Convivencia

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La Mezquita de Cordoue (salle des colonnes).
Intégration de la cathédrale dans la mosquée.

La Convivencia est un terme qui évoque la coexistence entre musulmans, juifs et chrétiens, un état de relative paix confessionnelle où les idées culturelles s'échangent dans un contexte de tolérance religieuse. C'est également une hypothèse académique portant sur la période historique hispanique depuis la conquête de l'Hispanie par les Omeyades jusqu'à l'expulsion des juifs en 1492, période correspondant à la Reconquista.

Définition[modifier | modifier le code]

En espagnol, le terme de convivencia signifie littéralement « vivre avec l'autre »[Note 1]. Il suppose une plus grande proximité que coexistencia (coexistence), qui, à l'instar du français, peut impliquer une indifférence mutuelle des protagonistes. Dans tous les cas, et contrairement à son usage en anglais, le terme est utilisé de façon indépendante du contexte religieux, historique ou social. Dans les sources espagnoles, il est associé à la période qu'il décrit et, dans le contexte de la Reconquista, est souvent associé à — ou remplacé par — des termes plus précis comme tolérance, dialogue interreligieux voire, quittant le domaine religieux, celui de coexistence culturelle (« trois cultures »)[1],[Note 2].

Le terme « convivencia » pour décrire cette période apparaît d'abord sous la plume d'Américo Castro, dans son ouvrage fondamental, España en su Historia, Cristianos, moros y judíos  (1948), alors qu'il s'interroge sur la notion d'hispanité et l'avenir de son pays. Pour lui, la convivencia, qu'il traite de « maladie », n'est ni heureuse ni positive et implique des résistances, des tensions et des rejets ; elle est à la fois « source d'orgueil et handicap ». Le débat qui s'en suit avec Claudio Sánchez-Albornoz participe à la diffusion du terme. Ce dernier renaît aux États-Unis dans les années 1970 sous forme de concept. Il est développé et critiqué par de nombreux auteurs dans le cadre d’un «  monde moderne toujours plus sensible aux relations tendues au sein d’une communauté mondiale multiethnique  [...] » et est alors « associé à une galaxie de termes anthropologisants (acculturation, symbiose, diffusion, emprunt) et flirtant parfois avec l’anachronisme (assimilation, intégration, colonisation, tolérance). »[2]. Il est utilisé plus spécifiquement pour décrire la coexistence pacifique des trois religions dans la péninsule ibérique durant la Reconquista, voire seulement dans l'Andalousie musulmane[2].

La Convivencia se réfère à l'idée de tolérance religieuse et à l'échange d'idées entre les trois religions[3]. Le romancier James Carroll fait appel à ce concept et indique qu'il a joué un rôle important pour la diffusion de la philosophie classique en Europe, avec des traductions depuis le grec, l'arabe, le latin et l'hébreu[4]. Pour James L. Heft[Note 3], la Convivencia est l'une des rares périodes historiques durant laquelle les trois religions « n'ont pas pris leurs distances les unes par rapport aux autres, ni n'ont été en conflits » alors que durant l'essentiel de leur histoire commune elles ont été soit « ignorantes les unes des autres », soit « se sont attaquées mutuellement »[5].

Un exemple habituel de coexistence est celui de la ville de Cordoue sous domination musulmane, du IXe au Xe siècle. Il s'agissait « d'une des plus importantes villes du monde »« les chrétiens et les juifs étaient à la cour royale et dans la vie intellectuelle de la ville[6] ». María Rosa Menocal décrit également Cordoue comme une « référence globale sociale importante, représentant la quasi perfection[7] ».

José-Vicente Niclós y Albarracin distingue, dans la péninsule Ibérique, quatre périodes de dialogue interreligieux[8] associées à autant de zones géographiques : au sud de la péninsule (Grenade et Cordoue) du VIIIe au XIe siècle ; la convivencia pacifica[9] des XIIe et XIIIe siècles au centre de la péninsule (Tolède) ; la fin du XIIIe siècle dans la zone méditerranéo-catalane (Barcelone) — période de naissance des universités européennes — et la période Renaissance et post-Moyen Âge, du XVe au XVIIe siècle dans la ville de Valence.

La Convivencia en Espagne à partir de 711[modifier | modifier le code]

Contexte historique[modifier | modifier le code]

Après la conquête de l'Hispanie Wisigothe à partir de 711, les Musulmans sont en infériorité numérique massive dans les territoires conquis, faisant notamment dire à Ignacio Olagüe que « Les Arabes n'ont jamais envahi l'Espagne »[10], le titre de cet ouvrage polémique étant à la fois exact d'un point de vue numérique, et faux du point de vue de l'administration[Note 4]. Leurs souverains appliquent une « politique coloniale[11] » : ils renomment les villes et les fleuves[11], réaménagent les lieux de cultes chrétiens en mosquées[11]. Les Chrétiens et les Juifs, autochtones[12], sont soumis au régime juridique du Dhimmi : leurs droits sont réduits et ils souffrent de nombreux désavantages vis-à-vis des musulmans. En particulier, ils ne peuvent construire de nouvelles églises, paient une taxe de protection[13], foncière et per capita[14], ne leur garantissant pas toujours la tolérance, ni même l'effectivité de la protection[13]. Néanmoins, durant le règne Omeyade, l'expropriation de biens chrétiens se fait « souvent » contre rétribution et dans des conditions favorables[15].

