Vasco de Gama

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Vasco de Gama
Image illustrative de l'article Vasco de Gama

Nom de naissance Vasco da Gama
Naissance v. 1460 ou 1469
PortugueseFlag1485.svg Royaume de Portugal, Sines
Décès 24 décembre 1524 (à 55 ans)
Cochin, Indes
Nationalité Portugaise
Famille Fils d'Estêvão de Gama

Découvertes principales Considéré comme le premier Européen à arriver aux Indes par voie de mer en contournant le cap de Bonne-Espérance
Pays employeur(s) Portugal
Bâtiments São Gabriel
São Rafael
Berrio
Première expédition 8 juillet 1497, Calicut
Dernière expédition 1524, Cochin
Hommage Pont Vasco de Gama
Billet de 5000 escudos
Introduction au monastère des Hiéronymites
Signature
Vasco da Gama signature almirante.svg
Autres activités Comte de Vidigueira
Vice-roi des Indes
Portrait de Vasco de Gama par Gregorio Lopes.
Le contournement de l'Afrique par Vasco de Gama.
Premier voyage (1497-1499).

Vasco da Gama (en portugais), communément nommé en français Vasco de Gama, né vers 1460 ou 1469 à Sines au Portugal et mort le 24 décembre 1524 à Cochin aux Indes, est un grand navigateur portugais, traditionnellement considéré comme le premier Européen à arriver aux Indes par voie maritime en contournant le cap de Bonne-Espérance, en 1498.

Souffrant de la double concurrence de ses contemporains illustres Fernand de Magellan et Christophe Colomb, sa vie a longtemps fait l'objet d'une relative méconnaissance et laissé place à un mythe tissé de son vivant, comme celui d'être le premier Européen à atteindre les Indes par voie maritime alors que des explorateurs comme Pêro da Covilhã l'ont précédé par voie terrestre et que les marchands vénitiens commerçaient avec ce pays depuis des décennies.

Jeunesse

Vasco de Gama est né soit en 1460 soit en 1469 à Sines, sur la côte sud-ouest du Portugal, probablement dans une maison près de l'église de Nossa Senhora das Salas. Sines, l'un des ports de la côte d'Alentejo, est alors constitué principalement de maisons en chaux avec des toitures en tuiles rouges, habitées principalement par des pêcheurs. Son enfance est bercée par les légendes des croisades et de la Reconquista : « Aller aux Maures ! » est le jeu préféré de l'enfant[1].

Il est le fils de Estêvão de Gama, portugais issu de la petite noblesse[2], alcaide-mór (gouverneur) de Sines et Silves, et maître de l'ordre de Santiago, et d'Isabel Sodré, fille de João Sodré[3], qui est d'origine anglaise[4]. Le couple Estêvão de Gama et Isabel Sodré a eu cinq fils (par ordre d'âge : Paulo da Gama, João Sodré, Vasco de Gama, Pedro da Gama et Buenos da Gama) et une fille, Teresa da Gama (qui a épousé Lopo Mendes de Vasconcelos).

On connaît peu de choses sur la jeunesse de Vasco da Gama. L'historien portugais Teixeira de Aragão suggère qu'il a étudié les mathématiques et la navigation dans la ville d'Évora, ayant possiblement reçu des leçons de l'astronome Abraham Zacuto[5].

Vers 1480, Vasco de Gama suit son père qui rejoint l'Ordre de Sant'Iago de l'Épée. Le maître de Santiago est alors le prince Jean qui va monter sur le trône en 1481 sous le nom de Jean II de Portugal. Jean II adore cet Ordre, favorisant les perspectives des Gama. En 1492, Jean II envoie Vasco de Gama en mission dans le port de Setúbal et la région de l'Algarve pour saisir les navires français en représailles des dommages commis par les Français en temps de paix contre les navires portugais - une mission que Vasco de Gama effectue rapidement et efficacement[6].

