Kusanagi

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Répliques du trésor impérial du Japon : épée de Kusanagi, miroir sacré et pendentif Magatama.

Kusanagi-no-tsurugi (草薙の剣?, l'épée de Kusanagi) est une épée légendaire japonaise aussi importante dans ce pays qu'Excalibur l'est en Angleterre ou que Durandal l'est en France. Elle fut l'une des trois reliques sacrées de la légitimité du trône impérial du Japon féodal et de l'empire du Japon jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Noms[modifier | modifier le code]

Son nom complet est en japonais Ame no murakumo no tsurugi (天叢雲剣?, littéralement « Épée du ciel aux nuages regroupés ») mais elle est populairement nommée en Kusanagi (草薙?, « Coupeuse d'herbe »). On peut aussi l'appeler Tsumugari-no-tachi (都牟刈の太刀?, « sabre de la récolte des blés de la Capitale »). On pense qu'elle peut ressembler à une épée de l'âge de bronze à double tranchant, courte et droite, ce qui la différencie totalement du style des sabres japonais à lames courbes et à un seul tranchant. On peut la manier à une ou deux mains.

Matériau[modifier | modifier le code]

Le matériau à partir duquel Kusanagi a été forgée est également incertain.

Bien qu'on la considère issue de l'âge de bronze, des épées en fer existaient déjà à l'époque dans le monde, et il fut postulé qu'elle aurait put être façonnée en fer météorique, comme les toutes premières épées en fer. Le système de Tatara, méthode traditionnelle pour produire de l'acier au Japon, est, selon la légende, inspiré de la forme décapitée du Yamato Orochi et existerait depuis des temps reculés, bien avant la création des katana et des premiers Tachi par Amakuni. Beaucoup d'auteurs s'accordent pour dire qu'elle fût importée depuis le continent (à l'instar de mains aspects de la technologie ancienne, de la culture et de la mythologie du Japon). Il fût aussi postulé que Yamato Orochi représenterait des vallées et rivières d'Izumo, et peut-être des crues. Cela signifierait que Murakumo a été forgée à partir de satetsus (« sable de fer »), mais il demeure possible qu'elle soit faite en minerais de fer extraits des montagnes, en fer météorique ou en acier primitif.

En outre, la secte Amatsukyō affirme, selon les Takeuchi Monjō (ouvrage attribué à un descendant de Takenouchi no Sukune, censé décrire le Japon d'avant le Kojiki), qu'elle serait faite en hihiirogane, un métal ou alliage légendaire sur lequel très peu d'informations sont disponibles.

Légende[modifier | modifier le code]

L'anthropologue C. Scott Littleton décrit la légende de Yamato Takeru comme de type « arthurien », et rapproche ces mythes à d'autres semblables, du Moyen-Orient, du monde avestique, des Hittites, qui bien qu'étant des civilisations de l'âge du Bronze, finirent par forger des lames en fer, grâce aux météorites trouvées sur leurs territoires. Kusanagi et Excalibur seraient donc mythologiquement homologues.

La légende dit que l'épée gagna son nom de Kusanagi dans la province de Sagami-no-kuni. On raconte que Ame-no-Murakumo-no-Tsurugi était en possession du prince Yamato-Takeru-no-Mikoto lorsqu'il fût attaqué dans une prairie, que ses ennemis avaient incendiée pour pouvoir l'abattre à distance, par crainte d'affronter le demi-dieu en combat rapproché. Takeru utilisa alors son épée divine pour se frayer un coupe-feu en tranchant les herbes hautes et échapper ainsi à l'incendiaire embuscade. Ces herbes sont symboliques : le Shintoïsme compare souvent les humains à l'herbe, par des expressions telles que Ame no masuhito ou Aohitokusa, qui sont généralement interprétées comme la bénédiction d'Izanagi, garante de la prospérité des humains, dépendant des céréales et des fourrages. Dans la légende de Yamato Takeru, le nom de Kusanagi symbolisarait les conquêtes de la dynastie Impériale, soumettant les tribus et féodalités rivales. Kusanagi-no-Tsurugi signifierait alors que les guerriers ennemis étaient fauchés comme des blés par les épées de fer introduites à l'époque, ce qui est rendu par la mythologie de la « lame divine aux pouvoirs mystiques » coupant court à toute opposition.