L'augmentation régulière de l'impôt pour les Chrétiens et Juifs, et la situation défavorable envers les non-musulmans produit des vagues de conversions[14],[16]. Une minorité reste fidèle à ses croyances[17]. Après les hésitations des débuts, l'administration devient uniquement musulmane. En 752, Al-Andalus devient indépendant avec l'arrivée au pouvoir d'Abd el Rahman I, même s'il accepte encore l'autorité religieuse des Abbassides pour encore deux siècles. La ville de Cordoue atteindra jusqu'à 200 000 habitations soit 500 000 habitants et présente un aspect fastueux[18]. Aux IXe et Xe siècles, la population musulmane, qui était minoritaire, devient dominante. Les monnaies, auparavant bilingues, ne sont désormais frappées qu'en arabe[18]. La population est très hétérogène ; au-delà des trois religions on distingue les Hispaniques, les Berbères — qui constituent l'essentiel des troupes armées — et les Arabes, peu nombreux mais qui constituent une « aristocratie guerrière », très attachée au sol et respectée en raison de la qualité de « compagnons du Prophète » de ses membres. La fragilité des alliances entre les Arabes et les tribus d'Afrique du Nord alimente longtemps la méfiance des Omeyades envers les berbères dont ils ont besoin pour contrer les armées chrétiennes mais qui pourraient contester leur pouvoir. Ils en limitent le nombre en Andalousie jusqu'au règne d'Almanzor. Face à ces communautés guerrières, se développe une communautés de « sachants », dont l'autorité est basée sur l'interprétation juridique des textes religieux et qui s'oppose régulièrement aux premiers[12]. Les communautés vivent juxtaposées, rarement en paix, et jouissent d'une large autonomie. Il n'y a jamais eu d'intégration ethnique[19],[Note 5] et ces différences dégénèrent régulièrement en révoltes et soulèvements[19],[Note 6]. De 850 jusqu'à la fin du IXe siècle, le pouvoir musulman se durcit envers les autres religions, ce qui donne notamment lieu à une vague de martyrs chrétiens — les Martyrs de Cordoue — dont l'interprétation, qu'elle soit l'expression de « foyers de mouvements nationalistes » tels que décrits par Évariste Lévi-Provençal[20], ou d'une réaction aux persécutions religieuses, thèse soutenue par Francisco Javier Simonet[21], sont difficilement compatibles avec l'état de convivencia[22].

Du point de vue culturel mozarabe, l'intégration est difficile. La littérature arabe, bien qu'en plein essor, n'a pas encore atteint son développement maximal et n'est pas encore vue comme facilitant la transmission du savoir antique. La poésie arabe est décrite comme orgueilleuse et héroïque, et inférieure à la culture classique des auteurs mozarabes, décrite comme plus rationnelle que sa contrepartie orientale, notamment par Euloge de Cordoue, qui déplore l'éducation arabe à laquelle les chrétiens étaient soumis[23]. Cependant, cela semble être plutôt adressé aux chrétiens arrivés à la cour, qui collaborent et dont la plupart finissent par se convertir, dans un contexte où les malheurs des chrétiens sont interprétés par le courant rigoriste comme la conséquence du rapprochement avec les musulmans[23].

Convivencia en territoires contrôlés par les musulmans[modifier | modifier le code]

Ramon Menendez Ridal et America Castro décrivent une situation de convivencia — pax musulmana — à partir de 929 après la proclamation, par Abd al-Rahman III, d'Al Andalus comme Califat indépendant, c'est-à-dire au moment où le souverain refuse l'autorité religieuse de Damas. La mise en place de la Convivencia résulte essentiellement, selon Sarah Mae-Thomas, de facteurs politiques[24]. En effet, durant son règne, de 912 à 961, il mène une politique de réconciliation générale entre musulmans, juifs, chrétiens, berbères, arabes et hispaniques. Il travaille directement avec des mozarabes, renouvelle son administration et met au pouvoir certains anciens esclaves juifs et chrétiens. Il permet alors aux juifs et aux chrétiens de pratiquer librement leur religion et met fin aux persécutions. Il s'appuie sur les juifs pour la diplomatie et le pouvoir. Son vizir Juif, Hasdaï Ibn Shaprut, est emblématique de sa politique ; leur collaboration débouche sur « un pratique mariage d'idées[25] » : chacun des deux aurait eu pour ambition de couper sa propre communauté de sa base orientale pour une indépendance religieuse et une avancée de la pensée. Ils créent de nombreux centres d'études et développent l'étude d'Aristote et de la philosophie grecque[24]. Pour Robert Hillenbrand, il s'agit de la première unification sociale en Espagne[26].

Quant aux juifs, maltraités par les Wisigoths, l'hypothèse traditionnelle[Note 7] est qu'ils accueillent bien les musulmans avec qui ils connaissent une période initiale de stabilité et de liberté religieuse[28]. María Rosa Menocal est d'avis que la tolérance était un aspect inhérent à la société andalouse. Les dhimmis juifs, bien que considérés comme des citoyens de seconde classe, étaient mieux traités qu'ailleurs dans le monde[7]. Al-Andalus était considéré par les Juifs, ainsi que par des chrétiens adhérant à des sectes jugées hérétiques par Rome, comme une terre d'accueil. Al Andalus concentre alors les plus grandes communautés juives d'Europe, c'est l'âge d'or de la culture juive en Espagne. Depuis l'instauration du Califat andalou et durant les IXe et Xe siècles, il existait en Europe « deux civilisations[Note 8] », celle chrétienne et celle d'Al-Andalus. Cette dernière se distingue par la convivencia qui est l’œuvre des Omeyyades d'origine arabe.

