Convivencia

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La Mezquita de Cordoue (salle des colonnes)
Intégration de la cathédrale dans la mosquée

La Convivencia (la coexistence) est une hypothèse académique utilisée pour décrire la paix relative entre musulmans, juifs et chrétiens durant la Reconquista, terme auquel elle fait écho. La Convivencia décrit un état de relative paix confessionnelle où les idées culturelles s'échangeaient dans un contexte de tolérance religieuse.

Tout comme son alter égo Reconquista, le terme de Convivencia est une facilité de langage permettant d'opposer les diverses situations de la Reconquista à la christianisation forcée de l'Espagne du XVe siècle. Cependant, la Convivencia n'est pas une entité uniforme, ni une paix confessionnelle continue, que ce soit temporellement ou spatialement.

Description[modifier | modifier le code]

Mirhab, point focal de la mosquée de Cordoue

La Convivencia se réfère à l'idée de tolérance religieuse et à l'échange d'idées entre les trois religions. Le romancier James Carroll fait appel à ce concept et indique qu'il a joué un rôle important pour la diffusion de la philosophie classique en Europe, avec des traductions depuis le grec, l'arabe, le latin et l'hébreu[1].

Un exemple habituel de coexistence est celui de la ville de Cordoue sous domination musulmane, du IXe au Xe siècle. Il s'agissait « d'une des plus importantes villes du monde »« les chrétiens et les juifs étaient à la cour royale et dans la vie intellectuelle de la ville[2] ». María Rosa Menocal décrit également Cordoue comme une « référence globale sociale importante, représentant la quasi perfection[3] ».

Cependant l'historicité d'un tel âge d'or culturel a souvent été contestée et traitée de mythe dépendant d'extrapolations et de documentation trop peu fiable[4],[5]. En particulier, des appels d'œcuménistes contemporains ont appelé au retour à la situation de Convivencia de Cordoue des Xe et XIe siècles - sous domination musulmane - sans en interroger sérieusement les fondements « et dans des termes qui ont peu ou pas de lien avec la réalité d'alors »[6].

Territoires contrôlés par les musulmans[modifier | modifier le code]

Après la conquête, les musulmans sont en infériorité numérique massive dans les territoires conquis. Leurs souverains appliquent une « politique coloniale[7] » : ils renomment les villes et les fleuves[7], réaménageant les lieux de cultes chrétiens en mosquées[7]. Chrétiens et juifs sont soumis au régime juridique du Dhimmi : leurs droits sont réduits et ils souffrent de nombreux désavantages vis-à-vis des musulmans. En particulier, ils ne peuvent construire de nouvelle église, paient des impôts spéciaux, fonciers et per capita[8].

Dans les territoires dominés par les musulmans, continuent à exister des communautés chrétiennes (dites « mozarabes »). Séparées dans des ghettos, ces communautés ont leur propre mode de vie — langue, religion, lois — et la cohabitation entre communautés est rarement pacifique[9].

L'augmentation régulière de l'impôt pour les chrétiens et juifs, et la situation défavorable envers les non-musulmans produit des vagues de conversions[8],[10]. Une minorité reste fidèle à ses croyances. La tolérance initiale se perd et les populations mozarabes se font d’autant plus rares au fur et à mesure qu'elles s'avancent en territoires de souveraineté musulmane, particulièrement après l’arrivée au pouvoir des almoravides et almohades d’Afrique du Nord[11].

Quant aux juifs, maltraités par les Wisigoths, ils accueillent bien les musulmans avec qui ils connaissent une période initiale de stabilité et de liberté religieuse. María Rosa Menocal, est d'avis que la tolérance était un aspect inhérent à la société andalouse. Les dhimmis juifs, bien que considérés comme des citoyens de seconde classe, étaient mieux traités qu'ailleurs dans le monde[12]. Al-Andalus était considérée par les Juifs, ainsi que par des chrétiens adhérant à des sectes jugées hérétiques par Rome, comme une terre d'accueil. El Andalus concentre alors les plus grandes communautés juives d'Europe, c'est l'âge d'or de la culture juive en Espagne. Puis leurs relations se dégradent. Ils souffrent un massacre en 1066 à Grenade. Ils sont expulsés au XIIe siècle. Beaucoup trouvent refuge au nord de la péninsule[10].

Territoires contrôlés par les chrétiens[modifier | modifier le code]

Synagogue de Tolède.

Dans la plupart des territoires passés sous domination des rois chrétiens, les musulmans continuent à vivre, de même que d'importantes communautés juives. Il se produit ainsi des échanges culturels importants entre ces religions. Dans un premier temps, les rois chrétiens adaptent le schéma musulman de communautés juxtaposées, favorisant alors les chrétiens. Chacune jouit de ses propres lois, contraintes et impôts. Les rois chrétiens profitent également de la culture des conquis pour leur propre usage – administration, traduction du grec, du latin, médecine. C’est notamment vrai pour les zones densément peuplées à l’arrivée des chrétiens. Ainsi à Tolède, conquise en 1085, le roi autorise la construction d’une synagogue en 1180 et sa réfection en 1260, édifice qui est construit par des ouvriers maures.

« Les chrétiens reconquérants n'ont pas tous les atouts en main. Ils ont les atouts militaires ; ils sont les maîtres. En revanche, ils ont besoin d'intermédiaires musulmans - mais les élites musulmanes se sont exilées - et surtout juifs. D'où le rôle majeur des juifs dans la traduction de la science gréco-arabe, et dans des fonctions d'administration en particulier financière à partir des XIIe et XIIIe siècles », selon Gabriel Martinez-Gros[13].