Les expéditions en Inde

La première expédition

Lorsque Vasco de Gama s'embarque en 1497 à la tête de quatre navires [7], cela fait environ un siècle que les Portugais, à la suite des expéditions lancées par le prince Henri le Navigateur, explorent méthodiquement les côtes africaines et leurs richesses (or, esclaves, ivoire, gomme, maniguette). Après la mort d'Henri le Navigateur en 1460, la couronne portugaise montre peu d'intérêt pour la poursuite coûteuse de ces expéditions et en 1469 afferme le trafic à un groupe de commerçants mené par Fernão Gomes. Lorsque la charte pour le renouvellement de cette concession avec Gomes prend fin en 1474, le prince Jean demande à son père le roi Alphonse V de Portugal de récupérer cette concession.

Bartolomeu Dias est chargé par le roi Jean II de Portugal de poursuivre les explorations de Diogo Cão le long des côtes africaines. Il double en 1487 le cap de Bonne-Espérance, et l'étape suivante consiste à rallier l'Inde puis les Indes orientales, alors centre économique et commercial de la planète avec ses épices, pierres précieuses, textile et riz, par la voie maritime pour briser le monopole de la République de Venise. Jean II envoie également en mission Pêro da Covilhã dans le but d'atteindre les Indes. De plus, avec l'accession au trône de Manuel Ier de Portugal, les milieux joachimites millénaristes favorisés par leur diplomate Duarte Galvão (pt) et leur navigateur Afonso de Albuquerque, espèrent trouver le mythique royaume du prêtre Jean et conclure avec lui une alliance contre les Ottomans[8].

Manuel Ier fait appel à Vasco de Gama pour cette mission « charismatique » et finance sa première expédition en 1497[2]. Vasco de Gama quitte le Tage le 8 juillet 1497 avec 200 hommes d'équipage à bord de quatre navires (São Gabriel (en), son vaisseau amiral, le São Rafael commandé par son frère Paulo da Gama (en), la caravelle Berrio commandée par Nicolau Coelho, et un autre navire de stockage au nom inconnu commandé par Gonzalo Nunez, ce dernier fut perdu près de la baie de São Bràs sur la côte est de l'Afrique). Il progresse malgré les ravages de la dysenterie et du scorbut, fait cette grande « volte » au large du Brésil pour rejoindre les côtes africaines, faisant étape dans les différents comptoirs jalonnant la route maritime de Bartolomeu Dias. Il double le Cap des tempêtes le 22 novembre 1497, emmène avec lui des guides indiens ou musulmans, tel Ahmed Ibn Majid, prêtés ou arrachés de force aux petits souverains des côtes d'Afrique de l'Est car ils connaissent bien les courants de l'océan Indien. Il s'ancre au port de Pantalayini à une vingtaine de kilomètres de la cité-État de Calicut aux Indes le 21 mai 1498 puis débarque sur la plage de Kappad (en) le 28 mai, son équipage en guenilles étant exténué[9]. Le voyage est un échec : le Zamorin de Calicut, déçu par les marchandises qu'il lui propose — miel, chapeaux, pots de chambre — lui refuse les avantages commerciaux qu'il demande et l'Inde compte moins de chrétiens qu'il n'escomptait, au point qu'il doit repartir trois mois plus tard, prenant en otage des notables pour assurer ses arrières[10]. Néanmoins, il est couvert d'honneurs à son retour, est nommé « amiral des Indes » et à ce titre contrôle une partie du commerce avec l'Inde. Désormais, Vasco de Gama va utiliser sa légende (comme celle d'être le premier voyageur à atteindre l'Inde, terre nouvelle, alors que le pays est depuis longtemps traversé par des pilotes arabes, marchands vénitiens, juifs, malais ou musulmans, chrétiens syriaques s'y approvisionnant en poivre) pour construire sa carrière[11]. La cour de Manuel Ier, qui s'est autoproclamé « seigneur de la conquête, de la navigation et du commerce d'Éthiopie, d'Arabie, de la Perse et de l'Inde »[12], s'entiche de Gaspar, un juif converti par Vasco de Gama sur le chemin de retour, qui raconte aux courtisans ce qu'ils ont envie d'entendre, à savoir qu'il y a en Inde de nombreux chrétiens (ils pensent encore que le royaume du prêtre Jean se situe en Inde et que les hindous sont des chrétiens)[13].