Au contraire de la culture latine, le dialogue culturel et littéraire entre juifs et musulmans se passe sans difficulté majeure[27]. Les juifs, pour qui l'arabe est alors une langue naturelle[15] et qu'ils parlent avec aisance, contrairement aux berbères qui prennent le pouvoir au XIe siècle, deviennent médecins, comme Hasdaï ibn Shaprut, médecin de la cour et conseiller influent du Calife. Très cultivés, maîtrisant les langues romanes et l'hébreu, ils traduisent des ouvrages scientifiques et servent d'intermédiaire avec les royaumes chrétiens. Contrairement aux chrétiens, les juifs en position de pouvoir peuvent défendre les membres de leur communauté sans être taxés d'« acomodaticios », critique que recevaient les chrétiens dans la même situation, de la part de leurs coreligionnaires et notamment des moines ayant opté pour une vie ascétique loin de Cordoue[27]. Ils vivent du commerce, et font le lien entre la culture latine indigène et la culture musulmane en plein essor[27], ce qui fait dire à C. Carrette, qu'à partir de cette époque, dans la péninsule, trois cultures coexistent :

« indépendantes, autonomes et délimitées, et cependant, homogènes, complémentaires et complètes »

— C. Carrette[29].

Plusieurs juifs accèdent aux plus hautes fonctions politiques, en infraction avec leur statut de dhimmi, qui en principe n'autorise pas des non-musulmans à commander aux musulmans, ou à porter les armes.

Après la guerre civile (1011-1031) et l'effondrement du califat (1031), l'orthodoxie religieuse à laquelle le calife est censé veiller se relâche. Les croyants d'autres religions peuvent accéder plus facilement au pouvoir. D'autre part, les nouveaux seigneurs, considérés comme des « usurpateurs[30] », sont des berbères et d'anciens esclaves, essentiellement intéressés par des guerres avec leurs voisins. Ils n'ont pas confiance dans les arabes ni dans les andalous. Dans ces conditions, ils s'entourent de juifs, ce qu'ils considèrent comme moins risqué[31]. Ainsi, le juif Samuel ibn Nagrela devient vizir d'abord afin d'organiser l'administration de Grenade dont le roi Ziri et la tribu régnante n'avaient réorganisé que la levée de l'impôt[30]. Il reste chef d'armée du sultan pendant plus de vingt-cinq ans au XIe siècle, durant la phase d'effondrement du Califat en Taïfas. Yekoutiel ben Isaac ibn Hassan fut, au XIe siècle, ministre du roi taïfa de Saragosse, Ahmad ibn Sulayman al-Muqtadir, et Abu al-Fadl Hasdai, vizir de l'émir houdide de Saragosse, Ahmad Ier al-Muqtadir. Durant le XIe siècle, malgré les saccages de la guerre civile, le rayonnement d'Al Andalus augmente, et les érudits religieux se multiplient : lexicographes, historiens, philosophes, qui comptent parmi les plus brillants de leur époque[32].

Il existe cependant un fort contraste entre la haute société juive, versée dans les sciences et les arts, influente à la cour, et le reste de la population juive. Dès le Xe siècle, cette communauté voit son temple détruit sur ordre des jurisconsultes musulmans[33]. José-Vicente Niclós y Albarracin[34] répertorie de nombreuses humiliations et injustices imposées par ces juristes, phénomènes qui augmentent durant le XIe siècle[35]. De façon générale, les historiens Bernard Lewis, S.D. Goitein et Norman Stillman, s'accordent à dire que le statut de dhimmi auquel étaient soumis les juifs et les chrétiens était un statut manifestement inférieur, et qui s'est dégradé au fur et à mesure de l'effritement de la domination musulmane.

Convivencia en territoires contrôlés par les chrétiens[modifier | modifier le code]

Synagogue de Tolède.

Contexte[modifier | modifier le code]

L'annexion de places musulmanes par les armées chrétiennes donne lieu à des négociations entre les princes chrétiens et les musulmans sur les conditions de leur reddition, essentiellement sur le statut des populations musulmanes. Très favorables à ces dernières, elles sont décrites comme des « magnánimas concesiones[36] » par les documents historiques. Pour les chrétiens, elles semblent être surtout un moyen de pacifier les places conquises, et leur application « déforme radicalement et profondément le modèle initial[36] ».

Dans la plupart des territoires passés sous domination des rois chrétiens, les musulmans continuent à vivre, de même que d'importantes communautés juives. Au contraire des périodes précédentes, la documentation est relativement abondante[36]. Dans un premier temps, les rois chrétiens adaptent le schéma musulman de communautés juxtaposées, favorisant alors les chrétiens. Les musulmans sont alors soumis au statut de Mudéjar très semblable à celui de dhimmi[36]. Chacune jouit de ses propres lois, contraintes et impôts[36],[Note 9]. Ce modèle est mis en place dès la reconquête des villes catalanes du sud de l'Ebre : Tortosa, Tuleda[36]. Il est généralisé, et perdure en se transformant durant 150 ans environ[36], avant que l'espace culturel musulman ne se réduise nettement avec l'avancée de la féodalité et l'organisation des villages en universitas[38]. En 1215, au congrès de Latran IV, le pape innocent III demande aux rois chrétiens que les musulmans soient habillés de façon discriminatoire, de façon à ce que leur statut inférieur soit mieux pris en compte, une façon d'éviter de mettre en péril la foi chrétienne, et de forcer les conversions. Cependant, la mesure n'est pas appliquée lors des redditions ultérieures des Taïfas, notamment lors de la chute de Valence, tactique qui semble avoir eu pour objectif de s'allier la population de la ville conquise[39].

Les rois chrétiens profitent également de la culture des conquis pour leur propre usage – administration, traduction du grec, du latin, médecine. C’est notamment vrai pour les zones densément peuplées à l’arrivée des chrétiens. Il se produit ainsi des échanges culturels importants entre ces religions.