« Les Espagnols chrétiens donnent dans un premier temps aux juifs les mêmes privilèges que la dhimma [sous la domination musulmane] parce qu'ils pensaient que les juifs effectueraient le relais du régime musulman au régime chrétien », affirme également Esther Benbassa[13].

« La reconquête chrétienne donne lieu ainsi pendant une période à une nouvelle forme de Convivencia entre les communautés religieuses. Dans les royaumes d'Aragon, de Navarre et de Castille, juifs et musulmans sont plutôt bien traités. À Tolède le roi autorise même les juifs à bâtir une imposante synagogue. La situation se dégrade toutefois irrémédiablement à la fin du XIVe siècle : les juifs et les musulmans sont alors sommés de se convertir[13] ».

Cependant, en 1264, la révolte des Mudéjar provoque des expulsions et expropriations dans toute la Castille. Dans le royaume d'Aragon, et particulièrement dans le royaume de Valence, une longue série de révoltes a lieu à à partir de 1244, s'intensifiant en 1276 et jusqu'en 1304[14].

Fin de la convivencia[modifier | modifier le code]

Territoires contrôlés par les musulmans[modifier | modifier le code]

Territoires contrôlés par les chrétiens[modifier | modifier le code]

Philippe III.

La politique de pureté du sang et de christianisation de la société est appliquée dans le royaume de Castille, puis, après l'union des Rois Catholiques, dans le nouveau Royaume d'Espagne et enfin dans tout l'empire Espagnol après la découverte des Amériques. Les persécutions durant cette transition politique ont donné lieu à des conversions forcées et à des phénomènes sociaux particuliers. Les mudéjars sont les musulmans demeurant dans les terres reconquises par les chrétiens. Ils sont surtout des paysans. Leur habitude architecturale donne lieu à un style fréquemment employé dans les églises que font ériger leurs nouveaux seigneurs. Les descendants à partir de 1492 sont appelés moriscos (Morisques). Ce sont les musulmans restés en Espagne catholique après la reconquête de Grenade. Ils sont convertis de force au catholicisme et représentent entre 200 000 à 300 000 personnes dans la région de Valence et en Andalousie. Ils seront expulsés et déportés contre leur volonté à la fin du XVIe siècle par Philippe III. Les marranes ou conversos sont les juifs convertis officiellement au catholicisme (souvent sous la contrainte) et qui continuent à "judaïser" secrètement. Persécutés par l'Inquisition, ils émigrent petit à petit ou abandonnent complètement leur judaïsme, à l'exception de quelques-uns au Portugal soumis à une autre politique plus clémente. Les séfarades sont au sens strict du terme les descendants des juifs émigrés d'Espagne à la suite du décret de l'Alhambra pris par Isabelle la Catholique.

La prise tardive de Grenade en 1492, la même année que la découverte des Amériques, clôt la Reconquista[Note 1] alors que cette transition politique se termine. Les morisques sont expulsés en 1609, le siècle suivant.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La reconquête de la Navarre, en 1512 est incluse par certaines sources dans la Reconquista.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Carroll, James (2001), Constantine's Sword: The Church and the Jews, Chapter 33. Houghton Mifflin, Co., Boston.
  2. Amir Hussain, “Muslims, Pluralism, and Interfaith Dialogue,” in Progressive Muslims: On Justice, Gender, and Pluralism, ed. Omid Safi, 257 (Oneworld Publications, 2003).
  3. Menocal, María Rosa (2002), "The Ornament of the World: how Muslims, Jews, and Christians created a culture of tolerance in medieval Spain", Little, Brown, Boston.
  4. (en) Nirmal Dass, « Review of The Myth of the Andalusian Paradise: Muslims, Christians, and Jews Under Islamic Rule in Medieval Spain », Intercollegiate Studies Institute,‎ (lire en ligne)
  5. [1], Qurtuba: Algunas reflexiones críticas sobre el califato de Córdoba y el mito de la convivencia [Qurtuba: Some Critical Reflections on the Caliphate of Cordova and the Convivencia Myth], by Eduardo Manzano Moreno, Awraq n.° 7. 2013, pp 226-246
  6. Aaron W. Hughes, Abrahamic Religions: On the Uses and Abuses of History (Oxford University Press, 2012), 7.
  7. a, b et c https://www.newcriterion.com/articles.cfm/Acts-of-faith-8489
  8. a et b http://www.mmisi.org/ir/41_02/fernandez-morera.pdf
  9. « Desmontando mitos: la tolerancia de la Ál-Andalus multicultural »,‎ (consulté en 2 de enero de 2017)
  10. a et b https://profeaventuras.wordpress.com/2013/12/13/desmontando-mitos-la-tolerancia-de-la-al-andalus-multicultural/
  11. « San Eulogio de Córdoba » (consulté en 2 de enero de 2017)
  12. M.R. Menocal, The Ornament of the World: How Muslims, Jews, and Christians Created a Culture of Tolerance in Medieval Spain, Little, Brown and Company, 2002, (ISBN 978-0-316-56688-9)
  13. a, b et c Juifs et musulmans (DVD), K. Miské, E. Blanchard, édition Collector, 2013, 2ème épisode (dans le DVD1)
  14. Torró Abad, Josep "El problema del hábitat fortificado en el sur del Reino de Valencia después de la segunda revuelta mudéjar (1276-1304)". Anales de la Universidad de Alicante. Historia Medieval. N. 7 (1988-1989). ISSN 0212-2480, pp. 53-81

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Dans la culture[modifier | modifier le code]

La Maison de la Sagesse de Grenade est créée en 2012 en vue de réactualiser la Convivencia. Elle est une initiative de paix née d'une initiative de Khal Torabully et des citoyens et citoyennes de Grenade, dont le but est de favoriser la culture de paix promue par l'Unesco.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Romans[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]