Draža Mihailović

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Draža Mihailović
Draža Mihailović durant la Seconde Guerre mondiale
Draža Mihailović durant la Seconde Guerre mondiale

Surnom Čiča Draža (Oncle Draža)
Nom de naissance Dragoljub Mihailović
Naissance
Ivanjica, Serbie
Décès (à 53 ans)
Belgrade, Serbie, Yougoslavie
Origine Serbie
Allégeance State Flag of Serbia (1882-1918).svg Royaume de Serbie
Flag of the Kingdom of Yugoslavia.svg Royaume des Serbes, Croates et Slovènes
Flag of the Kingdom of Yugoslavia.svg Royaume de Yougoslavie
Arme Flag of the Kingdom of Yugoslavia.svg Armée royale yougoslave
Chetniks Flag.svg Tchetniks
Grade Général
Années de service 19101945
Conflits Première Guerre balkanique
Deuxième Guerre balkanique
Première Guerre mondiale
Seconde Guerre mondiale
Commandement Tchetniks
Faits d'armes Fondation des Tchetniks
Distinctions Médaille d'or du courage
Ordre de l'Aigle blanc
Legion of Merit (décernée à titre posthume par le congrès américain)

Dragoljub Mihailović, dit Draža Mihailović (également retranscrit Mihajlovic, Mihailovitch, ou Mihailovich ; en serbe cyrillique Драгољуб «Дража» Михаиловић), connu aussi sous le surnom de Čiča (oncle, en serbe cyrillique Чича) , né à Ivanjica le et mort à Belgrade le , était un militaire yougoslave d'origine serbe. Officier dans l'armée du Royaume de Serbie, puis dans celle du Royaume de Yougoslavie, il sert durant les guerres balkaniques puis durant la Première Guerre mondiale. Il est principalement connu pour avoir, pendant la Seconde Guerre mondiale, dirigé les Tchetniks (Četnici ; en serbe cyrillique Четници), une organisation de résistance à l'occupation allemande et italienne. Dans le contexte de la guerre de résistance en Yougoslavie, les Tchetniks se trouvèrent cependant très vite en conflit avec une autre force de résistance, les Partisans communistes dirigés par Tito. Privilégiant le combat contre les communistes à celui contre les occupants, ils en arrivèrent à conclure des alliances avec les Italiens puis, à partir de 1943, avec les Allemands. Cela leur valut de perdre le soutien des Alliés et du gouvernement royal en exil, qui reportèrent leur aide sur les Partisans. À la fin de la guerre, fait prisonnier par les communistes, Mihailović est condamné à mort pour « crimes de guerre et collaboration », et fusillé le 17 juillet 1946[1].

Son rôle et celui des Tchetniks pendant la Seconde Guerre mondiale restent toujours sujet de débats. En 2006, une procédure est engagée en vue d'obtenir la réhabilitation officielle de Mihailović en Serbie. Cette procédure aboutit, le 14 mai 2015, à l'annulation de sa condamnation par la Haute Cour de Justice de Belgrade.

Biographie[modifier | modifier le code]

Draža Mihailović avait un frère, Mihailo, et trois sœurs, Smiljana, Milica et Jelica. Peu après la naissance de Jelica, son père meurt de la tuberculose. Cinq ans plus tard, en 1900, sa mère meurt aussi. Les orphelins sont confiés à leur oncle Vladimir. Après avoir étudié la musique pendant trois ans, Draža Mihailović s'inscrit à l'École militaire de Belgrade.

Il combat pendant les guerres balkaniques. En 1912 il obtient la médaille du Courage. Il est blessé en 1913 en se battant contre les Bulgares.

Il participe à la Première Guerre mondiale et fait partie de la longue retraite de l'armée serbe par l'Albanie en 1915. Il combat ensuite sur le front de Salonique et reçoit plusieurs décorations pour faits de guerre.

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Photo de Mihailović, au début du conflit.

Le , par un coup militaire, les cercles antifascistes et les officiers yougoslaves rompent le pacte signé entre les pays de l'Axe et le Royaume de Yougoslavie. Hitler fait envahir la Yougoslavie pour venir en aide aux Italiens qui se battent en Grèce. Le roi Pierre II se réfugie à Londres.

Dans beaucoup de villes et de villages, le peuple serbe se soulève par groupe de petites dizaines d'hommes, les Tchetniks. Dragoljub Mihailović, alors colonel, organise cette résistance depuis son quartier général de Ravna Gora, en Serbie. Près de 46 000 hommes rejoignent, en l'espace de quelques mois, cette organisation de résistance dirigée par les ex-officiers de l'armée royale. Fidèles au roi, ceux que l'on nomme les tchetniks, sont parmi les premiers à opposer une résistance aux armées allemandes.