Tolède[modifier | modifier le code]

Tolède est l'exemple le plus classique de coexistence pacifique des trois religions aux XIIe et XIIIe siècles. Capitale du Royaume Wisigoth, elle est soumise tardivement au Califat (932), abrite des conciles sur l'unité religieuse, le rôle des juifs, et reste le premier siège épiscopal de la péninsule. La ville était riche, et sa situation culturelle enviable[40]. À la chute de la Taïfa, la ville était peuplée de 30 000 personnes environ. À sa conquête en 1085 commence une période connue comme convivencia pacifica. Lors de la conquête Chrétienne, les musulmans peuvent y séjourner en vertu d'un accord passé entre Alphonse VI et Al-Qadir[41]. Il est capital de souligner que le roi musulman accepte la reddition de la ville en échange de garanties négociées pour les musulmans. En écho au statut de Dhimmi, le statut de mudéjar prévoit qu'en échange d'un impôt spécifique pour les non-chrétiens, leurs biens sont garantis[42],[Note 10]. À Tolède, et entre autres exemples classiques, le roi autorise la construction d’une synagogue en 1180 et sa réfection en 1260, édifice qui est construit par des ouvriers maures. Cette période marque profondément les villes de Séville, Tolède, Saragosse et cette architecture est connue sous le nom d'architecture mudéjare.

Après la Reconquête, les juifs continuent leurs activités et commerces. Leur communauté augmente, notamment à Tolède où s'installent ceux qui fuient les persécutions almohavides[44]. Ils vivent aux alentours de la ville, et semblent jouir chez les chrétiens d'un grand respect du début de la conquête jusqu'à la première moitié du XIIIe siècle[44]. Les musulmans sont la communauté qui influence le moins la vie sociale après la reconquête. Dans la ville de Tolède, beaucoup se convertissent et forment une minorité qui prend le nom de conversos à partir du XIVe siècle[45].

Trente ans après sa conquête par Alphonse VI, la ville devient au XIIe siècle le principal centre de traduction de l'arabe au latin en Europe.

La obra de los traductores contribuyó a hacer de Toledo un paradigma de sabiduría y convivencia entre los diversos grupos culturales. De igual forma, Toledo se ha convertido, en nuestra época, en símbolo de la tolerancia y luminaria de tradiciones culturales judías,musulmanas y cristianas.

— José-Vicente Niclós y Albarracin[44].

« l'œuvre des traducteurs contribue à faire de Tolède un paradigme de sagesse et de convivencia entre les divers groupes culturels. De la même façon, Tolède s'est convertie, à notre époque, en un symbole de la tolérance, brillant des traditions culturelles juives, musulmanes et chrétiennes. »

La situation de Tolède au XIIe siècle est précédée par de nombreuses initiatives culturelles, celles de Pedro Alfonso « premier ambassadeur culturel des trois mondes », Pierre le Vénérable.

« Les chrétiens reconquérants n'ont pas tous les atouts en main. Ils ont les atouts militaires ; ils sont les maîtres. En revanche, ils ont besoin d'intermédiaires musulmans, alors que les élites musulmanes se sont exilées, et, surtout, juifs. D'où le rôle majeur des juifs dans la traduction de la science gréco-arabe, et dans des fonctions d'administration en particulier financière à partir des XIIe et XIIIe siècles », selon Gabriel Martinez-Gros[46].

« Les Espagnols chrétiens donnent dans un premier temps aux juifs les mêmes privilèges que la dhimma [sous la domination musulmane] parce qu'ils pensaient que les juifs effectueraient le relais du régime musulman au régime chrétien », affirme également Esther Benbassa[46].

« La reconquête chrétienne donne lieu ainsi pendant une période à une nouvelle forme de Convivencia entre les communautés religieuses. Dans les royaumes d'Aragon, de Navarre et de Castille, juifs et musulmans sont plutôt bien traités. »

La Catalogne et la naissance des universités[modifier | modifier le code]

La Catalogne est issue des marches d'Espagne, l'un des premiers territoires à avoir été reconquis sur les musulmans. Girone tombe aux mains des Francs en 785, Barcelone en 801. Le Royaume d'Aragon qui s'installe par la suite continue son extension au sud. Quatre siècles plus tard, Majorque est enlevée (1229-1334) puis Valence en 1238.

Durant les XIIIe et XIVe siècles, sous l'impulsion des Dominicains, des écoles de langues sont fondées en Catalogne et à Valence. Dès la seconde moitié du XIIe siècle, l'activité culturelle en Catalogne se développe autour de l'enseignement des langues et du dialogue entre religions, autour de deux grands penseurs Ramón Martí et Ramon Llull. Les deux principales villes à abriter ce dialogue sont Gironne et Barcelone. Les villes de Valence, Murcie et l'Afrique du Nord donnent un caractère particulier à l'étude des textes arabo-musulmans, en raison d'une part de la forte proportion de convertis, de musulmans et de morisques, et d'autre part de la vocation missionnaire de Marti et de Llull, tout autour de la Méditerranée, dans l'esprit de Saint François d'Assise[47]. La ville de Lleida se distingue également, étant la première ville du royaume d'Aragon à abriter une université[47]. Pour A. Cortabarria, Ramon Marti, « premier orientaliste européen » a notamment inspiré la création de « Studia Linguarum »[48],[Note 11]. Comme Ramon Llull, dit « Arabicus Christianus », mais contrairement aux traducteurs de Tolède, ils cherchent le dialogue avec les autres religions, l'Islam et le Judaïsme, par la connaissance profonde de la culture des personnes à qui ils s'adressent. De telles écoles semblent avoir trouvé leurs racines dans l'école de Tolède et le Centre de traducteurs de Séville, mais elle prennent une grande importance en Catalogne[49]. Au moins cinq écoles furent créées, dont une école d'arabe probablement à Barcelone. Au-delà de l’œuvre apologétique, cette période donne lieu à la traduction depuis l'arabe de nombre d'ouvrages de médecine et d'astronomie[47],[Note 12]. Après Ramon Llull, une Studium arabicum est également fondée à Valence et à Xàtiva (1281). Beaucoup ferment dans la décennie 1310.

