Jean-Jacques Sempé

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Sempé

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Jean-Jacques Sempé au salon du livre de Paris en mars 2011.

Nom de naissance Jean-Jacques Sempé
Alias
Sempé
Naissance 17 août 1932 (82 ans)
Bordeaux Drapeau de la France France
Nationalité française
Profession dessinateur
Distinctions
Famille

Jean-Jacques Sempé, dit Sempé, né le 17 août 1932 (82 ans) à Bordeaux, est un dessinateur humoriste français.

Il est notamment l'illustrateur des aventures du Petit Nicolas dont l'auteur est René Goscinny.

Biographie[modifier | modifier le code]

« Mon enfance n'a pas été follement gaie. Elle était même lugubre et un peu tragique », confie Sempé dans un entretien avec Marc Lecarpentier[1]. Enfant naturel, son « père adoptif », « monsieur Sempé », est représentant de commerce. Quand, à bicyclette, il réussit à vendre dans les épiceries de banlieue de quelle ville ? Bordeaux ? ses boîtes de pâté, thon, sardines, anchois ou bocaux de cornichons, il va « fêter ça au bistrot du coin »[2]. Lorsqu'il rentre, de terribles scènes s'enclenchent entre son père et sa mère, « ils cassent tout, encore une fois, les assiettes, les verres... » et sa demi-sœur et son demi-frère ont des « crises de nerfs »[3]. « Toute ma vie – d'enfant – j'ai entendu ma mère faire des reproches à mon père sur le fait qu'il ne trouvait pas de travail autre que le misérable boulot qu'il avait. (...) C'était toujours des bagarres, toujours des disputes, toujours des dettes, toujours des déménagements en vitesse »[4].

L'enfant solitaire présente un relatif bégaiement qui l'empêche de prononcer certains mots, et des tics nerveux. L'école où il se montre chahuteur mais bon en français est un « refuge »[5]. Ses parents n'ayant pas d'argent pour acheter les livres, il n'en a pas[6], fréquente les colonies de vacances mais n'a pas d'argent non plus pour les sorties organisées. La radio lui assure également une « survie ». Il y apprend que l'on peut s'exprimer d'une autre façon que dans son milieu. Il y écoute, vers six ans, l'orchestre de Ray Ventura qui l'enchante, est fasciné plus tard par Aimé Barelli ou Fred Adison[7]. Vers onze ans il lit des romans policiers, Maurice Leblanc, une collection de L'Illustration, les journaux comme Confidences, Nous Deuxqui a été créé en 1947 auxquels les voisines de sa mère sont abonnées, tout ce qu'il trouve - ce qui lui permet de ne plus faire de fautes d'orthographe, parce qu'il veut s'en sortir, gagner sa vie, donner de l'argent à ses parents[8]. C'est vers douze ans qu'il commence à réaliser des dessins sans légende, d'emblée humoristiques[9].

Face à son enfance Jean-Jacques Sempé garde ainsi une attitude ambigüe, des souvenirs de la dureté de sa mère et de ses « torgnoles », de la honte qu'il éprouvait quand elle « se mettait à hurler », jusqu'à ceux de certains « fous rires » quand il se disait : « Je suis chez les fous ! Ils sont complètement fous »[10]. Des décennies plus tard il résume : « Mes parents ont fait ce qu'ils ont pu les pauvres, vraiment. Je ne leur en veux pas une seconde, ils se sont débrouillés comme ils ont pu »[11].

Jean-Jacques Sempé quitte l'école à plus de quatorze ans, étant resté deux ans sans y aller, pendant la Seconde Guerre mondiale, alors qu'il était dans les Pyrénées. Il trouve un emploi de livreur à bicyclette, pendant un an et demi[12], est en 1950 représentant en dentifrice en poudre puis courtier en vin[13]. Il commence à cette époque sa carrière de dessinateur humoristique dans la presse en plaçant quelques dessins en 1950 dans Sud Ouest qu'il signe d'abord « DRO », de l'anglais « to draw »[14]. Dans le numéro du 29 avril 1951 il publie son premier dessin sous son nom[13]. Peu après il s'engage dans l'armée en falsifiant ses papiers pour masquer son jeune âge[13]. Affecté dans la région parisienne en juillet 1951, il se retrouve souvent en prison, plus par distraction, dit-il, que par indiscipline. « Quand je suis arrivé à Paris, j'ai trouvé les Parisiens très gais. Je venais de Bordeaux où les gens n'étaient pas naturellement souriants. J'ai été tout de suite enchanté par le métro, les autobus, la fièvre de la ville. Et surtout j'ai fait beaucoup de vélo. Pendant trente ans, je suis allé partout en bicyclette »[15]. Sempé a un peu moins de dix-huit ans quand, la même année, il montre ses dessins à un « monsieur Le Louarn » dont on lui a parlé. Celui-ci l'encourage, lui montre quelques-uns de ses propres dessins - c'est Chaval. Il habite alors brièvement la cité des Fusains à Montmartre puis, libéré de ses obligations militaires, rue du Dragon.