Selon la légende, l'épée originale aurait été perdue le lorsque l'empereur Antoku se jeta à la mer après la défaite de son camp à la bataille de Dan-no-ura ; sa réplique forgée bien auparavant sous les ordres de Sujin Tenno, dixième empereur du Japon, serait conservée au sanctuaire d'Atsuta à Nagoya comme l'un des trois insignes sacrés de la maison impériale confiés par Amaterasu à Ninigi[1].

Localisation[modifier | modifier le code]

On considère traditionnellement et officiellement que l'épée est absolument nécessaire pour valider le rituel d'intronisation de chaque empereur du Japon, et asseoir la légitimité de la dynastie. Mais laquelle ? Controversée, la localisation actuelle de l'épée est, conformément à la tradition, maintenue secrète par la maison impériale. Dans l'antiquité, l'épée est censée s'être trouvée au Palais Impérial, qui fut parfois déplacée ou perdue puis retrouvée. Plus tard, une ou plusieurs répliques furent réalisées.

Dans la métaphysique Shinto, les Sanshu-no-Jingi mettent en effet l'Empereur au contact direct avec Amaterasu Omikami et les autres déités, reliant ainsi le prince héritier à l'histoire de la civilisation japonaise, au « Ciel » et aux « Kami ». Il passe alors du statut de prince héritier et d'homme mortel à celui, déifié jusqu'en 1946, d'Empereur du Japon : Tennō, Akitsumikami, Mikado.

La localisation et l'aspect même de Murakumo sont inconnus et donc sujets aux spéculations. Seul le proche personnel de confiance de la famille impériale connaît la nature exacte, l'aspect et le lieu de conservation de Murakamo, qui bénéficie pas, comme d'autres artefacts archéologiques ou historiques, du statut de "Trésor National" : de façon similaire à l'Empereur, cet objet est au-dessus du système (par exemple, dans la Constitution d'avant-guerre, l'Empereur était considéré comme au-dessus des lois et de la constitution, de même dans l'ancien système Ritsuryō, le titre d'Empereur n'avait pas de rang de préséance lui étant associé). On sait par ouï-dire que Kusanagi serait une épée de la période Jokoto (lames antiques), pré-Amakuni, probablement en fer ou en bronze. À l'époque Edo, un prêtre Shinto prétendit l'avoir vue et en donna une description : elle aurait été semblable à une « Tsurugi à la lame brillante et bien maintenue en forme de jonc », loin de la célèbre photo d'une lame de couleur noire, utilisée dans cet article. Ce prêtre mourut mystérieusement quelque temps après : on le dit frappé d'une malédiction mais peut-être ne fut-il frappé que d'un katana ou d'une flèche pour avoir brisé un tabou. Quoi qu'il ait décrit, l'épée impériale avait alors déjà été retirée du palais impérial en raison du manque de coopération du « Tsukumogami de l'épée »).

Actuellement, cet objet symbolique, copie ancienne ou récente de l'objet antique, pourrait se trouver au palais impérial de Tokyo. L'Empereur se déplace parfois avec lui, conservé dans un coffret porté par ses chambellans, mais ce coffret n'est jamais ouvert et peut-être est-il vide, conformément au haiku シンボルがオブジェクトを必要としません : « un symbole a-t-il besoin de matérialité ? » D'autres localisations pourraient être Atsuta-jingū, Isonokami-jingū, Ise-jingū (où se trouve déjà Yata-no-kagami ) ou encore, pour l'épée antique originelle (si toutefois elle a existé) la baie de Dan-no-ura, localisation improbable car les chroniques de l'époque affirment sans détour que l'épée fût repêchée (mais était-ce la même ?) lors de recherches sous-marines effectuées à l'époque de la guerre Genpei par des plongeuses pêcheuses de perles (représentées dans les peintures de l'époque Edo).