« il s'agit du dernier effort de produire des œuvres personnelles qualifiées sur l'étude de l'Islam et du judaïsme[47] »

Le dialogue et la confrontation avec les juifs et le judaïsme prend un tour institutionnel. C'est un débat public devant les autorités, qu'elles soient universitaires, nobles ou ecclésiastiques[47]. La dispute de Barcelone a notamment eu lieu en 1263 dans la cité comtale, à la demande de Ramon de Penyafort devant le roi Jaume I d'Aragon. Elle oppose frère Pau Cristià, converti dominicain et Moïse Nahmanide, rabbin de Gérone qui aurait émerveillé le roi[47]. Son succès[Note 13] suscite la jalousie de l'église, et, malgré un sauf-conduit donné par le roi, il termine sa vie en exil en Palestine[52]. S'il est vraisemblable que certains aspects de cet épisode soient légendaires, il éclaire néanmoins sur les persécutions du XIVe siècle[52].

En parallèle du développement des Studia Linguarum, se développent en Europe les premières universités, dont un des centres fut l'école de traduction de Tolède, Bologne, Salerne. En France, l'université de Paris se développe avec une activité de philosophie et de théologie en relation avec les cultures arabes et juives et sert de modèle aux autres universités européennes. Le théologue Saint Thomas d'Aquin enseigne à Paris. Il assume et commente très tôt dans ses œuvres les idées provenant des deux autres religions[53]. Il se base entre autres sur les œuvres d'Averroès, Maïmonide et Avicebron. Il se rapproche également des philosophes musulmans qui partagent les mêmes idées néoplatoniciennes, qui vaut à sa doctrine le titre de « secte mahométique »[54].

Valence et l'imprimerie[modifier | modifier le code]

Une dernière période de convivencia est proposée par José-Vicente Niclós y Albarracin, elle se situe dans la ville de Valence[55]. Elle se trouve aux limites de la définition, d'une part par la période concernée (Renaissance), d'autre part parce qu'elle concerne plus spécifiquement juifs et chrétiens, mais surtout parce que la réalité de cette collaboration interreligieuse est discutée[55].

La production de papier avait été amenée par les arabes dans la péninsule, et la fabrication est attestée dès 1150 à Xàtiva. Après son invention en Europe par Gutenberg en 1436, l'imprimerie se diffuse à très grande vitesse en Europe. S'il existe un débat sur le lieu de la première édition en Espagne (Barcelone ou Valence), la première impression documentée a lieu à Valence en 1474[56], et elle s'y développe rapidement. Or à cette époque, Valence vit son siècle d'or au contraire d'une grande partie de l'Europe. Elle profite de l'afflux de musulmans et de juifs sommés de se convertir en Castille, comme d'une partie de la bourgeoisie naissante fuyant les guerres du royaume d'Aragon.

Après la prise de Valence en 1238, la population juive de la ville fluctue beaucoup. De vagues d’émigration en vagues d'immigration et d'expulsion, l'implication de la population juive dans la vie sociale fut moins importante dans cette ville qu'ailleurs dans la péninsule[57]. En 1391, une vague antisémite touche la péninsule et particulièrement le Levant. Commence à cette époque une nouvelle époque, celle des conversos : nouveaux-chrétiens et crypto-juifs. Les premiers tentaient de rejoindre la bourgeoisie des anciens chrétiens, les autres continuaient à vivre leur foi en secret[58].

Au contraire de la situation en Castille, les juifs d'Aragon n'avaient pas de rôle politique. En revanche, de nombreux convertis occupent alors des rôles de trésoriers[58]. Ces familles sont connues par les documents des tribunaux de l'Inquisition. C'est par ceux-ci que nous savons qu'un groupe incluant des convertis s'attache à la traduction en catalan de la Bible et à son impression à Valence en 1477, événement culturel d'une importance sans précédent pour la ville[58].

Parmi les rédacteurs, deux pouvaient être des nouveau chrétiens. D'après J. Ventura suivi par J.Izquierdo, les autres étaient soit des crypto-juifs, soit des juifs[58] qui travaillent d'après une source en hébreu et non d'après une Vulgate. Ils avancent que les 600 exemplaires étaient destinés à cette communauté. Le texte est en particulier relu par Jaime Perez, évêque de la ville et par Jaume Borell, grand inquisiteur. D'après ces chercheurs, ces personnalités sont données comme caution aux futurs lecteurs pour leur donner la certitude que le livre soit autorisé[58]. Par suite de la comparaison entre le texte de la Bible de Portacelli (1402) et celui de Valence, A Puig explore la piste crypto-juive[Note 14],[59]. Cependant, José-Vicente Niclós discute cette hypothèse pour conclure qu'elle est improbable. Il propose un autre cheminement qu'une source en hébreu pour expliquer les différences entre la Bible de Valence et celle de Portacelli : « dire que cette œuvre imprimée fut réalisée par un groupe de convertis et pour un public de convertis est une supposition sans fondement interne dans les textes, et sans évidence historique ».