Le journal belge de programmes de radio Le Moustique avait agrandi plusieurs dessins publiés par Sempé pour en faire ses couvertures. Il lui demande ensuite de créer un personnage. Sempé propose en 1952[13] de nouveaux dessins avec un petit garçon qu'il appelle Nicolas, se souvenant d'une publicité de vins vue dans l'autobus. Le directeur du journal l'incitant ensuite à faire une bande dessinée, René Goscinny, qu'il a rencontré au Moustique, l'encourage à reprendre son personnage et lui offre de travailler ensemble[16]. Goscinny signe ainsi en 1954 vingt-huit gags (un par semaine) sous le pseudonyme d'Agostini alors que Sempé garde son nom. Celui-ci ne se sentant pas à l'aise dans le rôle de dessinateur de bande dessinée et Goscinny étant remercié par la direction des éditions Dupuis, le projet est abandonné[17]. Quelques années plus tard, Sud Ouest souhaitant des textes avec des dessins l'illustrant, les deux auteurs reprennent différemment le projet. La femme du directeur, Alex Grall, des éditions Denoël, ayant vu plusieurs de ces épisodes dans le journal lors d'un séjour à La Rochelle, conseille à son mari de prendre contact avec Sempé et Goscinny qui composeront leur premier album sous le titre Le Petit Nicolas. « Le Petit Nicolas, c'est d'abord une histoire d'amitié. Nous avons mis nos souvenirs d'enfance en partage. Je racontais à René mes histoires de football, de colonies de vacances, mes chahuts à l'école. Et René Goscinny adorait interpréter ces souvenirs. Partant de ce que je disais, il a brodé tout autour, inventé tous les personnages, imaginé des situations »[18].

En 1953, Sempé publie des dessins dans Le Rire, Noir et Blanc, Ici Paris, en 1954 pour Samedi soir mais aussi France Dimanche. Dans les années suivantes vient le succès avec des collaborations régulières à Paris Match, sur la proposition de Roger Thérond, avec ses amis Chaval et Bosc (1956), Punch et Esquire (1957), Pilote (1960). Françoise Giroud l'invite à L'Express auquel il donne chaque semaine ses dessins de 1965 à 1975 et dont il est durant une quinzaine de jours l'« envoyé spécial » aux États-Unis en 1969[19]. Il collaborera également au Figaro, au Nouvel observateur et à Télérama, plus régulièrement dans les années 1980, qui chaque été publie en avant-première l'un de ses albums[20]. Durant cette période il fréquente Lipp, Le Flore, La Closerie des Lilas, Castel, les clubs de jazz et le jardin du Luxembourg, se lie d'amitié avec Françoise Sagan, Jacques Tati, Jacques Prévert, Savignac[21], mais aussi Simone Signoret, Brigitte Bardot, Brigitte Fontaine ou Anémone, appartient au « Tout-Paris ». En 1978 Sempé réalise sa première couverture pour le New Yorker. Il en créera plus d'une centaine par la suite[22].

Il s'installe successivement place Saint-Sulpice dans les années 1980, puis à Montparnasse.

Après le succès du Petit Nicolas, à partir de 1962 (Rien n'est simple), Sempé publie presque chaque année un album de dessins chez Denoël, quarante jusqu'en 2010. Le Petit Nicolas est présent dans plus d'une quarantaine de pays et ses albums de dessins d'humour dans une vingtaine, parmi lesquels l'Allemagne, le Brésil, la Chine, la Corée, les États-Unis, la Grèce, l'Italie, le Japon, la Lettonie et la Russie.

En juin 2014, la Monnaie de Paris lance une émission d’euros en argent et en or dessinée par Sempé sur le thème des valeurs républicaines que sont la liberté, l'égalité et la fraternité, complétées par la valeur universelle qu’est la paix[23]. Le dessinateur a choisi de placer cette série sous le signe de la balade à vélo, qui symbolise pour lui la liberté : « Le vélo, c'est un moyen simple d'être libre. Vous lâchez les mains du guidon, et vous voilà libre d'aller où bon vous semble[24] ».