En août 1945, à la fin de la seconde Guerre mondiale, l'empereur Shōwa Hirohito ordonna à une poignée de ses fidèles de protéger les Sanshu-no-Jingi à tout prix, c'est à dire de les cacher pour éviter qu'ils ne deviennent profanes dans un musée (que Lamartine appelle un « cimetière des arts »). En cette circonstance, ces fidèles ont du voir directement et avoir un accès direct à Kusanagi et aux deux autres symboles du Trésor impérial du Japon, le miroir sacré et le pendentif magatama Yasakani. Mais aucun n'a parlé et le général Douglas Mac Arthur n'a pas cherché à en savoir davantage, la politique américaine étant alors de maintenir la maison impériale comme élément de cohésion du pays et contrepoids à l'influence communiste.

Représentations[modifier | modifier le code]

Sa représentation dans la culture japonaise, films, animes, romans, nouvelles et light novels varie considérablement : chaque auteur en a sa propre idée et son propre design. Ainsi dans le manga Campione c'est une épée noire à garde dorée ; dans le film Onmyōji 2 elle est représentée avec un dragon chinois gravé sur la lame (dérobée à un royaume vaincu) ; dans le Yakumo Tatsu elle fait partie d'une série d'épées divines appartenant au clan Fuzuchi ; dans le manga Naruto elle a l'aspect d'un Katana ; dans Akame ga kiru elle est l'un des pouvoirs spéciaux de Teigu Susanoo. Le jeu de rôle occidental Scion en donne aussi sa propre interprétation, et comme dans les autres œuvres citées ci-dessus, elle ne se trouve pas aux mains de son propriétaire légitime.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources de la traduction[modifier | modifier le code]