Fin de la convivencia[modifier | modifier le code]

En terres musulmanes[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre civile en al-Andalus.

La situation se dégrade avec la fin du règne d'Al Mansur, les dissensions, l'éclatement du Califat et le règne de seigneurs d'origine berbère[15].

En 1011, après le sac du siège du Califat, Madinat al-Zahra, la prise de Cordoue par les troupes de Sulayman ben al-Hakam (Omeyades) renversant le Calife Hisham II al-Hakam (Omeyade également) donne lieu à un premier massacre de la population juive et chrétienne[60],[61],[Note 15]

Mais un événement plus spécifiquement dirigé contre les juifs va survenir alors que Joseph, qui succède à son père, se rend impopulaire (par son arrogance, si l'on en croit les témoignages de l'époque). Le 30 décembre 1066, a lieu le massacre de Grenade : une foule musulmane prend d'assaut le palais royal, crucifie Joseph ibn Nagrela, fils de Samuel, et tue une importante partie de la population juive de la ville. « 1 500 familles juives, représentant environ 4 000 personnes disparaissent en un jour »[63]. Il s'agit de la première manifestation du genre connue sous la domination musulmane, bien que des épisodes de moindre ampleur se soient produits auparavant, notamment à Cordoue en 1011 ou à Saragosse en 1039. Selon l'historien Bernard Lewis, le massacre est « généralement imputé à une réaction de la population musulmane contre un vizir juif puissant et ostentatoire »[64].

La situation se détériore avec l'arrivée au pouvoir des Almoravides, souverains berbères « mal arabisés et mal islamisés » qui considèrent les arabes Omeyades comme des envahisseurs[15] ; ce changement de pouvoir marque la fin de la Convivencia, civilisation originale, selon Michel del Castillo. Si, dans l'administration et dans les sphères culturelles la présence de juifs se maintient, la situation sociale se délite rapidement.

« Si cette civilisation [Al Andalus] échoua, il ne faut pas rejeter la responsabilité sur la barbarie chrétienne. Al Andalus succomba à son inertie délicieuse, à ses certitudes maléfiques, mais d'abord à ses divisions internes, à ses rivalités ethniques. L'ordre imposé par les Oméyades s'écroula avec l'avènement de princes trop faibles qui abandonnèrent leur pouvoir entre les mains de leurs vizirs et de leurs favoris. [...] La foudroyante expansion de l'Islam explique pour partie cette implosion. »

— Michel del Castillo[15].

La conquête des territoires d'Al Andalus par les Almohades renversant les Almoravides, appliquant la religion avec un rare intégrisme et associée à une grande violence, des destructions, des déportations et des conversions forcées, marque un point de non retour : « On tua des dizaines de milliers de juifs, on les persécuta, les obligeant à prendre le chemin de l'exil en direction de la Castille et de l'Aragon où les chrétiens les accueillirent à bras ouverts[15]. ». De nombreux juifs s'exilent, parmi eux le célèbre philosophe Maïmonide, qui après un long périple, termine sa vie en Égypte à la cour de Saladin. Certains juifs migrent vers l'Afrique du nord (où existent des communautés juives importantes)[réf. nécessaire], d'autres au nord de la péninsule ibérique[16].

En terres chrétiennes[modifier | modifier le code]

Philippe III.

Dans le royaume d'Aragon, et particulièrement dans le royaume de Valence, une longue série de révoltes a lieu à partir de 1244, s'intensifiant en 1276 et jusqu'en 1304[65]. De même, en 1264, la révolte des Mudéjar provoque des expulsions et expropriations dans toute la Castille.

La situation se dégrade irrémédiablement à la fin du XIVe siècle : les juifs et les musulmans sont alors sommés de se convertir. A Barcelone comme dans d'autres villes de la péninsule ont lieu des massacres de juifs en 1391, sur ordre d'émissaires venus de Séville[47].

La politique de pureté du sang et de christianisation de la société est appliquée dans le royaume de Castille, puis, après l'union des Rois Catholiques, dans le nouveau Royaume d'Espagne et enfin dans tout l'Empire espagnol après la découverte des Amériques. Les persécutions durant cette transition politique ont donné lieu à des conversions forcées et à des phénomènes sociaux particuliers. Les descendants à partir de 1492 sont appelés Morisques. Ce sont les musulmans restés en Espagne catholique après la reconquête de Grenade. Ils sont convertis de force au catholicisme et représentent entre 200 000 à 300 000 personnes dans la région de Valence et en Andalousie. Ils sont expulsés et déportés à la fin du XVIe siècle par Philippe III. Les marranes ou conversos sont les juifs convertis officiellement au catholicisme (souvent sous la contrainte) et qui continuent à "judaïser" secrètement. Persécutés par l'Inquisition, ils émigrent petit à petit ou abandonnent complètement leur judaïsme, à l'exception de quelques-uns au Portugal soumis à une politique plus clémente. Les séfarades sont au sens strict du terme les descendants des juifs émigrés d'Espagne à la suite du décret de l'Alhambra pris par Isabelle la Catholique.

En 1492, année de la découverte des Amériques, ont lieu la prise tardive de Grenade et l'expulsion des juifs d'Espagne, deux événements qui achèvent la Reconquista en mettant un terme définitif à la convivencia[Note 16] alors que cette transition politique se termine. Les Morisques sont expulsés en 1609, le siècle suivant. Le poids démographique des Morisques à cette date est très variable selon les régions. Le pays valencien, où la relation entre morisques et chrétiens était alors conflictuelle, perd un tiers de sa population et se trouve ruiné après leur départ[66].

