, aux hostilités, au negotium[2].

Au XIIIe siècle, elle apparaît comme œusiveté puis oisiveté, dérivé de oisif, oisdif, oiseux, ocieux, otieux dont le sens et l'origine sont tout autres. Elle a pour synonymes dans ce deuxième sens, à l'image, partiellement, de l'otium, l'inaction, le désœuvrement, le loisir, mais non la paix, le calme, la tranquillité, le repos, la retraite, la méditation ; viennent s'ajouter au contraire l'indolence, la paresse, la badauderie, la fainéantise, le farniente, l'inactivité, l'inoccupation. Cette différence se retrouve dans l'étymologie des termes dont elle dérive[3].

Le XIIe siècle ne retient en effet du latin otiosus (oisif, sans occupation, qui a le temps, le loisir, qui n'est pas pris par les affaires publiques, éloigné de la politique, qui ne participe pas à une affaire, neutre, indifférent, calme, paisible, tranquille, qui prend son temps, qui s'attarde, oiseux, inutile, superflu, oisif, qui ne rapporte rien — en parlant d'argent)[4] que le sens de oiseux : « (chose) qui ne sert à rien », et de oisif : « (personne) qui ne fait rien », utilisés pour qualifier une chose inutile, une parole vaine, qui ne sert à rien, qui ne mène à rien (parole oiseuse), une personne qui ne fait rien, qui vit dans l'inaction, la paresse (vie oiseuse)[5].

Oisif est issu de l'ancien français oisdif (cose widive, chose futile, vaine), lui-même formé sur oiseux d'après voisos (prudent, habile, avisé), voisdie, voisdive (subtilité, adresse), du latin vitiosus (gâté, corrompu, défectueux, mauvais, entaché de vice, irrégulier)[6]. On trouve ainsi au XIIIe siècle (beste) wisive défini comme « (animal) improductif, qui ne sert à rien ». Puis, à partir du XVIe siècle, « qui est actuellement inemployé » (argent oisif), « dépourvu d'occupation, qui n'exerce pas de profession » ou au contraire « qui dispose de beaucoup de loisir » (personne oisive)[7].

Comme pour l'oisiveté, on ne retrouve dans les synonymes des deux termes que le sens de l'otium correspondant à l'inaction et au désœuvrement : fainéant, inactif, paresseux, désœuvré, flâneur, inoccupé, indolent, musard, inemployé, désoccupé, disponible, croupissant, cagnard, badaud, oiseux pour oisif et inutile, futile, superflu, vain, stérile, prolixe, paresseux, oisif, inactif, byzantin, superfétatoire pour oiseux. Aucun de ces termes n'évoque la paix, le calme, la tranquillité, le repos, la retraite, la méditation, réservés à l'otium, l'oisiveté des anciens. Nous sommes bien ici dans le vitiosus dont le sens a pris le pas au XIIe siècle.

Dès lors, le terme d'oisiveté sera valorisant lorsqu'il est employé dans le sens d'otium et péjoratif lorsqu'il est employé dans celui de vitiosus.

L'oisiveté comme valeur - Otium[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Otium.

L'oisiveté comme défaut - Paresse[modifier | modifier le code]

L'oisiveté comme critique du travail[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. François Noudelmann, « L'oisiveté », Macadam philo, France Culture, 24 juillet 2009, franceculture.fr
  2. « Otium » in Félix Gaffiot, Gaffiot, dictionnaire latin français, 1934, p. 1098, micmap.org
  3. « Oisiveté » in Trésor de la langue française informatisé et autres dictionnaires mis en ligne par le Centre national de ressources textuelles et lexicales, cnrtl.fr
  4. « Otiusus », Gaffiot, 1934, p. 1098, micmap.org
  5. « Oiseux », TLFI, cnrtl.fr
  6. « Vitiosus », Gaffiot, 1934, p. 1686, micmap.org
  7. « Oisif », TLFI, cnrtl.fr

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Adeline Daumard, (1983), Oisiveté et loisirs dans les sociétés occidentales au XIXe siècle, Colloque interdisciplinaire, Amiens, 19-20 novembre 1982 ; Amiens: F. Paillart, 1983 ; in-8°, 248 pages [Centre de recherche d'histoire sociale de I'Université de Picardie] Bibliothèque de l'école des chartes ; 1985, Vol.143, n°143-1, pp. 230-231, persee.fr
  • Alain Clément, Lutter contre l'oisiveté des pauvres et aiguiser leur convoitise : les préconisations développementalistes des économistes mercantilistes et classiques, 2006, persee.fr ; Tiers-Monde, 2006, Vol.47, n° 185, pp 183-205, persee.fr
  • Bruno Bernard Loisir, paresse, oisiveté : débats idéologiques autour de ces notions (XVIIe-XIXe siècles), 2001, persee.fr ; Revue belge de philologie et d'histoire ; Volume 79, n°2 pp. 523-532, persee.fr