Deuxième voyage (1502-1503)

50 Escudos célébrant le 500e anniversaire de la naissance de Vasco Da Gama, 1969

Suite à son deuxième voyage (1502-1503) avec une flotte de 21 navires et des marchandises intéressant enfin les Indiens (de l'or et de l'argent rapporté des Grandes découvertes des Amériques), Vasco de Gama tombe en disgrâce[11]. Bien que cette deuxième expédition, parfois violente (bombardement du port de Calicut en représailles des massacres contre l'équipage de Pedro Álvares Cabral ; assaut le 29 septembre 1502 contre le navire marchand Miri qui ramène des pèlerins de La Mecque, révèle la cruauté de Vasco de Gama : il préfère brûler le navire et faire couler hommes, femmes et enfants plutôt que d'accepter la rançon que les riches marchands musulmans lui proposent[12]), marque les débuts de l'empire colonial portugais et rapporte à la couronne un butin substantiel ainsi que des privilèges commerciaux importants grâce aux comptoirs qu'il a fondé sur les côtes africaines, il n'a en effet pas réussi à soumettre le Zamorin de Calicut et l'espoir de trouver le royaume du prêtre Jean est déçu : le roi Manuel sanctionne ainsi le clan des nobles qui privilégie le mercantilisme à la mission chrétienne.

Semi-retraite

S'installant à Évora avec sa famille, il est laissé dans une semi-retraite pendant vingt ans tandis que Francisco de Almeida est nommé vice-roi des Indes en 1505. Finalement le roi Manuel Ier lui donne le titre de Comte de Vidigueira en 1519 et son successeur Jean III le nomme vice-roi des Indes en 1524, souhaitant lutter contre la corruption qui se développe dans les comptoirs. Vasco de Gama entreprend un troisième voyage mais meurt peu de temps après son arrivée. Enterrés dans l'église de Saint François à Cochin (en), ses restes sont ramenés au Portugal par un de ses fils en 1539 et transférés dans un couvent de Carmélites, aujourd'hui propriété privée connue sous le nom de Quinta do Carmo, près du village de Vidigueira[14].

À la différence de Christophe Colomb, Vasco de Gama n'a pas laissé de récit de voyage. Cependant, l'un de ses hommes, resté anonyme, a tenu un journal, lequel donne un bon aperçu des divers problèmes qu'il leur fallut surmonter.

Conséquences économiques

Ayant ouvert une nouvelle voie maritime pour le commerce des épices et établi des liens commerciaux, le royaume du Portugal ne profitera pas de l'entreprise de Vasco de Gama par manque d'armateurs, à cause de la concurrence des Pays-Bas puis de son annexion à l'Union ibérique[11].

Postérité

  • Le poème épique Les Lusiades de Luís de Camões en 1572 remanie l'épopée de Vasco de Gama pour en faire un mythe[15] ;
  • En 1880, le transfert de ses ossements dans le Monastère des Hiéronymites a soulevé la polémique chez les nationalistes portugais car il y eut probablement une confusion avec d'autres ossements, les siens étant restés dans la région d'Alentejo[1] ;
  • En 1934, le poète portugais Fernando Pessoa lui consacre son poème Mensagem« le ciel déchiré ouvre l'abîme à l'âme de l'Argonaute »[10] ;
  • En 1994, Vasco de Gama fut représenté sur les billets de banque portugais de 5 000 escudos (environ 25 euros) ;
  • Le plus long pont d'Europe, situé à Lisbonne, porte son nom : pont Vasco da Gama ;
  • Un quartier et un club de football de Rio de Janeiro, au Brésil, porte son nom ;
  • Une rue du quinzième arrondissement de Paris porte son nom ;
  • Un centre commercial de Lisbonne a été baptisé centre Vasco de Gama ;
  • Une tour de 145 mètres dans le Parque das Nações a été construite pour l'Expo '98 ;
  • Un bar à Roscoff porte le nom "Le Vasco De Gama" ;
  • La commémoration du 500e anniversaire du passage du cap de Bonne-Espérance en 1997 a réveillé le nationalisme portugais et rappelé à un grand nombre d'Indiens que Vasco de Gama est le premier colonisateur de leur pays[16] ;
  • Les manuels scolaires et bandes dessinées portugais continuent aujourd'hui d'évoquer l'épopée mythique de Vasco de Gama[10].
  • Dans "Les Tueurs de temps" de Gérard Klein (1965) le vaisseau du capitaine Varun Shangrin est nommé le Vasco de Gama