La Convivencia et l'essor culturel[modifier | modifier le code]

Le mélange des religions donne lieu à de nouvelles formes culturelles, à tous les niveaux de la société. Par les périodes importantes qu'il couvre, il marque profondément l'histoire de l'Espagne.

Arts techniques et architecture[modifier | modifier le code]

Philosophie[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Averroès et Maïmonide.

La maturité de la pensée philosophique musulmane se situe aux XIe et XIIe siècles. Sont particulièrement notables l'encyclopédiste Ibn Hazm et son livre des solutions décisives autour des religions, la pensée politique de Avempace, Ibn Tufayl. Par ailleurs, Averroès et Maïmonide développent une pensée riche, notamment en théologie.

À Tolède sous domination chrétienne, se distinguent les juifs Abraham ibn Dawd Halevi et Juda Halevi.

Langues[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Aljamiado et Mozarabe (langue).

Si l'arabe devient langue officielle, le latin et les langues romanes ne se perdent pas et restent parlées par l'essentiel de la population. La faible alphabétisation de la population et l'absence d'enseignement de l'alphabet latin produit l'aljamiado, l'écriture d'une langue romane avec des caractères arabes.

Poésie[modifier | modifier le code]

La première influence juive dans la péninsule est d'ordre poétique. Dès la fin du VIIIe siècle, l'émir Hisham ordonne à tous ses sujets, sans distinction de religion, qu'ils soient accueillis dans les écoles arabes pour y apprendre l'hébreu, proche de l'arabe. La grammaire et la poésie y sont enseignées. La mesure irrite les Mozarabes qui considèrent le latin comme véhicule culturel, alors que les juifs en tirent un avantage pratique substantiel pour le commerce[67]. Hasdaï ibn Shaprut, nommé vizir, crée à Cordoue l'école talmudique, dont l'influence se fait sentir dans tout le monde connu[67].

Traductions[modifier | modifier le code]

L'activité de traduction, commencée sous Al Andalus vers l'arabe et l'hébreu, se poursuit à sa chute vers le latin et les langues romanes. L'école de traduction de Tolède est particulièrement notable.

Sciences et techniques[modifier | modifier le code]

Musique arabo-andalouse[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Ziriab.

Critiques[modifier | modifier le code]

Mirhab, point focal de la mosquée de Cordoue.

L'historicité d'un tel âge d'or culturel a souvent été contestée et traitée de mythe dépendant d'extrapolations et de documentation trop peu fiable[68],[69],[70]. Si Al Andalus est, à son apogée sous Abd al Rahman III, une civilisation opulente, pacifique dans ses frontières, voire présentée comme l'héritière de Rome pour ce qui est de l'esclavage[71] et des villes[72][réf. insuffisante], pour Michel del Castillo, néanmoins, la convivencia reste un mythe aussi faux que son contraire, celui du fanatisme islamique[73], point commun qu'elle partage avec l'Europe contemporaine[73].

En particulier, des appels d'œcuménistes contemporains ont appelé au retour à la situation de Convivencia de Cordoue des Xe et XIe siècles, sous domination musulmane, sans en interroger sérieusement les fondements, « et dans des termes qui ont peu ou pas de lien avec la réalité d'alors[74] ».

Postérité[modifier | modifier le code]

La Maison de la Sagesse de Grenade est créée en 2012 en vue de réactualiser la Convivencia. Elle est une initiative de paix née d'une initiative de Khal Torabully et des citoyens et citoyennes de Grenade, dont le but est de favoriser la culture de paix promue par l'Unesco.

Le roman Le Médecin de Cordoue relate une version romancée de la vie de Maïmonide, médecin philosophe juif. En déroulant la vie de Maïmonide dans cette Andalousie du XIIe siècle, puis en Égypte où sa réputation lui ouvre les portes de la charge de médecin particulier de Saladin, le roman nous replonge dans ce passé et fait percevoir ce que l’interaction des cultures peut engendrer de meilleur pour l’épanouissement social, politique et religieux de ces communautés. Le Médecin de Cordoue a été couronné par le Prix des Libraires (1975), traduit en plusieurs langues.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Convivencia : Accion de convivir ; convivir intr. Vivir en compañía de otro u otros. Real Academia de la Lengua Española.
  2. Cette expression apparaît par glissement sémantique des « trois religions » mais le lien culture-religion — et plus encore la convivencia qui en découle — sont appréciés diversement selon l'époque et les religions considérées.
  3. Alton Brooks Professor of Religion à l'Université de Californie du Sud.
  4. La population est estimée au Xe siècle à 7 millions de personnes, composée de moins de 1 % d'arabes originaires de l'actuelle Syrie et Irak, d'un peu moins de 1 % de berbères, d'une minorité juive et d'environ 98 % d'hispano-wisigoths incluant une majorité de muladis et une minorité mozarabe.
  5. « En Espana musulmana no se puede pasar por alto la arabisacion etnica » (« Dans l'Espagne musulmane on ne peut pas faire l'impasse sur l'arabisation ethnique »)
  6. En outre, différentes sources mentionnent des « pogroms anti-chrétiens fréquent » avec « crucifixion » « empalement » et vol d'enfants[13].
  7. Cette hypothèse de trahison est notamment soutenue par les chroniques médiévales, mais semble être battue en brèche par les études contemporaines[27].
  8. Le terme est utilisé par la plupart des spécialistes, notamment : Levi-Provençal, Joseph Pérez, Reinhart Dozy, Americo Castro, Sanchez Albornoz.
  9. La situation concrète des mudéjars est très variable selon la zone géographique et les conditions négociées. Ils sont esclaves dans les Baléares, ils bénéficient de plusieurs statuts, rattachés à des prérogatives différentes à Valence, ils jouissent d'une grande autonomie à Tolède[37].
  10. Quatre conditions sont pactées :
    1. La liberté pour les musulmans de rester dans la ville avec leurs biens garantis, sous la condition qu'ils paient un impôt égal à celui qu'ils payaient auparavant ;
    2. La liberté aux musulmans de la ville de quitter la ville avec leurs biens et la liberté à ceux qui ont quitté la ville de revenir et de récupérer leurs biens ;
    3. La mosquée principale de Tolède reste une mosquée ouverte au culte musulman ;
    4. Alphonse VI se réserve le palais, les jardins et le trésor (Alcazar, Huerta del Rey) ;
    La mosquée principale (bâtie sur une cathédrale wisigothe consacrée pour la seconde fois en 587) est cependant transformée en cathédrale Sainte-Marie l'année qui suit le pacte[43].
  11. Écoles de langue.
  12. A. Cortabarria relève particulièrement, à Vic, le travail de traduction de Judah ben Astruc, fils d'un conseiller de Jaume I d'Aragon[50].
  13. Invité par le roi à écrire un livre, il est accusé par les ecclésiastiques d'insulte à la religion chrétienne. Les prêcheurs refusent l'absolution donnée par le Roi qui délivre un sauf-conduit. Menacé, il s'exile en Palestine[51].
  14. Notamment la présence du IVe livre d'Ezdras dans la version de Valence qu'il explique par un traducteur et un lectorat juif.
  15. Benny Morris évoque la mort d'environ 200 juifs[62].
  16. La reconquête de la Navarre, en 1512, est incluse par certaines sources dans la Reconquista.