En , Josip Broz dit Tito, secrétaire général du Parti communiste de Yougoslavie et ancien agent de recrutement des troupes croates au sein des brigades internationales durant la Guerre d'Espagne, lance un mouvement de résistance sous couvert de communisme. Le 26 octobre 1941, Mihailović et Tito, qui vient tout juste de commencer à rallier quelques troupes pro-communistes, concluent un accord pour réaliser un front uni contre les occupants. Mais la rupture entre les deux mouvements est rapide et, dès octobre 1941, ils en viennent à s'opposer.

La tête de Draza Mihailovic est alors mise à prix par les Allemands pour 100 000 reichsmarks chacun. En novembre, la BBC annonce que Mihailović est le commandant de l'Armée yougoslave de la patrie, qui devient le nom officiel des Tchetniks[2]. Mihailović est néanmoins un « piètre politique » et il n'exerce en réalité qu'une autorité minimale sur les différents groupes de résistance tchetnik[3]. Dans le sud de la Yougoslavie, des unités tchetniks signent des trêves avec les troupes d'occupation italiennes (par exemple dans le Monténégro), peu combatives et bien plus tolérantes avec les populations locales, ce qui conduit ces unités à diriger ces attaques contre les Allemands, les Croates oustachis et bosniaques SS (2e Handzar SS division) et contre les Partisans, opposés par leurs idées idéologiques et politiques aux troupes de Mihailovic, fidèles au roi.

Au Royaume-Uni, les bureaux du Foreign Office dévalorisent les actions des tchetniks et se font les échos des exigences de Staline pour cesser de soutenir la résistance non-communiste. Tito contacte durant l'hiver 1941 Winston Churchill, pour lui demander un soutien inconditionnel de la part des Alliés, s'attribuant, sous le couvert de la propagande, des victoires contre les Allemands qui furent le fait des tchetniks (ex : bataille de Sabac, 23 janvier 1941 ou bataille de Smederevo, 12 février 1941, réseau pour la récupération et l'évacuation de près de 500 pilotes américains[4]).

Le 11 janvier 1942, Mihailović est nommé Ministre de la guerre par le gouvernement en exil du roi Pierre II. Le 17 juillet, il est fait général. Contrairement à Tito, de peur de représailles brutales de la part de l'Allemagne nazie contre la population civile, Mihailovic adopte une politique de résistance restreinte, en attendant que les Alliés lui accordent plus d’assistance. Il se concentre donc sur le sabotage des voies de chemins de fer et des routes, stoppant ou retardant l'acheminement du matériel destiné à l'Afrika Korps, et transitant via la Turquie pour l'Afrique.

Churchill finit par être convaincu par les renseignements erronés qui lui parviennent. Au fur et à mesure des contacts, et contre l'avis du général de Gaulle[5], il décide d'attribuer exclusivement l'aide de la Grande-Bretagne à Tito à partir de la fin 1943, jugeant que depuis la défaite allemande de Stalingrad, l'avancée russe englobera en cas de victoire une grande partie des Balkans, et Tito pourra, du fait de son « Titisme », être un acteur privilégié pour une future coopération de la Grande-Bretagne dans les Balkans car plus ouvert vers l'Occident[6].

En juin 1944, à la demande de Londres, Pierre II relève Mihailović de sa fonction de ministre de la Guerre, puis de son titre de commandant en chef des armées.

Abandonnées par les Britanniques, les tchetniks se battent contre les Partisans communistes et se font chasser de Serbie en septembre 1944. Dans leur retraite, ils sont souvent massacrés par les Oustachis.

À la fin du conflit, les Partisans, soutenus notamment par les Britanniques et appuyés par la puissance militaire soviétique, libèrent le pays. Après un référendum populaire, le nouveau pouvoir communiste renverse la monarchie et persécute les tchetniks pour traîtrise et collaboration avec l'ennemi.

Le procès et l'exécution[modifier | modifier le code]

Affiche de propagande durant l'exposition antimaçonnique à Belgrade. Mihailović est un animal de compagnie dans les mains des États-Unis et de la Grande-Bretagne, supposés contrôlés par des Juifs.

Après plusieurs mois de traque dans les montagne de Bosnie, le , Draža Mihailović est arrêté.

Du au se déroule à Topčider le procès des traîtres et des criminels de guerre de la Seconde Guerre mondiale, pensé pour éliminer toute opposition à Tito[7]. Draža Mihailović figure au nombre des accusés et est jugé en même temps que des personnalités ayant appartenu au gouvernement collaborateur serbe[8]. Reconnu coupable, il est fusillé le .

