Raimond Martin

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Raymond Martin (alias Ramón Martí, Ramon Marti, Raimondo Martí, Raimundus Marti, Raymundo Martini, Raymond Martin, Raymund Martin, Raymond Martini, Raymundus Martini) est un dominicain catalan du XIIIe siècle, et disputateur religieux, principalement connu pour ses œuvres polémiques contre l'islam et le judaïsme.

Biographie[modifier | modifier le code]

Raymond Martin est né à Subirats près de Barcelone en Catalogne dans le second quart du XIIIe siècle. Fils du couvent dominicain de Barcelone, il fut assigné en 1250, avec huit autres frères, au studium (école conventuelle des dominicains) de Tunis, spécialisé dans l'étude de l'arabe et la formation des frères en vue des controverses avec les juifs et les maures.

Le 23 mars 1264 il est chargé par le roi Jacques Ier d'Aragon de travailler à « expurger les livres des juifs de leurs blasphèmes. » Sont mandatés avec lui l'évêque de Barcelone, le dominicain Raymond de Peñafort, et deux autres dominicains, Arnold de Sagarra et Pierre Janua. C'est la première mention de censure dominicaine du Talmud en Espagne.

Dans le rapport qui fait suite à ce travail, Raymond Martin déclare que beaucoup de passages des livres examinés confirment la vérité du christianisme et que le Talmud ne doit pas être entièrement brûlé (Pugio Fidei, ii.14, §8).

En 1268, il est à nouveau assigné au studium arabicum, dont il rentre en 1269. En 1281, il est professeur de langue au studium pour l'étude de l'hébreu à Barcelone, où il demeure jusqu'à sa mort, survenue après le 1er juillet 1284, d'après un document portant sa signature, daté de ce jour.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Raymond Martín est l'auteur de deux pamphlets antijudaïques : le Capistrum Judaeorum (inédit, trois manuscrits conservés), et le Pugio Fidei (1278).

Il a également composé une réfutation du Coran qui est perdue.

Un commentaire du Symbole de la foi (Explanatio simboli apostolorum ad institutionem fidelium) lui est attribué par une note marginale ("a fratre Ro Martini de ordine predicatorum") dans un manuscrit conservé à Tortosa.

Ses écrits furent longtemps la source principale des polémistes dominicains.

Une de ses idées dominantes est que le nom de Jésus est annoncé dans la littérature rabbinique comme celui du Messie et du Fils de Dieu. Il soutient aussi que les lois juives, bien que révélées par Dieu, ont été abrogées par la venue du Messie et que les talmudistes ont corrompu le texte de la Bible, en voulant pour preuve les tikkoune soferim.

Le Pugio Fidei[modifier | modifier le code]

Son grand œuvre, le Pugio Fidei fut signalé par Justus Scaliger et édité par Joseph de Voisin de la Sorbonne (1610 ? - 1685), avec des notes et sous le titre de Pugio Fidei Raymundi Martini Ordinis Prædicatorum Adversus Mauros et Judæos (Paris, 1651)[1].

Il y traite de la conscience de Dieu, de la création, de l'immortalité, de la résurrection des morts, et tend à montrer la « fausseté » du judaïsme ; la troisième et dernière partie de l'œuvre est composée d'extraits du Talmud, du Midrash et d'autres sources.

Le Pugio Fidei fut utilisé par Porchetus de Salvaticis au début du XIVe siècle dans sa Victoria Porcheti adversus impios Hebreos (1520), par Hieronymus de Sancta Fide dans son Hebraeomastix. Il fut aussi plagié par Petrus Galatinus.

Vers 1620 François Bosquet, évêque de Lodève, découvrit au Collège de Foix de Toulouse un manuscrit du Pugio qui servit, avec deux autres manuscrits, à l'édition procurée par Voisin, bientôt réimprimé et mieux diffusé par J. B. Carpzov (Leipzig, 1687[2]), avec une préface antijuive, Introductio in Theologiam Judaicam.

Connaissance de la littérature hébraïque[modifier | modifier le code]

Raymond Martin cite non seulement le Talmud et le Midrash, mais aussi Rashi, Abraham ibn Ezra, Maimonides et David Ḳimḥi. Il fut accusé de falsification en raison de citations qu'il fit d'un traité intitulé Genesis Rabbah, inconnu par ailleurs. Selon Leopold Zunz, il serait en fait l'unique témoin de ce document perdu par ailleurs (cf. Leopold Zunz, Gottesdienstliche Vorträge der Juden p. 300).

Notes et références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Philippe Bobichon, « Ramón Martí (XIIIe siècle) : un ‘Maître orientaliste’ ?, dans : Portraits de Maîtres offerts à Olga Weijers, Porto 2012, p. 405-414.
  • Philippe Bobichon, « La ‘bibliothèque’ de Raymond Martin au couvent Sainte-Catherine de Barcelone : sources antiques et chrétiennes du Pugio fidei (ca 1278) », dans Entre stabilité et itinérance. Livres et culture des ordres mendiants, XIIIe-XVe siècle, Turnhout 2014, p. 329-366.
  • Philippe Bobichon, « Quotations, Translations, and Uses of Jewish Texts in Ramon Martí, s Pugio Fidei », dans The Late Medieval Hebrew Book in the Western Mediterranean. Hebrew Manuscripts and Incunabula in Context, Brill, 2015, p. 266-293.
  • Antoine Touron, Histoire des Hommes Illustres de l'Ordre de St. Dominique, i.489-504, (Paris, 1743)
  • Jacob Quétif and J. Echard, Scriptores Ordinis Prædicatorum, i.396-398, ib. (1719)
  • Johann Christoph Wolf, Bibliotheca Hebræa, i.1016-1018, iii.989-991;
  • Herzog-Plitt, Real-Encyc.;
  • Heinrich Graetz, Geschichte, vii.124, 150.
  • Ambrose of Altramum, Bibliotheca Dominicana, ed. Rocaberti, p. 58, 449-456, Rome, 1677
  • J. G. Walch, Bibliotheca theologica selecta, i.609, (Jena, 1757)
  • Solomon Marcus Schiller-Szinessy, Journal of Philology, xvi (1887), 131-152
  • L. Zunz, Die Gottesdienstlichen Vortäge der Juden, p. 287–293, Berlin, 1832
  • Edward Bouverie Pusey, Fifty-Third Chapter of Isaiah, vol. ii, Oxford, 1877
  • Adolf Neubauer, Book of Tobit, pp. vii-ix, xx-xxv, ib. 1878
  • A. Epstein, Magazin für Wissenschaft des Judenthums, 1888, p. 65–99,
  • I. Levi, Revue des Études Juives, xvii (1888), 313-317.

Cet article comprend du texte provenant de la Jewish Encyclopedia de 1901–1906, une publication entrée dans le domaine public.

Liens externes[modifier | modifier le code]