Références[modifier | modifier le code]

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  2. a et b https://cdlm.revues.org/6878#tocto1n1
  3. « La "Convivencia" et ses équivalents en français et anglais. Le mot et la notion », sur chemins-compostelle.co (consulté le 24 mai 2017)
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Ouvrages cités[modifier | modifier le code]

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  • Charles-Emmanuel Dufourcq, La Vie quotidienne dans l'Europe médiévale sous domination arabe, Hachette,
  • (en) Bernard Lewis, The Jews of Islam, Princeton University Press, — Traduction française : Juifs en terre d’islam, Paris, Calmann-Lévy, (réimpr. Flammarion, « Champs », 1989)
  • (es) Olga Pérez Monzón et Enrique Rodríguez-Picavea, Toledo y las tres culturas, Akal, (ISBN 9788446004554)
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  • (es) Pasqual Ortega i Pérez, Musulmanes en Cataluña : las comunidades musulmanas de las encomiendas templarias y hospitalarias de Ascó y Miravet (siglos XII-XIV), Editorial CSIC - CSIC Press, , 192 p. (présentation en ligne)
  • (es) Julio Valdeon Baruque, Judios y conversos en la Castilla medieval, Université de Valladolid,
  • (es) José-Vicente Niclós y Albarracin, Tres culturas, tres religiones : convivencia y diálogo entre judíos, cristianos y musulmanes en la peninsula iberica, Salamanque, Editorial San Esteban, 2001 (ISBN 8482600745)
  • (en) María Rosa Menocal, The Ornament of the World: How Muslims, Jews, and Christians Created a Culture of Tolerance in Medieval Spain, Boston, Little & Brown, (ISBN 978-0-316-56688-9)
  • Michel del Castillo, Dictionnaire amoureux de l'Espagne, Plon,
  • (en) Thomas F. Madden, « Acts of faith », The new criterion, vol. 35, no 1,‎ (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Reinhart Pieter Anne Dozy, Histoire des Musulmans d’Espagne : jusqu’à la conquête de l’Andalousie par les Almoravides (711-1110), Brill,
  • Évariste Lévi-Provençal, Histoire de l'Espagne musulmane, Paris, Maisonneuve & Larose,
    • Tome I : La Conquête et l'Émirat hispano-umaiyade (710-912)
    • Tome II : Le Califat umaiyade de Cordoue
    • Tome III : Le Siècle du califat de Cordoue
  • (en) Vivian B. Mann, Thomas F. Glick et Jerrilyn D. Dodds, Convivencia, Jews, Muslims and Christians in Medieval Spain, G. Braziller, (ISBN 9780807612866)
  • (en) Norman Roth, Jews, Visigoths, and Muslims in Medieval Spain: Cooperation and Conflict, Brill,
  • (en) María Rosa Menocal, Culture in the Time of Tolerance: Al-Andalus as a Model for Our Time, Yale Law School, coll. « Occasional Papers », (présentation en ligne)
  • (en) María Rosa Menocal, Michael Sells et Raymond P. Scheindlin, The literature of Al-Andalus, Cambridge University Press,
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  • David Bensoussan, L'Espagne des trois religions: grandeur et décadence de la convivencia, L'Harmattan,
  • (en) Jerrilynn D. Dodds, María Rosa Menocal et Abigail Krasner Balbale, The Arts of Intimacy: Christians, Jews, and Muslims in the Making of Castilian Culture, Yale University Press,
  • (en) Connie Scarborough, Revisiting Convivencia in Medieval and Early Modern Iberia, Juan de la Cuesta, coll. « Hispanic Monographs / Estudios de literatura medieval » (no 11), (ISBN 978-1588712424)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Eva-Maria von Kemnitz, « David Bensoussan, L’Espagne des trois religions. Grandeur et décadence de la convivencia » (recension), Archives de sciences sociales des religions, no 144,‎ , p. 163-274
  • Philippe Conrad, « L'Espagne sous la domination almoravide et almohade », sur clio.fr,