Prix et décorations[modifier | modifier le code]

Parenté[modifier | modifier le code]

Il est le père de la designer Inga Sempé[25].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Le Petit Nicolas[modifier | modifier le code]

Scénario : René Goscinny

Grands albums Denoël[modifier | modifier le code]

  • Rien n'est simple (1962)
  • Tout se complique (1963)
  • Sauve qui peut (1964)
  • Monsieur Lambert (1965)
  • La Grande Panique (1966)
  • Saint Tropez (1968)
  • L'Information consommation (1968)
  • Marcelin Caillou (1969)
  • Des hauts et des bas (1970)
  • Face à face (1972)
  • Bonjour bonsoir (1974)
  • L'Ascension sociale de Monsieur Lambert (1975)
  • Simple question d'équilibre (1977)
  • Un léger décalage (1977)
  • Les Musiciens (1979)
  • Comme par hasard (1981)
  • De bon matin (1983)
  • Vaguement compétitif (1985)
  • Luxe, calme et volupté (1987)
  • Par avion (1989)
  • Vacances (1990)
  • Âmes sœurs (1991)
  • Insondables mystères (1993)
  • Raoul Taburin (une bicyclette à propos de son père) (1995)
  • Grands rêves (1997)
  • Beau temps (1999)
  • Multiples intentions (2003)
  • Sentiments distingués (2007)

Hors-série - compilations[modifier | modifier le code]

Expositions[modifier | modifier le code]

  • 1968, première exposition de dessins et planches originales de Sempé organisée en France (album Saint-Tropez).
  • Juin à septembre 1984, première rétrospective de l'œuvre de Sempé, organisée par Philippe Briet et la Ville de Caen, avec le concours de l'association Couleurs Nouvelles. Plus de 600 dessins originaux sont présentés dans les galeries du théâtre municipal de la ville. Le 9 juin, à l'occasion de l'inauguration de l'exposition, un concert de Michel Legrand et ses musiciens est donné au théâtre, dans des décors conçus par Sempé.
  • Octobre 2011 à février 2012, nouvelle rétrospective Sempé, présentée à l'Hôtel de ville de Paris.

Films consacrés à Sempé[modifier | modifier le code]

  • Sempé, rêver pour dessiner, 52' écrit et réalisé par Françoise Gallo, France 5, TV5 Monde, 2002. Sélection FIPA et FIFA Montréal (2003). Prix FIFAP UNESCO, Meilleure Démarche d'Artiste, 2003.
  • Sempé-Paris, un trait d'humour, 26', écrit et réalisé par Françoise Gallo, France 3, 2002.
  • Sempé, documentaire de Patrick Volson (2011), collection Empreintes, France 5, 25 novembre 2011. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Sempé, dessinateur d'humour, film écrit par Marc Lecarpentier, réalisé par Patrick Volson, Kuiv Productions, 2011. Document utilisé pour la rédaction de l’article

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sempé, Enfances, entretien avec Marc Lecarpentier, Éditions Denoël et éditions Martine Gossieaux, Paris, 2011, p. 25.
  2. Ibid., p. 26.
  3. Ibid., p. 28 et 29.
  4. Ibid., p. 35.
  5. Ibid., p. 47.
  6. Ibid., p. 49 et 50.
  7. Ibid., p. 53.
  8. Ibid., p. 66-67.
  9. Ibid., p. 80-81.
  10. Ibid., p. 36.
  11. Ibid., p. 25.
  12. Ibid., p. 80.
  13. a, b, c, d et e Sempé, un peu de Paris et d'ailleurs, catalogue de l'exposition à la Mairie de Paris, Éditions Martine Gossieaux, Paris, 2011.
  14. Enfances, p. 83.
  15. Sempé, un peu de Paris et d'ailleurs, op. cit., p. 46.
  16. Voir site officiel de Goscinny.
  17. Enfances, p. 94-95.
  18. Sempé, un peu de Paris et d'ailleurs, op. cit., p. 228.
  19. Sempé, un peu de Paris et d'ailleurs, op. cit., p. 22, 34 et 36.
  20. Sempé, un peu de Paris et d'ailleurs, op. cit., p. 43.
  21. Sempé, un peu de Paris et d'ailleurs, op. cit., p. 44.
  22. Sempé, un peu de Paris et d'ailleurs, op. cit., p. 254).
  23. Sempé : « Par ici la monnaie... de Paris », Paris.fr, 5 juin 2014
  24. La Monnaie de Paris sort des pièces dessinées par Sempé, Le Figaro, 2 juin 2014
  25. « Inga Sempé : « En design, la France est un peu frileuse » » sur Rue89.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie critique[modifier | modifier le code]

  • Martine Gossieaux, Sempé, dans La Passion du dessin d'humour, Paris, Buchet-Chastel (Les Cahiers dessinés), 2008, p. 116-125 (ISBN 978-2-283-02269-6)
  • Sempé, un peu de Paris et d'ailleurs, catalogue de l'exposition, Mairie de Paris, 2011 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Florence Noiville, Sempé, « La nostalgie me fait rire », dans Le Monde, 21 octobre 2011, p. 10 Document utilisé pour la rédaction de l’article

Liens externes[modifier | modifier le code]