Charles de Gaulle refusera toujours de rencontrer Tito, le considérant responsable de l'exécution de Draža Mihailović, avec qui il avait tissé des liens amicaux avant la guerre et qu'il avait cité à l'ordre de l'armée, au nom de la France combattante, le , avec attribution de la croix de Guerre avec palmes[9],[10], puis le mouvement des Tchetniks qu'il admira fortement pour sa résistance contre le fascisme et le communisme[11].

La réhabilitation[modifier | modifier le code]

« Sa condamnation à mort reposait sur des considérations de politique intérieure plus que sur sa réelle culpabilité »[12]. La disparition de Draža Mihailović débarrassait Tito d'un héros encombrant. Le corps du général Mihailovic fut enterré près du château de Beli dvor, mais personne ne sait où exactement, les communistes de Tito ne voulant pas que celui-ci soit récupéré pour qu'un monument à sa mémoire soit érigé. Ils firent de même avec de nombreux Tchetniks, dont de nombreux officiers. Par exemple, le massacre de 8 000 soldats Tchetniks ayant rendu les armes, par les troupes de Tito en 1945, entre la ville de Foča (Bosnie) et Sarajevo. Ou l'assassinat en 1957 du dernier officier Tchetniks resté fidèle au roi et à Mihailovic, l'un des rares n'ayant pas voulu se rendre après guerre, le commandant Vladimir Sipcic. Son corps n'a jamais été retrouvé (Priljepolje, frontière bosno-serbe).

De fait, dans un contexte de Guerre froide et de conflit politique ouvert avec la Yougoslavie au sujet de l'occupation de Trieste, le Président Truman lui avait accordé une médaille à titre posthume dès 1948. Et en 1989, les États-Unis ont décidé d'ériger une statue en son honneur à Washington, « en reconnaissance du rôle qu'il a joué en sauvant plus de cinq cents pilotes américains en Yougoslavie »[13].

En 2006, Vojislav Mihailović, petit-fils du général, engage une procédure pour demander la réhabilitation de son grand-père. Les débats s'ouvrent en 2010[1]. Le 14 mai 2015, 69 ans après l'exécution de Draža Mihailović, la Haute Cour de Belgrade annule la condamnation de ce dernier, jugeant qu'il n'a pas bénéficié d'un procès équitable et que les preuves présentées contre lui étaient falsifiées[14].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b http://balkans.courriers.info/article17329.html
  2. (en) Stevan K. Pavlowitch, Hitler's new disorder : the Second World War in Yugoslavia, New York, Columbia University Press, , 332 p. [détail de l’édition] (ISBN 978-1850658955), p. 64.
  3. Frédéric Le Moal, « Le combat perdu des tchetniks », La Nouvelle Revue d'Histoire, no 70,‎ , p. 54-55.
  4. (en) Gregory A. Freeman, The Forgotten 500: The Untold Story of the Men Who Risked All for the Greatest Rescue Mission of World War II.
  5. Jean Isnard, « La mémoire serbe »
  6. Winston Churchill, Mémoires de guerre 1919-1941, Paris, Tallandier, .
  7. Catherine Lutard, Géopolitique de la Serbie-Monténégro, Paris, éditions Complexe, coll. « Géopolitique des États du monde », , 143 p. [détail de l’édition] (ISBN 2-87027-647-8), p. 41 (notice BnF no FRBNF36997797).
  8. Branko Miljuš, La Révolution yougoslave, Lausanne, L'Âge d'Homme, , 247 p., p. 226.
  9. Branko Miljuš, La Révolution yougoslave, Lausanne, L'Âge d'Homme, , 247 p. (lire en ligne).
  10. Le général de Gaulle, quant à lui, situe cet épisode en  : Charles de Gaulle, Mémoires de guerre – L'Unité : 1942-1944 (t. II), éd. Plon, Paris, 1956 ; rééd. Le Livre de Poche (Historique), 1963, 511 p. (texte intégral), p. 248.
  11. Jean-Christophe Buisson, « Belgrade : 15 ans après le bombardement, les Serbes n'oublient pas ».
  12. « Article sur Draža Mihailović dans la Colombia Encyclopedia ».
  13. « Décision du Sénat américain »,‎ .
  14. Serbia Rehabilitates WWII Chetnik Leader Mihailovic, Balkan Insight, 14 mai 2015

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Christophe Buisson, Mihailovic, Héros trahi par les Alliés, Tempus, .

Liens externes[modifier | modifier le code]