Notes et références

  1. a et b Sanjay Subrahmanyam, Vasco de Gama. Légende et tribulations du vice-roi des Indes, Alma éditeur,‎ 2012, 487 p. (ISBN 978-2-36279-030-0).
  2. a et b Jean-Claude Grenier, « Vasco de Gama, l'amiral des mers du sud », Géo, no 231,‎ mai 1998, p. 160
  3. également connu sous le nom de João de Resende
  4. Son père et ses frères, Vicente Sodré et Brás Sodré, ont des liens familiaux avec l'Infante Diogo (en), duc de Viseu et sont des membres importants de l'Ordre du Christ.
  5. (en) Sanjay Subrahmanyam, The Career and Legend of Vasco da Gama, Cambridge University Press,‎ 1997, p. 62
  6. Subrahmanyam, op. cité, p.63
  7. Bailey Wallys Diffie et George Davison Winius, Foundations of the Portuguese Empire, 1415-1580, University of Minnesota Press, 1977, p. 177-178 (ISBN 9780816607822)
  8. Sanjay Subrahmanyam, Empire portugais d'Asie (1500-1700) : histoire politique et économique, Maisonneuve & Larose, 1999, 385 p. (ISBN 2706812524)
  9. (en) Bailey Wallys Diffie, George Davison Winius, Foundations of the Portuguese empire, 1415-1580, University of Minnesota Press,‎ 1977 (ISBN 978-0-8166-0850-8, lire en ligne), p. 177-188
  10. a, b et c Emmanuel Hecht, « Vasco de Gama, le revers de la légende », sur L'Express,‎ 30 mars 2012
  11. a, b et c Sanjay Subrahmanyam, La Fabrique de l'histoire sur France Culture, 8 juin 2012
  12. a et b Jean-Hébert Armengaud, « Navigateur de génie, mais homme cruel. Vasco de Gama, symbole embarrassant », sur liberation.fr,‎ 20 mai 1998
  13. Alexander von Humboldt, Examen critique de l'histoire de la géographie du Nouveau Continent et des progrès de l'astronomie nautique aux XVe et XVIe siècles, Librairie de Gide,‎ 1839 (lire en ligne), p. 83-88
  14. Sanjay Subrahmanyam, « Vasco de Gama et l'expansion portugaise », émission La Marche de l'Histoire sur France Inter, 24 mai 2012
  15. « Les Lusiades », sur World Digital Library,‎ 1800-1882 (consulté le 2013-09-01)
  16. Gilbert Perrin, « Le conquistador de l'Orient », La Vie, no 2725,‎ 1997, p. 17

Voir aussi

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Bibliographie

  • Aragão, Augusto Carlos Teixeira de. (pt)D. Vasco da Gama e a Villa da Vidigueira. Lisboa: Typographia Universal, 1871.
  • Aragão, Augusto Carlos Teixeira de. (pt)Vasco da Gama e a Vidigueira: Estudo historico. Lisboa: Imprensa Nacional, 1887. 303p.
  • Geneviève Bouchon, Vasco de Gama, Fayard, 1997, 409 p.
  • Sanjay Subrahmanyam (trad. Myriam Dennehy), Vasco de Gama : Légende et tribulations du vice-roi des Indes, Paris, Alma, coll. « Essai Histoire »,‎ 2012 (1re éd. 1997), 490 p. (ISBN 978-2-36279-030-0)
  • Voyages de Vasco de Gama. Relations des expéditions de 1497-1499 & de 1502-1503. Traduction de Paul Teyssier, notes de Paul Teyssier et Paul Valentin et préface de Jean Aubin, Paris, éditions Chandeigne, 1995.

Articles connexes

Lien externe