  1. Selon l'article anglais : The history of the Kusanagi-no-Tsurugi extends into legend : according to Kojiki, the god Susanoo encountered a grieving family of kunitsukami ("gods of the land") headed by Ashinazuchi (足名椎?) in Izumo province. When Susanoo inquired of Ashinazuchi, he told him that his family was being ravaged by the fearsome Yamata-no-Orochi, an eight-headed serpent of Koshi, who had consumed seven of the family's eight daughters and that the creature was coming for his final daughter. Susanoo investigated the creature, and after an abortive encounter he returned with a plan to defeat it. In return, he asked for Kushinada-hime's hand in marriage, which was agreed. Transforming her temporarily into a comb (one interpreter reads this section as "using a comb he turns into [masquerades as] Kushinada-hime") to have her company during battle, he detailed his plan into steps. He instructed the preparation of eight vats of sake (rice wine) to be put on individual platforms positioned behind a fence with eight gates. The monster took the bait and put one of its heads through each gate. With this distraction, Susanoo attacked and slew the beast with his sword Worochi no Ara-masa (Nihongi, chronicles of Japan from the Earliest Times to A.D. 697, translated from the original Chinese and Japanese by William George Aston, book I, part 1, page 56, Tuttle Publishing, july 2005, first edition published 1972, ISBN 978-0-8048-3674-6). He chopped off each head and then proceeded to the tails. In the fourth tail, he discovered a great sword inside the body of the serpent which he called Ame-no-Murakumo-no-Tsurugi, which he presented to the goddess Amaterasu to settle an old grievance. Generations later, in the reign of the Twelfth Emperor, Keikō, Ame-no-Murakumo-no-Tsurugi was given to the great warrior, Yamato Takeru as part of a pair of gifts given by his aunt, Yamato-hime the Shrine Maiden of Ise Shrine, to protect her nephew in times of peril. These gifts came in handy when Yamato Takeru was lured onto an open grassland during a hunting expedition by a treacherous warlord. The lord had fiery arrows fired to ignite the grass and trap Yamato Takeru in the field so that he would burn to death. He also killed the warrior's horse to prevent his escape. Desperately, Yamato Takeru used the Ame-no-Murakumo-no-Tsurugi to cut back the grass and remove fuel from the fire, but in doing so, he discovered that the sword enabled him to control the wind and cause it to move in the direction of his swing. Taking advantage of this magic, Yamato Takeru used his other gift, fire strikers, to enlarge the fire in the direction of the lord and his men, and he used the winds controlled by the sword to sweep the blaze toward them. In triumph, Yamato Takeru renamed the sword Kusanagi-no-Tsurugi (lit. "Grasscutter Sword") to commemorate his narrow escape and victory. Eventually, Yamato Takeru married and later fell in battle with a monster, after ignoring his wife's advice to take the sword with him. Although the sword is mentioned in the Kojiki, this book is a collection of Japanese myths and is not considered a historical document. The first reliable historical mention of the sword is in the Nihonshoki(Nihongi op. cit., book I, part 1, pages 53 & 437). Although the Nihonshoki also contains mythological stories that are not considered reliable history, it records some events that were contemporary or nearly contemporary to its writing, and these sections of the book are considered historical. In the Nihonshoki, the Kusanagi was removed from the Imperial palace in 688, and moved to Atsuta Shrine after the sword was blamed for causing Emperor Temmu to fall ill. Along with the jewel and the mirror, it is one of the three Imperial Regalia of Japan, the sword representing the virtue of valor. Kusanagi is allegedly kept at Atsuta Shrine but is not available for public display, and its existence cannot be confirmed. During the Edo period, a Shinto priest, claimed to have seen the sword. According to him, the sword was about 84 cm long, shaped like calamus, fashioned in a white metallic color, and well maintained. Another record claims that this priest died from the curse and the power of the sword, but this is most likely a story that was spread to emphasize its power. Japan's nationally run broadcasting station NHK, went to Atsuta Shrine to videotape the sword but were turned away. In The Tale of the Heike, a collection of oral stories transcribed in 1371, the sword is lost at sea after the defeat of the Heike clan in the Battle of Dan-no-ura, a naval battle that ended in the defeat of the Heike clan forces and the child Emperor Antoku at the hands of Minamoto no Yoshitsune. In the tale, upon hearing of the Navy's defeat, the Emperor's grandmother led the Emperor and his entourage to commit suicide by drowning in the waters of the strait, taking with her two of the three Imperial Regalia: the sacred jewel and the sword Kusanagi (The Tales of the Heike, 12:9, p. 142, Columbia University Press, 2006). The sacred mirror was recovered in extremis when one of the ladies-in-waiting was about to jump with it into the sea (The Tale of the Heike, 12:10, Stanford University Press, 1988). Although the sacred jewel is said to have been found in its casket floating on the waves, Kusanagi was lost forever. Although written about historical events, The Tale of the Heike is a collection of epic poetry passed down orally and written down nearly 200 years after the actual events, so its reliability as a historical document is questionable. According to some records (The Tale of the Heike, 12:12, Stanford University Press, 198) the Tenth Emperor, Emperor Sujin, is reported to have ordered the fashioning of a replica of Kusanagi. However, this information was reportedly only made public after it was known that the sword had been stolen. The imperial household claimed that it was the replica which was stolen, but it is just as likely that the replica was made after the fact to replace the irrecoverable sword. Sujin is considered a "legendary Emperor" by historians because there is insufficient evidence to assign him to a historical period. Another story holds that the sword was reportedly stolen again in the sixth century by a monk from Silla. However, his ship allegedly sank at sea, allowing the sword to wash ashore at Ise, where it was recovered by Shinto priests. Due to the refusal of Shinto priests to show the sword, and the rather sketchy nature of its historical references, the current state of or even the existence at all of the sword as a historical artifact cannot be confirmed. The last appearance of the sword was in 1989 when Emperor Akihito ascended to the throne, the sword (including the jewel and the Emperor's two seals) were shrouded in packages.